Me revoilàààà, à peine en retard ça vaaaaa
– T'avais dit le 23 septembre.
Ben ça va, on est que le 8 octobre…
– Tu sais qu'aux Enfers, on en empale pour moins que ça?
Parce que vous avez besoin d'une raison pour empaler les gens vous maintenant?
– Mmm, pas faux. On empale tout c'qui bouge, c'est toujours sympathique un p'tit empalement.
Bon ben silence alors?
– Ben nan. T'es quand même une merde et…
*par le plus grand des hasards cosmiques, un sous-marin nucléaire lanceur d'engin de classe Typhoon fort de ses 26 000 tonnes et 173 mètres de long s'écrase en plein sur la gueule de Son Infernale et Génialissime Majesté des Enfers*
Bref! Me revoilà et effectivement, un tit peu en retard. Bah, tant pis! La Roumanie c'était cool pis après j'étais K.O. mais eh, le voilà enfin!
Au dernier chapitre, on apprenait que Shun est le fils tout à fait sain et équilibré de la Comète, elle aussi un modèle de sainteté. Du coup, ouaip, la Comète a deux enfants, lui et Shyoga et on va en reparler! Ce qui fait aussi que la Comète est la grand-mère de Beni et Shyoga est son oncle… Eeeeh ouais c'est le bordel, l'arbre généalogique de cette gamine.
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Un IMMENSE MERCI à Rizalone et à Neko pour leurs reviews, ça m'a fait incroyablement plaisir! Et merci de continuer à me lire après toutes ces années. Sincèrement.
Discalibur : c'te fic est un bordel sans nom avec mes persos pis ceux de Bleach, de Tite Kubo.
126. Je t'aime, petit frère.
Plus de trois-cent ans auparavant, dans une petite maison aux fenêtres obstruées, quelque part au creux d'un bosquet perdu dans les coins du Rukongai.
– Pourquoi tu ne hurles pas ?
Dans la petite pièce, il n'y avait pas le moindre bruit ou presque. Un petit feu de bois crépitait dans un coin et son odeur si caractéristique imprégnait le lieu, recouvrant quelque peu le reste des odeurs habitant cette maison. Les flammes, de taille modeste, étaient la seule source de lumière, avec quelques rares bougies de-ci, de-là, précautionneusement posées au sommet de piles de boîtes parfois un peu instables. Au dehors, la nuit était tombée depuis une bonne heure déjà.
– Tu pourrais, tu sais.
Il n'y avait guère de mouvement dans ce lieu à part ces petites flammes dont la lueur chaude faisait danser les ombres contre les murs et les deux petites silhouettes dans le coin opposé de cette grande pièce de forme carré. Aucun mot ne vint répondre à la question posée d'une manière presque candide par cette voix enfantine.
– Je sais que tu peux hurler. reprit la voix, s'obstinant face à ce silence.
Cette nuit-là, il n'y avait que deux enfants sous ce toit. Parfois, assez souvent même, il y en avait au moins un de plus. L'adulte qui vivait ici était absente depuis quelques jours. Les deux petits garçons savaient qu'elle finirait par revenir puisqu'elle revenait toujours. Il fallait juste qu'elle trouve ce dont elle avait besoin, un nouveau jouet à son goût. Le précédent était finalement décédé une petite semaine auparavant et la Comète avait de nouveau besoin d'une de ses petites proies qu'elle aimait tant. Elle était donc partie en chasse, laissant les deux garçons seuls jusqu'à son retour dans cette maison fermée à double tour. Oh, elle ne se faisait pas de soucis, ils survivraient parfaitement à ces quelques jours sans elle, ils savaient se faire à manger tous seuls. Et puis, elle avait refermé les verrous derrière elle, ils seraient toujours là à son retour. Ils n'avaient nulle part où aller.
– Allez, hurle.
Les deux garçons se trouvaient sur le matelas posé au sol qui leur servait de lit, l'un chevauchant l'autre.
– Hurle, Shyoga. Maman n'est pas là, elle ne t'entendra pas, c'est bon. Tu peux hurler. Hurle.
Shun était au dessus de son frère, l'écrasant contre le matelas et le maintenant de force sous lui au moyen d'une double clef de bras. Humainement parlant, il avait autour de 9 ans, tout comme son petit frère, né moins d'un an après lui. La Comète était très vite retombée enceinte à la naissance de Shun et quelques dix mois à peine plus tard naissait Shyoga, le petit garçon qui refusait de hurler. Blonds tous les deux, ils arboraient les mêmes yeux bleus que leur mère et leur lien de parenté était plus que frappant. Ils se ressemblaient beaucoup, pour le plus grand bonheur de leur mère qui avait songé que leur ressemblance ne s'arrêterait pas à leur physique. Elle s'était trompée.
– Allez quoi, hurle… Je sais que t'as mal. Tu veux que je te casse un bras ou quoi ?
Toujours aucune réponse.
– Tu sais que Maman ne me dira rien si je le fais.
Toujours rien. Sous lui, son cadet ne pipa mot, même si un court sanglot silencieux agita ses petites épaules maigres.
– Je te jure que je vais le faire ! Je vais te péter le bras, Shyo !
Mais le petit ne dit rien, continuant de mordre ses lèvres de toutes ses forces pour s'empêcher de dire quoi que ce soit. Shun se pencha un peu plus en avant, laissant basculer encore un peu plus de son poids sur les bras de son frère qu'il tordait douloureusement. Il savait à quel point cette prise était douloureuse. Sa mère le laissait de temps en temps jouer avec les nouveaux garçons qu'elle amenait avant qu'elle ne se mette elle-même à les briser pour son plus grand plaisir alors oui, il savait à quel point ça faisait mal. À quel point Shyoga devait avoir envie de hurler.
Il poussa encore un peu plus. Toujours rien, si ce n'était de nouvelles larmes sur les joues de poupée de son frère. S'il poussait encore, un os – ou plus – allait casser. Les secondes s'égrenèrent tandis qu'il refusait de quitter du regard le visage déformé de douleur de celui qu'il tourmentait. Allez, hurle, hurle, hurle… Mais rien ne vint.
– Pffff, t'es pas drôle… fit-il en relâchant brusquement sa prise.
Aussitôt, le petit garçon ramena sous lui ses deux bras douloureux, ne retenant pas une nouvelle grimace de douleur. Mais toujours aucun son ne sortit de sa gorge fine. Il n'avait rien dit, n'avait pas gémit, n'avait pas crié. Il n'avait même pas regardé son frère. Shun soupira, clairement déçu, mais toujours sur ses gardes. Shyoga avait beau savoir qu'il n'avait aucune chance contre son frère, parfois, dès que Shun le lâchait, il essayait de le frapper ou de lui faire mal à son tour.
Son petit frère n'avait guère de force et il savait très bien qu'il pouvait le maîtriser à peu près n'importe quand mais tout de même, il n'avait pas envie de prendre un poing dans la figure juste parce qu'il ne s'était pas suffisamment méfié. Shyoga avait beau être incapable de physiquement lutter contre lui, il restait son frère : il était aussi vicieux que lui, ou presque. S'il décidait d'attaquer son aîné à son tour, il savait attendre le moment où parfait où celui-ci s'y attendrait le moins.
Il n'avait aucune chance face à Shun et c'était toujours lui qui finissait à terre, avec un membre tordu et douloureux, des bleus ou des coupures supplémentaires. Ça ne l'empêchait pas de se défendre à chaque fois férocement ou même, de temps en temps, d'attaquer Shun à l'improviste. Il perdait toujours mais il continuait. Shyoga était têtu, même si Shun ne comprenait pas vraiment pourquoi il ne laissait pas tomber au bout d'un moment.
Son regard bleu braqué sur le visage de son cadet qui refusait désormais de porter ses yeux dans sa direction, Shun attendit quelques instants dans le calme, toujours assis à califourchon sur les hanches de son frère, histoire de voir si sa victime favorite allait avoir une réaction ou quelque chose de ce genre. C'est qu'il voulait s'amuser lui ! Mais ce soir là, rien ne vint et Shun soupira de déception, croisant ses bras sur son torse avec une moue boudeuse.
– T'es vraiment pas drôle, bougonna t-il.
Oh, s'il avait vraiment voulu le faire hurler, il lui aurait crevé un œil ou bien cassé un os, tout simplement. Sa mère le laissait parfois jouer avec les garçons dont elle avait fini par se laisser et il aimait bien les faire hurler ceux-là, quand ils en avaient encore la force – il n'avait pas le droit de trop les abîmer avant qu'elle ne pose les mains sur eux alors une fois qu'elle en avait terminé avec eux, il pouvait vraiment leur faire ce qu'il voulait. Mais Shyoga, il n'était pas comme ces garçons.
Au bout d'un moment, il fallait s'en débarrasser tout simplement parce qu'il n'y avait plus rien à briser chez eux. Tout ce qui restait, c'était des corps encore chauds et respirant, même s'ils ne pouvaient plus se déplacer qu'en rampant. Une fois devenus inutiles, il fallait bien s'en débarrasser, dans ces foutues fosses que leur mère leur faisait creuser de temps à autre – Shun détestait ça, c'était incroyablement fatiguant, il se foutait de la boue partout dans les cheveux et en plus ça putait la mort, les cadavres en décomposition.
Il aurait pu faire ça à son frère s'il avait vraiment voulu le faire hurler et par tous les cieux qu'il aimait le faire hurler. Le souci, c'est que pour Shun, Shyoga n'était pas comme ces garçons, il voulait jouer avec lui et le garder toute sa vie. Il était son petit frère adoré.
Le garçon bailla longuement, s'ébouriffant les cheveux d'une main, l'autre se tenant devant sa bouche grande ouverte. C'était qu'il commençait à se faire tard et il avait bien sommeil. Il décida donc qu'il était l'heure pour lui et son frère d'aller se coucher. Il se dandina quelque peu pour changer de position et vint rapidement plaquer son genou entre les omoplates du petit blond sous lui avant que celui-ci n'ait le temps de se débattre.
Faisant basculer son poids en avant d'un coup sec, il entendit avec satisfaction les poumons de Shyoga se vider en un long sifflement. Non, il n'allait pas l'étouffer – il aimait bien étrangler les jouets brisés de sa mère mais étouffer, c'était moins son truc – c'était quand même vachement drôle de le compresser comme ça contre leur petit matelas usé. Se penchant davantage en avant, Shun vint plaquer sa main gauche contre la tête de son frère, le maintenant de force en place. De l'autre, il se mit à tranquillement essuyer les larmes de douleur sur ses joues d'albâtre.
– J'ai sommeil. fit-il tranquillement, un léger sourire sur les lèvres.
Il aimait bien prendre soin de son frère. Il était l'aîné après tout, c'était normal. Et puis Shyoga était si fragile, il n'avait que lui. Leur mère n'en voulait déjà plus, de ce deuxième petit garçon blond loin d'égaler son frère aîné qui lui semblait se délecter autant qu'elle d'infliger la douleur. Pour la Comète, Shyoga était une déception et les deux garçons en étaient parfaitement conscients. Shyoga n'avait donc que lui et il devait prendre soin de lui, ce qu'il faisait avec plaisir. Et il n'allait pas laisser son précieux petit frère aller dormir avec les joues trempées de larmes, le pauvre.
Shyoga le laissa faire. Depuis le temps, il avait l'habitude des comportements tordus de ce frère qui enfonçait un genou douloureux entre ses omoplates, l'empêchant de respirer correctement. Parfois, il essayait de le mordre – il détestait que son frère le touche, sentir sa peau contre la sienne le révulsait et le terrifiait tout à la fois – mais là, cela n'aurait servi à rien. Shun avait depuis appris à parfaitement bien immobiliser sa tête. Même s'il l'avait voulu, Shyoga n'aurait pas pu la bouger d'un pouce.
Shyoga haïssait son frère. S'il avait pu le tuer, lui et cette femme qui le regardait avec un mépris évident dans les yeux, il l'aurait fait sans hésitation et n'aurait probablement rien ressenti en le faisant. Le garçon ressentait peu de choses mais son frère le terrifiait et c'était cette terreur qui nourrissait sa haine. Ce n'était pas tant la douleur qu'il lui infligeait régulièrement en riant de bon cœur qui le terrifiait puisqu'il s'y était habitué.
Il n'aimait pas avoir mal mais depuis le temps, il s'y était fait. Il ne comprenait pas pourquoi les garçons que sa mère ramenaient semblaient ne jamais s'y faire. Il avait du mal à comprendre que, comme son frère, il n'était pas vraiment normal. Son anormalité à lui n'était pas la même que Shun mais il ressentait peu d'émotions et avait du mal à se rendre compte que l'immense majorité des gens en ressentait en permanence.
Quand son frère ne jouait avec lui, à le frapper, à l'immobiliser ou à tenter de le faire hurler, Shyoga restait assis dans un coin, immobile. Il ne faisait rien et se contentait d'attendre que le temps passe. Il ne s'ennuyait pas, puisqu'il ne ressentait rien. Il attendait juste que le temps passe. Shun lui, semblait s'ennuyer très vite, d'où sa propension à se jeter régulièrement sur son frère.
Mais Shun avait plein de façons de s'occuper. Il déplaçait les meubles, dessinait sur les murs, se servait des boîtes de sa mère comme de jeux de construction et s'amusait à construire de petits châteaux avec, châteaux avec lesquels il pouvait jouer des jours durant. Ce comportement-là avait toujours paru absurde à Shyoga qui n'en voyait pas l'utilité. Parfois, il observait son frère jouer avec les quelques figurines de bois que sa mère lui avait offert, se mettant à leur inventer mille et unes histoires dans ses châteaux en boîtes renfermant des dents de lait, et il essayait de comprendre. À ce jour, ça continuait à lui échapper. Par contre, il savait que si lui se mettait à dessiner sur les murs ou à jouer avec les précieuses boîtes, sa mère le tuerait. Elle aimait Shun, pas lui.
Peut-être que c'était pour ça qu'elle le terrifiait autant. Il avait peur de ce qu'elle pouvait lui faire. Nui lui ni son frère n'avaient de vrais contacts avec le monde extérieur. Le monde, leur monde, c'était leur mère et ses jouets, cette maison et l'un l'autre. À vrai dire, ils ne sortaient presque jamais de cette maison. La Comète ne voyait pas pourquoi ils en seraient sorti, à part une ou deux nuits par an quand elle voulait se servir d'eux comme d'appâts rassurants auprès de ses gamins errants qu'elle voulait prendre. Et puis ils n'étaient que des enfants et les enfants sont stupides et ne savent pas fermer leur adorable petite bouche. Elle ne voulait surtout pas prendre le risque que ce qui se passait dans sa petite maison perdue dans les bois s'ébruite. Oh, elle savait que tant qu'elle ciblait des enfants errants, on ne viendrait pas l'emmerder puisque personne ne les cherchait. Mais autant ne pas attirer l'attention. Et puis les gens avaient tendance à voir rouge lorsqu'on parlait de massacrer des gosses. Alors elle se méfiait, y compris de ses fils.
Ni Shun ni Shyoga n'avait de vraie notion de ce qu'était le monde extérieur, de ce qui constituait la norme ou pas. Pour eux qui avaient grandi avec tant de ces autres garçons morts dans d'atroces souffrances, c'était cette souffrance qui constituait la norme. Ils avaient l'habitude. C'était même une norme qui plaisait beaucoup à Shun, qui semblait avoir du mal à avoir de l'empathie pour les victimes de sa mère, même lorsque celles-ci se tournaient vers lui et le suppliaient de les aider – ou de les achever. Au contraire, cela l'amusait au plus haut point.
Shyoga ne ressentait guère d'empathie pour eux non plus mais contrairement à son frère, il était bel et bien terrifié par sa mère, même s'il n'en laissait jamais rien paraître. Shun adorait sa mère parce que cette dernière le lui rendait bien et qu'ils partageaient en quelque sorte les mêmes goûts. Mais Shyoga savait bien que sa mère ne l'aimait pas. Elle adorait Shun, pas lui. Shyoga n'était qu'une gêne dans ses pattes et elle refusait de s'en occuper. D'ailleurs, elle ne prenait pas la peine de le nourrir alors qu'elle s'assurait toujours que son aîné mange à sa fin. C'était pour ça que Shyoga était aussi maigre et faible, tout simplement parce qu'il était constamment ou presque en sous-poids. Ce qu'il mangeait, c'était ce qu'il grappillait lorsqu'elle n'était pas là ou ce que Shun lui laissait.
Au fond de lui-même, il se demandait pourquoi elle ne l'avait pas encore tué. Pourquoi il n'avait pas encore rejoint les cohortes de ses victimes. Peut-être parce qu'il était son fils ? Peut-être que, parce qu'il était sorti de son ventre neuf mois après qu'elle ait à nouveau violé le gamin qui lui avait donné Shun, elle ne lui ferait pas subir ce qu'elle leur faisait subir ? Mais il en doutait fort. Qu'il soit son fils ou pas ne changeait rien. Il n'était pas Shun et un jour ou l'autre, elle se débarrasserait de lui. Il espérait juste qu'elle le tuerait vite, se contentant de lui trancher la gorge.
Mais il la connaissait, sa mère, et il savait que c'était peu probable. Elle allait le tuer, oui, mais lentement et douloureusement. Elle allait jouer avec lui tout son soûl et c'était ce qui le terrifiait. Il s'était fait à la douleur que lui infligeait Shun mais Shun ne se servait que de ses poings. Il lui faisait mal. De temps en temps, il le mordait et il avait quelques cicatrices sur les côtes et les jambes mais c'était tout. Il lui faisait mal, il ne le détruisait pas. Sa mère jouait avec les couteaux et les scalpels, brisait les os, écorchait vif, tranchait les chairs, éclatait les organes… Et elle les touchait. Et ça, ça le terrifiait, Shyoga. Et il avait très peur qu'un jour aussi, Shun décide d'imiter sa mère et qu'il lui fasse ce qu'elle faisait à ses garçons, les brisant sans leur laisser aucune marque, aucun bleu, aucun os fracturé. Là, il le savait, il hurlerait.
Mais pour l'instant, l'idée semblait ne toujours pas passer par la tête de son grand frère qui continuait à le pousser, le frapper, l'étouffer ou autre. Alors il ne hurlait pas. Un jour, il arriverait à partir loin d'ici, avant qu'un hurlement sorte pour de bon de ses poumons. Il le fallait.
– Allez, au lit! claironna finalement Shun d'une voix joyeuse une fois qu'il eut terminé d'essuyer les larmes de douleur de son frère.
Bloquant toujours Shyoga de son genou entre les omoplates, il s'étira comme un chat tout en baillant une nouvelle fois avant de saisir la longue couverture rapiécée qui leur servait de couette en cette période de l'année.
– Dégage. gronda alors la voix sourde de son petit frère.
Shun s'arrêta au milieu de son geste avant de laisser un sourire mauvais passer sur ses lèvres.
– Ben tu vois que tu peux causer… fit-il d'un air narquois.
– Crève. siffla Shyoga.
– Pffff, soupira Shun en reprenant son geste pour amener la couette à eux et les recouvrir. T'es vraiment pas drôle.
Il était toujours sur son frère et c'est le plus naturellement du monde qu'il s'allongea sur son corps maigre, comme à son habitude. Shyoga tenta de se débattre et de le repousser mais Shun passa ses bras autour de son torse, le collant contre lui en une embrassade fraternelle. Il le laissa lutter et se débattre en vain une bonne minute sachant que de toutes façons, son corps était trop faible pour qu'il puisse longtemps continuer comme ça. Et effectivement, au bout d'un moment, Shyoga s'arrêta de lui-même, le cœur battant la chamade et le souffle court.
Il ne mangeait pas assez et ça inquiétait Shun. Il avait peur de le perdre. Il faisait ce qu'il pouvait pour qu'il mange mais c'était compliqué. Il lui laissait le plus possible de ce que lui donnait sa mère, extrait de tous ces bons repas qu'elle amenait aux gosses des rues au dehors, loin de cette maison, mais ce n'était pas assez et c'était compliqué. C'était compliqué parce que si la Comète le voyait donner à manger à Shyoga, se priver d'un peu de sa ration pour son frère, elle tuerait ce dernier. Shun était la prunelle de ses yeux, il était hors de question que son maigrichon de rejeton inintéressant compromettre la santé de son fils adoré.
Une fois, Shun avait prétendu avoir très faim et s'était empiffré le plus possible devant sa mère, jusqu'au point où son estomac lui donnait l'impression d'être à deux doigts d'éclater. Puis elle était sortie faire des courses et il s'était aussitôt fait vomir avant de faire manger ces restes de son repas à Shyoga, lui maintenant les mâchoires ouvertes avec un des outils de sa mère, celui dont elle se servait quand elle décidait d'aller récupérer une dent. Cette fois-là, Shyoga avait hurlé. Et Shun n'avait pas du tout aimé ces hurlements-là. Ils lui avaient retourné le ventre et il n'avait pas compris pourquoi. Il n'avait plus essayé de nourrir son frère de la sorte après.
– Dors bien, petit frère. fit-il tranquillement en plaquant un baiser sec sur ses cheveux blonds.
Puis il souffla la bougie à côté d'eux et, le tenant toujours contre lui, se dandina jusqu'à se trouver une position confortable pour la nuit. Cela faisait une bonne année qu'il dormait ainsi, sur son frère. Il le tenait toujours tout contre lui et s'endormait ainsi. Shyoga essayait toujours de le repousser mais Shun était bien déterminé à l'en empêcher. Au début, il l'avait fait juste pour s'amuser et puis aussi parce qu'il faisait froid, en plein hiver. Puis il avait réalisé quelque chose et refusait désormais de dormir sans son frère dans ses bras.
Lorsque la Comète revenait chez eux, elle revenait souvent à l'aube, alors qu'ils dormaient encore. Shun n'avait peur de rien dans sa vie, à une exception près : il avait peur que la Comète lui prenne son frère. C'était la seule chose qui lui fasse peur, se réveiller un matin et se rendre compte qu'elle avait profité de son sommeil pour se débarrasser de ce fils dont elle ne voulait pas. Il aimait sa mère, l'adorait au plus haut point mais Shyoga était son frère. Shyoga était à lui. Elle n'avait pas le droit de le lui prendre. Alors il dormait ainsi parce qu'il savait que si elle essayait de le lui prendre pendant son sommeil, il se réveillerait aussitôt. Si elle décidait de le tuer, elle ne pourrait le faire sous ses yeux, elle l'aimait trop pour supporter sa douleur – si elle lui faisait du mal, si elle touchait à Shyoga, il hurlerait. Elle n'aurait rien fait qui fasse souffrir son précieux fils. Alors Shun gardait toujours Shyoga à ses côtés. Tant qu'il était là, son petit frère ne risquait rien.
– Fais de beaux rêves. fit-il d'une voix un peu pâteuse, le sommeil commençant à le rattraper.
Dans ses bras, Shyoga sanglotait d'épuisement et de haine.
– Je veux que tu meures. siffla t-il.
Shun rigola doucement, amusé.
– Je sais. répondit-il. Et toi, tu sais que l'éclat de verre que tu m'enfonces dans l'avant-bras ne va pas assez profond pour me tuer.
Shyoga ne répondit rien mais un nouveau sanglot agita ses épaules tandis que Shun souriait, tout content de s'endormir contre son frère adoré. Il savait que Shyoga avait récupéré ce tout petit morceau de verre et il aurait pu le lui prendre sans difficultés. Il sentait également la main de Shyoga enfonçant le bout de verre dans la chair délicate de son avant-bras droit avec lequel il tenait son corps maigre contre le sien.
Oui, ça faisait mal. Mais pas beaucoup. Il sentait les larges gouttes de sang qui perlaient sur sa peau à lui. Mais il le laissa faire. Il le laissait toujours faire. C'était la seule douleur qu'il autorisait son petit frère à lui infliger. Shyoga ne pouvait pas lui faire grand-chose alors que lui, il pouvait lui faire n'importe quoi. Alors il le laissait taillader son avant-bras, régulièrement, nuit après nuit dès que leur mère s'absentait. Shun laissait faire. Peut-être qu'un jour, il le tuerait. Peut-être.
– Je t'aime petit frère, je t'aime.
Cette fois, Shyoga ne répondit rien.
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Kensei Muguruma, après avoir quitté la Tour des regrets et la folie de la Comète, alors que son vice-capitaine est de retour au BdT, auprès de son sabre. À l'écart de tout ça, dans une salle un peu mal éclairée et poussiéreuse, au nord-ouest du Seireitei.
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L'ampoule au dessus de ma tête grésille mollement, visiblement peu habituée à servir. À tous les coups, elle n'a pas été allumée depuis le sacre de Napoléon et elle lutte vaillamment pour ne pas s'éteindre comme une merde juste au dessus de moi. En tout cas, elle a intérêt à tenir le coup le temps de ma visite parce que je n'ai pas plus que ça envie de me retrouver plongé dans le noir.
Y'a clairement plus pratique pour lire les foutues pattes de mouche que j'ai sous les yeux. Et il n'y a qu'une seule ampoule ici. Enfin, si je relève la tête et la dirige quelque peu vers ma droite, il y a bien une autre ampoule qui pend du plafond. Mais celle-ci semble bien avoir définitivement rendu l'âme.
Tout ici sent la poussière et le renfermé. C'est assez évident que personne ou presque ne vient jamais ici. Sur les étagères devant moi, une épaisse couche de poussière recouvre la multitude de liasses de papiers qui y ont été stockés. Plus bourrés que stockés, devrai-je dire… Ils ont clairement eu un problème de place, ici. Cette pièce, qui n'est qu'une parmi une myriade de pièces identiquement bourrées de papier de ce bâtiment qui semble ne sentir que la poussière et le vieux papier, semble avoir été conçu pour recueillir un certain volume de documents.
De forme vaguement carré, ses murs sont recouverts de bibliothèques et on compte pas moins de sept rayons supplémentaires au centre de la pièce. Ce n'est absolument pas un lieu où les gens sont supposés se balader ou prendre du bon temps, nan. C'est juste une pièce de stockage. Et clairement, au bout d'un moment, ils se sont retrouvés à devoir stocker bien plus que ce qui était initialement prévu, d'où ce monumental et bordélique fatras de papiers en tous genres.
Ce n'est pas compliqué, il y en a partout. Ils ont tellement perdu le contrôle du volume de documents qu'il y a carrément des piles de papier par terre. Va te retrouver là-dedans tiens… Et le tout avec une seule foutue ampoule carrément faiblarde qui donne l'impression d'avoir fait la Guerre de Cent Ans, la Seconde guerre mondiale et puis toutes les guerres entre.
Dans le silence étouffant de ce lieu, je grommelle une nouvelle fois, de frustration. Je n'avais jamais mis le pied dans les archives générales du Gotei et clairement, je ne m'attendais pas à un tel fatras. Normalement, archiver ça signifie conserver des documents et surtout les classer, pas simplement stocker le tout à la va comme j'te fous. Nan, des archives c'est supposé être utile et servir à quelque chose. Mais quand il y a un tel bordel et que ça devient infernal de repérer quoi que ce soit… Va bosser avec ça, tiens.
Les gars de la deuxième m'avaient bien prévenu ceci-dit. Comment est-ce qu'il m'a dit ça déjà, le type en charge des archives de la deuxième division ? « Vous pouvez toujours aller chercher mon capitaine mais ça fait un sacré bout de temps que personne n'a pris la peine d'aller mettre de l'ordre là-bas. Tout ce que vous y allez y trouver, c'est un enfer de foutus papiers pas classés ou ordonnés pour deux sous et au final, tout ce que vous aller y gagner c'est de perdre votre temps. Et une bonne vieille migraine des familles si vous êtes chanceux. » Ça me fait chier de le reconnaître mais plus je m'échine à chercher ce que je veux, plus j'ai la sensation que ce type avait parfaitement raison.
Ce qui est sûr, c'est que la tenue de ces archives est scandaleuse. Chaque capitainerie a ses propres archives où elle conserve ses propres dossiers. Mais au bout d'un moment, généralement un peu plus de dix ans, on commence à manquer de place et un bon nombre de dossiers ne sont plus vraiment utiles au bon fonctionnement de la division. Un tri est effectué et ces dossiers vont alors aux archives générales du Gotei, qui contiennent donc toutes les archives de toutes les divisions, ce qui est plutôt pratique. Mais quand je vois l'état de cette section, j'ai assez peur pour le reste…
À la base, ce que je cherchais, c'était de vieux rapports de la deuxième division qui, se spécialisant dans l'espionnage, a les dossiers les plus complets. J'y suis donc allé mais ils m'ont dit que les trucs aussi vieux que ce que je recherchais étaient désormais aux archives générales, d'où ma présence ici. Et je cherche, je cherche… urgh, je ne saurais pas dire au juste ce que je cherche. Tout ce que je sais, c'est que je commence à avoir sacrément besoin de réponses.
Refermant un énième dossier ne comprenant rien de ce que je recherche, je soupire longuement. Kaede Amaikoddoku. Qui es tu, bon sang ?
Je sais que j'ai dit à Shuuhei que je n'étais pas particulièrement curieux par rapport à cette enfance dont je ne me rappelle rien et c'est plutôt vrai. Je ne me souviens de rien, n'ai jamais réussi à me souvenir de quoi que ce soit et ça fait un bail que j'ai accepté l'idée que ma mémoire était définitivement détruite ou quelque chose comme ça et que je ne me souviendrai jamais de rien. C'est comme ça et tant pis, je n'y peux rien. Et ça faisait un bail que ce sujet ne m'était pas passé en tête.
C'est juste que… Je pensais que cette Kaede Amaikoddoku était juste une femme comme ça, une inconnue, une anonyme, qui avait trouvé un gosse perdu, errant, sans mémoire, et qui l'avait emmené dans un orphelinat. Juste quelqu'un qui avait fait un bon geste et puis voilà. Je soupçonnais même « Kaede Amaikoddoku » de n'être qu'un pseudonyme inventé sur le coup. Sauf que j'ai de nouvelles informations en tête.
Enfin, informations, informations… ! Tu parles. C'est juste que cette folle furieuse immonde qu'est la Comète a reconnu que cette Kaede Amaikoddolu était sa complice, bien qu'elle semble aujourd'hui vouer une haine carrément balaise à son égard. Et il y a quelque chose qui me dit que cette Kaede et ma Kaede sont la même, à cause d'un détail qui m'avait échappé.
De cette nuit d'orage où elle m'a déposé l'orphelinat dans lequel j'ai finalement grandi, je me souviens de tout. Avant, rien. Un vague brouillard peut-être, pas plus. Mais cette nuit est presque parfaitement claire dans ma tête. Son visage, sa voix… et aussi ses vêtements. Elle était entièrement vêtue de blanc, avec les cheveux recouverts d'un long voile blanc comme cette putain de Comète. Je n'ai jamais fait le lien parce que je n'avais aucune raison de le faire. Mais désormais…
C'est pour ça que je me retrouve là, dans cette pièce sans lumière ou presque, à chercher dans de vieux documents de la 2è via quelques pistes que j'ai pu remonter depuis nos propres archives à la 9è, n'importe quoi qui pourrait me rapprocher de cette foutue Kaede Amaikoddoku. Pour l'instant, ça ne donne rien du tout, aucun dossier ne l'évoque…
Jusqu'ici, le seul truc un peu étrange sur lequel je suis tombé, c'est la mention d'une certaine Sûuko Shiba, sans que je capte ce que viendraient foutre les Shibas dans cette histoire. En plus, je n'ai jamais entendu parler d'une Sûuko Shiba. Il y a Kaïen, mort sous l'uniforme, Kukaku l'artificière, le petit dernier Ganju… et c'est tout. Enfin, je crois. Bref, pour le moment, j'ai effectivement perdu mon temps.
Agacé, je soupire une nouvelle fois. Un court silence suit ce léger bruit et au dessus de moi, l'ampoule continue de grésiller. Je relève lentement ma tête et inspire longuement par le nez avant de prendre la parole, brisant le silence de la pièce :
– Et si tu sortais de l'ombre dans laquelle tu te caches depuis tout à l'heure, hmm ? je fais à l'attention de celui qui me suit et m'observe depuis un bon moment.
Quelques secondes de silence passent puis une silhouette allongée sort lentement de l'ombre qui la camouflait. C'est un homme qui fait un pas dans la lumière chaude de cette ampoule grésillante. Il est grand, un petit peu plus que moi, et plutôt du genre fin. Son uniforme m'indique qu'il est shinigami et un fourreau blanc ivoire pend à sa hanche. Ses cheveux blonds sont taillés très court et il braque sur moi deux yeux fins d'un bleu éclatant qui me paraît familier. Franchement, il n'a pas l'air gêné le moins du monde de s'être fait prendre la main dans le sac en pleine filature.
– Ta dissimulation du reiatsu est excellente. je lui concède avec un léger sourire, croisant mes bras sur mon torse. Juste pas suffisamment excellente pour berner un capitaine.
Il hausse les épaules, comme si il s'y attendait un peu. Il me regarde sans expression particulière, comme s'il se contentait d'observer une situation qui ne le concernait pas le moins du monde.
– Je sais que tu me suis depuis la capitainerie de la deuxième division. Pourquoi ?
Nouveau silence.
– Je suis capitaine, réponds m…
– Pas le mien. fait-il nonchalamment. J'obéis aux ordres du capitaine Soi Fon. Pas aux vôtres.
Tsss, un foutu espion. Génial.
– Et je peux savoir comment tu t'appelles ?
Il se tait à nouveau, comme s'il pesait le pour et le contre avant de prendre une décision. Il hausse une nouvelle fois les épaules.
– Dosaimeki Shyoga.
… Dosaimeki ? Je me disais bien que ces yeux bleus me disaient quelque chose, il est de la même famille que l'allumé du BDT, le blond à cheveux longs qui semble être en mode flirt H24.
– Très bien, Dosai…
– Appelez moi Shyoga, me coupe t-il mécaniquement.
– D'accord, Shyoga. Et si tu me disais pourquoi tu me suis ?
– J'ai le droit de visiter les archives, non ?
– Petit conseil. Me prends pas pour un con, je gronde.
Tranquillement, il continue à me dévisager de son regard froid. Puis un léger sourire s'esquisse sur son visage.
– Vous ne trouverez rien ici, capitaine Muguruma. Rien sur celle que vous cherchez.
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La relation entre frangins de Shun et Shyoga, c'est carrément le bordel (et là encore j'avais prévu 146 000 chapitres pour en parler mais faut que j'me calme donc j'ai essayé de condenser un max là) (j'fais ce que je peux, oké)
Du coup oui, les cicatrices qu'Akon a remarquées sur l'avant-bras droit de Shun et qu'il a pris pour des cicatrices de tentative de suicide sont en fait des cicatrices faites par Shyoga lorsqu'ils étaient gamins. La grande éclate, leur relation. Si, si.
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Le chapitre 127. J'ai l'air d'être en train de crever, 'Kiuta… devrait arriver dans deux semaines ceci-dit, le 21 octobre! D'ici là, portez vous bien et n'hésitez pas à me laisser des reviews, ÇA NOURRIT MON ÂME OKAY?!
