Hey !

Je vous ai laissé-es sur un chapitre bof joyeux la semaine dernière. On se rattrape aujourd'hui ?

Merci à Ima et Mijoqui pour les reviews, comme toujours ! Et à Yu pour la correction.

Bonne lecture !


Une porte claque. Vanitas grogne vaguement, quand un bruit de pas cogne dans sa tête alors que le soleil est à peine levé. Il se retourne, essaye de glisser sa trogne sous la couverture pour se cacher des premiers rayons qui colorent le rebord du volet. Mais ses doigts ne trouvent qu'un pauvre plaid, tombé du lit pendant la nuit. Un tissu fin qu'il empoigne. Pas de couette. Etonné, il remue, roule, grimace de sentir que le coussin dur sous son dos n'a rien du matelas moelleux qui soutient habituellement son corps. C'est loin d'être confortable. Il n'a même pas la place de se retourner, sans quoi son nez se perd contre ce qui ressemble à s'y méprendre à un second coussin, immense et brun. Ses doigts glissés dessus, il sent un tissu usé étrangement familier. Une odeur de tabac froid, d'herbe et de poussière l'imprègne.

Van remonte le pauvre plaid sur lui pour chasser le froid qui nuit à son sommeil. Il se cale comme il peut dans le canapé de Demyx, la tête encore pleine de brume, l'humeur déjà irritée.

"Oh, déso, j't'ai réveillé ?

- Mm.

- Ça veut dire oui ?

- Nan.

- Mais tu parles."

Vanitas relève un œil exaspéré vers son ami, lequel le regarde un sourire en coin. Le début de jour se reflète dans ses iris. Il avance d'un pas faible qui trahit sa fatigue, et vient se poser près de lui, les fesses à même le parquet. Entre ses mains attend une tasse d'où s'échappe un mince filet de buée blanche. Une tisane, sans doute. Elle échappe une odeur fleurie. Agréable.

"Qu'est-ce tu fous levé à c't'heure…" le dormeur marmonne, grognon.

"J'suis pas encore couché, en fait.

- Genre ? Il est quelle heure ?

- J'sais pas. Presque sept heures, un truc du genre ?"

Vanitas cherche dans sa tête des souvenirs de la veille, qui se mêlent à l'alcool et aux rêves étranges qu'il a fait. Il revoit Dem et l'autre borgne sur le balcon, clope à la main. Le bruit partout, et le goût amer de la bière qu'il s'enquillait. Le froid sur ses épaules quand il est rentré. Une voix. Il y avait quelqu'un d'autre. Il a pris le métro, ou il a marché à pied jusqu'à l'appart ?

Et ce type, là, le grand roux avec qui il tapait la discute. Il croit lui avoir filé son numéro, mais il ne sait plus si c'est le bon, ou le faux qu'il donne aux mecs lourds trop insistants. Il verra bien en vérifiant son téléphone. Mais il espère qu'il lui a donné le vrai. Le gars ne lui a pas déplu.

Enfin, il y pensera plus tard. Pour l'instant, le corbeau réalise qu'il a mal à la tête. Et qu'il a encore la nausée de la veille. Une sensation un peu dégueu qui lui colle au palais.

"Toi, t'as forcé sur l'alcool.

- Mm.

- Black out ?

- Sur la fin.

- Tu veux les détails ?

- Balance.

- T'as fait un concours de shoot avec un groupe de mecs que j'connais pas, t'as dansé pendant deux heures, puis j'crois qu't'as encore bu après. Et quand t'as commencé à vomir, j'ai filé mon double à Hayner pour qu'il te ramène ici."

Il a déjà vomi, donc. Bien. Ne reste plus qu'à prier pour que l'autre, Axel il croit, se soit barré avant ce déplorable spectacle. Un rendez-vous avec un gars qui l'a vu dégobiller comme pas permis, ça le chauffe moyen.

"Pourquoi pas chez moi ?

- Plus de métro. Et à pied t'es plus proche de chez moi."

Van acquiesce vaguement, ça se tient. Il le remercie dans sa tête, puis il zieute partout autour de lui, à la recherche d'une tâche flasque sur le sol. Mais il ne perçoit pas l'odeur âcre caractéristique du vomi dans le salon. Tant mieux. Il s'en serait voulu d'avoir dégueulassé le tapis de Dem.

"Ça va, ta tête ?

- Non.

- J'ai du doliprane.

- Merci."

Le guitariste l'abandonne un moment pour récupérer le précieux médicament, avant de revenir près de lui. Il en a profité pour lui préparer une tisane bien sucrée, le corbeau le sent juste à l'odeur. Il se redresse tant bien que mal pour avaler le comprimé blanc, et tenir la précieuse tasse entre ses mains. C'est tout chaud. Il la garde près de son visage.

"Ça devrait t'aider un peu. J'ai des bananes aussi, si tu t'sens d'avaler un truc sans vomir.

- Pas sûr."

Il boit tout doucement. Ça glisse sur sa langue, un goût délicat qui l'effleure à peine. Sûrement le genre de boisson qu'il apprécierait, s'il ne sentait pas déjà la nausée remonter. Ça en dit long sur la gueule de bois qui l'attend. Combien de shoots s'est il cru capable d'enchainer, avant de commencer à vomir ?

"Et ton gars ?" il demande mollement, alors qu'il arrive à la moitié de la tasse.

- Xig ?

- Ouais.

- Bah, c'est un peu à cause de lui que j'rentre que maintenant.

- Z'avez baisé toute la nuit ?

- Nan, quand même. On a parlé, aussi."

La teigne hoche lentement la tête, priant pour que le cachet fasse effet. Ses boyaux se tordent, furieux de sentir à nouveau son estomac se remplir, et il espère de tout son cœur que le comprimé va rester à sa place. Il inspire, longuement. Avale de grandes goulées d'air. Se recouche, la tête tournée vers le plafond. S'il se concentre assez, il arrivera peut-être à ne pas vomir.

Une main passe dans sa tignasse alors qu'il sent l'affreuse sensation descendre enfin. La voix de Demyx lui vient, qu'il n'écoute pas vraiment. C'est un murmure qui lui glisse dans l'oreille. Une mélodie, il croit. Pas sûr. Au moins, un son agréable que l'autre fait entendre, alors qu'il se détend. Qu'il se laisse aller.

Vanitas ferme les yeux. A peine a-t-il le temps d'admirer la tête énamourée du guitariste, cette trogne qui trahit tous les précieux souvenirs que le blondin ramène avec lui. Ah ça, Xigbar, il va en entendre parler un moment. Mais d'abord, il dort.

xoxoxox

J 323

Elle est grande, comparée à son cadet. Et sa posture droite la rallonge encore. Ses cheveux blonds ne sont pas sans rappeler ceux de Larxene, tant pour leur couleur solaire que pour leur aspect lisse et soigné. Elles ont aussi la même peau claire, ces mains fines, et cette manière délicate et ferme de se mouvoir, comme si rien ne pouvait les arrêter. Mais le brin de tendresse dans son inquiétude, le sourire discret qui se lève sur un souffle rieur, ce ne peut être que la sœur d'Ienzo.

Van croit les entendre parler. Mais leur voix ne porte pas jusqu'à son oreille. Posé contre la fenêtre, il ne peut qu'observer les deux individus qui attendent au pied de l'immeuble.

Elena passe ses bras autour de son frère. Le gamin tourne la tête, d'abord gêné. Puis il passe la bretelle de son sac par-dessus son épaule avant de lui rendre l'étreinte. Plusieurs mètres au-dessus d'eux, Vanitas peut sentir tout le soulagement qu'il éprouve. Ou bien c'est lui qui se sent mieux. Possible. C'est plus qu'une épine que la jeune femme lui retire du pied, et le nébuleux, épuisé par les vagues d'émotions de ces derniers jours, se laisse aller contre son aînée. Ils restent sur le trottoir, sans bouger.

"Ils vont monter, tu crois ?

- J'sais pas."

Comme lui, Demyx observe le spectacle depuis la fenêtre, l'oeil attendri. C'est la première fois qu'ils rencontrent un membre de la famille d'Ienzo. Enfin, rencontrer, c'est un bien grand mot, ils se contentent de l'observer de loin. Comme une bête curieuse qu'on jauge à distance pour savoir comment l'approcher, le regard méfiant.

D'ici, Van ne peut pas deviner la couleur de ses yeux. Il se demande s'ils sont du même bleu que ceux du garçon. Cette teinte qui tire sur un gris triste, et qui lui confère cette aura paisible.

"Ah !"

A trop penser, le noiraud rate. Et quand il retourne à sa contemplation, c'est à peine s'il aperçoit la demoiselle qui entre à la suite de son frère. Ah. Apparemment, elle monte. Donc, il va la leur présenter. Vanitas essaie d'ignorer l'élan de stress qui lui monte dans le ventre, alors que Dem affiche un grand sourire surexcité.

"Bon ! On dirait qu'on va pas y échapper !" il piaille joyeusement en s'approchant de la porte.

"Ouais.

- Allez, fais pas la gueule, j'suis sûr qu'elle est cool. Elle a ramené les affaires d'Ienzo, ça peut pas être une connasse.

- Si tu le dis."

Vanitas s'approche, bien moins enjoué. Pour sûr qu'elle n'a pas l'air mauvaise, mais il ne la connaît pas. Elle, en revanche, elle a déjà dû entendre parler de lui. Et puis, se pose le problème de l'attitude à adopter, face à la sœur du garçon qui s'est retrouvé presque nu contre lui, des mois avant. Est-ce qu'elle est courant, pour ce petit incident ? Qu'est-ce qu'elle en pense ? Il faut dire, le corbeau, il n'a pas une tête à rassurer les gens. Et il le sait. Face à la trogne d'ange de son petit ami manqué, il ressemble au grand méchant loup. Il a un don inné pour faire mauvaise impression. Son retrait naturel, l'agressivité qui lui sort accidentellement de la bouche. Tous ces trucs qui font plisser les yeux de ses interlocuteurs, comme un constate une rayure sur un joli produit.

Elle n'est pas arrivée qu'il se sent déjà jugé.

"Et gars, c'est bon, elle va pas te bouffer.

- Manquerait plus que ça."

Van garde un air faussement calme, presque inquiétant. Ses traits se détendent imperceptiblement quand Demyx vient poser sa main sur son épaule.

"Et y a pas d'raison qu'elle t'aime pas. T'as hébergé son frère. Si elle a d'ja entendu parler d'toi, ce sera pas en mal.

- Mm.

- Alors cool. Ça va bien s'passer."

Il va pour l'embrasser. S'arrête juste avant. On toque.

"J'arrive !"

Ce n'est pas chez lui, mais le blond ne se gêne pas pour ouvrir grand la porte où apparaissent tour à tour deux têtes. Une nouvelle et une familière.

"Alors ?" Van demande, même s'il sait déjà.

Ienzo lui montre le sac que sa sœur aînée lui a ramené. Sœur aînée qui entre à sa suite, son pas ferme abandonnant le couloir pour le petit appartement. Elle se pose devant l'entrée, fait le tout de la pièce d'un regard bref. Quand ses yeux - marron, donc, pas bleus - se posent sur lui, Van se sent jaugé. Pire qu'à son premier entretien d'embauche. Pas de méchanceté ni de méfiance, elle veut seulement savoir à qui elle a à faire. Mais ces deux cercles sombres l'agressent. Il contre attaque immédiatement, le regard dur.

"Bonjour."

Demyx se charge de faire bonne impression pour deux, tendant une main franche vers leur visiteuse.

"Bonjour ! Et enchanté, du coup, j'crois que c'est la première fois qu'on se voit. Elena, c'est ça ? Si j'me souviens bien de c'que Ienzo a dit, mais j'ai pas une mémoire de ouf pour les prénoms.

- C'est bien ça." elle plisse les yeux, un instant. " Demyx ?

- Gagné !

- Donc je suppose que l'autre, c'est Van."

Cette fois, il capte la bienveillance polie dans son regard. Il a dû réussir le test.

"Merci d'avoir pris soin de lui." elle ajoute, en posant une main délicate sur la tête de son frère.

Le concerné se rétracte, à peine, gêné comme un enfant avec sa mère. Il serre ses bras autour du précieux objet qui lui est enfin rendu, et, passé un délai d'attention socialement acceptable, il abandonne ses camarades pour ouvrir le sac. Sa main plonge, farfouille. Vanitas devine sans mal ce qu'il cherche au moment où il sort la pochette rouge d'entre ses livres. Un soupire de soulagement lui échappe quand il pose les doigts sur le papier fin. Son graal. L'ordonnance . Un sourire rassuré attendrit son visage.

"C'est bon, t'as tout ?"

Le corbeau croasse plus qu'il ne demande, mais c'est déjà trop tard. Les mots sont sortis.

"Oui.

- Ok. Nickel."

Il ne sait pas quoi faire. Le moindre silence s'étire comme une heure. Chaque parole tirée de sa bouche lui semble maladroite. Dure. Comme un coup de croc.

Demyx s'occupe lui même d'inviter tout ce beau monde dans le salon. Sur son propre canapé, Vanitas se fait l'effet lui-même d'un intrus dans son appart.

"Merci encore." le musicien reprend. "J'sais pas comment on aurait fait, sinon.

- Oh, vous auriez juste attendu que notre mère se calme. Elle s'énerve souvent, mais ça finit toujours par retomber.

- Souvent ?

- Elle a son tempérament.

- Ça sonne pas comme un truc hyper rassurant.

- Non." Elena hausse les épaules. "Mais c'est bon à savoir."

Il hoche la tête, puis attrape le café qu'il s'est préparé avec Vanitas. Vanitas qui, les jambes croisées, suit la conversation plus qu'il n'y participe.

"Tu vas pouvoir rentrer." il note simplement en regardant le gris.

Bravo. C'est tout ce qu'il trouve à dire. Sitôt l'affaire réglée, il chasse le môme de l'appart. Ça va lui donner envie de revenir ça, tiens. Merde. Il jure intérieurement.

"Sauf si tu veux rester, hein. Fais comme tu veux.

- Ça va aller." Ienzo secoue la tête. "Je dois passer prendre mes cours, de toute façon.

- Ça va le faire, pour récupérer ceux que t'as pas eus ?

- Je prendrai les notes de quelqu'un d'autre."

Il hoche la tête. Ok. Bien. Il n'a déjà plus rien à dire. Une idée, vite. Qui ne vexera personne. A manger, il peut peut-être proposer à manger, ou à boire. L'hospitalité. Axel lui a souvent reproché ça, ce manque de savoir vivre avec les invités. Mais il faut dire qu'il n'a pas souvent eu l'occasion de s'exercer, avec lui. Les invités, justement, manquaient.

"Vous voulez quelque chose ?" il demande en regardant ses deux visiteurs, puisque Demyx boit déjà.

C'est un peu tard pour proposer, maintenant qu'il y pense. Il aurait dû y penser avant. Sortir des boissons. Des jus, ou des bières. Enfin, des bières, devant Elena, est-ce que ça passe ?

"Non merci." le nébuleux répond vaguement.

"- Du thé, si tu en as." Elena lui sourit. "S'il te plait.

- Menthe, jasmin ou fruits rouges ?

- Peu importe."

Il se lève, branche la bouilloire après l'avoir remplie et inspire longuement alors qu'il sort le thé au jasmin. Si elle lui laisse le choix, c'est bien qu'elle aime les trois, hein ?

Derrière, le punk a repris la conversation, et il la mène sans mal. L'oreille distraite de Vanitas apprend ainsi que la demoiselle n'est que la demi-sœur d'Ienzo, lequel est née d'un père que personne ne connait, après le divorce de sa mère. Il y a également un troisième membre de la fratrie qui travaille à l'autre bout de la France. Un certain Rude, qu'elle compte appeler ce soir pour le prévenir de la situation. Oh, et il est issu d'un troisième géniteur.

Ienzo baigne dans le soulagement.

"Et toi du coup ? Ienzo m'a dit que tu travaillais dans la musique.

- Yep, j'enseigne pour payer le loyer. Je squatte les scènes ouvertes quand je peux, et je fais des concerts quand y a moyen, mais toujours des p'tits trucs dans des bars du coin. C'est pas la folie non plus."

Ils parlent vite fait de groupes, d'influence et des années 80, alors que le guitariste se met à fredonner. Puis Vanitas revient avec la tasse. Il s'installe près des autres, remarque que l'ambiance est déjà plus posée. Sans lui.

Non. Il se fait des idées.

"Merci."

La jeune femme souffle sur la surface du liquide à peine coloré, et il réalise qu'il ne lui a pas proposé de sucre. Est-ce que c'est trop tard pour le faire ? Au pire, elle en demandera bien si elle en veut, non ? Elle n'a pas l'air de s'en soucier. Peut-être qu'elle n'ose pas poser la question ? Il aurait fait quoi, Axel, dans cette situation ? Et Demyx ? Demyx n'ajoute rien à propos du sucre. C'est bien que ça va ?

"Maman t'a dit quelque chose, par rapport à moi ?"

Ienzo demande, l'air de rien. Sans cesser de retirer l'élastique de sa pochette. Il le tort. Le relâche. Le tord à nouveau.

"Pas vraiment. Elle a juste voulu savoir comment tu allais.

- D'accord." le fil noir claque. "Tu lui as dit quoi ?

- J'ai demandé où était le sac."

Le lettreux hoche vaguement la tête. Il n'a reçu aucun appel de la part de sa mère. Pas de message. Sont-ils en froid ? Van a du mal à trouver la limite entre la grosse dispute et la rupture définitive. Ses parents ont longtemps continué à l'appeler, alors qu'il vivait avec l'autre. Mais la mère du gamin n'est pas la sienne, il se doute bien. La sienne, déjà, elle ne crie pas tant. Pas comme ça. Ses colères sont froides à lui geler les os.

"Appelle-moi si jamais tu as besoin de quoi que ce soit. Je doute qu'elle te coupe les vivres, mais on sait jamais." Elena lui dit en reposant sa tasse. "D'acc ?

- D'acc.

- Je vais voir avec Rude si on peut faire quelque chose. On va essayer de lui parler, mais il va lui falloir un moment avant que la pilule passe."

Le garçon acquiesce, et cette fois, il se laisse caresser la tête sans finir tout crispé. Il n'a toujours pas lâché le sac entre ses bras. De l'avoir cru perdu, il a dû flipper comme jamais. Maintenant, ça va mieux. Pas bien, mais mieux. Il recommence à sourire. C'est une bonne chose.

Ils discutent encore un moment, mais la blonde est attendue au travail. Elle a pris sa matinée pour régler l'histoire, et l'heure tourne. Midi passe. A 13h, elle doit être au boulot. Elle regagne sa voiture après les avoir salués, et Ienzo se penche à la fenêtre pour regarder le véhicule s'éloigner loin de l'appartement, disparaître dans la rue. Tout jeunot qu'il ait l'air, Van songe qu'il n'a jamais autant mérité le surnom de gamin. Près de sa sœur, il se tient comme un enfant égaré. La teigne l'imagine tout petit, minuscule bestiole à peine plus haute que Xion, à gambader entre les jambes de ses aînés. Accroché à leur pantalon pour ne pas tomber, comme la petiote faisait. Le morpion de la famille. Celui que les autres ne cessent jamais vraiment de voir comme un bébé, peu importe son âge.

"Bon, ça c'est réglé." Van lâche.

"Oui." le gris serre ses mains autour d'une bretelle. "Je t'embête pas plus longtemps.

- Tu m'embêtes pas, hein. Je t'ai dis, tu peux rester plus longtemps si besoin."

Il hésite. Sa main trouve le chemin de son épaule. Ienzo ne s'esquive pas. Il s'appuie contre lui, à peine, alors que Dem se prépare un chocolat chaud dans la cuisine. Un, ou trois, vu le nombre de tasses qu'il sort. Et il n'a sans doute pas prévu de s'enquiller le tout sans un coup de main de leur part.

"Je peux mettre le lait dans la bouilloire ?

- Non.

- Pourquoi ?

- Parce que j'ai dit non.

- Mais ça va plus vite. Et comme ça on salit pas d'casserole !

- Même.

- Mais faudra faire la vaisselle, si-

- Dem, sors une casserole."

Il proteste, mais finit quand même par tirer un récipient qu'il pose sur les plaques électriques pour y verser la bouteille de lait.

"Ça va aller ?" le corbeau demande plus bas.

"Oui. J'ai tout ce qu'il me faut, là.

- Ouais, mais d'être tout seul chez toi j'veux dire.

- T'en fais pas."

Si, un peu quand même. Il n'a rien oublié de sa trogne larmoyante.

"Je peux me débrouiller." l'étudiant ajoute.

Il pose enfin son sac, contre le canapé. Son ton, presque sec, surprend Van. Ok. Il le laisse tranquille.

Il sait bien qu'il peut se démerder. Mais quand même. Il ne peut pas effacer la trouille de la veille.

"D'acc."

Une délicieuse odeur de chocolat monte dans l'appartement, et un épais liquide sombre coule dans les tasses que Demyx remplit consciencieusement. Tout en fredonnant un air qui ressemble à s'y méprendre au refrain de Papa don't prech. Soudain la voix de Madonna s'élève, accompagnant celle du guitariste. Tiens ? Il danse sans se soucier du téléphone qui sonne.

Le duo de spectateurs sourient en le voyant remuer des hanches. Puis ils se détournent.

Quand Van regarde à nouveau dans sa direction, il le voit fourrer une petite boite dans la poche de son treillis, avant d'avaler un verre d'eau. Puis la chanson s'arrête.

"C'est prêt !"


J'aime beaucoup Madonna. Beaucoup beaucoup. (Surtout Like a virgin). Donc Dem aime aussi, par extension. Sachez que c'est aussi un grand fan d'Indochine.

Voilà ! Le problème du chaton est réglé. Bon, qu'est-ce qu'il peut leur tomber dessus, maintenant ?

A la semaine prochaine !