Bonjour !

J'espère que vous allez bien et que tout va bien chez vous ! Bon ce chapitre est un sacré pâté et surtout le plus long depuis le début de la fic (oui je suis sérieuse, avec mes blabla de débuts et fins de chapitre j'atteins 5 000 mots au compteur) et je pense que le titre vous met un peu la puce à l'oreille sur ce qu'il est en train de se passer.

Et oui, l'air de rien c'est le 71ème chapitre et on arrive tout doucement à la fin de l'histoire. Alors asseyez-vous confortablement et bouclez vos ceintures car ça va swinguer (et ce n'est pas parce que j'ai passé mon permis que la dernière ligne droite va être calme et plate. Je compte bien secouer un peu tout ce beau monde avant).

Sur ce bonne lecture !

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Le début de la fin —

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La Lothlorien n'était plus qu'un point à l'horizon. Il ne restait autour de l'armée que la plaine immense et sans fin. Cela faisait déjà de longues heures que la troupe marchait sous les rayons du soleil encore fragiles du printemps. Lentement la nature s'éveilla et sortait de l'hibernation dans lequel le dernier hiver l'avait plongée. Pourtant animaux et plantes semblaient avoir peur de se dévoiler au grand jour, comme si le danger venu du Mordor et de Dol Guldur les effrayaient. Leur influence néfaste était perceptible peu importe où l'on portait le regard. De la plus petite fleur poussant avec difficulté entre deux rochers, au soleil même dont les rayons semblaient plus froid de jour en jour malgré la saison printanière.

La jument d'Elaiano fit un écart et la jeune fille dû se reconcentrer sur sa route pour ne pas déranger la colonne de soldats. Caras Galadhon n'abritait que très peu de chevaux, ainsi elle se trouvait être l'une des rares à s'être vue confiée une monture. Tout comme elle, Celeborn, Maglor, Haldir, quelques généraux, et Galadriel se tenaient sur leur chevaux et les maniaient avec grâce et assurance. Il était d'autant plus impressionnant de voir la dame des Galadhrims sur une monture. D'aussi loin que remontait ses souvenirs, l'adolescente l'avait toujours vue debout habillée d'une longue robe blanche qui cachait ses pieds généralement nus. Il lui semblait l'avoir aperçu en de rares occasions assise, mais elles devaient se comptaient sur les doigts d'une seule main. Assise en amazone sur un étalon noir, son éternelle robe blanche suivait les formes de l'animal jusqu'à rester suspendue au-dessus du vide au niveau du ventre du cheval. Leur étrange duo se repérait de loin et une majesté comme à nul autre pareil se dégageait d'eux.

A ses côtés chevauchaient Celeborn et Haldir. Tout deux perchés sur des montures à la robe cendrée, ils guidait la troupe avec fermeté imposant un rythme soutenu sans être pour autant intenable pour ceux restés à pieds. Elaiano les avaient vu échanger quelques mots à deux ou trois reprises mais sans plus. Comme le reste des membres de l'expédition, ils préféraient garder le silence. La jeune fille se retourna une dernière fois dans l'espoir d'apercevoir une dernière fois la lisière de la Lorien mais cette fois elle ne vit rien. Maglor qui chevauchait quelques mètres derrière elle fit accélérer sa monture et vint se mettre à sa hauteur.

— Tout se passera bien, ne t'inquiètes pas.

L'adolescente préféra ne pas lui répondre. Sa tentative pour la rassurer était louable mais elle avait surtout besoin de se changer les idées. L'elfe dut le comprendre car il changea aussitôt de sujet.

— Tu dois sûrement te demander ce que j'ai fait pendant ton…

Il marqua un temps comme pour choisir avec soin les mots qu'il allait employer.

— Pendant ton absence.

Elaiano grimaça. Elle s'attendait à tout sauf à ça et le sujet était loin de lui plaire. Pourtant elle tenta de cacher sa gêne et répondit par l'affirmative d'un simple hochement de tête. En réalité, elle n'avait pas réfléchit à la question, les évènements des derniers jours ne lui ayant pas vraiment laissé le temps de s'arrêter sur ce genre de détails. Mais à présent que Maglor le lui proposait, elle se sentait un peu coupable. Elle avait disparu longtemps. Bien plus que la première fois. Et une fois de retour, trop concentrée sur ses propres problèmes, elle n'avait même pas pensé à lui demander. A présent, il lui tendait une perche pour se rattraper. Bien décidée à laisser de côté quelques instants ses soucis, elle reporta toute son attention sur Maglor.

— Glorfindel est arrivé juste après ton départ. Vraisemblablement, dès son arrivée à Erebor, les Nains lui ont indiqué où nous étions et il s'y est directement rendu. Nous avons donc décidé d'attendre quelques temps ton retour. Nous avons fini par installer un campement de fortune un peu à l'écart du glacier et nous montions la garde. Régulièrement, l'un de nous deux retournait à Erebor où les Nains nous confiaient des vivres et autres matériels nécessaire. Je doute qu'ils l'aient fait de bonne grâce, mais au moins nous n'étions plus dans leur royaume. Je crois d'ailleurs que Glorfindel a su se montrer très convaincant la première fois qu'il est redescendu chercher des provisions car il est revenu avec bien plus que nécessaire. J'ignore quelle méthode il a employé par contre, ajouta-t-il vivement dans une tentative d'humour qui fit sourire la jeune fille.

Si l'on ignorait le contexte qui les avaient poussé à camper dans une forteresse glacée et abandonnée, son histoire s'en trouvait presque amusante.

— Au bout de trois semaines, Glorfindel a commencé a émettre le doute que tu reviennes. Bien sûr je n'ai pas voulu l'écouter mais au fond, je savais qu'il avait raison. Ce n'est qu'après un long mois après ton départ que nous sommes partis. J'ai proposé de retourner les deux chevaux qu'il avait ramené à leurs propriétaires mais il s'y est opposé. C'est à ce moment qu'il m'a avoué ne pas avoir trouvé nos frères des bois et avoir finalement demandé à un commerçant d'un petit village de pêcheurs du bord du Long Lac qui avait finalement accepté de les lui céder en échange de sa promesse de les ramener.

— Vous les lui avaient rendus ?

— Bien sûr. Il n'y a pas cru lorsqu'il nous a vu revenir et je crois que tous le village aussi. Il n'étaient pas très nombreux, mais tous nous ont regardé d'une drôle de façon lorsque nous avons rendu les chevaux.

Cette fois sa remarque fit sourire l'adolescente. Si la réponse lui semblait évidente, le fëanorion ne semblait par contre ne pas connaitre la raison.

— Je ne sais pas ce que tu en penses, mais je doute qu'ils aient l'habitude de voir des elfes, répondit-elle avec humour. En tout cas, personnellement si quelqu'un m'avait dit au lycée qu'il avait vu un elfe, je l'aurais sûrement pris pour un fou. Et au collège ou en primaire, je lui aurait directement demandé de me montrer. Mais bon, peut-être qu'en Terre-Du-Milieu c'est une chose commune.

Maglor ne releva pas les termes qu'elle avait employé même s'il ignorait ce qu'étaient un collège et un lycée, ou même la primaire. Il se doutait qu'il s'agissait de chose sur Terre mais quant à savoir quoi. Peut-être un lieu ou une cité au vu de la façon dont l'adolescente en avait parlé.

— Il est vrai que maintenant nos peuples restent séparés.

— Ce n'était pas le cas avant ?

— Les temps changent.

— J'imagine.

La jeune fille replongea dans ses propres pensées pendant quelques minutes avant de reprendre la parole.

— Au fait, je me suis toujours demandé comment tu faisais à Barad-Dûr pour savoir tant de choses. Pas que tu y sois resté longtemps mais… tenta-t-elle d'expliquer avant de s'interrompre gênée.

Elle ne savait pas comment formuler sa question sans blesser son interlocuteur. Elle avait depuis longtemps comprit qu'il avait souffert de son enfermement prolongé dans les geôles de la forteresse du Mordor.

— Disons que garder un seul prisonnier peut être très ennuyeux. Certains Orcs sont plus bavard que d'autres alors j'ai pu glaner quelques informations en écoutant leurs conversations.

— Je ne comprenais pourtant rien à ce qu'ils racontaient la plupart du temps.

— Ils s'exprimaient souvent en Noir Parlé du Mordor. Peu de personnes le parle couramment, mais j'ai quelques bases. Et crois-moi, les rumeurs allaient bon train dans la tour.

— Quelques bases peut-être, mais tu restais quand même hyper bien informé, répliqua la jeune fille avant de pousser un cri de surprise lorsque sa jument fit à nouveau un écart. Mais elle fait exprès ou quoi ? On dirait Isilmë.

A cette mention son regard s'assombrit. Après l'incident aux abords de la Comté, la jument s'était enfuie aux côtés d'Asfaloth, le cheval de Glorfindel. Elle ne l'avait jamais revue.

— Après avoir rendu les cheveux au commerçant, Glorfindel et moi sommes retournés à la vallée d'Imladris. J'y ait séjourné un certain temps et c'est là que j'ai rencontré Isilmë. Elle était très intelligente cette jument car elle était revenue d'elle-même à Fondcombe. C'est du moins ce que m'a dit Elrond lorsqu'il m'a expliqué ce qui s'était passé après mon départ.

Elaiano sourit intérieurement. Tous s'adressaient à Elrond ou parlaient de lui en disant ''Seigneur''. Mais Maglor apparemment n'y prêtait pas garde. Après tout c'était lui qui l'avait en partie élevé, il pouvait sûrement se permettre ce genre de familiarités même si la dernière fois qu'elle les avaient vu, il ne semblaient pas en très bons termes. Remarquant que Maglor avait poursuivi son récit, elle s'empressa de se concentrer à nouveau sur les propos qu'il tenait.

— J'espère que tu ne m'en veux pas, mais je me suis finalement décidé à partir à ta recherche en Terre-Du-Milieu et Isilmë a été une belle monture. Malheureusement, elle est finalement morte à un âge avancé. Suite à ça, je suis resté à Fondcombe pendant de longues années, jusqu'à ce qu'Elrond m'annonce que tu avais été vue non loin de la Lothlorien. C'était il y a environ vingt-cinq ans. Je suis parti pour le Bois Doré et même si comme la dernière fois, ils n'ont pas été ravis de me voir, ils m'ont finalement accepté. J'y suis resté depuis.

— Je suis désolée d'avoir disparu si longtemps. Ce n'était pas intentionnel.

— Ce n'est rien. Tu n'as pas à te blâmer pour ça, répliqua-t-il avec douceur. Et puis, tu as beaucoup changé depuis.

La jeune fille releva la tête, perplexe.

— Que veux tu dire ?

Le fëanorion lui décocha un sourire voulu mystérieux et se garda bien de lui répondre.

— En tout cas, une chose n'a pas changé.

L'adolescente voulu se retenir de lui poser la question mais celle-ci lui brûlait la langue. Finalement, elle succomba à la tentation.

— Quoi donc ?

— Tu crois vraiment que nous parlons en Langage Courant depuis tout à l'heure ?

Elaiano voulu répondre par l'affirmative, mais le sourire goguenard de son interlocuteur la retint. Elle se repassa les propos de l'elfe dans sa tête en essayant de se concentrer sur les mots plutôt que leur sens. Alors l'évidence lui sauta aux yeux.

— Tu n'as pas honte de t'amuser comme ça avec moi ? s'écria-t-elle plus amusée qu'énervée. C'est déjà perturbant de ne jamais savoir, alors cesses de t'amuser à changer de langue toutes les cinq minutes.

Elle fit faire un écart à sa jument pour perturber la monture de l'elfe mais celui-ci la vit faire et s'écarta. Puis il lança son cheval au trot puis au galop.

— Reviens ici tout de suite ! hurla-t-elle en se lançant à sa poursuite.

Son départ souleva un nuage de poussière et les quelques Galadhrims qui avaient entendus la fin de la conversation ne purent retenir un sourire en coin. Sa joie était tel un rayon de lumière dans une matinée bien sombre. Lorsque les deux cavaliers dépassèrent la tête de file, personne ne chercha à les arrêter. Mieux valait les laisser profiter d'un moment de bonheur car ils en auraient tous besoin dans les jours à venir. Ils se poursuivirent quelques minutes avant de se lasser et de revenir au petit trot en direction de la colonne dont le rythme régulier n'avait pas changé. Ils se situaient encore à bonne distance lorsque soudainement le collier de la jeune fille se mit à étinceler de milles-feux. Au même instant, la terre se mit à trembler si fort que Maglor dû s'accrocher à son cheval pour ne pas être jeté au sol. La secousse dura quelques secondes sans sembler perdre en intensité avant de s'arrêter aussi soudainement qu'elle avait commencé. Le pendentif d'Elaiano s'éteignit alors et l'adolescente sembla sortir d'une très longue apnée.

Le souffle encore haletant elle ne prit même pas le temps de dire quoi que ce soit et lança sa jument au triple galop en direction de la colonne de soldats, le visage soudainement fermé. Leur arrivée passa presque inaperçu tant tous étaient affairés à ramasser les provisions qui étaient tombées au sol, ou à chercher à comprendre ce qui avait pu déclencher une telle secousse. Elaiano s'empressa de se diriger vers les Seigneurs des Galadhrims ainsi que les généraux qui s'étaient rassemblés en urgence en tête de file. Si tous semblaient en grande conversation, Galadriel elle restait un peu en retrait les yeux fermés. A l'approche des deux cavaliers, elle rouvrit les yeux et les invita d'abord à la rejoindre. La jeune fille obéit et orienta sa monture dans sa direction. Arrivée à sa hauteur, elle s'arrêta tant bien que mal et dû reprendre son souffle avant de pouvoir dire quoi que ce soit.

— Que s'est-il passé ?

L'elfe ne lui répondit pas mais se contenta de lui adresser un grand sourire avant de lui montrer, aussi discrètement que possible, Nenya l'anneau qu'elle gardait. L'adolescente nota aussitôt que l'éclat qui le nimbait auparavant vacillait comme la flamme d'une bougie. Par moment, sa lumière disparaissait presque entièrement, alors qu'à d'autres elle apparaissait encore plus vivace. Maglor plissa les yeux mais ne fit aucun commentaire.

— Que s'est-il passé ? se répéta la jeune fille. Je l'ai senti moi aussi.

A nouveau l'elfe se garda bien de lui répondre. En silence, elle fit pivoter avec grâce sa monture et la fit s'avancer en direction du groupe en grande conversation. A son approche, ils se turent et s'écartèrent. La Dame échangea un long regard silencieux avec Celeborn qui finit par acquiescer légèrement de la tête alors qu'aucun mot audible n'ait été échangé. D'ordinaire calme et serein en apparence, un sourire apparu sur son visage et raviva la curiosité de tout ceux qui étaient présents et avaient manqués l'échange mental entre les deux protecteurs des bois de la Lorien. Enfin l'elfe se tourna vers tous.

— Il semblerait que l'Ennemi ait été défait.

Sa déclaration pourtant simple eut l'effet d'une bombe. Les généraux habituellement impassibles ne purent retenir un sourire de joie. Les soldats les plus proches et qui avaient apparemment laissés trainer leurs oreilles se figèrent et certains lâchèrent même leurs paquets de surprise s'attirant les regards intrigués de leurs voisins. Sans prendre le temps d'apporter plus d'explications, il se fraya un chemin entre les autres cavaliers et s'avança vers la petite armée qui attendait vraisemblablement une annonce.

— Ce que nous venons tous de ressentir provient du Mordor. La montagne d'Oraduir vient d'entrer en éruption et à l'instant où je vous parle les fondations de Barad-Dûr ont été détruites. Sauron a été vaincu.

Il se tue un instant pour laisser le temps aux soldats de digérer la nouvelle avant de reprendre avec une force et une vigueur qu'Elaiano ne lui connaissait pas. Elle avait toujours connu Celeborn comme un elfe posé et calme, mais à présent il se dressait sur sa monture avec fierté et galvanisait ses troupes.

— La Terre-du-Milieu est enfin libérée du joug de l'Ennemi et un nouveau roi se dressera bientôt sur le trône du Gondor. La paix reviendra enfin sur ses terres. Mais il ne sera pas dit qu'au moment de la victoire, les Elfes ont abandonnés les Hommes. La reconstruction de ce monde sera longue mais ne sera pas notre mission. Les Hommes ont vaincu Sauron. Maintenant c'est à nous d'abattre et de mettre fin à la puissance de Dol Guldur. Alors à vos arcs. A vos lances. A vos épées. Aujourd'hui les Hommes ont remportés une victoire en Mordor. Demain, nous gagnerons à notre tour à Dol Guldur. Enfin seulement la paix reviendra. Enfin seulement nous pourrons partir le cœur serein.

Son discours s'acheva et un silence respectueux s'installa. Elaiano s'attendait presque à les voir pousser des cris guerriers comme dans les dizaines de films qu'elle avait vu sur Terre mais ce n'était pas dans les coutumes des Galadhrims d'exprimer leurs émotions. Tous se tournèrent en direction du Gondor et posèrent un genoux en terre. Puis ils portèrent leur main droite à leur cœur puis l'écartèrent en guise de salut avant de se relever toujours en silence. Ceux montés sur des chevaux se contentèrent d'effectuer le geste de la main sans mettre pied à terre mais l'intention était la même. Puis l'armée reprit en silence sa longue route en direction de la Forêt Noire.

L'adolescente calqua le rythme de sa monture sur celui de la troupe et Maglor vint se placer à côté d'elle. Aucun d'eux ne rompit le silence car ils savaient tout deux que ce qu'il venait de se passer comptait beaucoup aux yeux de ceux qui les accompagnaient. Le fëanorion lui-même semblait soulagé d'apprendre la chute de Sauron mais Elaiano se sentait un peu étrangère a tout cet engouement. Une sensation désagréable lui parcourait le dos et lui rappelait qu'elle n'avait pas vraiment combattu Sauron. Elle avait même logé un temps dans Barad-Dûr sans même savoir qu'elle se trouvait à quelques centaines de mètres de l'être le plus craint de Terre-Du-Milieu. Être dont elle n'avait presque jamais parlé mis à part quelques mots avec Maglor ou de rares sous-entendus avec Nínim. Car n'ayant presque pas eu conscience du danger que représentait l'Œil, Faegmôr restait aux yeux de la jeune fille un danger bien plus pesant que Sauron. Et à présent qu'il n'était plus, la Maia d'Irmo ne tarderait pas à sortir de sa tanière. Telle était la réelle raison de leur expédition. Sous couvert de mettre fin à l'influence de Sauron en Terre-Du-Milieu, leur mission était surtout d'empêcher Nínim de profiter du chaos et de leur inattention pour jaillir et conquérir le monde sans être opposé à la moindre difficulté. Elaiano tourna son regard vers le Nord où un point noir et flou se détachait. Sûrement l'orée de la Forêt Noire. Elle ne laisserait pas Faegmôr gagner. Quoi qu'il lui en couterait.

Debout en haut de ce qu'il restait de la pluie haute tour de Dol Guldur, le Maia d'Irmo contemplait les légions qui s'organisaient en contrebas. Dressée sur une colline pelée, non loin de la Forêt Noire, la citadelle délabrée représentait un point stratégique d'importance. Pourtant située entre les deux royaumes elfiques les plus importants de Terre-Du-Milieu, son influence et sa puissance étaient redoutées. Jusqu'à présent ni les Galadhrims ni les elfes silvestres n'avaient osés mener de batailles à l'encontre de la forteresse. Mais ce temps était révolu. Il le savait. Il l'avait lu. Et même s'il n'avait pas réussit à percer les barrières protectrices de la Lorien, il était tout de même parvenu à effleurer la conscience de la jeune elfe lors de ces sommeils. Et à chaque fois il avait uniquement ressentit de la tension et une pointe d'amertume enfouie sous un mélange anormal d'émotions contradictoires. Mais surtout de l'amour et de la haine. Envers lui ou Maglor il n'en savait rien, mais au fond il n'en avait rien à faire. Il était presque certain que le sceau qu'il avait placé dans la tête de l'adolescente n'avait pas cédé sinon elle ne serait pas tombée aussi facilement dans le piège qu'il lui avait tendu lors du dernier assaut qu'il avait mené contre la Lothlorien.

— Monseigneur. Nos éclaireurs ont remarqués qu'une troupe d'elfes marche sur la citadelle, fit un Orc d'une voix nasillarde en s'approchant. Quels sont les ordres de l'Œil ?

Faegmôr tourna la tête vers l'inopportun qui avait osé couper le court de ses pensées. Préparez-vous au combat, ils nous attaquerons dans trois jours. Tenez-vous prêt.

— Bien monseigneur, répondit son interlocuteur avec un déférence feinte avant de s'en aller rejoindre ses troupes.

Nínim le regarda s'éloigner d'une démarche gauche qui mettait parfaitement en valeur son absence de beauté. Comme tous ceux de son espèce il était hideux, malodorant, et ne jurait fidélité qu'à Sauron. Malgré tout les Orcs faisaient de parfaites armées. Ils obéiraient tant qu'ils penseraient que le Maia servait les intérêts de Barad-Dûr. Cette pensée arracha un sourire narquois à celui qui les commandait. L'Œil avait depuis bien longtemps perdu le contrôle de la garnison de Dol Guldur.

Le Maia se détourna de la troupe d'Orcs et de Wargs affamés qui criaient en contrebas de son promontoire pour se tourner vers le Sud. De sa position il ne pouvait voir la troupe de Galadhrims qui avançait mais elle était là quelque part au milieu de la plaine qui séparait les deux forêts. Il savait qu'ils allaient s'allier à Thranduil et qu'ils mèneraient une attaque contre Dol Guldur sous peu. Aucun d'eux, pas même Galadriel, ne connaissait le futur mais lui si. Jusqu'à présent presque tout c'était déroulé comme prévu et même l'histoire qu'il avait lu annonçait la destruction de la forteresse, il était le seul à le savoir. Et il ne laisserait pas un conte pour enfants détruire tout ce qu'il avait entrepris. Il changerait le futur et gouvernerait la Terre-Du-Milieu. Il ne lui suffisait plus qu'à faire ce qu'il aurait dû entreprendre bien plus tôt.

Il avait espéré qu'Elaiano finirait par lui obéir sans broncher mais il avait sous-estimé sa volonté. Jamais elle ne lui avait fait entièrement confiance et à présent elle ne se laisserait plus avoir par ses illusions. Elle s'était déjà échappée une fois sans vraiment savoir comment d'un des rêves qu'il lui avait imposé et Faegmôr se doutait qu'elle saurait le refaire suffisamment vite pour garder le contrôle. Il pourrait faire des ravages dans son esprit mais pas reprendre le contrôle qu'il avait perdu car cela demandait plus de temps et de douceur. Choses qui n'existaient pas dans un combat. Surtout que le fëanorion serait là pour la protéger. Cet elfe qui avait miraculeusement survécu au Premier Age alors que toute sa famille avait péri méritait de souffrir encore plus. Il le capturerait et torturerait l'adolescente sous ses yeux jusqu'à ce qu'elle devienne complètement folle. Et à ce moment-là, lorsqu'il ne resterait plus aucun espoir en lui, il livrerait le corps de la jeune fille aux Wargs et les regarderaient se repaitre des chairs de celle qui avait osé se dresser contre lui. Et lorsqu'il ne resterait plus que des os rutilants, il s'emparerait de son pendentif et le confierait à un homme dont il ferait son pantin.

— Maudits soient les Valar et leurs restrictions inutiles, cracha-t-il.

C'était à cause d'eux et de leurs règles qu'il ne pouvait pas porter les deux pendentifs. Les Valar s'étaient assurés que seuls ceux ne possédant pas d'Objets de pouvoir puissent détenir les Cinq. Ainsi si le Maia conservait les deux colliers, l'un d'eux finirait par se briser et ses plans de conquête tomberaient à l'eau. Cette fois il choisirait un combattant chevronné et lui ôterait toute pensée propre. Pour les Valar ils seraient deux, mais en réalité il n'y en aurait qu'un à la barre du navire. A cet instant une douleur fulgurante le traversa et la terre trembla. Le Maia se plia en deux de douleur son pendentif le brûlant avec une force qu'il n'avait jamais sentit auparavant. Lorsque les tremblements cessèrent, le collier cessa aussitôt de le brûler mais laissa une trace noire légèrement ovale sur la peau pâle du Maia. Le souffle court, il s'appuya contre un mur de briques grossières pour reprendre son souffle et calmer les battements de son cœur. Il savait ce qu'il venait de se passer et se doutait fortement que cela ne passerait pas inaperçu. Mais il ne s'était pas attendu à une réaction aussi forte. Au même instant, il sentit son pouvoir décroitre et il dû s'accrocher encore plus fort au mur pour ne pas tomber. Il s'était toujours servi de son pendentif pour accroitre sa puissance, mais à présent que l'Anneau Unique était détruit le pouvoir contenu dans les Cinq diminuaient. Alors comme eux il s'affaiblirait jusqu'à ce que qu'il ne possède plus que la faible puissance qu'il détenait en arrivant en Terre-Du-Milieu des milliers d'années auparavant.

— Maudits Valar, répéta-t-il avec colère. Je serais celui qui gouverna Arda. Et une fois que tous les peuples de ce monde se seront prosternés à mes pieds, j'assouvirai à leur tour les peuples de la Terre. Et enfin, je marcherai sur Aman et vous renverserai. Un jour vous paierez. Vous pouvez m'affaiblir mais pas m'anéantir. Et bientôt vous regretterez de ne pas m'avoir éliminé lorsque vous le pouviez encore.

Une flamme de haine pure se mit à danser dans ses yeux et il se redressa de toute sa hauteur.

— Vous voulez jouer ? Alors laissez-moi vous montrer ce dont je suis capable !

Ses longs cheveux d'un noir glissèrent le long de ses épaules pour encadrer son visage. Le contraste avec sa peau s'accentua alors lorsqu'il leva les bras et déchaina la puissance qu'il contenait en lui depuis bien longtemps sans jamais la montrer à quiconque. Jusqu'à présent il avait agi sous le couvert des ténèbres, à tirer les ficelles pour obtenir un contrôle de plus en plus important sur les armées de Sauron sans que celui-ci ne le remarque. Mais à présent il était temps pour lui de se dévoiler au grand jour et de montrer à tous ce dont il était capable. Avec la destruction de Barad-Dûr commençait l'ultime phase de son plan. Un plan préparé minutieusement qui se basait sur un point majeur : la peur. Maintenant que Sauron n'était plus, il pouvait émerger des cendres de la peur qu'il provoquait pour mener à bien ce qu'il avait été incapable de faire.

Ce serait lui, Faegmôr qui gouvernerait le monde et nul autre. Il n'était plus Nínim le perce-neige inoffensif qui avait autrefois servit Irmo, le Vala des songes. Son nouveau nom signifiait sombre malfaisance et était l'image qu'il voulait que les populations aient de lui. Il était les nuages d'orages dans le ciel, les éclairs qui frappaient la terre, l'ouragan qui arrachait les arbres, et le murmure dans la nuit qui terrifie même les plus courageux. Tous le craindraient et désespéreraient de revoir la lumière du jour car il serait bientôt dans les pensées de tous à chaque instant. Il serait leurs peurs les plus profondes, et tous se soumettraient. Alors le Maia déchaina sa puissance. En un instant le ciel s'assombrit et de gros nuages noirs s'amoncelèrent jusqu'à cacher la lumière du soleil. Puis Faegmôr se tourna vers l'armée d'Orc qui s'affairait en contrebas. Il ferma les yeux et en quelques instants s'empara de leurs consciences. Ainsi privés de leur conscience ils ne comprendraient jamais que Sauron n'était plus et ne chercheraient jamais à se rebeller. Il rouvrit les yeux et contempla son œuvre. La forteresse se trouvait maintenant plongée dans le silence et tous s'affairaient tels des automates. Un sourire glacé apparu sur les lèvres de Faegmôr. Le jeu venait de commencer, à présent il n'avait plus qu'à attendre que les elfes attaquent. C'était le début de la fin pour les peuples libres de Terre-Du-Milieu.


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Et voilà !

Vous deviez être sûrement ravis d'avoir des gros paragraphes sur Faegmôr, non ?

Bon sinon ça ne sert à rien de vous jeter sur la chronologie, nous sommes effectivement le 25 mars 3019 (c'était marqué dans le chapitre précédent il me semble mais bon) et oui il s'attend à une attaque sur Dol Guldur le 28 mars *a totalement la flemme d'expliquer ce qu'il se passe dans le Seigneur des Anneaux à ce moment là*. Je vous laisse lire les appendices si ça vous intéresse.

Et pour ceux et celles qui ne sauraient pas et auraient été perturbé, Long Lac est le nom du lac qui s'étend au pied d'Erebor.

Bref j'espère que ce chapitre vous aura plu et bonnes vacances à ceux et celles qui en ont ! Sinon je vous souhaite un Joyeux Noël car le prochain chapitre n'arrivera qu'après Noël. Sur ce, à la prochaine !