3... 2... 1... Bonne année !
J'espère que votre jour de l'an s'est bien passé (rebelote j'écris ces lignes le 28 décembre donc c'est bizarre) et que vous allez bien.
On démarre l'année avec ce qui sera sans le moindre doute le dernier chapitre "calme" avant la fin de l'histoire. Ce chapitre a entièrement été écrit sur téléphone pendant mes trajets en voiture donc il est possible qu'il y ait plus d'erreurs que d'habitude malgré mes vérifications (merci au correcteur automatique qui ne supporte pas les phrases en elfiques et tous les termes liés à la fantasy).
Sur ce je vous laisse, bonne lecture !
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— Avant l'orage —
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Le reste de leur périple dans les profondeurs obscures de la Forêt Noire se firent sans encombre. Le groupe maintenant bien élargit poursuivit d'un bon pas sa route et bientôt le chemin s'élargit jusqu'à atteindre une largeur suffisante pour laisser aisément passer quatre ou cinq personnes de front. Elaiano se plaça donc aux côtés de Maglor et mit un point d'honneur à ne pas traîner. Une fois l'adrénaline du combat retombée, la fatigue qui l'assaillait depuis le début du jour se faisait de plus en plus sentir et la jeune fille craignait de s'effondrer ou de trébucher sur une racine. Par chance la route sur laquelle ils marchaient à présent semblait plus fréquentée et moins dangereuse que le sentier quasi invisible sur lequel ils avaient dû crapahuter pendant des heures. Même les toiles d'araignée n'apparaissaient plus et la forêt en devenait presque accueillante. Presque. La menace de Dol Guldur restait présente et quelque chose dans l'air différait de la Lothlorien. Si le Bois Doré était un lieu protégé et apaisant, la Forêt Noire recelait une multitude de dangers et de pièges que l'obscurité des bois camouflait. Tout, jusqu'à l'attitude même de ceux qui habitaient ces lieux rappelait à l'adolescente qu'ici le danger pouvait provenir de partout à la fois, sous n'importe qu'elle forme, et à n'importe quel moment. La sécurité y était une notion aussi impossible qu'étrangère.
Le sol changea et le terrain légèrement rocailleux devint de longues dalles finement taillées et ajustées. Levant le regard, Elaiano aperçu juste devant elle un immense pont qui enjambait un précipice où coulait une rivière dont l'eau claire tranchait avec celle des marais troubles et infestées d'algues qu'ils avaient croisés jusqu'à présent. Une immense roche barrait l'horizon et l'extrémité du pont aboutissait sur ce qui paraissait le seul accès permettant d'accéder à la roche. A cet endroit, une immense porte en bois et renforcée de barres de métal laissait entrevoir une entrée. Et selon toutes vraisemblance, il s'agissait là de leur destination. Le royaume des elfes sylvestres serait donc souterrain ? Aux côtés de la jeune fille, Maglor se raidit soudainement sans raison apparente les yeux braqués sur l'entrée. L'adolescente lui adressa un regard où se mêlaient surprise et incompréhension et l'elfe s'en aperçu. Il entreprit donc de se détendre et de desserrer sa mâchoire crispée mais Elaiano nota qu'il gardait une certaine raideur dans son attitude ce qui ne lui ressemblait pas vraiment. Les seules fois où elle l'avait vu se comporter de cette manière étaient les fois où ils avaient parlés du Premier Âge ou d'événements dont le fëanorion n'était pas fier.
— Menegroth, souffla-t-il.
Il parla d'une voix si faible que seule la jeune fille l'entendit et elle comprit que tel en était justement l'objectif. Mais l'adolescente n'obtint pas plus d'explications de sa part et elle se promit de lui demander plus tard lorsqu'ils ne seraient pas entourés par des personnes qu'ils ne connaissaient pas. Elaiano s'emmura alors dans le silence qu'elle avait gardé depuis la bataille contre les araignées géantes et entreprit d'ignorer la sensation de brûlure qui lui barrait le ventre à l'endroit même où elle avait été touchée peu avant. Ce qui l'a gênait le plus était qu'elle avait la sensation d'avoir déjà entendu le nom de Menegroth sans parvenir à se rappeler ce à quoi il faisait référence. Un lieu ? Une bataille ? Un peuple ? Et malgré son instinct qui lui soufflait que le pont et l'entrée dans la roche devaient avoir un lien, l'adolescente décida de laisser cette question sur le côté pour se concentrer sur l'instant présent. Ils devaient absolument convaincre le roi Thranduil de joindre ses forces armées aux leurs. Le pas irrégulier des membres de la petite troupe résonna sur les dalles de pierre avant que la roche ne devienne bois et qu'ils ne pénètrent à l'intérieur du royaume.
Après les dernières heures qu'ils avaient passés dans les bois à désespérer entrevoir la moindre trace de civilisation, la beauté du lieu époustoufla l'adolescente. Elle avait toujours considéré la Vallée Cachée d'Imladris et Caras Galadhon comme des joyaux d'architecture, mais le royaume souterrain des habitants de la Forêt Noire méritait lui aussi sa place parmi les endroits les plus beaux que la jeune fille ait vu. Loin des complexes décors naturels de la Lothlorien et des statues de Fondcombe, l'architecture était beaucoup plus épurée et simple. Les chemins qui reliaient les différents espaces de la cité étaient constitués d'immenses passerelles en bois peu larges surplombant le vide. D'immenses colonnes en bois clair parfois sculptées de simples arabesques non dénuées de délicatesse partaient des tréfonds du royaume pour s'envoler dans les hauteurs. Après quelques pas, Elaiano en vint à se demander s'il s'agissait réellement d'un lieu souterrain ou si le sommet du royaume était protégé par l'épaisse couverture de feuillage qu'offraient les arbres de la forêt.
Sans perdre de temps, la troupe armée guida la petite expédition vers le cœur du royaume en marchant sans difficulté sur les passerelles aériennes de la cité. Après une brève hésitation, l'adolescente s'y engagea à son tour et s'évertua à ignorer le vide qui s'étendait autour d'elle ainsi que le fait qu'elle marchait sur une énorme branche d'arbre sans barrières ou cordes pour la rattraper. Maglor qui s'était glissé derrière elle posa une main rassurante sur son épaule comme pour lui signifier que si elle glissait il serait là pour la rattraper et le geste rassura la jeune fille. Un peu rassérénée elle accéléra le pas pour vite quitter la passerelle et déboucha peu après sur une petite plateforme gardée par deux gardes tellement armés et engoncés dans des armures que la seule portion de leur corps qui restait visible était leurs yeux. Et encore, les gardes gardaient leur regard braqué droit devant eux et ne bougeaient pas d'un millimètre. Pour un peu, l'adolescente les auraient pris pour des statues. Reportant son attention sur la plateforme sur lequel ils avaient pris pied, Elaiano remarqua qu'elle était entièrement sculptée dans un bois clair, un immense trône surplombait l'espace et une série de marches suivant la forme arrondie de l'esplanade permettait d'y accéder. Et sur le trône de tenait assis un elfe habillé d'une longue tenue argentée. Ses yeux bleu acier dégageaient une force et une volonté qui surprit autant qu'elle effraya l'adolescente. Le regard de marbre ainsi que la stature digne du roi étaient renforcés par la couronne de branchages et de feuilles qui le surplombait dessinant un arc de cercle à l'arrière de sa tête et laissant libre ses longs cheveux raides d'un blond platine.
— Thranduil Oropherion, anann le ú-gennin.
— Trêves de formalités Celeborn, répondit simplement Thranduil en se levant. Tu n'as sûrement pas quitté la quiétude de la Lothlorien dans l'unique but de me revoir. D'autant plus que tu ne viens pas seul.
Sur ces mots il se dirigea vers les marches du trône et commença à descendre avec lenteur et dignité. D'abord surprise par le ton familier du roi, la jeune fille remarqua le long fourreau qui pendait à son côté.
— Non en effet. Il s'agit d'une affaire d'importance qui nous concerne tous.
Thranduil accueillit la réponse du Seigneur des Galadhrims sans manifester la moindre surprise et s'arrêta sur les marches du trônes à quelques pas seulement du sol.
— Gwanna men, lâcha-t-il calmement.
Aussitôt les deux gardes qui gardaient l'accès à la plateforme s'en allèrent. Les deux soldats Galadhrims jetèrent un regard à Celeborn qui leur fit signe à son tour de disposer. A leur tour ils partirent. Une fois seuls, Thranduil descendit les trois dernières marches de l'escalier et fit face à ses trois interlocuteurs. Son regard glissa sur Celeborn et ne s'arrêta qu'un instant sur Elaiano, mais Maglor attira bien plus son attention. Lorsqu'il eut achevé son inspection il reporta ses yeux sur un point invisible au loin et reprit.
— J'imagine que tu viens me parler de la menace de Dol Guldur.
— En effet. Il est absolument nécessaire que cette forteresse soit purgée du mal qui l'habite depuis de bien trop longues années à présent.
— Tu as toujours voulu protéger tout le monde, Celeborn. Mais tu as choisi une bien étrange compagnie pour venir me convaincre. Car c'est ce que tu es venu faire n'est-ce pas ?
La question formulée comme une pique était étonnante de justesse et Elaiano ne put cacher sa stupeur. Mais contrairement à elle, Celeborn et Maglor restèrent de marbre.
— Si tu as pu deviner si aisément la raison de notre venue, il m'est inutile de te rappeler que cette forteresse représente un danger d'autant plus grand que l'Ennemi a été défait. Les peuples des Hommes ne s'attendront pas à une attaque peu après leur toute récente victoire.
— Voilà de nobles sentiments mais je me refuse à engager les hommes dans une bataille perdue d'avance. Oh ne crois pas que je prends cette décision à la légère. Cette citadelle se trouve en dehors de mes terres et ne va pas croire que j'ignore qui y a élu domicile. Mes éclaireurs m'ont informés de la présence du Maia d'Irmo. Il était apparemment accompagné d'une jeune fille. Une elfe de surcroît dont les cheveux blonds comme les blés ne sont pas sans rappeler ceux de Dame Galadriel.
Thranduil marqua un temps comme pour savourer l'instant et planta ses yeux dans ceux de la jeune fille qui trembla. Ses derniers lui était destinée et ils les savaient tous deux. L'adolescente affermit alors son regard et soutint autant que possible le regard perçant de l'elfe. La bataille lui sembla durer des heures avant qu'il ne détourne le regard et ne reprenne son propos.
— Ce qui me surprend le plus est que tu viens en compagnie du second fils de Fëanor. Nous savons tous deux ce qu'ils ont commis. Tu as été tout aussi témoin que moi de leurs atrocités. Alors comment peux-tu leurs pardonner… lui pardonner le massacre de nos frères et sœurs ? Comment peux-tu avoir oublié le massacre en Doriath ? Les Milles-Cavernes qu'étaient Menegroth auraient-elles perdues de leur valeur à tes yeux ?
La question brutale permit enfin à Elaiano de comprendre pourquoi le nom de Menegroth lui semblait si familier. Il s'agissait de la cité principale du royaume de Doriath au Premier Âge. C'était une immense grotte où vivaient en sécurité grand nombre d'elfes jusqu'au jour où les fils des Fëanor étaient venus et avaient mis à feux et à sang la cité massacrant tous ceux qui y vivaient. Tous… ou presque. L'adolescente jeta un regard en coin à Maglor et vit qu'il bouillait de rage. Il semblait même à deux doigts d'exploser et aller faire ravaler à Thranduil ses propos. Le sourire froid de ce dernier fit alors comprendre à la jeune fille qu'il s'agissait d'un test. Si Maglor où elle cherchait à lui faire payer ses paroles blessantes, alors ils pourraient dire adieux à toutes chances d'obtenir son soutien pour abattre la forteresse de Dol Guldur. Prenant son courage à deux mains, elle s'avança au moment où Celeborn répliquait froidement.
— Je n'ai pas oublié ni même pardonné. Mais…
L'adolescente posa une main sur l'épaule du Seigneur elfe l'interrompant.
— Puis-je ? demanda-t-elle avec douceur.
S'il fut surprit, il n'en montra rien et fit signe à la jeune fille de prendre la parole. Celle-ci se tourna vers Thranduil et plongea son regard dans le sien.
— Je me trouvais en effet aux côtés de Faegmôr il y a de cela quelques jours. J'ai même été à ses côtés pendant bien plus longtemps et ait participé à des batailles à ses côtés. J'ai moi-même massacré des Nains dans le Moria. Des Nains qui nous avaient hébergés Maglor, Glorfindel et moi de longues années auparavant. J'ai même encore plus récemment participé malgré moi à un assaut contre la Lorien à ses côtés. Et depuis ce jour, il ne se passe plus un moment sans que je revois le visage de ceux que j'ai tué dans ma tête. Je revois la surprise dans leur regard lorsque mes dagues leurs ôtaient la vie. Il n'y a plus un jour, ni une nuit, ni un instant qui passe sans ce que je regrette chacune de mes actions ou que je cesse de haïr Faegmôr.
La jeune fille s'interrompit un instant. Ces paroles lui en coûtait plus qu'elle n'y avait cru mais à présent elle ne pouvait plus faire marche arrière. Elle devait affronter la vérité en face et ce n'était qu'en l'assumant pleinement qu'elle pourrait avoir la moindre chance de convaincre l'arrogant roi des elfes sylvestres.
— Alors oui, Maglor a sûrement tué des êtres qui vous sont chers. Oui, j'ai tué des personnes qui ne m'avaient rien fait et qui ne cherchaient qu'à défendre ceux qu'ils aimaient. Mais au moins, nous continuons à vivre. Que nous soyons des elfes, des Nains ou des Hommes qu'elle est la différence à la fin ? Nous faisons tous des erreurs. Et certaines sont plus graves que d'autres. Certaines blessent. D'autres tuent. Mais est-ce une raison de s'effondrer ? Non. Alors comprenez que plus que quiconque je souhaite éliminer Faegmôr. Et pourtant je sais que lui faire face peut me coûter bien plus que ce qu'il ne m'a déjà pris. Mais je ne me cache pas derrière des arguments stupides se basant sur des faits passés. On ne peut changer le passé, mais c'est à nous de faire en sorte que le futur soit meilleur. Alors soit vous restez les bras croisés sur votre trône à nous regarder nous faire massacrer en vous disant que c'est une bonne manière de vous venger pour les tords passés. Soit vous prenez les armes et venez vous battre avec nous. Si nous répétons les erreurs du passé, qu'apprenons-nous ? Rien. Alors je vous en prie, je ne vous demande pas de pardonner mais d'accepter. D'en faire une force et de vous battre contre ceux qui nous font réellement du mal à tous. Battez-vous pour ce qui est juste et non votre vengeance.
L'adolescente s'arrêta à bout de souffle. Elle ne savait que dire de plus. Des larmes lui montèrent aux yeux mais elle les ravala. Elle ne voulait pas que son interlocuteur remarque qu'elle était épuisée, à bout de force, et à peine capable de tenir debout. Elle devait lui faire face pour lui faire comprendre qu'elle était prête à tout et qu'elle ne se laisserait pas intimider par ses paroles blessantes. Son coup d'éclat n'était pas motivé par du désespoir mais du ras-le-bol. Elle ne supportait pas de le voir se retrancher derrière des paroles vaines et vides de sens alors pendant que Faegmôr en profitait pour menacer la paix nouvellement établie en Terre-du-Milieu. Elle voulait lui montrer que même les actes les plus horribles ne faisaient pas de leurs auteurs des personnes sans cœur. Thranduil détourna alors le regard et regagna son trône. Il reprit alors la parole tout en gravissant avec grâce les marches.
— Je m'évertuerais donc à réfléchir à votre proposition puisque vous semblez y tenir autant. En attendant, je vous offre l'hospitalité.
Puis d'un geste empli d'orgueil il leur fit signe de partir. Aussitôt deux gardes se présentèrent et proposèrent au trio de les mener à leurs quartiers. Celeborn accepta en leur nom à tous et quitta l'esplanade le premier. Maglor lui suivit juste après non sans hésitation. Enfin Elaiano jeta un dernier regard à Thranduil qui s'était rassit sur son trône et la contemplait avec un regard à la fois intrigué et agacé. Puis la jeune fille se détourna et parti à la suite des autres.
Ils déambulèrent pendant quelques minutes dans la cité suivant leur guide qui les menaient à leurs quartiers. Ils n'y resteraient sûrement pas longtemps mais le geste de leur offrir l'hospitalité n'en était pas moins louable et bienvenue car la jeune fille redoutait devoir dormir au dehors. Ils franchirent nombre de précipices sans autre chemin que de fines mais solides passerelles aériennes pour le plus grand dam de l'adolescente que le vide terrifiait. Dans les rares occasions où ils se rapprochèrent des parois rocheuses, se fut pour descendre ou monter des escaliers interminables qui les emmenaient plus profondément dans le royaume souterrain. Lorsqu'Elaiano parvenait à oublier son vertige permanent, il lui arrivait de profiter de l'ambiance posée et calme de la cité. L'architecture l'époustouflait toujours autant et la simplicité des décorations possédait un charme qui lui était propre. Rien n'était laissé au hasard et la moindre arabesque ou gravure servait non pas à accentuer la beauté du lieu mais à soutenir la structure de la cité et des entrelacs de passerelles suspendues dans les airs. Enfin les soldats qui les guidaient dans le dédale souterrain s'arrêtèrent à l'entrée d'un long couloir taillé à même la roche.
— Voici vos quartiers, expliqua l'un d'eux en appuyant lentement sur chaque mot.
— Hannon le.
Les gardes saluèrent alors leurs invités puis s'en allèrent sans mot dire. Le groupe s'installa ainsi dans les différentes pièces qui leurs avaient été attribuées. Les lieux n'étaient pas grands mais aucun d'eux ne s'en offusqua. Ils ne resteraient pas longtemps, tous le savaient. Le peu d'affaires qu'ils avaient emportés avec eux en témoignait. Au cours de la soirée et du repas ils n'échangèrent que quelques mots, bien trop éprouvés par la journée. Tous profitèrent de l'hospitalité des elfes sylvestres pour se laver, se changer, et nettoyer les quelques blessures qu'ils avaient récoltées lors de leur rencontre avec les araignées. Un peu plus tard, tous s'isolèrent et Elaiano s'assit sur son lit les yeux perdus dans le vague et la tête contre le mur de roche fraîche mais pas froide.
Elle savait qu'à présent Faegmôr n'ignorait plus sa présence dans la Forêt Noire. Elle avait compris il y a bien longtemps que dès qu'elle se servait de son collier, le Maia en avait connaissance et pouvait même la localiser. Être consciente qu'un autre puisse tout savoir de ses déplacements la dérangeait d'autant plus que sous quelques jours, elle se retrouverait à nouveau face à cette personne. Elle devrait le combattre et le vaincre à tout prix. L'adolescente poussa un long soupir et s'allongea sur son lit. L'éraflure qu'elle s'était faite au niveau du ventre pendant le combat la brûlait un peu mais n'était rien en comparaison de la tourmente qui faisait rage dans son esprit. La peur qu'elle avait enfouie en elle pendant le voyage profitait de cet instant de détente pour rejaillir et l'assaillait sans pitié. Pourrait-elle vraiment vaincre le Maia ? L'attirer dans la Forêt Noire ? Elle-même n'avait pas envie d'y trainer, alors y mener un combat contre Faegmôr était une toute autre paire de manches.
Allongée et seule dans une pièce plongée dans la pénombre personne ne pouvait connaître la détresse interne de la jeune fille et la peur qui lui déchirait les entrailles. Elle aurait bien pu allumer les lanternes suspendues aux murs ou même de confier à Maglor mais elle s'y était refusée. Si elle n'était pas capable de gérer sa peur par elle-même, elle ne pouvait espérer faire face à celui qui hantait encore des rêves chaque nuit. Ce fut d'épuisement et non pas de détente que la jeune fille s'endormit cette nuit-là.
La journée du lendemain paru éternelle aux yeux de l'adolescente. Dès son réveil Maglor lui apprit que Thranduil avait finalement accepté de les aider à attaquer Dol Guldur. Tout le royaume sylvestre se préparait donc au combat et déjà de nombreux chariots d'armes et de ressources de tout genre étaient partis rejoindre les troupes Galadhrims qui campaient dans la forêt, non loin de la forteresse maudite. L'attaque serait lancée le lendemain aux aurores. A cette annonce la jeune fille fut prise de court. Elle ne s'attendait pas à ce que le délai soit aussi court. Elle pensait que l'attaque n'aurait pas lieu avant plusieurs jours.
— Mais nous ne sommes pas prêts ! Je ne suis pas prête !
— Nous ne sommes jamais parfaitement prêt, avait répliqué Maglor aussi placidement que possible.
Son ton pourtant ne détrompa pas Elaiano qui le connaissait trop pour ne pas comprendre ce qu'il cachait. Il trouvait lui aussi l'attaque hâtive. Ils auraient l'effet de surprise certes, mais pas beaucoup de préparation.
— Le Seigneur Celeborn est déjà en train de discuter plan d'attaque avec le roi Thranduil, ajouta-t-il. Aux dernières nouvelles nous serions tous deux dans la première vague de soldats et notre mission serait de nous concentrer sur Faegmôr. C'est lui qui commande les armées alors il est primordial qu'il soit éliminé.
— Je m'en doutais.
L'adolescente s'était alors détournée et avait préféré rester seule le reste de la journée. L'annonce l'avait déstabilisée et la peur qui l'étreignait s'en retrouvait renouvelée. Son genou se remettait tout juste et elle n'avait pas encore totalement récupéré de ses deux jours de voyage.
La journée passa sans qu'elle ne daigne sortir de sa chambre mis à part pour manger. Même si les tâches nécessaires à la préparation de la bataille étaient nombreuses, nul ne reprocha à l'adolescente son absence. Ceux qui la connaissait savait que la tâche qui lui incombait lui faisait autant peur que l'échéance qui s'approchait. Enfin lorsque le soir s'approcha, la jeune fille sortit enfin et rejoignit la dernière troupe en partance pour le camp. Le voyage fut court mais silencieux et quand ils arrivèrent l'ambiance n'était pas plus détendue. Tous les soldats vaquaient à leurs occupations parfaitement concentrés sur leurs tâches. Pas un seul ne profitait d'un coin d'ombre pour se détendre ou se reposer. Ce n'était pas dans les habitudes des troupes elfiques qu'elles soient de la Forêt Noire ou de la Lorien.
La nuit tomba sur le camp bien avant que le soleil ne disparaisse à l'horizon. Les tentes avaient été dressées à bonne distance de la forteresse afin d'éviter d'être trop remarquées mais suffisamment proche pour que la canopée soit moins touffue. Les toiles d'araignée avaient été retirées mais malgré tout, le danger était plus palpable que jamais. L'ombre de la citadelle maudite donnait à chaque craquement de la forêt un autre sens, à chaque ombre une autre dimension, et même là plus délicate brisé semblait être une claque glaciale administrée à celui qui se laissait toucher. Même la nuit étendait ses longs doigts sur le campement comme pour en happer toute trace de vie. Un silence de mort planait sur le campement et pas une lueur de réconfort ne semblait exister. En réalité il y en avait une. Une seule. Une unique étoile qui galvanisait et réconfortait quiconque l'apercevait. Galadriel, toujours vêtue de son éternelle robe blanche, parcourait le camp sans relâche et si elle ne semblait rien faire de particulier, sa présence rassurait et donnait à tous l'impression d'être plus en sécurité qu'ils n'étaient vraiment. Pourtant la chaleur qu'elle dégageait ne réconfortait pas Elaiano. Assise en tailleur dans sa tente, elle vérifiait pour une énième fois l'état de ses armes. Elle comptait pour la quatrième fois le nombre de flèches dans son carquois quand Maglor pénétra dans la tente. En l'apercevant à l'ouvrage un sourire douloureux apparu sur son visage.
— Ça ne t'aidera pas tu sais ?
— Je ne sais pas quoi faire d'autre, répliqua la jeune fille en rangeant avec délicatesse les flèches dans leur carquois avant de reprendre ses dagues et d'essayer de s'intéresser pour leur tranchant acéré.
L'elfe s'approcha d'elle et tendit une main dans sa direction. Sans comprendre l'adolescente commença par lui présenter le manche de l'arme mais le fëanorion ne la prit pas. Intriguée, la jeune fille rengaina ses dagues puis s'agrippa à la main de Maglor qui l'aida à se relever. Sans lui lâcher la main il la guida au dehors. Ils traversèrent le campement sans qu'il ne daigne donner la moindre explication. Lorsqu'ils s'enfoncèrent dans la forêt et laissèrent les lumières rassurantes du camp derrière eux l'adolescente voulu faire demi-tour mais l'elfe lui intima de lui faire confiance. Ils marchèrent quelques minutes dans le noir avant de déboucher sur une immense clairière au centre de laquelle un petit arbuste poussait. Contrairement à tous les autres arbres des alentours il n'était pas sombre et ternit par l'obscurité constante qui régnait. Au contraire, il se dressait avec force et ses ramures se partaient même d'une multitude de fleurs roses et blanches. Un petit disque d'herbe verte s'étirait autour de l'arbuste avant de reprendre l'apparence grillée qu'elle avait partout ailleurs. La jeune fille leva les yeux s'attendant presque à voir la lune mais tout ce qu'elle aperçut fut une épaisse couche de nuages. L'arbuste se dressait seul au milieu d'une forêt qui dépérissait et dont le mal gangrenait toute trace de beauté.
— Comment ? souffla-t-elle.
— Je ne sais pas. Je l'ai découvert en surveillant les alentours.
— C'est magnifique.
L'adolescente était sans voix. L'arbre continuait de se battre pour pousser alors que son environnement uniquement constitué d'arbres dénudés aux branches tordues dressées vers le ciel lui était hostile. Alors elle comprit pourquoi Maglor l'avait emmené en ce lieu. Il y avait toujours une lumière dans les ténèbres. Il suffisait de se battre. Peu importait qu'elle soit ou non prête. Si elle n'essayait pas, jamais elle ne pourrait espérer vaincre Faegmôr. C'était ce qu'avait essayé de lui expliquer Galadriel en l'invitant à regarder dans le Miroir. Le futur n'était pas figé. C'était à eux de le construire. Elaiano jeta un dernier regard à l'arbuste et en grava l'image dans son esprit. Puis elle se tourna vers Maglor et lui sourit. C'était son premier sourire depuis de nombreux jours mais il était sincère.
— Merci.
— Estelion allen.
L'adolescente rougit légèrement puis se rapprocha de l'elfe et avec douceur déposa un baiser sur ses lèvres. Il était hésitant mais non pas dénué de délicatesse. Leur étreinte s'affermit et ils restèrent là dans les bras l'un de l'autre pendant de longues minutes sans vouloir mettre fin à ce moment magique. Lorsqu'enfin la jeune fille s'écarta une larme brillante coulait sur sa joue. Fébrilement elle chercha la main de Maglor et la serra de toutes ses forces.
— Estelion allen.
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Petit point d'elfique : en Sindarin "Thranduil Oropherion, anann le ú-gennin" veut dire "Thranduil Oropherion (fils d'Oropher), je ne t'ai pas vu depuis longtemps". "Gwanna men" veut dire "Laissez nous" (il s'agit d'une construction que j'ai réalisée moi-même donc il se peut qu'elle soit incorrecte). Enfin, "Hannon le" veut dire "merci", et "estelion allen" veut dire "je crois en toi (ou nous je ne sais pas trop)".
Pour ceux et celles qui n'auraient pas très bien compris ce qu'est Menegroth malgré les deux lignes d'explications présentes dans le texte (j'en conviens que ça peut être un peu léger), n'hésitez pas à me demander ou à faire des recherches sur Internet. Sinon qu'avez-vous pensé de Thranduil et de son délicat caractère ?
Enfin bref, vous devez sûrement sentir que la fin est proche. Personnellement je suis à la fois surexcitée à l'idée d'écrire (enfin) les prochains chapitres, mais aussi stressée car ça va être difficile et je n'ai pas non plus envie de terminer. Est-ce que c'est normal ? En tout cas j'espère que ce chapitre vous aura plu (je suis un peu dubitative mais bon) et que vous êtes prêts/prêtes pour la suite qui arrivera la semaine prochaine !
