Hey !

On se retrouve aujourd'hui avec un chapitre qui normalement devrait faire du bien à lire - si on oublie la partie Vanixel, mais oubliez toujours la partie Vanixel quand je parle de trucs agréables. C'est un passage que j'ai longtemps eu envie d'écrire, et qui est arrivé très tard par rapport à ce que j'avais initialement prévu en commençant cette fanfic. Mais bon, y a pleins de trucs qui ne se sont pas passés comme prévu, avec cette histoire.

Merci à Mijoqui et à Ima pour les reviews, ainsi qu'à Yu pour la correction ! Je ne suis pas chez moi en ce moment, mais je vous répond au plus vite !

(Oh, et TW en fin de chapitre !)

Bonne lecture !


"Quoi, je te fais plus envie ?"

C'est pas une question d'avoir envie. Il est juste crevé, là. Il est onze heures passées, ses yeux se ferment tout seuls. Demain, entretien, il doit se lever. Donc il va se pieuter, point. Puis c'est quoi cette question ? On dirait ce genre de réplique toute pourrie de meuf qui minaude contre son mec impuissant, ou infidèle, dans un film déjà vu mille fois. Même pas un film d'ailleurs, il est à peu près certains qu'il y a de vraies personnes qui sortent ce genre de conneries. Axel en est la preuve.

"J'ai pas dit ça.

- C'est l'impression que ça donne.

- J'suis crevé, c'est tout.

- Oui, enfin ça fait deux semaines que t'es crevé."

Ça fait surtout deux semaines qu'il n'a pas envie de baiser. Et ça le saoul, quand Axel insiste. Quoi que la vue du renard devant lui ne soit pas déplaisante, là, il veut dormir. Son peignoir à moitié ouvert sur un torse glabre, et le début de désir que le spectacle éveillent, ne le feront pas changer d'avis. Quand bien même l'allumé se penche pour embrasser son cou, sa main appuyée sur sa cuisse. Ok, c'est agréable. Il sait y faire. Mais la question n'est pas là. La seule envie que le matelas sous eux éveille chez, lui, c'est celle d'une nuit lourde de sommeil. Même s'il a passé sa journée à mater The clone Wars sans bouger de l'appart.

"Arrête.

- Qu'est-ce qu'y a ?

- Mais rien, j'veux juste pas là.

- Tu bandes, Van.

- Oui bah ça passera tout seul quand je dormirai."

La main d'Axel remonte, il frissonne. Le contact léger comme une patte de chat va contre son érection et son refus. De quoi lui donner tort. Bien sûr qu'il bande, vu comme l'autre le tripote. Parce qu'il sait s'y prendre, le goupil. Et puis, c'est pas dégueu. Agréable, même. Van aurait apprécié, dans d'autres circonstances. Mais là non. Juste non.

Il se dégage, se lève et va s'asseoir à l'autre bout du lit, irrité. Et angoissé.

"Eh ? Van ?"

Oui, c'est vrai, ça fait un moment qu'ils n'ont rien fait, et ça ne lui ressemble pas. Des semaines qu'il impose un mur infranchissable à Axel, lequel doit se languir dans son coin, à dormir contre lui sans jamais le toucher. Quand il ne repart pas dans sa chambre, à l'abandonner avec ce "Bon bah bonne nuit" plein de frustration. Cette réponse plate qui noue la gorge du corbeau. Il sait que c'est chiant, c'est bon, pas besoin de le lui rappeler. La frustration, ça l'emmerde aussi. Personne n'aime ça.

Le rouquin le regarde, l'air de ne pas comprendre. Avec cette tête mi paumée mi vexée. Et Vanitas sais comment ça va se terminer. Il va se lever, se barrer. Et demain, il sera chiant comme pas permis. Ou il va le snober. Dans tous les cas, il va passer une journée pourrie.

"J'ai fais quoi ?

- Rien.

- Alors pourquoi tu fais la gueule ?

- Je fais pas la gueule, j'ai juste pas envie de baiser, là, c'est tout.

- Genre, t'as pas envie.

- Pas envie dans ce sens-là."

Oui, il bande, c'est bon, il a compris Il l'avait remarqué, hein, pas besoin d'Axel pour le lui rappeler.

Et merde, maintenant il se sent ridicule, avec son barreau entre les jambes.

"Je te laisse, alors."

Et voilà.

"J'ai pas dit que j'voulais qu'tu dégages.

- Écoute, puisque je te fais chier…

- C'est pas ça, j'veux juste que tu me foutes la paix.

- Oui, et c'est ce que je fais, je te laisse tranquille.

- Non mais t'es chiant aussi à insister là, j'ai juste envie de dormir !

- C'est bon je te dis, je te laisse dormir."

Non. Là il se casse comme s'il l'avait viré de la chambre, alors qu'il ne lui a jamais demandé de partir. Il lui colle le rôle du méchant copain imbuvable qui jarte son petit ami sans raison. Et c'est d'autant plus insupportable que Van ne peut pas le dire. C'est trop… Merde, il déteste cette manie qu'Axel a, de toujours tordre ses propos.

"J'peux dormir même si t'es là.

- Oui, puis tu vas rester à l'autre bout du lit comme tu fais là ? Si c'est pour me faire jeter, je préfère rester dans ma chambre.

- J'ai bougé pour que t'arrêtes de m'chauffer, c'est tout.

- T'aurais pu te décaler, pas besoin d'aller aussi loin. Dis-le si je te dégoute, hein."

C'est fini. Ça dérape comme une pente pleine de verglas. Encore une fois.

"Arrête, t'sais très bien que c'est pas vrai.

- Ah ? Bah non Van, je sais pas. Pardon mais là je me fais jeter depuis depuis deux semaines. Dès que je propose de m'occuper de toi, je me fais cracher à la gueule comme quoi je te fais chier. Tu m'excuseras, c'est pas évident."

C'est pas vrai. Il n'a pas dit ça. Pas avec ses mots là. C'est l'autre qui exagère, qui déforme tout, et qui…

"Tu sais à quoi ça ressemble, ça ?"

La voix d'Axel monte, il se tasse. Toujours de dos, il inspire sans se retourner. Ses doigts se crispent sur la couverture du lit.

"A une dispute à la con de vieux couple lassé."

C'est vrai, oui. Ça y ressemble. Mais c'est pas ça. Ça n'a rien à voir.

"Ça te dérange pas, toi ?"

Non. Mais il est crevé. Il est crevé et l'heure tourne. Tout le temps qu'ils passent à se bouffer le museau, il le perd en sommeil.

"Tu penserais quoi, si je t'envoyais chier comme ça ?"

Le ton descend. Vanitas, qui ne différencie pas le calme de la tristesse, ne sais pas quoi penser de ces mots, ni comment y répondre. Il penserait, il penserait… Qu'Axel va voir ailleurs, peut-être ? Oui, c'est le genre de conneries qu'il irait s'inventer. Il s'imaginerait des trucs avec Saïx. Et il piquerait encore sa crise. Ou il passerait la nuit à se bouffer la peau des doigts, jusqu'à la faire saigner. Sauf que lui, il ne voit personne. C'est pas comme s'il pouvait coucher ailleurs. Pas comparable. Il veut lui dire. Il devrait. Mais l'épouvantail va trouver autre chose, à tous les coups. Et il est tellement fatigué, là. Il a pas l'énergie pour une dispute. Pas la force qu'il faut pour lui tenir tête. Puis même s'il la trouvait, ça finirait de la même manière. Ça finit toujours de la même manière.

"Désolé."

Ça ira plus vite comme ça.

Un poids fait pencher le matelas, s'approche doucement. Bientôt, c'est une chaleur tout près de lui, dans son dos, et deux bras autour de sa taille. Il laisse faire. Il n'a pas envie qu'Axel s'éloigne, qu'il parte, qu'il aille dormir dans sa propre chambre cette nuit. Il ne veut pas le voir irrité demain, qui part au travail sans penser à lui dire bonjour, trop pressé. Pas envie de se prendre la tête. Il déteste cette foutue tension qui part de rien, et qui finit par lui bouffer le bide. Merde.

"T'as vraiment, vraiment pas envie que je m'occupe de toi ?"

Il appuie pleinement ses mains sur ses cuisses, à lui dire ça comme il lui proposerait gracieusement un merveilleux cadeau. Vanitas frissonne en sentant les paluches masser ses jambes. Il déglutit.

"Vraiment ?"

Au pire, ça durera quoi, vingt minutes ? Ils ne vont pas non plus y passer la nuit. Axel a l'air partant pour faire tout le boulot, de toute façon. C'est toujours mieux qu'une dispute à la con. Moins fatiguant. Puis il sait que ça va être agréable. Il n'a qu'à laisser faire. Ça ne lui demande aucun effort.

Le noiraud ravale sa fatigue, le fond de colère qui grogne à l'intérieur. Il se tourne pour chercher les lèvres d'Axel qui attendent par-là, près de son oreille. Il l'embrasse, se tourne à moitié, alors que l'autre laisse le peignoir glisser le long de ses épaules.

Ça ira vite, de toute façon.

xoxoxox

J 334

Demyx noue ses jambes autour des siennes alors que Vanitas revient près de lui, le préservatif usé balancé au fond de la poubelle. Il pose sa tête sur son épaule, échappe un bruit de contentement, et le noiraud devine sans le voir qu'il ferme les yeux, fatigué par le plaisir. Il connaît déjà bien cette tête de félin satisfait que le guitariste a, après une partie de jambes en l'air. Cette expression détendue, naturelle, alors que ses muscles se relâchent. Il se roule contre lui, garde son corps aussi près du sien qu'il peut, et il s'autorise une sieste le temps de reposer ses gambettes fébriles. Vanitas les sent, faibles comme les siennes, vidées. De tous les types avec lesquels il a couché - quoi que, la liste n'est pas si longue - il n'a jamais vu des jambes trembler comme celles de Demyx quand il jouit. Il aime bien.

"Tu comptes me dormir dessus ?

- Mm, ça t'gène ?"

Le teigneux rit, avant de tirer l'oreiller vers lui pour le caler sous sa tête. Il laisse le blond somnoler de tout son soûl. Caresse distraitement sa tignasse éparpillée, sa peau recouverte d'un fin voile de sueur, pleine de petites marques mauves qu'il s'amuse à contourner. Ses doigts passent sur ses côtes, bien moins marquées qu'il ne l'avait imaginé, et sur sa hanche qui pointe comme un rocher au milieu de la mer, solitaire. Puis, quand la respiration régulière du musicien lui confirme qu'il dort, il attrape son téléphone pour perdre son temps sur internet.

Détendu, il profite de l'instant, de la source de chaleur tout contre lui et du sourire qu'il sent sur son visage. La sieste doit bien durer une vingtaine de minutes, le temps pour lui de vérifier vite fait ses mails et ses messages. Sa mère ne lui a toujours pas répondu, pour les vacances de Xion. Il se demande s'il doit l'appeler ce soir, ou attendre encore un peu. Peut-être qu'elle n'a pas lu son texto, ou quelle a oublié d'y répondre. Il hésite à la relancer. Ça ne presse pas.

Un détour inutile sur Facebook. Sora poste ses photos de vacances, Nami un crayonné qu'elle a bossé dans la matinée, et Yuyu partage le moindre contenu militant qui traverse son fils d'actualité. Rien de nouveau sous le soleil.

Quand le musicien émerge, il commence d'abord par se coller contre lui. Puis il couine, remue ses épaules, fait craquer ses doigts sans vraiment le remarquer. Van sent des baisers appuyés sur son torse, son cou et enfin, sa joue. Le regard de l'ébouriffé est encore tout ensommeillé.

"Re.

- Bien dormi ?

- Mm, ouais."

Il dénoue leurs jambes, sans trop s'éloigner de lui, encore avide de contacts humains, redresse la tête pour zieuter le noiraud. Un sourire enjoué étire sa bouche fine.

"J't'ai pas empêché de bouger, au moins ?

- Ça s'pourrait.

- Zut. Pardon pour l'dérangement.

- Tu crois que je serais resté si ça me dérangeait ? T'es pas si lourd, gars."

Sourire qui s'élargit encore à la réponse. Demyx s'éloigne enfin, libérant Vanitas, lequel réalise que le lit du musicien n'est pas si chaud qu'il le pensait. Une fois son propriétaire loin de sa peau, un souffle frais passe contre sa peau humide. Il tire le drap jusqu'à son ventre, observe les traits noirs que les ombres du soleil couchant dessinent sur le tissu. Depuis la fenêtre, il peut voir le ciel incendié, les lumières de fin de jour qui se meurent imperceptiblement pour laisser place à la nuit. Il est plus tard qu'il ne pensait. Pour autant, il n'a pas envie de rentrer.

"Ça te dérange si j'reste ici cette nuit ?

- Nan, t'inquiète. J'vais avoir un élève demain matin, par contre.

- Au pire je partirai avant.

- D'acc. Après tu peux rester hein, c'est juste qu'y aura du bruit dans l'appart."

Vanitas hoche la tête. Du bruit, si c'est pour l'entendre jouer de la guitare ou du piano dans le salon, il saura supporter. De toute façon, ses cours ne durent jamais trop longtemps. Il pourra toujours piquer la Switch de son hôte pour patienter.

Comme un chat attiré par le bruit des croquettes, Demyx se lève enfin. Intégralement nu. Il ne semble pas se soucier de la baie vitrée qui offre une vue imprenable sur sa paire de fesses aux voisins, et file dans la cuisine se chercher de quoi à grignoter. Quoi que, vu l'heure, il est peut-être parti cuisiner. Nu ?

"Du coup, tu voudras manger quoi ce soir ?"

Apparemment, oui. Bon. A la réflexion, Vanitas n'est même pas étonné.

Il réfléchit vite fait, fait la liste des plats simples et potables qu'il connaît. Il a déjà bouffé trop de riz vinaigré pour le reste de ses jours mais sinon, il n'est pas difficile.

"Te foule pas. Des pâtes ça va.

- Nan mais quand même, j'peux faire un truc un poil plus sophistiqué.

- T'as quoi ?

- Mm, j'ai fais les invendus c'matin, y a des tomates et une aubergine. Et je crois qu'il me reste des courgettes de la semaine dernière. Une ratatouille, ça te tente ?

- Y en a assez pour deux ?

- Ouais. Au pire je ferai de la semoule avec."

Le corbeau n'est pas un fan de semoule, mais avec le jus de la ratatouille, ça devrait le faire.

"Tu veux un coup de main ?

- J'veux bien d'l'aide pour couper les courgettes, si ça t'déranges pas.

- D'acc."

Van se lève, et cherche son pantalon qui doit trainer dans le coin, la cuisine en nudiste ne le tente pas. Il finit par retrouver le pauvre vêtement abandonné devant la porte, et reconnaît le treillis qu'il doit rendre à Demyx depuis plusieurs mois déjà. Mm. C'est pour ce prétexte que le concerné lui a retiré le vêtement, d'ailleurs. Tant pis, il pourra bien le lui enlever une deuxième fois.

Il glisse ses jambes dans la fringue aux milles poches, traverse le petit salon et s'approche de l'ébouriffé, lequel est en train de découper les aubergines. Il le regarde faire, observe son coup de couteau précis et son regard consciencieux. Un instant, son comportement n'a plus rien à voir avec l'excitation intenable qui le prend d'habitude. Il a canalisé toute l'attention dont il est capable dans ce simple mouvement répétitif. Vanitas l'observe. Puis il attrape un épluche légume, un couteau, et il attend que le punk ait terminé pour récupérer la planche à découper.

"J'en ai une autre si tu veux. Une petite blanche en plastique dans le placard.

- Quel étage ?" la teigne demande en fouillant.

"Deuxième.

- Je trouve pas.

- En partant du haut.

- Ah ouais, c'est bon."

Il la pose sur la table, coupe les courgettes, s'occupe des tomates pendant que Dem empile les rondelles d'aubergines entre deux assiettes. Une fois le travail terminé et le tout sur le feu, il se cale sur la table.

Son ami se lave les mains avant de venir près de lui, toujours dans sa tenue de ver de terre. Il remonte ses mains sur ses hanches. Van le laisse faire.

"Eh bah, t'es d'humeur affectueuse en ce moment.

- Ça te gêne ?

- Nan, ça va."

Il a du mal quand le blond devient trop collant, mais pour l'instant ça passe. Il s'autorise quelques caresses dans son cou, au niveau de sa nuque, et sourit en le sentant se tendre contre lui. Le cuisto improvisé approche la tête comme un chat, se frotte contre la paume. Puis il ouvre un oeil, regarde Van à la dérobée.

"Dis ?

- Nan."

Demyx redresse la tête. Il le fixe, perdu. Ce n'est pas la réponse qu'il attendait. Le corbeau ricane face à cet air égaré qu'il trouve sur sa trogne d'enfant. C'était méchant. Mais trop tentant.

"Je déconne. Qu'est-ce qu'y a ?

- Nan, rien.

- Quoi ?

- Nan mais c'est trop tard, fallait pas t'moquer.

- Quoi, t'es vexé ?

- Terriblement. Tu sauras jamais c'que j'allais dire.

- J'y survivrai."

C'est à moitié vrai. Maintenant que Demyx refuse de parler, le corbeau veut savoir. Il glousse.

"Et plus sérieusement ?

- J'me demandais juste si on était ensemble, mais en fait j'suis pas sûr d'vouloir sortir avec quelqu'un comme toi."

Cette fois, le rire du noiraud éclate franchement. Et il se moque, au moins un peu, parce que c'est facile de rire face aux expressions égarées du musicien. Mais il se calme avant de franchir la limite qui sépare la taquinerie de l'outrage, et il glisse ses mains dans son dos, pensif.

"T'es sûr ?

- Ouais. T'façon on est pas compatibles toi et moi, t'aimes pas Britney Spears.

- Tu vas me tej pour elle ?

- J'en ai largués pour moins que ça."

Dem poursuit son petit jeu de bouderie, se tourne et n'offre plus que son dos en réponse au rire de la teigne. Pour autant, il ne se prive pas des câlins qu'on éparpille sur son corps, ni du souffle qui vient caresser son cou.

"Tu rates la chance de ta vie, là.

- Nan, c'est la chance de ma vie qui vient d'me rater.

- Pardon ?

- T'as très bien compris.

- Non mais ça veut rien dire ton truc.

-Gna gna gna."

Vanitas ferme les yeux. Dem sent encore la transpiration qu'il a fait couler. Un odeur familière, depuis le temps qu'il couchent ensemble. Ça fait quoi, deux mois ? Deux mois qu'ils se retrouvent, qu'ils s'embrassent, qu'ils couchent ensemble. Et il n'a jamais pris le temps de réfléchir à ça. La question lui a traversé l'esprit, une ou deux fois. Mais la réponse, sa réponse, aussi vague qu'elle soit, reste la même. Il aime ce qui se passe entre eux. Ce flottement léger qui ne demande aucun engagement. Pas de barreaux.

Être avec Demyx ? Pas juste en temps que simple plan cul, mais comme petit ami ? Ça implique beaucoup de choses. Surtout, ça demande un investissement émotionnel qu'il n'est pas sûr de pouvoir fournir, et il ne veut pas le nourrir de faux espoirs. Pas que le garçon ne lui plaise pas, au contraire. Il aime sa compagnie. Le temps qu'il passe avec lui est précieux.

Mais il y a eu Axel. Axel a beaucoup pris. Et Van ne sait pas ce qu'il lui reste à donner.

"T'as envie de quoi, toi ?" il finit par lâcher.

"Pour nous ?

- Ouais.

- Bah…" il l'entends déglutir. "J'aimerais bien qu'on soit ensemble, quoi. Qu'on se voit pas juste pour baiser.

- Je te plais ?

- Tu déconnes ?"

Dem rit, comme on rit face à l'évidence même. Sincèrement. Il glisse ses mains sur ses paumes, ses doigts entre les siens.

"Ça fait des mois que j'suis amoureux d'toi.

- Ah."

La surprise lui tombe dessus. Bon, il se doutait bien, depuis leur soirée de nouvel an, que c'est à lui que la grande tige faisait allusion, quand il évoquait ce type qui lui plaisait. Même, il l'envisageait avant ce grand tournant qu'a pris leur relation. Mais de se l'entendre dire comme ça, franchement, ça fait bizarre. C'est… Il ne sait pas. Tendre et désagréable à la fois. Effrayant. Il se replie d'autant plus qu'il est touché, et qu'il ne sait pas quoi répondre. La carapace se ferme. Ses doigts se crispent. Pour autant, ceux de Demyx ne se retirent ni ne l'abandonnent. Il reste là sans bouger, tourne vite fait la tête vers lui alors qu'il rouvre les yeux.

"J'dis pas ça pour te forcer la main.

- Je sais.

- Juste que tu le saches, quoi."

Gratuit. C'est ça, le mot qui lui manque. L'affection de Demyx est gratuite. Offerte sans condition. Il n'exige aucune réciprocité dans son amour, sinon l'attention qu'il pourra et voudra lui donner. C'est aussi simple que ça. Presque trop facile, il se dit. Mais avec le blondin, il n'y a jamais de piège.

"Par contre, j'peux pas être juste avec toi.

- Ça j'sais."

Dem retrouve un air un semblant sérieux sous son sourire tendre. Ses mains quittent les siennes, il se retourne et cherche son regard, veut s'assurer que Van comprenne bien ce qu'il va lui dire, là. Ses phalanges remontent jusqu'à ses épaules, son visage qu'il caresse, comme une excuse pour lui faire redresser la tête.

"T'as quelqu'un d'autre, en ce moment ?" le loup aux yeux jaunes demande.

"Non. Mais c'est pas impossible que ça arrive, et je veux pas me priver là-dessus.

- Je me doute."

Ils en ont déjà parlé, et il ne veut pas l'entraver dans son amour. C'est son choix. Non, même pas son choix. Juste sa manière d'aimer. Même s'il voulait le lui interdire, l'énamouré continuerait de s'éprendre des minois qui s'attachent à sa mémoire. Et il respecte ça. De toute façon, il ne veut pas lui imposer un modèle de relation qui le rendrait malheureux. Ça ne mènerait rien, ils n'y récolteraient que des larmes et des disputes futiles. Et les larmes et les disputes, il en eu assez pour toute une vie.

Il le fixe droit dans les yeux, observe cette couleur cyan qui nage dans son iris, tellement claire. Ce bleu qu'il confond parfois avec du vert. Il se demande ce qu'il penserait, s'il l'imaginait embrasser quelqu'un d'autre. Une fille, il s'en fout. Il aurait du mal à se sentir en compétition. Trop différent de lui pour constituer une réelle menace. Un gars ... Il a du mal à savoir. Il se souvient de la jalousie brute dans son ventre, comme un diamant pur de colère quand Axel souriait à Saïx. La peur sauvage, pour tous les regards complices qu'il n'a jamais accordé à quelqu'un d'autre que lui. Cette place qu'on lui volait, la déchirure dans son ventre. Mais Axel, c'est encore autre chose. Il ne peut pas comparer.

"J'veux bien essayer.

- T'es sûr ? J'veux pas qu'tu t'sentes mal avec ça.

- T'inquiètes. Ça devrait le faire."

- D'acc."

Il sent comme l'autre retient son sourire, malgré lui. En vain. Les deux extrémités de ses lèvres s'étirent tout doucement, et il en mord une pour essayer de dissimuler son expression. C'est assez amusant à voir. Tellement enfantin. Encore une faiblesse qu'il aime, chez lui. Cette incapacité à cacher ce qui lui traverse l'esprit. La trahison des émotions qui s'installent sur son visage.

"Après, hésite pas à en parler si ça t'va plus, ou si t'as du mal." il ajoute derrière ses mèches éparses. "Ou s'y a des choses que tu veux pas que je fasse. J'peux pas te promettre d'arrêter, mais déjà, c'est mieux si on en discute.

- Ça marche."

Ils se fixent. Van sent, juste à voir la manière dont il aspire sa lèvre, qu'il meurt d'envie de sauter sur les siennes. C'est particulièrement satisfaisant de constater qu'il le connaît si bien. Qu'un coup d'œil lui suffit pour lire ses traits.

"Donc on est ensemble, là ?"

Il pose la question, comme un gosse qui retournerait encore et encore son cadeau, à relire une énième fois son nom inscrit dessus sans oser ouvrir le paquet.

"Apparemment, ouais.

- Wow. C'est… cool.

- C'est tout ?

- Vraiment trop cool.

- Je m'attendais à mieux."

Demyx n'attend plus. Il étouffe un gloussement bien heureux en posant sa bouche sur la sienne, et Van le laisse volontiers faire. Ses bras s'enroulent autour de lui alors qu'il le sent se presser contre son torse. La moiteur poisseuse de leur peau nue lui rappelle qu'ils méritent une bonne douche après leurs activités du matin. Il ne serait pas contre un délicieux filet d'eau chaude, accompagné du gel douche à l'orange qu'il a vu traîner dans la salle de bain.

Mais il n'a pas envie de se débarrasser de ses lèvres. Pas tout de suite. Il profite longuement, se détache pour mieux revenir, jusqu'à ce que l'autre se décolle, son front appuyé contre le sien.

Il se pose pour vérifier l'état de ses sentiments, ferme les yeux. Mais il ne trouve plus l'angoisse craintive qui l'a habité, ces derniers temps. Celle qui l'a étouffé quand il s'est retrouvé à moitié nu devant Ienzo.

Pour la première fois, il a l'impression d'aller mieux.

A l'inverse, il voit passer sur le visage de l'autre comme une ombre ternie qu'il n'identifie pas. De la peur ?

"Et là, ça t'va ?

- Ça passe.

- Eh. Tu veux que j'te rappelle comment ça s'est fini, la dernière fois qu'on a joué à ça ?

- Quand tu t'es dessapé en plein milieu du salon chez ta mère, tu veux dire ?

- Exactement.

- Bon, c'était vraiment pas mal.

- Juste pas mal ? Gars, tu m'as sauté dessus.

- T'as tout fait pour que j'te saute dessus, aussi."

Mais le fantôme d'émotion trouble s'efface aussitôt.

"Mm." Dem marmonne.

"Quoi, tu vas faire la gueule jusqu'à ce que je finisse à tes pieds ?

- Bah, puisque ça marche."

Demyx glousse, avant de s'écarter. Van croit d'abord qu'il va mettre sa menace à exécution, puis il le voit qui gagne l'éviter pour s'y rincer les mains, avant d'attraper les légumes qu'ils ont préparés. Le tout jeté dans la poêle, il allume la gazinière. Puis il ajoute encore de l'huile, du sel, et des épices qui trainent sur le plan de travail.

Le teigneux observe. Il profite de la vue, tant qu'à faire.

"J'ai plus d'ail, par contre.

- Tant pis."

Il lui faut bien un ou deux défauts.

Le noiraud s'approche d'un pas relâché, mains dans les poches. Se dresse sur la pointe des pieds pour lui coller un baiser léger sur la joue, devine son expression joyeuse, puis s'éloigne vers la salle de bain.

"J'vais prendre une douche, t'as dix minutes pour rattraper ça.

- Ça quoi ?

- L'ail.

- Mais tu veux quoi à la place ?

- Trouve."

Il s'amuse de sa trogne contrariée, puis ouvre la porte qui lui cache la douche. Sa serviette attitrée l'attend sur le crochet suspendu au battant. Parfait.


[TW : mention de viol]

Voilà voilà. Un chapitre mignon. Ça fait du bien. Ils font du bien à écrire ces deux-là, de manière générale.

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