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Oui, le titre de ce chapitre est bel et bien une référence à la "dysphorie de genre", et cela me semblait approprié car Loki est rempli de doutes sur son identité.


Chapitre n°15 :

Dysphorie


« Tu ne peux pas les forcer à t'aimer ou à vouloir de toi, mais un jour, tu leur feras réaliser ce qu'ils ont perdu. »


Même une fois Thor rentré de Nilfheim, sain et sauf et victorieux, Loki ne vit pas sa colère disparaître. Elle ne s'atténua qu'à peine.

- On dirait que tu me fais la tête, remarqua Thor un soir de banquet au château.

Il était rare que le prince blond se montre aussi discret en société. Pourtant, il s'était plutôt naturellement penché vers Loki pour lui adresser directement ces paroles.

- Crois-le ou non, répliqua le cadet, je me réjouis que ta mission se soit impeccablement déroulée.

- Si ta colère est dirigée contre père, pourquoi est-ce que j'en fais les frais malgré tout ?

- Je n'en sais rien...

Parce que ce n'est pas de la colère, mais de la jalousie, réalisa Loki.

Depuis le début du banquet – donné en l'honneur de la réussite de Thor –, toutes les attentions étaient de nouveau pleinement dirigées vers l'aîné. Même Odin s'était fendu d'un éloge de son fils. Seule Frigga agissait de façon à ne pas mettre Loki à l'écart – mais ses efforts étaient vains tant le cadet se repliait sur lui-même.

Thor non plus ne s'embarrassait pas plus de son frère. Ceci dit, il devait être vexé – à juste titre – de sa morosité. Il était donc retourné auprès de ses trois amis, qui lui réclamaient encore et encore les détails de l'expédition sur Nilfheim.

- Ce banquet aurait été aussi ton moment de gloire, avait affirmé l'aîné plus tôt dans la journée, si tu n'avais pas décliné la mission.

- Comme je n'en aurais toujours pas eu le commandement, les gens m'auraient ignoré aussi sûrement qu'ils le font toujours, avait rétorqué Loki sèchement.

Il revint à la réalité en entendant le grand éclat de rire de Fandral, quelques mètres plus loin.

- Remarquable désarmement ! s'exclama-t-il. Je n'ose imaginer ce que la mission aurait donné si ton frère en avait eu le commandement... Qu'aurait-il fait contre ce terroriste armé, avec sa magie de femmelette ?

Même Thor s'esclaffa. Alors, Loki se dit qu'il était peut-être temps de quitter le banquet, avant qu'il ne tourne encore plus mal pour lui.

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~oOo~

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- Déjà de retour, mon prince ? s'étonna Ërinn en le voyant passer dans le salon royal.

- Ma leçon de magie de cet après-midi m'a fatigué plus que je ne le pensais, mentit Loki.

- Ce ne serait pas plutôt le banquet en lui-même qui serait le problème ?

Comme souvent, Ërinn touchait en plein dans le mille. C'était comme si elle disposait d'un sixième sens, mais qui n'était pas de la sorcellerie.

- J'en ai eu assez des moqueries des amis de Thor, avoua-t-il enfin.

- Vous devriez sérieusement envisager de vous faire vos propres amis, suggéra doucement Ërinn. Des amis qui vous accepteraient tel que vous êtes.

- Mais quel Asgardien sensé voudrait devenir ami avec un prince qui se défile devant les expéditions et qui pratique la magie ?! explosa Loki.

- Vous n'avez pas refusé cette mission par lâcheté, et le plus important, c'est que vous en ayez conscience. Cela vous aidera à convaincre ceux qui en doutent.

- Je suis fatigué de me battre contre tout le monde, soupira le jeune prince. D'essayer de prouver ma valeur à des personnes qui m'ont déjà catégorisé négativement. Je devrais peut-être plutôt tenir salon et parler chiffons, comme une bonne petite princesse.

Ërinn posa ses deux mains sur les épaules de son protégé, et le fixa droit dans son regard presque fuyant.

- La magie, fit-elle en détachant bien les mots, n'est pas une affaire de femmes. C'est une affaire de toutes les personnes qui souhaitent la pratiquer. Ce n'est pas parce que vous avez une sensibilité féminine que vous êtes forcément une femme, et ce n'est pas une tare d'être différent des autres. Vous n'y pouvez rien, et rien ne changera réellement et durablement cet état de fait. Au mieux, vous ne pourrez que vous cacher derrière un masque, mais vous deviendrez fou à force de paraître sans cesse comme vous n'êtes pas. Faites de votre handicap social une force, et soyez patient pour trouver le meilleur moyen d'y parvenir. Rien n'est encore perdu.