Bonjour ! (j'écris ce chapitre le 30 décembre 2020 donc ça me fait bizarre de me dire que vous allez lire ça en 2021 mais ce n'est pas grave)

Bon bah c'est parti, on va entamer la baston. Prenez place mesdames et messieurs car ça ne va pas être tranquille (enfin normalement). Sur ce, vu que je n'ai rien à dire mis à part que ce chapitre bat encore mes records de longueurs (5500 mots)... Bonne lecture !

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Dol Guldur —

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Le soleil se levait à peine que déjà le campement était en effervescence. Tous les soldats s'affairaient à se préparer à la bataille à venir et nul n'ignorait que d'une manière ou d'une autre elle serait décisive. Son issue marquerait le début d'une nouvelle ère de paix en Terre Du Milieu ou la poursuite de la guerre en cours depuis bien trop longtemps à présent. Tout comme les autres combattants, Elaiano ceintura ses fourreaux mais se contenta de mettre le haut au cuir solide qu'elle portait lors de la bataille en Lothlorien, aucune armure ou casque n'étant à sa taille. Ses doigts tremblèrent au moment de passer sa ceinture dans la boucle et elle dû s'y reprendre à deux fois pour parvenir à l'attacher. La tension la rendait fébrile et maladroite et elle ne parvenait pas à se détacher de la peur qui lui nouait le ventre.

— Tout ira bien, tenta de la rassurer Maglor en pénétrant dans la tente. Il est tout à fait normal d'avoir peur avant un combat, surtout de cette ampleur, mais ne laisse pas la panique t'immobiliser.

— Je n'arrive pas à me détendre, avoua l'adolescente en passant son carquois par-dessus son épaule.

— Alors pense à autre chose, c'est tout ce que je peux te conseiller.

La jeune fille fit la moue.

— Difficile de ne pas penser à Dol Guldur, à la bataille, ou à Faegmôr, répliqua-t-elle plus froidement qu'elle ne le voulu.

L'elfe lui prit alors les mains et les serra. Elles étaient douces et chaudes. Aussitôt le souvenir de la veille au soir revint à Elaiano qui rougit violemment.

— Fais-toi confiance. Si nous restons ensemble rien de mal ne pourra nous arriver.

Ce n'était bien sûr ni une promesse ni une prédiction, mais il s'agissait de la seule chose que le fëanorion pouvait lui dire pour la rassurer. Pourtant les paroles de Maglor ravivèrent l'espoir de la jeune fille qui réussi enfin à chasser sa peur croissante de son esprit et à reprendre totalement le contrôle sur ce qu'elle faisait.

— Tu as raison. On va juste aller s'attaquer à une forteresse et tuer un Maia, rien d'incroyable.

— Pas plus que s'échapper de Barad-Dûr, répliqua l'elfe avec un sourire en coin.

— Sauf que cette fois nous ne nous échappons pas. Nous attaquons.

L'elfe acquiesça de la tête mais ne répondit pas. Tout était clair et parler était inutile. Il fit alors signe à la jeune fille qu'ils devaient partir et tout deux quittèrent la tente et le campement en étant parfaitement conscient que tous ne reviendraient. Ils espéraient simplement ne pas faire partie des malheureux qui laisseraient leur vie dans la bataille. Les deux armées se scindèrent en trois à l'approche de Dol Guldur. Les Galadhrims prirent le flanc Est, les elfes sylvestres le flanc Ouest, et un mélange des deux troupes se chargerait du front Nord. Maglor et Elaiano faisaient partie de cette dernière troupe et se serait d'ailleurs à eux de lancer l'assaut. Ils attaqueraient par le mince pont qui permettait de pénétrer dans la forteresse et une fois que le tir des Orcs serait concentré sur eux, les deux autres armées les prendraient en étau. Ils seraient les plus exposés et les plus vulnérables mais s'ils offraient une diversion convaincante les Orcs n'auraient pas le temps de se réorganiser avant que les deux autres troupes ne déferlent sur eux. Tout reposait sur un plan à la fois très simple et très risqué. Aucun des fronts ne devait perdre sinon les deux autres seraient submergés par le nombre d'ennemis présents dans la citadelle. Elaiano avait même entendu dire qu'il y aurait des Wargs sortent de loups géants et sanguinaires qui servaient parfois de montures aux Orcs. Rien qu'imaginer devoir faire face à de telles créatures terrifiait la jeune fille. Avec de la chance elle n'aurait pas à en combattre.

La silhouette de la forteresse maudite se découpa entre les arbres et le silence déjà pesant se fit encore plus dans leur troupe. Les Galadhrims et leurs cousins des bois s'étaient mêlés sans difficulté et se déplaçaient avec la même aisance dans la forêt. Pas une brindille ne craquait sur leur passage et s'ils n'avaient pas été aussi nombreux, personne ne les auraient remarqués. La noirceur de Dol Guldur se ressentait partout. Plus aucun arbre n'arborait la moindre feuille ou trace de verdure. Le sol avait perdu son herbe verte et seules des herbes rases et noirâtres apparaissaient par endroits entre deux immenses plaques de boue séchée. Etrangement pas une toile d'araignée ne pendait aux arbres ce qui facilitait grandement la progression de l'armée qui s'arrêta bientôt à la lisière des bois. Une étendue dénudée d'arbres s'étendait à présent devant eux créant une langue de terre aride entre le pont de pierre noire et la forêt. Tous se tapirent pendant que les généraux transmettaient leurs derniers ordres. Tous écoutèrent avec attention avant de reporter leur attention sur la citadelle toujours silencieuse. Pas un mouvement ne pouvait être perçu et on aurait presque pu croire qu'elle était abandonnée si un peu partout des braséros n'avaient pas été allumés un peu partout. Loin de rassurer, ces lueurs rougeâtres faisaient ressortir la noirceur du ciel et des nuages qui s'amoncelaient toujours au-dessus de la forteresse. Une aura de mort planait dans l'air synonyme de danger et annonciatrice de tourments. Tapie dans la pénombre, cachée derrière un arbre aux côtés de Maglor, Elaiano fut prise d'un tremblement. Faegmôr les attendaient. Elle le sentait et le savait au plus profond d'elle. Il savait qu'une armée de tenait dans les sous-bois prête à attaquer. Une main apaisante se posa sur son épaule et la jeune fille remarqua dans la pénombre le regard sombre du fëanorion. Son message était clair. Elle devait se détendre. L'adolescente comprit alors qu'elle était en apnée. Elle se força à expirer longuement pour se calmer, puis inspira lentement, avant d'expirer à nouveau. Petit à petit son cœur cessa de tambouriner dans sa poitrine et son souffle s'apaisa. A nouveau elle porta son attention sur la forteresse et à cet instant l'assaut fut lancé. Un général dégaina son épée et cria :

Si ath thûr !

Aussitôt tous les elfes jaillirent des sous-bois et se précipitèrent vers la forteresse. Les plus rapides commencèrent à s'engager les uns derrières les autres sur le pont pendant que d'autres se plaçaient de part et d'autres et encochaient des flèches sur leurs arcs. Maglor et Elaiano furent de ceux-là. L'adolescente n'eut que la temps de porter la corde à sa joue que déjà le premier elfe tombait touché mortellement par un trait ennemi. Des centaines d'Orcs venaient de jaillir de la nuit et se dressaient à présent sur les remparts effondrés de la forteresse. Des flèches partirent en direction des elfes qui s'aventuraient sur le pont et trop nombreux furent ceux touchés qui tombèrent ou en entraînèrent dans leur chute. Les archers restés en retraits n'attendirent pas pour décocher à leur tour leurs flèches guidés par un général qui continuait de crier des ordres.

Hado i philinn !

Elaiano décocha sa flèche qui s'envola et se perdit parmi les centaines d'autres qui venaient de partir dans les airs. Elle ne perdit pas un instant et s'empara d'une nouvelle flèche dans son carquois. À ses côtés des elfes se tenaient déjà prêts à en décocher une nouvelle.

Tangado i chui !

L'adolescente porta à nouveau la corde de l'arc à sa joue et leva la pointe de la flèche vers un point invisible dans le ciel chargé de nuages.

Hado i philinn !

A nouveau une volée de flèches s'envola, suivie d'une autre, et encore une autre. Elaiano perdit le compte du nombre de fois qu'elle tira et le geste devint presque mécanique. Le nombre d'Orcs sur les remparts ne cessait de se réduire et les archers partaient peu à peu au fur et à mesure que le pont se dégageait. De nombreux elfes avaient déjà pénétrés dans Dol Guldur et même de sa position éloignée le jeune fille pouvait entendre le tintement des larmes et les cris.

Hado i philinn !

L'adolescente décocha une nouvelle flèche sans même avoir remarqué l'avoir encochée. Elle s'apprêtait à en prendre une nouvelle lorsque ses yeux se posèrent sur une silhouette debout en haut de la plus haute tour de la forteresse. Dans l'obscurité environnante elle ne l'avait presque pas aperçu mais à présent elle l'avait remarqué. La silhouette de Faegmôr se découpait sur le ciel, statue immobile et menaçante perchée en hauteur, inaccessible mais non moins dangereuse.

— Maglor, je l'ai trouvé.

Sans donner plus d'explications, elle rompit les rangs et parti en courant en direction du pont. Un pas léger derrière elle lui fit comprendre que le fëanorion lui avait emboîté le pas. Ils traversèrent sans encombres la longue bande de pierre enjambant les corps et évitant les flèches qui pleuvaient puis ils débouchèrent sur la citadelle. Une esplanade s'étalait à présent devant eux et les soldats s'évertuaient à repousser les Orcs et les Wargs qui les attaquaient. A chaque extrémité de la place un dédale de couloirs effondraient permettaient de s'enfoncer dans la forteresse. Malgré le fait qu'elle n'ait aucun moyen de se repérer, l'adolescente aperçu un escalier et s'y précipita. Tout en courant elle dégaina ses dagues et se jeta à corps perdu dans la bataille au moment où au loin, le son d'un cor se faisait entendre. Les renforts arrivaient.

Les coups pleuvaient mais elle les esquivaient et frappait en retour. Un Orc l'attaquait, elle le tuait ou le blessait gravement. Autour d'elle le chaos régnait. Des corps tant ennemis qu'alliés gisaient morts ou agonisants sur le sol en pierres glacées, des cris à en percer les tympans et les cliquetis des armes noyaient le champ de bataille sous un déluge de douleur et de haine. Peu importe où l'adolescente portait son regard elle y voyait la mort. La mort, et le sang. Pas une arme ne comportait pas une trace de liquide vermeil encore chaud. Pas un corps ne portait pas les stigmates d'un combat acharné souvent perdu. Et dans toute cette horreur, une seule porte de salut guidait la jeune fille. L'escalier qu'elle avait aperçu plus tôt. Si proche et si lointain. Ses marches en pierre noires brillaient étrangement dans la faible lueur de l'aube naissante. Le ciel se veinait de rouge et d'orangé pendant que les nuages toujours plus menaçants annonçaient l'approche d'un terrible orage. Un Orc jaillit de nulle part et manqua de décapiter la jeune fille qui ne dû son salut qu'à Maglor qui intercepta l'épée et tua son porteur. Il prit alors les devants et se fraya un chemin parmi les Orcs jusqu'aux escaliers. Lorsqu'ils prirent pied dessus, Elaiano découvrit avec horreur que les marches étaient recouvertes de sang frais qui coulait abondamment. Réprimant la nausée qui menaçait d'emporter son estomac, la jeune fille suivit le fëanorion qui ne s'était pas arrêté un instant. Elle ignora tant bien que mal le cadavre d'un soldat Galadhrim égorgé qui gisait sur le sol et s'enfonça à son tour dans le dédale des couloirs de Dol Guldur. Et c'est à cet instant qu'elle comprit que le plus grand danger ne résidait pas en la place à l'entrée de la citadelle, mais en les couloirs qui la composait.

Les étroits corridors s'avéraient être de véritables coupe-gorge que les Orcs connaissaient par cœur. Certains passages étroits ne permettaient le passage que d'une seule personne et des plantes grimpantes aux épines acérées barraient certains couloirs. Les deux elfes trébuchaient et s'égratignaient mais jamais ne s'arrêtaient. Ils avaient une mission qu'ils devaient remplir coûte que coûte sinon les combats ne cesseraient pas. Au détour d'un couloir, Elaiano fut séparée de Maglor par une embuscade d'Orcs et batailla de toutes ses forces pour en réchapper. Elle frappa dans tous les sens parfois même à l'aveuglette et lorsqu'une de ses lames rencontrait une gorge ou un membre elle le sectionnait non sans réprimer une grimace. Elle détestait tuer et devoir le faire à de multiples reprises l'écœurait. L'odeur du sang lui prenait la gorge et une fumée âcre lui piquait les yeux. La vue obscurcit elle devait plus se fier à son instinct. Entre deux coups, elle remarqua qu'une épaisse fumée noire s'élevait non loin. Un incendie s'était déclaré et léchait à présent les parois de la forteresse. Elaiano frappa à nouveau et le dernier Orc qui s'interposait entre le fëanorion et elle tomba. La jeune fille rejoignit l'elfe en enjambant son corps et souffla un instant. Son cœur battait si fort dans sa poitrine qu'il lui semblait qu'il allait s'en arracher. Sa respiration saccadée n'était pas arrangée par la fumée qui envahissait l'air.

— Quelque chose ne va pas avec les Orcs, fit Maglor en décochant une flèche sur l'un d'eux qui venait d'apparaitre au bout d'un couloir. Ils sont trop méthodiques, organisés.

Prise d'un horrible doute, l'adolescente se précipita sur les cadavres qui trainaient un peu partout espérant en trouver un en vie mais elle ne découvrit que des morts.

— Capturons-en un, je veux vérifier quelque chose.

Aussitôt ils s'enfoncèrent dans un couloir dans ce qu'ils pensaient être la direction de la plus haute tour où Elaiano avait aperçu Faegmôr. A peine arrivés au bout du corridor ils tombèrent nez-à-nez avec un Orc juché sur un Warg. L'adolescente réprima un cri de terreur lorsque l'énorme loup se jeta sur elle avec l'intention de la dévorer. Le fëanorion se jeta entre eux en poussant la jeune fille sur le côté et encaissa le coup à sa place. Le choc de l'impact le fit voler dans les airs et s'écraser contre un mur qui s'écroula partiellement.

— Maglor !

L'adolescente voulu se précipiter à son secours mais le Warg s'interposa et grogna. Elaiano se figea et contempla son opposant. Perché sur le dos de l'animal, l'Orc marmonna quelque chose en Noir Parlé du Mordor et le loup bondit. La jeune fille se jeta en avant et effectua une roulade pour se réceptionner. Puis elle fit volte-face et ses doigts s'activèrent. Elle s'empara de son arc toujours suspendu à son épaule, encocha une flèche, et la décocha. La pointe se ficha dans l'œil droit de l'animal qui s'était retourné, mais les suivantes manquèrent leur cible ou se contentèrent d'effleurer l'épaisse fourrure du Warg sans pénétrer le cuir de sa peau. L'archère tira à nouveau une salve de flèche avant de se jeter sur le côté pour ne pas être piétinée par l'animal qui venait de charger. Elle passa son arc par-dessus son épaule et dégaina ses dagues. Dès que le loup fonça sur elle, elle esquiva au dernier moment et trancha d'un coup net une sangle qui maintenait la selle. L'Orc chuta sur le côté et le Warg s'ébroua comme un chien pour se débarrasser de l'assortiment de cuir et de métal qui le dérangeait. Ses muscles roulèrent sous sa peau quand il s'avança vers la jeune fille, la gueule dégoulinant de bave. Il grogna et Elaiano aperçu ses dents acérées comme des couteaux au même instant que l'haleine fétide du monstre envahit ses narines. Luttant contre l'envie de s'enfuir en courant, elle se remit en garde. A quelques mètres d'elle, les cailloux du tas de gravas qui s'était amoncelé sur Maglor bougèrent et le fëanorion s'en extirpa. Il avait la tête en sang et une vilaine blessure à l'épaule gauche mais il était vivant.

Un mouvement furtif non loin attira l'attention de la jeune fille juste à temps pour ne pas être transpercée par l'arme que tenait l'Orc. Elle évita le coup s'en sortant avec une éraflure sanguinolente en dessous du coude, et frappa son ennemi qui esquiva et recula d'un pas pour laisser le champs libre à sa monture. La charge prit l'adolescente de court et elle dû se jeter sur le côté pour ne pas être fauchée par la bête. Son genou protesta lorsqu'elle se retourna pour se redresser mais il ne céda pas lorsqu'elle voulu se relever. Ce fut la pointe d'une arme qui l'arrêta. Levant les yeux, Elaiano reconnu l'Orc qu'elle avait fait chuter du Warg. Debout devant elle, il la menaçait à présent de son arme. Ses yeux avides de sang avaient même pris une teinte rougeâtre et une lueur de victoire y brillait. La jeune fille comprit alors que ce qu'elle avait redouté était arrivé. Avec la disparition du sceau qui bloquait ses souvenirs, elle s'était souvenue des évènements dans le Moria. Le commentaire de Maglor un peu plus tôt prit alors sens et elle sut que la bataille serait bien plus serrée que prévue.

— C'est donc ainsi que tu veux que tout se termine ? demanda-t-elle à l'Orc.

Il la regarda sans comprendre mais l'adolescente sut que Faegmôr l'avait entendue. Il savait qu'elle avait compris.

— Et pourquoi pas ?

La voix de son interlocuteur était hachée mais la jeune fille savait que ce n'était pas vraiment l'Orc qui venait de lui répondre.

— Si c'est ça que tu veux, alors salis-toi les mains et viens le chercher toi-même, cracha-t-elle en désignant son pendentif.

Le Maia n'eut pas le temps de répliquer par l'intermédiaire qu'il avait employé qu'une épée elfique transperça le corps de l'Orc. La lueur dans ses yeux vacilla puis s'éteignit. Maglor apparu derrière le visage tordu par l'inquiétude. Derrière lui gisait le cadavre du Warg. Concentrée sur sa ''discussion'' avec Faegmôr, la jeune fille n'avait même pas remarqué que l'elfe s'était battu contre le loup géant.

— Nínim contrôle tous les Orcs, lâcha l'adolescente en se relevant. Si nous voulons gagner, il nous faut absolument le tuer ou au moins lui faire en perdre le contrôle.

Elle voulu reprendre sa route mais remarqua que Maglor n'était pas forcément en mesure de poursuivre. Sa blessure à la tête avait séchée et une croute de sang s'était formée. Ses vêtements recouverts d'une fine couche de poussière et de sang avaient pris une teinte brunâtre.

— Ne t'inquiètes pas pour moi, la devança-t-il. J'ai connu bien pire.

Effectivement, il ne paraissait pas avoir de blessure grave en apparence mis à part son coup à la tête et il semblait même moins fatigué que l'adolescente dont l'endurance était mise à rude épreuve. D'un commun accord, ils reprirent donc leur route dans la forteresse. Un peu éloigné des combats, ils croisèrent moins d'ennemis, mais aussi moins d'alliés. Ils se retrouvèrent rapidement seuls dans les couloirs et leurs déplacements s'en retrouvèrent aisés. Enfin ils tombèrent sur les restes d'un immenses escaliers qui montaient dans les hauteurs. Ils s'élancèrent dans les marches et bientôt ils arrivèrent en haut de la plus haute. Une plateforme assez large offrait une vue imprenable sur les alentours et surtout les combats. La jeune fille remarqua avec horreur une troupe de Galadhrims en train d'être décimés par une horde de Wargs enragés, mais elle dû s'arracher à cette vision car quelque chose de bien plus dangereux se tenait devant eux. Faegmôr n'avait pas bougé entre le moment où l'adolescente l'avait aperçu et maintenant. Vêtu d'une armure de métal sombre et de son habituelle épée, il était terrifiant. Toute trace de la bienveillance qu'Elaiano avait jadis cru connaitre avait déserté son visage et seul de la haine pure transparaissait à présent. La lumière du jour levant faisait ressortir chaque trait de son visage et flamboyer ses yeux. La jeune fille comprit alors à quel point le fëanorion et lui se ressemblaient. Cheveux longs et yeux sombres, un talent inné pour le combat et surtout l'épée, mais surtout un caractère à la fois sombre et doux par moment. L'adolescente se força à chasser cette image de son esprit. Nínim n'était pas Maglor et vice-versa. Elle ne pouvait se permettre de les comparer.

— Tu es piégé Faegmôr, cracha-t-elle avec toute la force dont elle était capable.

Le Maia descendit du surplomb sur lequel il se tenait, et planta son regard dans celui d'Elaiano. Aussitôt elle sentit sa résolution vaciller, mais elle déploya toute sa volonté pour ne pas céder. Au bout d'un temps qui lui sembla durer une éternité, il détourna le regard et parla d'un ton si calme et détaché que l'on aurait presque cru qu'il se parlait à lui-même.

— J'aurais dû me douter que le sceau s'était brisé. Au fond je m'en doutais un peu.

Prise de court, la jeune fille mit une seconde de trop à répliquer.

— Ne t'inquiètes pas pour ça. Il est toujours bien là.

— Ne me ment pas, susurra-t-il avec désapprobation. Tu n'as jamais été une bonne menteuse. D'ailleurs si le sceau était toujours là tu n'aurais pas remarqué la petite lueur rouge dans les yeux de cet Orc inutile.

— C'est moi qui l'ait remarqué, fit remarquer Maglor.

La jeune fille sentit la tension dans sa voix et comprit qu'il était à deux doigts de bondir sur le Maia. Elle-même était à cran et se retrouver face à Faegmôr la paralysait.

— Tu ne vas quand même pas essayer de me faire croire que ce cri du cœur était feint tout de même ? Tu as voulu tester la solidité des murs ? ajouta-t-il avec sarcasme à l'attention du fëanorion. J'aurais adoré m'occuper du cas de ton père et lui faire ravaler sa fierté mais un autre s'en est chargé à ma place. Je n'ai donc plus que toi apparemment. Dernier représentant d'une fratrie maudite par un serment aussi dangereux qu'inutile. Meurtrier des tiens à plusieurs reprises. J'aurais pu te tuer à plusieurs reprises lors de ton séjour à Barad-Dûr mais j'attendais le moment idéal pour te détruire. Et tu me l'offres sur un plateau d'argent. En confiant ton cœur à cette enfant tu as signé ton propre pacte de destruction. Elle mourra. Lentement et dans de multiples souffrances. Et tu ne pourras rien faire d'autre que la voir dépérir. Le temps ne la tuera pas mais à la fin, ce sera toi qui me suppliera d'achever ses souffrances.

— Ne l'écoute pas Maglor. Il ment et cherche à gagner du temps, tenta l'adolescente en voyant les yeux du fëanorion s'enflammer sous le coup de la colère.

— Oh… et toi. Elaiano, dit alors froidement Faegmôr en se tournant vers la jeune fille.

Dans sa bouche le nom sonnait comme une insulte, un appel à la haine et à la destruction.

— Si innocente et pure. Toujours dotée de bonnes intentions. Tu aimes te donner le beau rôle n'est-ce pas ? Celle de l'adolescente héroïque combattant le mal. Mais ta faiblesse et ta peur se sentent à des kilomètres. Et pourtant tu es là. A te mettre en travers de mon chemin. Jamais tu ne t'es pliée à ma volonté. Jamais tu ne t'es abandonnée à moi. Tout était parfait. Mais tu cherchais encore à tout résoudre par toi-même. A t'émanciper. J'aurais dû annihiler ta volonté dès le début. Tu ne te serais pas dressée encore et encore devant moi. Mais ce n'est pas grave car aujourd'hui est le dernier jour de liberté que tu vivras. Après tu ne seras même plus capable de dire quoi que ce soit.

Elaiano essaya d'ignorer les paroles blessantes du Maia et se mit en garde. A ses côtés Maglor en fit autant. Elle devait rester concentrée sinon elle perdrait à coup sûr.

— Vous n'avez toujours pas compris que vous n'avez pas la moindre chance contre moi, se désola Faegmôr en dégainant à son tour son épée. Venez petits tourtereaux. Venez vous empaler sur ma lame.

Maglor et Elaiano s'élancèrent alors de concert sans même s'être concertés et le combat commença. Le fëanorion fut le premier à atteindre le Maia qui se contenta de parer du plat de la lame avant de contre-attaquer. La jeune fille se glissa derrière lui et voulu le frapper dans le dos mais un coup de coude la cueillit au creux du ventre et la fit reculer. Sans attendre, elle repartit à l'attaque visant cette fois le bras non armé de Faegmôr pendant que Maglor occupait celui qui tenait l'épée. A nouveau le Maia se débarrassa d'eux sans difficulté et envoya rouler l'adolescente dans la poussière. Sous le choc, elle lâcha ses dagues et glissa jusqu'au bord du précipice. Lorsqu'elle sentit son corps basculer dans le vide elle se raccrocha au rebord en pierre et ses doigts trouvèrent par miracle une prise qui s'avéra être une pierre au bord coupant. Elle poussa un cri de douleur lorsque le rebord lui incisa la peau faisant couler le sang mais elle parvint tout de même à remonter sur la plateforme. La main gauche en sang, elle ramassa ses dagues et se força à oublier la douleur. Elle en rengaina une et se contenta de se battre avec une seule arme. Sans attendre elle reparti à l'attaque au moment où Nínim donnait un grand coup de pied à Maglor le forçant à battre en retraite. L'adolescente se jeta sur le Maia. Elle le frappa encore et encore de toutes ses forces mais à chaque fois sa lame ne rencontrait que du vide ou percutaient la lame de la longue épée noire de son adversaire. Ses coups commençaient à faiblir lorsque le fëanorion revint à la charge. A deux ils forcèrent Faegmôr à se mettre sur la défensive puis à reculer d'un pas. Puis d'un second. Puis de plus en plus jusqu'à se retrouver aculé contre une paroi de pierre. Les deux elfes étaient parvenus à l'atteindre à plusieurs reprises mais jamais gravement. Le Maia rompit le combat et brandit son épée devant lui dissuadant ses attaquants de s'approcher.

— Tu n'avais donc pas compris ? Tu n'as aucune chance, souffla Maglor une lueur de haine pure dans les yeux.

Et il se jeta sur Nínim pour lui asséner le coup de grâce. Le Maia s'autorisa alors un sourire froid et Elaiano comprit que sa retraite n'était qu'un piège. Maglor s'en rendit aussi compte, mais lancé il ne pouvait plus faire demi-tour. L'adolescente s'élança à son tour en criant le nom du fëanorion mais elle se trouvait trop loin pour intervenir. Dans le flou de l'action elle vit indistinctement Faegmôr lever le bras et aussitôt une onde de choc jaillit de son pendentif et envoya les deux elfes valser au loin. Maglor s'effondra dans un tas de roches plus loin et la jeune fille s'écrasa plusieurs mètres en arrière sur la plateforme. A moitié assommée par le choc, elle sentit vaguement qu'elle avait lâché sa dague mais sa vision floue ne lui permettait pas de l'apercevoir. Le monde se réduisait à un immense tableau de couleurs vagues et un son suraigu l'empêchait d'entendre clairement. Elle avait mal partout et son corps lui semblait seulement constitué de douleur. Une forme floue s'approcha d'elle et lorsque la vision de la jeune fille se stabilisa, elle comprit trop tard qu'il s'agissait du Maia. Nínim l'attrapa par sa chevelure lui arrachant un hurlement de douleur et la tira jusqu'au bord où il la força à regarder en contrebas les combats qui y étaient menés. Le gantelet de métal lui meurtrissait la nuque et Elaiano avait encore du mal à penser clairement. Elle percevait vaguement le souffle chaud du Maia, et du coin de l'œil elle vit que Maglor ne s'était toujours pas relevé. La peur la prit et elle craignit le pire.

— Regarde, cracha Faegmôr en remarquant que son attention était portée sur le fëanorion.

Il lui tordit presque le cou pour la forcer à porter son attention sur ce qu'il voulait. En contrebas, les elfes étaient en train de se faire décimer par les Orcs. Des groupes complets avaient déjà été éliminé et d'autres n'allaient pas tarder à rejoindre leurs congénères tombés au combat. Partout la douleur était visible. Partout des morts jonchaient le sol qu'ils soient Orcs, Elfes, ou Wargs. Il y avait trop d'ennemis, ils n'avaient pas la moindre chance. Ici et là des poches de combattants apparaissaient mais semblaient en mauvaise posture. L'adolescente aperçu Celeborn au prise avec un Warg qui faisait deux fois sa taille, et Thranduil dont les doubles-lames semblaient danser au milieu d'une troupe d'ennemis. Tous étaient de vaillants combattants, mais ils avaient trop d'adversaires. Le nombre d'Orcs qui se battaient ne semblait pas décroitre et les deux armées elfiques semblaient se restreindre de secondes en secondes.

— Regarde. Regarde les mourir. C'est toi qui les a menés ici. S'ils meurent c'est par ta faute. Tu n'aurais jamais dû te rebeller, chuchota Nínim à l'oreille de la jeune fille qui tenta de se débattre.

— Tu n'as pas encore gagné.

— Non, mais bientôt. Abandonne tout espoir. Tu n'as jamais eu la moindre chance de victoire contre moi.

Gen ú-velin ! cria-t-elle à court d'argument. Hû úgaun !

La poigne du Maia l'immobilisait et ses paroles trouvaient peu à peu leur place dans le cœur de l'adolescente.

— Lâche ? Il n'y aucune lâcheté à vouloir plus de pouvoir. Tu aurais pu en avoir mais tu as préféré te battre pour ce que tu appelles de l'amour.

— Tu ne sais pas ce que c'est, cracha Elaiano en sentant son collier chauffer. Tu ne le sauras jamais.

Elle ferma les yeux un instant et son pendentif laissa éclater la lumière qu'il contenait. La prise de Faegmôr disparu et il vola en arrière. Sans attendre, l'adolescente fit volte-face, s'empara de sa dague qui trainait au sol et se jeta sur lui. Du coin de l'œil elle aperçu Maglor en train de se relever mais ne pu lui dire quoi que ce soit. Elle n'aurait pas de seconde chance. Tout leur plan était basé sur leur capacité à emmener le Maia dans la Forêt Noire et si elle ne le faisait pas maintenant, ils n'auraient aucune chance.

Naethen Maglor.

Ses bras se refermèrent autour du cou de Faegmôr et un nouvel éclat lumineux les emporta au loin. Un instant plus tard lorsque Maglor se redressa il était seul et dans le vent, il cru entendre la voix d'Elaiano :

Melin le.


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Petit point d'elfique : en Sindarin, "Si ath thûr" veut dire "Maintenant à la victoire" (je vous ais déjà dit que ça sonnait mieux en anglais ?). Sinon, "Tangado i chui" et "Hado i philinn" veulent respectivement dire "préparez les arcs" et "tirez les flèches" (pareil ça sonne tellement mieux en anglais). Et pour le vocabulaire fleuri, "Gen ú-velin" veut dire "Je te hais", et "Hû úgaun" veut dire (attention ne rigolez pas) "chien lâche". Enfin "Naethen Maglor" veut dire "Je suis désolée Maglor", et "Melin le" veut dire "Je t'aime".

Bref, j'espère que ce petit paragraphe traductif vous aura permis de vous débarrasser de toute envie meurtrière à mon égard. Non ? Bon bah dommage. J'espère en tout cas que ce chapitre vous aura plu et je vous dit à la semaine prochaine pour la suite ! Au passage, j'ai finalement coupé le chapitre suivant en deux. Comme le rendu final donne deux chapitres plus courts (3500 et 4000 quand même) je vous annonce une publication légèrement différente pour cette semaine. Il y aura donc un chapitre ce mercredi, puis un autre samedi comme d'habitude afin de ne pas trop vous couper dans l'élan de la bataille. Donc voilà... Sur ce, à mercredi !