Bonjour ! Joyeux Black Friday ! Vous allez pouvoir en profiter pour faire vos courses au supermarché et...ah bah non c'est vrai, y a le confinement. Bon ben vous allez pouvoir en profiter pour rester chez vous.

Bon sans rire, j'avais déjà fait cette blague sur cette fic l'année dernière (la vache déjà un an) alors sans surprise, voici le nouveau chapitre que j'ai donc publié un jour en avance. D'accord l'année dernière vous aviez eu droit à deux chapitres, un le vendredi et le second le samedi mais c'est trop compliqué pour moi cette fois donc ce chapitre est celui qui était censé arriver samedi.

Sur ce, bonne lecture !

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L'espoir renait des cendres du désespoir —

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Assise au bord de la rivière sur une surface rocailleuse, Elaiano broyait du noir. Son duel contre Faegmôr lui revenait sans cesse en mémoire. Dès qu'elle l'avait aperçu sur le champ de bataille, elle avait souhaité lui faire payer sa trahison, mais d'un sa présence n'était qu'un horrible piège dans lequel elle avait sauté à pied joint, et de deux aveuglée par sa rage elle s'était humiliée et le Maia n'avait pas fourni le moindre effort pour la vaincre. Mais outre le fait qu'elle avait failli mourir, c'étaient surtout ses dernières paroles qui l'avait blessé.

Le fils de Fëanor ne sera pas toujours là pour te sauver la mise.

Maglor l'avait à nouveau sauvée in extremis. Pourtant Faegmôr avait raison. Il ne serait pas toujours là pour l'aider. Elle se reposait beaucoup trop sur le soutien du fëanorion au lieu de faire sa propre vie seule. Il lui semblait d'autant plus difficile d'accepter que le Maia d'Irmo puisse avoir raison après tout ce qu'il avait fait. Des larmes amères montèrent aux yeux de la jeune fille qui les ravala durement, puis d'un geste rageur elle s'empara d'une petite pierre et la jeta de toutes ses forces dans l'eau. Perdue dans ses pensées, elle en ramassa une autre et la lança à son tour.

— Cette pierre ne t'avait rien fait non plus, objecta Maglor dans une piètre tentative d'humour.

— Je croyais t'avoir demandé de me laisser seule, se contenta-t-elle de répondre en détournant la tête pour que l'elfe qui s'approchait ne voit pas ses yeux rougit et les larmes qui menaçaient de couler.

— Rester seule est bien la dernière chose que je te conseillerais après une bataille répliqua-t-il en s'asseyant à côté de l'adolescente.

Celle-ci détourna à nouveau le regard et fit mine de se passionner pour les rochers de la berge. Elle ne souhaitait pas discuter et comptait bien le faire comprendre au fëanorion.

— Il faut que tu me dises ce qui s'est passé.

Elaiano l'ignora et se détourna encore plus. Ses longs cheveux glissèrent de ses épaules et formèrent comme un écran entre les deux elfes.

— Si tu ne me dis pas, je ne pourrais pas t'aider.

— Je ne veux pas que tu m'aides.

Son interlocuteur accusa le coup mais n'insista pas. Le ton sans appel de l'adolescente suffisait. Il se leva donc et commença à s'éloigner, blessé par la réaction de la jeune fille.

— Attends, ne pars pas.

L'elfe se figea et se tourna vers Elaiano qui lui tournait toujours obstinément le dos.

— Tu souhaitais que je te laisses seule, et maintenant tu veux que je reste. Que désires-tu réellement ?

— Oublie ça. Laisses-moi tranquille s'il te plait.

— Si tu veux me voir, tu sais où me trouver. Tu n'es pas aussi seule qu'il souhaite te faire croire, au contraire, ajouta-t-il avant de s'éloigner.

L'adolescente se retint encore quelques secondes après le départ de Maglor avant de fondre en larmes, les paroles de Faegmôr l'assaillant sans relâche. Apparemment le Maia n'avait même pas besoin de l'avoir sous sa coupe pour la torturer et la faire douter. De longues minutes s'écoulèrent pendant lesquelles le doux son de la nature se retrouvait parfois entrecoupé par les reniflements de la jeune fille. Lorsque ceux-ci s'arrêtent, Elaiano se releva et se dirigea vers la rivière qui semblait peu profonde. Elle prit simplement la précaution de retirer ses chaussures, ses fourreaux, ainsi que la chemise protectrice qu'elle avait dû porter pour protéger son torse pendant la bataille. Enfin elle pénétra lentement dans l'eau froide sans se soucier de sa morsure glacée. Si d'abord le fond rocheux assez plat ne permit à l'eau que de lui monter jusqu'à à mi mollet, un grand fossé apparu soudainement à un ou deux mètres du rebord et plongeait jusqu'à plus de trois mètres de fond avant de remonter en pente douce jusqu'à l'autre rive.

La jeune fille s'assit sur la dernière pierre et savoura quelques instants la sensation de l'eau glissant sur son corps dans une douce caresse apaisante. Ses vêtements trempés flottaient autour d'elle entre deux eaux à peine emportés par le faible courant. A cet endroit, l'eau circulait peu et une multitude d'algues poussaient dans les anfractuosités entre les pierres qui tapissaient le fond. Une étrange algue verte très fine et glissante recouvrait les roches et rendait toute marche sur celles-ci périlleuse. Un léger rictus se forma sur ses lèvres. Vaincre Faegmôr était comme tenter de retirer toutes les algues de la rivière. Impossible. Déjà fallait-il que les Hommes parviennent à abattre Sauron. Mais pour cela ils devaient détruire l'Anneau Unique de celui-ci, Nínim l'avait vaguement mentionné lorsqu'ils étaient encore en Finlande. Tout comme le lieu où il devait être détruit, à Oraduir, le volcan situé au plein cœur du Mordor. Trop concentrée sur autre chose, ce détail pourtant primordial lui avait échappé.

Mais en y pensant, Elaiano se rappela que le Maia ne semblait pas y prêter grand intérêt et se contentait de dire que tout était réglé vis-à-vis de ce problème. Sauf qu'à ce moment-là, elle croyait encore dur comme fer que Faegmôr souhaitait aider Sauron et non pas, comme il venait de lui confirmer implicitement pendant la bataille, régner lui-même sur la Terre-du-Milieu. Avait-il trouvé un moyen d'abattre Sauron ? Avait-il trouvé l'Anneau ? La jeune fille se mordit nerveusement la lèvre en comprenant que la réponse devait sûrement se trouver dans la série de romans qu'elle avait trouvé dans le chalet en Finlande. Romans qu'elle avait oublié là-bas et qu'il était beaucoup trop dangereux d'aller chercher. Il ne s'y trouvaient sûrement plus d'ailleurs. Plongée dans ses pensées, l'adolescente frotta du bout du doigt le sommet d'une pierre. Aussitôt l'algue s'en détacha dans un petit nuage de vase avant d'être emportée par la rivière. Une fois la couverture verdâtre retirée, il ne restait plus que la pierre à nue. Grise et rugueuse. Interloquée, Elaiano sortit sa main de l'eau et frotta le bout de ses doigts pour en retirer la vase qui s'y était accroché, puis reporta son attention sur le rocher. Hésitante elle frotta d'abord lentement la surface de la pierre avant de poursuivre avec plus de vigueur jusqu'à ce que la pierre complète s'en trouve nettoyée. Lorsque ce fut fait, l'adolescente contempla son œuvre. La roche brillait et se démarquait des autres qui jonchaient le fond de la rivière. Celle-ci était maintenant propre et accessible aux yeux de tous.

— Accessible, aux yeux de tous ?

Sa pensée avait franchi la barrière de ses lèvres et prenait un tout autre sens à présent. Faegmôr n'était pas intouchable, il avait une faiblesse. Varda avait essayé de la prévenir juste avant le combat mais elle n'y avait pas prêté suffisamment attention car la Valië l'avait presque aussitôt informée du danger qui planait sur la Lothlorien et sa mise en garde s'était perdue dans l'urgence de l'instant.

Si tu cherches le point faible de Nínim, je te l'ai déjà confié par le passé.

Il s'agissait des mots exacts qu'elle avait prononcé. La jeune fille se prit la tête dans les mains, cherchant dans ses souvenirs l'information que la Valië avait pu lui délivrer par le passé.

Rends-toi au lieu nommé Forêt Noire… Détruit le mal qui ronge cet endroit ou la Terre-Du-Milieu ne survivra pas au pouvoir grandissant du Maia corrompu.

Il s'agissait des paroles qu'elle lui avait confié lorsqu'elle se trouvait encore à Fondcombe. Elle avait fortement insisté sur le fait qu'elle devait se rendre à la Forêt Noire. Et depuis, à chaque fois qu'elle s'étaient parlé, Varda lui avait toujours ordonné de s'y rendre. Mais pour qu'elle raison ? Pourquoi tenait-elle tant à ce qu'elle y aille ? Pourquoi… Un éclair de lucidité lui traversa l'esprit lorsqu'elle comprit. A la lisière Sud de la forêt se trouvait Dol Guldur, la forteresse maudite où elle n'avait mis les pieds qu'une seule fois. Lui fallait-il donc détruire le mal à sa source ? Si Sauron gagnait, la Lothlorien se retrouverait prise en tenaille entre les forces de Dol Guldur, celles de la Moria, et celles du Mordor. Ils n'auraient aucune chance d'en sortir vivant. La Forêt Noire… Tout devait donc se jouer là-bas ? C'est ce qui semblait de plus en plus évident aux yeux de l'adolescente. Et comme pour confirmer ses pensées, des paroles que la Valië lui avait déjà dites par le passé lui revinrent en mémoire et résonnèrent dans l'esprit de la jeune fille.

Il n'y a presque qu'en ce lieu que le serviteur d'Irmo ne peut pénétrer les rêves d'autrui.

La réponse était cachée là, dans ses souvenirs depuis tout ce temps et elle ne l'avait pas remarqué. Un sourire éclaira un bref instant le visage d'Elaiano. Elle possédait la solution. Le point faible de Faegmôr n'était autre qu'un lieu. Il s'agissait probablement de leur seule chance de le vaincre. Avec l'intention d'aller prévenir Maglor, l'adolescente s'extirpa de l'eau et retourna tant bien que mal sur la rive, ses vêtements gorgés d'eau l'embarrassant grandement. Dégoulinante et glacée, elle préféra d'abord passer à son talan pour se nettoyer, se changer, et réfléchir sur ce qu'elle allait pouvoir dire au fëanorion. A vrai dire la jeune fille s'en voulait de l'avoir envoyé balader quelques minutes plus tôt, mais elle avait surtout peur de ce qu'il dirait une fois qu'elle lui aurait raconté ce qu'il s'était passé lors de la bataille. Non, elle n'était vraiment pas pressée de se retrouver face à Maglor. Alors l'adolescente retourna à sa chambre. Tout en déambulant dans Caras Galadhon elle fut particulièrement surprise par le fait que malgré l'heure avancée, elle ne croisait presque personne. Ce qui n'était pas pour lui déplaire car elle ne souhaitait pas se retrouver bloquée par une foule d'intéressés qui chercherait à savoir ce qu'il se passait sur les fronts de défense Nord et Ouest. Et bien que les elfes soient de nature discrète, Elaiano n'avait pas envie d'avoir à apporter la moindre explication à quiconque.

Ce fut donc sans encombre qu'elle parvint à son talan. Elle entreprit d'abord de se changer, plus que ravie de retirer ses vêtements trempés et tâchés de sang. Le sien, comme celui de ses adversaires. Après une toilette minutieuse, elle soigna comme elle put ses blessures mais ne sut que faire pour son genou blessé. Celui-ci lui faisait mal dès qu'elle bougeait, et il avait doublé voir triplé de volume. Son ancienne blessure qu'elle avait cru en bonne voie de cicatrisation s'était en partie rouverte et suppurait un peu. La jeune fille tenta tant bien que mal de l'apaiser en posant des compresses humides dessus mais rien n'y fit. Alors elle l'enroula dans un épais pansement de fortune pour limiter le contact avec l'extérieur en attendant de trouver Alfirin, l'elfe qui avait pris soin d'elle à son arrivée quelques jours plus tôt en Lothlorien. Lui saurait sûrement quoi faire, mais en attendant elle devrait se contenter d'éviter de trop solliciter son genou. Si le bain d'eau froide puis brulante avait quelques peu anesthésié la douleur, celle-ci revenait petit-à-petit et faisait grimacer la jeune fille à chaque pas.

Cela lui fut d'autant plus désagréable lorsqu'elle sortit de sa chambre et dû traverser toute la cité elfique pour rejoindre Maglor. Outre sa jambe qui la lançait impitoyablement, l'adolescente trainait des pieds ne sachant pas comment aborder le sujet avec le fëanorion. Et aucune des formulations qui lui venaient à l'esprit ne lui convenait. Ainsi lorsqu'elle arriva au ''tronc'' où logeait Maglor, elle ne savait que dire, mais l'elfe lui facilita la tâche. Lui aussi avait pris le temps de se changer, et il entreprenait de mettre de l'ordre dans ses affaires ainsi que de nettoyer ses armes lorsqu'Elaiano arriva.

— Je croyais que tu voulais être seule. Que veux tu ? demanda-t-il intrigué sans pour autant cesser de vaquer à ses occupations.

— J'avais une information à te transmettre, balbutia la jeune fille maudissant sa voix tremblotante.

L'elfe s'interrompit et jeta un œil à l'adolescente qui fixait ses pieds, embarrassée. Elle avait revêtu une chemise blanche et un pantalon bleu nuit. Pourtant malgré le bas pourtant ample, Maglor remarqua presque aussitôt que le genou gauche de son interlocutrice n'avait pas dégonflé.

— Tu devrais le faire soigner, fit-il alors sans prêter attention à ce que venait de dire Elaiano.

— Je demanderais à Alfirin plus tard, il y a sûrement d'autres blessés plus grave.

— Sûrement, mais il ne faut pas que ça s'infecte. Montre-moi ça.

La jeune fille hésita une seconde avant de s'asseoir sur une souche et de dévoiler la blessure. Avec des gestes précis et délicats, le fëanorion retira le bandage pourtant tout récent et jeta un œil critique à la plaie. Si elle n'avait pas gonflé, elle ne s'était pas améliorée pour autant.

— Comment t'es tu fais ça ?

— Ça date de la fois où… Du premier assaut, acheva-t-elle ne pouvant se résoudre à prononcer sa pensée à voix haute. Je la croyais guérie mais elle s'est rouverte pendant la bataille.

Le fëanorion acquiesça simplement de la tête en signe de compréhension et remit le pansement.

— Je ne peux rien faire de plus et je doute qu'Alfirin puisses t'aider. Ménages ta jambe pour les quelques jours à venir et tout ira bien.

— Merci. Au fait, je voulais m'excuser pour tout à l'heure.

L'elfe balaya l'air de la main pour lui faire comprendre qu'il ne lui en voulait pas, puis s'assit dans l'herbe. L'adolescente descendit de la souche et s'y adossa.

— Tu avais une information à me transmettre ?

— Oui… répondit-elle avant de s'interrompre. C'est surtout une question, et j'aimerai que tu y répondes franchement sans me poser de questions.

— Je t'écoutes.

— Tout le monde à un point faible, n'est-ce pas ?

— Oui.

— Même Faegmôr ?

— Normalement oui.

— As-tu une idée de ce que pourrais être le sien ?

L'elfe marqua un temps pour réfléchir à la question de la jeune fille. Il la connaissait suffisamment bien pour savoir qu'elle avait une idée derrière la tête, même s'il ne savait pas laquelle. De plus ses questions étaient très précises et sonnaient étrangement sachant qu'elle venait de faire face au Maia et avait vraisemblablement peur de raconter leur duel.

— Il n'est pas toujours aisé de connaitre les faiblesses de son adversaires surtout lorsqu'on le connait peu ou mal. Dans le cas de Faegmôr, il serait dangereux de le sous-estimer car il excelle dans tous les styles de combat et particulièrement le maniement de l'épée. De plus doublé du fait qu'il n'a aucun scrupule et qu'il possède des… capacités particulières, éluda-t-il en jetant un regard en coin à l'adolescente qui s'était rembrunie à l'allusion aux manipulations mentales dont il était capable, je n'en sais rien. Peut-être a-t-il trop de confiance en lui ?

— Et si… tu connaissais son point faible ? Je veux dire, si tu connaissais un moyen de l'affaiblir ou au moins de le déstabiliser, tenterais-tu de l'abattre ? Penses-tu que tu serais capable de le tuer ?

Maglor leva les yeux vers Elaiano sans comprendre. Il fut tenté de lui répondre que tout dépendait de la situation et du point faible en question, mais il se ravisa lorsqu'il croisa le regard de la jeune fille. Depuis la fin de la bataille elle évitait de le regarder et pourtant là elle ne se dérobait plus. Ses yeux bleu clair étaient fichés dans les siens et une tension palpable se répandait par ondes autour d'elle. Cette question aux abords innocents n'en était pas une. L'adolescente savait quelque chose et cherchait à savoir quoi en faire. Et le fëanorion avait peur de comprendre ses intentions. Il prit alors le temps de réfléchir, puis s'exprima en pesant chacun de ses mots.

— Si l'opportunité se présentait, je n'hésiterai pas à le tuer. Il est bien trop dangereux de le laisser en vie. Mais quant à savoir si je serais capable de l'abattre, je n'en sais rien. Affaibli ou non, il est beaucoup trop risqué de le défier en duel seul à seul. Peut-être qu'à deux ou plus il serait possible de le tuer, mais foncer seul dans le tas est loin d'être une solution.

Elaiano accusa le reproche à peine voilé sans faire de commentaire. Le fëanorion n'avait pas exactement répondu à sa question mais là n'était pas l'important. Sa réponse n'en était pas moins importante et non dénuée de sens. Détournant un instant les yeux, elle s'abima dans la contemplation d'un arbuste non loin qui se balançait au gré du vent. La bise glacée venue du Nord continuait d'amonceler des nuages orageux au-dessus de la forêt mais la pluie ne semblait pas encore prête à tomber. L'humidité ambiante se faisait de plus en plus sentir et rappelait à Elaiano le danger qui planait en permanence sur elle, et ceux à qui elle tenait. Il lui fallait tuer Faegmôr avant qu'il ne blesse d'autres personnes. Avant qu'il ne manipule des innocents et leur fasse faire des choses atroces. L'adolescente se moquait presque éperdument des intentions du Maia vis-à-vis de la Terre-du-Milieu, mais elle ne voulait pas que d'autres subissent le même sort qu'elle. Elle ne le permettrait pas.

— Tout va bien ?

La voix de Maglor la ramena à la réalité et elle s'aperçu que plongée dans ses pensées, elle avait serré les poings jusqu'à s'en faire blanchir les jointures. La jeune fille expira longuement pour se calmer et desserra sa poigne.

— Oui, mentit-elle.

Elle espérait que son interlocuteur n'insisterait pas, mais c'était sans compter sur le caractère du fëanorion à qui peu de choses échappaient.

— N'essaies pas de me mentir. Tu as une idée en tête, n'est-ce pas ?

Elaiano se mordit la lèvre, hésitant à l'admettre. Maglor ne lui en laissa pas le choix lorsqu'il décida d'enfoncer le clou.

— Tu te demandes si tu es capable de vaincre Faegmôr toute seule, non ? Ne fais pas semblant d'être surprise, il faudrait être aveugle pour ne pas le comprendre, ajouta-t-il en employant le ton sarcastique qu'il avait si souvent employé lorsqu'ils étaient tout deux enfermés à Barad-Dur.

— Et donc ? répliqua l'adolescente piquée au vif.

Elle n'avait jamais particulièrement apprécié ce trait de caractère chez lui, même si à ses yeux c'était aussi ce qui le rendait unique. Il avait toujours eu du mordant et n'hésitait pas à dire ce qu'il pensait, même si pour cela il devait blesser des gens.

— Tu ne voudras jamais l'avouer, mais tu espérais que je te dises que n'importe qui pourrait tuer Faegmôr sans encombre rien qu'en connaissant un point faible suffisamment intéressant pour être exploitable. Encore faudrait-il en avoir un, ce qui…

— J'en connais un, le coupa la jeune fille. Cela fait longtemps que Varda veut que je me rende à la Forêt Noire mais je ne l'ai jamais écouté. Pourtant elle m'en a aussi donné la raison lorsque nous étions en Erebor. Trop de choses se sont passées ensuite et je l'avais oublié mais… Nínim, ou Faegmôr si tu préfères, ne peut pas pénétrer nos esprits lorsque nous sommes dans le Forêt Noire. C'est selon Varda l'un des rares endroits qui aient cet effet.

— Cette forêt est connue pour ses illusions. Si tu te battais contre lui là-bas, tu serais de toute manière affectée par des illusions, d'où qu'elles viennent. De plus il doit le savoir. Il ne se laissera pas avoir aussi facilement. Et quand bien même tu parviendrais à l'y faire entrer, il reste un très bon épéiste. Je doute que tu ais la moindre chance de le vaincre et encore moins d'en réchapper vivante.

— Mais…

— Non, écoutes-moi avant, la stoppa-t-il d'un geste impérieux de la main.

Malgré son irrépressible envie de l'interrompre pour lui expliquer qu'il s'agissait là peut-être de la seule solution, l'adolescente obéit et se contenta de se redresser pour se placer plus confortablement contre la souche.

— Comme tu l'as si bien dit tout à l'heure, il s'agit d'un des rares endroits où il ne peut pas pénétrer les rêves d'autrui. Mais je pense que ces bois ont le même effet.

— La Lothlorien ?

— Il est inutile de mentionner ce qu'il s'est passé en Erebor pour te rappeler que s'il en avait eu l'envie il aurait très bien pu t'attaquer ici même, te forcer à le rejoindre, ou je ne sais quelle horreur dont il a le secret.

— Je ne pense pas que…

— Réfléchis un instant. Pourquoi se servir d'une bataille pour t'attirer en dehors de la forêt s'il avait pu le faire directement ? Il ne peut pas t'atteindre tant que tu restes à Caras Galadhon.

— Je n'en suis pas certaine, répliqua-t-elle. Ce que tu dis est sûrement vrai, mais combien de temps cette protection va-t-elle durer ? Tu as vu comme moi que la forêt s'éteint petit à petit. Il n'est peut-être pas capable de nous atteindre… de m'atteindre pour l'instant, mais pour combien de temps ? Quelques mois ? Quelques années ? De plus si Sauron gagne face aux hommes, je doute que la forêt tienne longtemps. Si nous avons pu tenir sur deux fronts aujourd'hui, c'est uniquement grâce à Nenya, l'Anneau que ma mère garde. Mais son pouvoir faiblit. Que se passera-t-il lorsqu'il se sera tarit et que trois armées se présenteront ici ? Attendre ne résoudra pas nos problèmes, au contraire.

Elaiano marqua un temps pour reprendre son souffle. Puis elle reprit plus doucement.

— Je refuse de me terrer ici en attendant que Nínim soit capable de franchir les défenses de la Lothlorien. Comprends-tu ? Il nous faut l'attaquer avant qu'il ne soit trop tard.

— Je comprends. Mais les forces des Galadhrims ne sont pas suffisantes pour mener une attaque sur Dol Guldur.

— N'y a-t-il aucun peuple qui puisse nous aider ?

— Il y a peut-être les elfes sylvestres. Ils vivent dans la Forêt Noire au Nord de Dol Guldur et son réputés pour leur talent au combat dans les bois. Mais la forteresse maudite se trouve en dehors de leur territoire, et je doute qu'ils acceptent d'y mener une opération pour cette précise raison. Même si nous leur demandons.

— Il nous faut quand même essayer.

— Tu ne connais pas leur roi.

— N'est-il pas pire de rester là sans rien faire et d'attendre en espérant que les choses s'arrangent d'elle-même ? Quel qu'il soit, ce roi devra bien entendre raison.

— Si tu le dis. Mais ne t'attends pas à un miracle. Surtout venant du Seigneur Thranduil.

Sur ces paroles, le fëanorion se releva et tendit une main secourable à la jeune fille qui s'en empara et se redressa à son tour. L'espoir venait de renaître et même s'il restait beaucoup de blessures non pansées dans le cœur d'Elaiano, Maglor avait confiance en l'adolescente. Malgré tout ce qu'elle avait vécu, elle trouvait toujours un moyen de redresser la tête et de continuer à avancer. Mais à présent que leur destin se profilait, une peur sourde grandissait dans son ventre comme une alerte. A un moment ou à un autre, la jeune fille se retrouverait face à Faegmôr et se battrait contre lui. L'elfe avait surtout peur qu'elle se laisse aveugler par son désir de vengeance et que le combat ne lui coûte la vie. Car il y avait bien une chose qu'elle ne connaissait pas et dont elle ne semblait pas avoir conscience. Elle ne savait pas ce que cela signifiait de perdre un être cher.


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Et voilà !

Il m'a donné du fil à retordre ce chapitre mais bon, j'espère tout de même qu'il vous aura plu.

Rendez-vous la semaine prochaine pour le nouveau chapitre !