ET COUCOU BANDE DE GENS!
Oui, ça fait longtemps. Et euh nan, je vais pas aller checker depuis combien de temps je n'ai pas posté passque ça risque de me coller une crise cardiaque, hein.
– Roooh, dommaaaaaage…
… c'était la remarque inutile de Sa Majesté Des Chèvres Choupinettes alias le Lulu Sauvage.
*dans un coin des Enfers, Lucifer s'étouffe de rage et d'indignation dans son verre de sang frais du matin*
Du coup euh, on va dire que 2020 c'était un peu le bordel. Enfin, c'était carrément le bordel. Pis dans ma vie perso aussi, ça a été compliqué. Aujourd'hui, j'ai plus d'appart, toujours pas de job, pas d'autres revenus que le RSA, c't'un peu la merde. J'ai perdu mon amie d'enfance que je considérais comme ma meilleure amie, des gens proches de moi en ont pris plein dans la gueule et… ouais, j'suis fatiguée. Fatiguée que ma vie soit pas stable, pas posée et que ça soit un bordel sans nom.
Enfin! Je me suis remise à écrire après un gros trou qui a duré un bon gros mois donc ça c'est chouette. Je n'ai pas encore réussi à me remettre à mes projets persos mais ça va venir héhé (pour l'instant, rien n'est encore publié mais si jamais ça vous intéresse, j'vous tiendrais au courant)
Allez go, c'est reparti! Et bonne lecture mes amis!
(encore une fois, je m'excuse parce que la qualité va pas être guedin vu que mon moral a été assez bas, j'ai eu du mal à écrire eh… MAIS BON IL EST LÀ, FUCK)
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Gros big up à Rizalone, toujours au rendez-vous, merci putain, t'as pas idée à quel point ça fait du bien à mon p'tit cœur tout mou!
ET PUTAIN Ô SEIGNEUR JÉSUS MARIE JOSEPH À ROULETTE UN NOUVEAU REVIEWEUR, AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH?! Bordel mais le bon de joie (et de surprise) que j'ai fait! MERCI DE ME LIRE ENCORE AAAAAAAH
Bref, bienvenue à toi Triuss (t'en es qu'au chapitre 6, chais même po si tu liras ce message un jour mais eyh, merci à toi de rejoindre l'aventure!) (et encore un immense merci à ta pote qui t'as poussée à lire hehehehe)
(oh mais putain je m'en remets paaaas, un nouveau lecteur aaaah ;-;)
Discalibur :c'te fic est un bordel sans nom avec mes persos pis dedans y'a aussi ceux de Bleach, de Tite Kubo, qui s'font boloss
128. … t'as un sens des priorités moisi au fromage de slip mon gars
Alentours du Seireitei, au cœur du quartier le plus noble de la ville par un matin calme et frais d'octobre. Sûuko Shiba.
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Kaïen était parti travailler quelques heures auparavant. Comme toujours, il était passé l'embrasser avant son départ. Il ne serait de retour que dans une semaine, quelque chose à propos d'une mission dans elle ne savait plus quel district du Rukongai. Oh, elle ne se faisait pas beaucoup de soucis pour lui, c'était Kaïen après tout.
Tout lui souriait toujours, à son frère aîné. Il était parti avec son éternel sourire éclatant aux lèvres, comme s'il avait le cœur léger. Il lui avait demandé une nouvelle fois si ça allait aller, si elle voulait qu'il reste avec elle et elle l'avait gentiment remercié en lui disant que non, ne t'inquiètes pas, ça va aller, ne t'en fais pas, je suis une grande fille. Elle n'avait rien dit de plus et avait tranquillement répondu à son sourire, même si elle avait eu envie de hurler que non, ça n'allait pas du tout et par pité, ne me laisse pas seule.
Mais elle l'avait rassuré et elle avait souri et maintenant, elle était seule. Dans cette grande maison déserte et parfaitement silencieuse, sa solitude semblait décuplée. Il n'y avait pas un bruit, ici. Elle savait que Kaïen appréciait ce calme écrasant et vu le boulot qu'il avait, rien d'étonnant à ce qu'il savoure autant le silence durant ses moments de repos. Seulement elle, elle n'avait que ça, que ce silence. Elle ne sortait jamais et le silence semblait former son environnement presque permanent. Parfois, ça lui donnait envie de hurler, juste pour briser ce silence de cimetière.
Ce n'était pas pour rien qu'elle passait de plus en plus de temps dans son atelier, à battre le fer, à agencer les mécanismes, à doser les mélanges, à préparer tous ses petits explosifs. Là au moins il y avait du bruit, il y avait de la vie. Ce silence assourdissant, coincée dans cette maison vide… ça lui donnait l'impression d'être dans un cercueil.
Ce jour-là, elle était assise devant l'une des grandes fenêtres de la villa, presque aussi immobile qu'une poupée dans sa vitrine. Ou un cadavre dans sa tombe. Son esprit n'arrêtait pas de revenir à la petite conversation anodine qu'elle avait eu avec son frère ce matin-là. Pourtant, elle n'avait rien eu de marquant et ils en avaient souvent, des conversations de ce genre. Oui, elle aurait voulu lui hurler de rester. Mais ça n'arriverait jamais.
Si elle le lui demandait, il resterait, elle en était sûre. Mais jamais elle ne le lui demanderait. Kaïen avait un travail, un travail important qui impliquait des devoirs. Elle aurait voulu qu'il envoie chier tout ça, qu'il passe tout son temps avec elle et que Kukaku elle aussi revienne et qu'elle soit entourée de son frère et sa sœur. Oh, et dans le plus parfait – et le plus impossible – des mondes, ses deux parents, réconciliés entre eux, seraient évidemment là et la couvriraient d'attention. Si elle avait pu demander ce qu'elle voulait réellement, voilà ce qu'elle aurait demandé, sa famille aimante autour d'elle.
Mais Kaïen avait son devoir qui passait avant tout, Kukaku ne pouvait plus poser un pied au Seireitei sans se faire arrêter et ses parents prétendaient ne jamais avoir eu de filles. Elle soupira. Et puis de toutes façons, même s'ils étaient là, autour d'elle, sachant ce qui l'attendait sur les années à venir… ah, elle ne supporterait pas leurs regards. Sa propre douleur était déjà insoutenable alors voir cette même peur, cette douleur, sur leurs visages à eux, non, elle ne pouvait pas. Même l'expression de Kaïen, lorsqu'elle n'en pouvait plus et se mettait à pleurer de terreur et de souffrance, elle n'arrivait pas à le supporter. Ça lui brisait d'autant plus le cœur. Alors, au final, peut-être que c'était cette solitude qui était la meilleure des solutions. Peut-être.
Son regard d'un doux bleu restait obstinément fixé sur un point précis de l'autre côté de cette fenêtre. À côté d'elle, le thé qu'elle s'était préparé était devenu froid sans qu'elle n'y trempe une seule fois les lèvres. Tant pis. Lorsqu'elle se sentait d'humeur à pleurer ou à supplier Kaïen de rester avec elle mais qu'elle se sentait trop fatiguée, trop faible pour s'installer dans son atelier, elle venait ici. Et ce jour-là, elle était absolument épuisée et tout son corps engourdi lui était douloureux. Pas question donc de manipuler quoi que ce soit capable de raser le pâté de maisons.
À vrai dire, parfois, elle y songeait. À faire exploser des pâtés de maison – pas spécialement se faire exploser avec. Tous ces explosifs qu'elle conservait, tous ces engins mortels qu'elle confectionnait lentement, patiemment, précautionneusement… et avec amour. Un de ces jours, faudrait bien qu'elle s'en serve, non ? La tentation se faisait lentement mais sûrement de plus en plus présente. Ça restait une simple idée pour l'instant, à peine une envie… mais une envie sincère. Un jour, qui sait ? Peut-être, peut-être.
Les explosifs aujourd'hui ne figuraient donc pas parmi les options. Déjà qu'elle avait eu du mal à se préparer ce thé, ce n'était clairement pas une journée à sortir les barres de dynamites. Alors elle était venue s'asseoir là, sa place préférée en cas de douleur à l'être trop grande. Et quand son corps la trahissait de trop.
On aurait pu dire qu'elle avait le regard dans le vide mais c'était loin d'être le cas. Sûuko fixait quelque chose de précis de ses pupilles couleur d'azur. Ça faisait des heures qu'elle était là, le corps emmitouflé dans un de ses énièmes kimonos richissimes, assise immobile sur son délicat fauteuil dans lequel sa silhouette semblait disparaître tant il était massif et son délicat thé vert refroidissant implacablement, le filet de vapeur d'eau s'échappant de sa petite théière élégante s'amenuisant peu à peu.
Elle venait là lorsqu'elle sentait qu'elle allait craquer et laisser toutes ses larmes jaillir de son corps. Elle se sentait seule dans cette grande maison vide mais ce qu'elle fixait de ses yeux calmes, c'était un érable avec ses belles feuilles ciselées dansant doucement dans la brise matinale qui agitait les arbres à l'extérieur. Un érable… comme sa Kaede. Elle le fixait tranquillement et elle se sentait moins seule. Bien sûr Kaede n'était pas là, pas pour de vrai. Elle était à Shin'Ô, à faire ses trucs d'apprentis shinigamis et de kido qui lui faisaient pétiller les yeux dès qu'elle lui en parlait. Kaede essaierait de passer la voir, ce soir ou demain soir, tout dépendrait de la masse de travail qu'elle avait à abattre.
Kaede était… incroyable. Magnifique. Son petit miracle rien qu'à elle qui avait débarqué dans sa vie un beau jour de pluie, presque par hasard. Tout ça parce qu'elle était allée un jour danser sous des pêchers en fleurs, sous la pluie froide. Regarder cet érable et ses belles feuilles aux couleurs si vibrantes, ça lui faisait du bien, c'était comme un rappel constant de cette jeune femme qu'elle aimait.
L'érable tordait son tronc fin et sombre selon de complexes motifs qu'un des multiples jardiniers du clan Shiba l'avait forcé à prendre au fil des années et ce depuis probablement bien avant sa naissance. Il n'y avait probablement rien dans la beauté de cet arbre qui ne soit pas artificiel, façonné, préparé. Rien à voir avec la beauté brute, l'éclat étincelant de sa Kaede donc. Personne n'était venu la préparer, la façonner, l'aider à devenir la personne exceptionnelle qu'elle était aujourd'hui. Tout ce que Kaede avait aujourd'hui, elle l'avait obtenu elle-même. Elle était comme un diamant pur et sauvage qui se serait affiné et taillé seul, à la force de sa détermination. Kaede était… elle brillait plus fort que quiconque. Cette jeune femme, c'était quelque chose.
Le vent se calma un court instant et les feuilles ciselées de l'érable cessèrent brièvement de bruisser les unes contre les autres. Sûuko aurait tout donné pour que Kaede puisse être en permanence à ses côtés mais ce n'était pas possible. Pas pour l'instant, en tout cas. Elles se voyaient au final relativement peu, trois ou quatre nuits par semaine et encore. Mais Sûuko l'acceptait et surtout, surtout elle ne le reprochait pas à sa belle.
Tout ça, ce n'était que temporaire, Kaede le lui avait juré. Tout ça, c'était pour qu'elles puissent vivre ensemble la vie qu'elles voulaient, un jour plus si lointain que ça, espérait-elle. Kaede faisait tout ce qu'elle pouvait pour, Sûuko la savait capable de remuer ciel et terre pour arriver à ses fins et elle n'avait aucun doute sur le fait que c'était bel et bien ce qu'elle était en train de faire pour elle, pour elles deux. C'était ça qui importait.
Alors elle se plongeait dans l'observation de cet érable, qui portait le même nom que celle qu'elle aimait tant. Kaede à ses côtés, c'était un rêve devenu réalité. Avec elle, le temps s'écoulait avec félicité, son cœur se gonflait de bonheur et elle se sentait plus vivante que jamais. Sûuko ne s'était jamais vraiment posé la question de sa place au sein de cet univers mais depuis qu'elle avait rencontré cette grande brune au sourire si grand qu'il semblait prêt à dévorer le monde, l'évidence s'était faite : sa place était juste là, à ses côtés, leurs mains entrelacées. Et bientôt, très bientôt lui disait Kaede, ça serait enfin possible. Enfin, enfin, enfin…
Elle se rappelait encore quand elle lui avait dit ce que s'engager avec elle signifiait, étant donné le tour macabre que le destin lui avait joué. Elle se souvenait parfaitement la déchirure que ça avait été de lui révéler ça. Jamais Kaede n'aurait dû accepter de s'engager dans une relation avec elle en sachant ça, jamais… Et pourtant, des années plus tard, elle était toujours là, à se donner de toutes ses forces pour elle, pour qu'elles puissent être heureuses. Kaede lui avait fait le plus incroyable et le plus magnifique des cadeaux possibles et ce n'était pas son amour, non, c'était l'espoir, celui que sa vie n'allait pas définitivement sombrer dans cette douleur qui la dévorait déjà vivante.
Alors Sûuko observait cet arbre, s'accrochant à cette image de sa compagne. Un léger sourire discret, malgré les larmes qui menaçaient en elle, se dessina doucement sur ses belles lèvres délicates. Tout irait bien. Kaede était là, Kaede était avec elle. Kaede l'aimait.
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Dans le même Seireitei, par une nuit d'octobre calme et fraîche. Académie des Sciences spirituelles de Shin'Ô, bâtiment D, quatrième étage, chambre 214. Kaede Amaikoddoku, Shun Dosaimeki.
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Avachi contre le mur, sa tête de plus en plus lourde et ayant de plus en plus l'impression que son corps était en chute libre, Shun tenta de sourire à Kaede, histoire de l'amadouer quelque peu. Pas qu'elle soit spécialement du genre à être amadouée, encore moins par un simple sourire mais là, tout de suite, il était un peu à court d'idées.
C'est que sa plaie – … et tout le reste de ses blessures en fait – lui faisait un mal de chien et que clairement, il avait du mal à se concentrer sur grand-chose d'autre. Mais c'était Kaede qu'il avait en face de lui et il n'avait guère le choix. Il était incapable de se soigner seul, ne serait-ce que parce qu'il n'avait pas les connaissances en kido nécessaires pour, alors il avait besoin d'elle et pas qu'un peu.
Il exagérait peut-être en disant qu'il avait besoin qu'elle lui sauve les miches mais peut-être pas tant que ça : si elle refusait de le soigner, il allait très vite être dans une merde monumentale. Et en plus, il n'avait plus la force de se traîner jusqu'à l'hôpital de la quatrième division, pourtant relativement proche. La jeune femme face à lui, qu'il pouvait voir par dessus la chevelure immaculée et ébouriffée de Dai, pouvait très bien décider de ne pas le soigner ni de l'aider à rejoindre l'hôpital. Oh, elle ne le laisserait pas crever ici, dans sa chambre. Vu le volume de sang qu'il perdait, ça allait clairement la saouler et elle le foutrait dehors, qu'il agonise ailleurs que sous ses yeux.
Ou elle pouvait l'aider, faire preuve d'un minimum de décence humaine. Mais ça, c'était difficile à dire pour lui, déjà parce que la décence humaine, c'était pas vraiment son truc. En fait, il avait un peu du mal à en saisir les rouages et deuxio, parce que c'était Kaede. Et Kaede, elle était cheloue. Pas autant que lui, évidemment, et pas dans le même genre, mais ouais, elle était tout de même étrange.
Il avait du mal à la cerner. Il était à peu près certain de ne pas être le seul à avoir ainsi du mal à saisir cette jeune femme, surtout qu'elle était du genre à ne jamais se confier et à ne faire confiance à personne. Mais lui voilà, pour évaluer les gens, il avait encore parfois du mal. Ça n'avait pas tant à voir avec ses hobbys sadiques et sanguinaires qui se développaient de plus en plus sur ces dernières décennies qu'avec le fait qu'il avait quasiment passé toute son enfance seul avec son frère, enfermés en permanence dans une petite maison perdue au milieu de nulle part, sans avoir aucun contact avec qui que ce soit d'autre. Oh, il y avait bien eu les jouets de sa mère mais on ne pouvait pas dire qu'ils comptaient vraiment ceux-là.
D'habitude, Dai était d'une aide précieuse pour comprendre les gens mais là, son sabre était loin d'être capable de lui filer un coup de main à ce sujet. Il le sentait bien contre son âme mais sa voix n'était qu'un rauque sifflement erratique et douloureux. Dai n'était pas en état de faire grand-chose, là. Bref, tout ça faisait qu'il n'était pas vraiment sûr de la réaction qu'allait avoir Kaede. Il penchait plutôt pour qu'elle l'aide – elle avait l'air de plutôt l'apprécier… mais bon, à part cette andouille de Shyoga, qui ne l'appréciait pas ? – mais il aurait aimé avoir un peu plus de certitude que ça, surtout qu'il avait la nette impression d'être en train de jouer sa vie.
De l'autre côté de la pièce, elle fixait son regard brun inquisiteur sur lui. Elle avait l'air… étrangement calme étant donné la situation : n'importe qui aurait basculé en mode panique en découvrant deux types couverts de sang dans sa chambre au beau milieu de la nuit et en plus là, on ne parlait pas de « n'importe qui » non, on parlait de Kaede Amaikoddoku, plus réputée pour sa capacité à péter des câbles et déglinguer des gars à la douzaine si l'un d'entre eux faisait mine de lui manquer de respect que pour sa patience et son calme.
Mais non, elle ne pétait pas de câble, elle ne s'inquiétait pas, que dalle. Pourtant, Shun était à peu près certain que de bons gros morceaux de ses tripes étaient littéralement en train de tenter de se faire la malle via un trou dans son bide. D'habitude, c'était le genre de truc à faire paniquer les gens grave et il en savait quelque chose. Mais pas elle, visiblement.
En fait, c'était juste que Kaede était beaucoup trop fatiguée pour se mettre à péter une durite. Elle était épuisée, son corps hurlait « SOMMEIIIIIL ! » et son esprit baignait dans un lourd brouillard, refusant toujours de reconnaître qu'Akiuta venait de la laisser seule. Kaede resta immobile et sans réaction apparente pendant quelques instants tout simplement parce qu'elle attendait qu'Akiuta revienne. Enfin merde, y'avait des gens pissant le sang dans sa chambre dont un qu'elle n'avait jamais vu auparavant, elle avait même dégainé son sabre mais nan, mademoiselle continuait à bouder ?!
De se rendre compte que son zanpakuto était très sérieux lorsqu'elle avait décidée de se retirer et de se couper au maximum d'elle, que ce n'était juste un caprice, une action méchante sur un coup de tête, lui fit particulièrement mal, à Kaede. Elle donna à Shun l'impression d'être froide et complètement détachée de la situation qu'elle avait sous les yeux tout simplement parce qu'elle luttait contre l'envie de pleurer. Peut-être que si elle avait été seule, elle aurait laissé ses sanglots jaillir hors d'elle mais vu que Shun était là, c'était hors de question.
– Kaede…? fit-il à nouveau, dans l'attente d'une réponse.
Toujours adossée à la porte refermée de sa chambre, la jeune femme renifla bruyamment.
– Ouais, ouais. Chuis là.
Shun plissa les yeux.
– Alors euh… je sais que t'es là, j'hallucine pas encore. Ma question c'était plutôt, tu m'files un coup de main ou tu me laisses crever comme un chien ?
Un sourire carnassier s'étira sur les lèvres de la jeune femme, d'abord plutôt difficilement puis avec de plus en plus d'aplomb.
– Surpriiiiise! chantonna t-elle d'un air pas si naturel que ça, comme si elle se forçait à reprendre sa personnalité habituelle.
– Kaede, grommela t-il, commençant à peine à perdre patience. C'est pas un jeu putain, j'suis en train de crever, je…
– Nope. le coupa t-elle tranquillement tout en souriant d'un air un peu faux.
L'air pas plus perturbée que ça par la situation au final, Kaede se redressa souplement.
– T' as l'impression que t'es en train de crever, nuance. Franchement, là ? T'en as pour au moins une heure et demie avant de passer l'arme à gauche. Une petite heure avant de sombrer dans l'inconscience pour de bon, quelque chose dans ces eaux-là.
– Ô joie. grogna t-il en réponse avec une grimace de douleur.
– Mais t'en fais pas va, Kaede est là. Une heure, c'est laaaaaaargement suffisamment pour que je te retape complètement.
– Euh… j'ai un trou dans le bide.
– Je sais, j'avais remarqué.
– Une heure, t'es sûre que… ?
– Tss, tss, me sous-estimes pas, dugland. Une blessure pareille, j'te soigne ça les doigts dans le nez et les yeux bandés.
– Loin de moi l'idée de me moquer de toi, ô grande et merveilleuse Kaede. dit-il en rigolant doucement malgré la douleur.
Un long soupir de soulagement franchit tout de même ses lèvres. Il n'avait pas sérieusement envisagé la possibilité qu'il puisse crever ici et maintenant mais… ouais, il y avait pensé. Et ça faisait du bien de se savoir tiré d'affaire. Il avait confiance en elle.
En quelques pas rapides, Kaede contourna Dairanjoku, toujours emmitouflé dans son immense kimono replié dans tous les sens et ses yeux étrangement verts refusant obstinément de quitter le parquet sur lequel ils étaient fixés depuis tout à l'heure, puis rejoint promptement Shun. Sans dire un mot, concentrée sur sa plaie au ventre, elle l'observa en silence quelques courtes secondes, le menton reposant sur son poing.
– T'es pas blessé que là.
Ce n'était pas une question ni une supposition mais bel et bien une constatation. Shun eu un bref sourire. Elle était balaise cette nana.
– Yup. répondit-il. Dans le dos et…
– Clavicule droite fêlée, côtes flottantes droites brisées à sept… non, huit, endroits, plaies et lacérations multiples d'une profondeur allant de deux à six centimètre sur le haut du dos, l'épaule gauche, les deux flancs, le radius et le cubitus droits pulvérisés, le mollet droit et le bas de la cuisse gauche également lacérés… et t'as le petit doigt de pied droit fracturé. J'ai oublié quelque chose ?
Une seconde de silence passa, Shun écarquillant ses yeux bleu au fur et à mesure de son énumération.
– … Bah putain.
Kaede sourit d'un air arrogant, l'air parfaitement sûre d'elle.
– J'te demande même pas si j'me trompe ou pas, je sais que je ne me trompe pas.
– Non mais… woaw ?!
Elle rigola doucement.
– Tu peux m'appeler Votre Majesté si tu veux. ricana t-elle tout en commençant à mettre au point toute la procédure de sortilèges qu'elle allait devoir mettre en place pour sauver les miches de l'autre princesse en détresse là.
– Dans tes rêves Amaikoddoku !
– Allez, allonge toi, ça va être plus simple pour moi.
Shun obtempéra, grimaçant de douleur de plus belle.
– Et Dai, demanda t-il, tu pourras…
Mais elle le coupa d'un bref geste de la main.
– Une fois que tu seras stabilisé, il ira déjà mieux. Ensuite, je pourrais m'occuper de lui.
Il hocha de la tête, la gorge un peu trop nouée pour parler. Il fallait qu'elle soigne Dairanjoku. Shun tenait énormément à son sabre, probablement même plus qu'à son frère. Ou à sa mère.
– Eh, d'ailleurs… lâcha Kaede tandis qu'elle commençait à préparer les sortilèges nécessaires en agitant ses longs doigts effilés en de drôles de signes, beaucoup trop rapidement pour que Shun n'y comprenne quoi que ce soit – et elle faisait ça avec une telle facilité ! Ton sabre là, c'est il ou elle ?
Mais avant que le jeune homme allongé sur son parquet n'ait le temps de répondre, elle tourna la tête pour directement interpeller Dairanjoku tout en poursuivant ses sortilèges.
– Eh ! Machin ! Tu causes ou quoi… ? T'es un mec ou..
– Kaede. la coupa brusquement Shun, d'une voix assez sèche. Ne lui parle pas.
Elle fronça les sourcils. D'où il lui parlait comme ça, Mister Ketchup ? Mais il dû comprendre ce qu'elle pensait à sa tronche et s'excusa aussitôt :
– Désolé, c'est pas contre toi, c'est juste que… Dai est vraiment très mal là, ça risque de le faire paniquer si tu… enfin, vaux mieux que tu le laisses tranquille et que je m'en occupe.
– Mouaif. Okay. accepta Kaede d'un air tout de même peu convaincu et plutôt vexée.
Dans son dos, le zanpakuto se recroquevilla encore un peu plus. Kaede sentait bien que quelque chose n'allait vraiment pas avec lui – ou elle – sans qu'elle ne parvienne à mettre le doigt dessus. Elle n'aurait pas non plus été prête à le parier mais il lui paraissait peu probable que son étrange attitude, presque craintive, s'explique simplement par le fait qu'il était blessé, de même que son shinigami.
Allongé à même le parquet et du sang continuant à s'échapper en flots épais de la large plaie sur son ventre, Shun grimaça de douleur. C'est que, sans même poser un doigt sur lui, Kaede s'occupait de remettre de l'ordre dans ses organes internes et de réparer la multitude de dégâts infligés à son corps et elle avait autre chose à foutre que de penser à anesthésier la douleur. Forcément, même s'il était soulagé qu'elle accepte de le soigner, il dégustait sévère.
– Dairanjoku, fit-il en fixant son regard bleu océan sur le plafond de cèdre au dessus de leurs têtes, n'est ni un homme ni une femme.
Kaede haussa un sourcil surpris.
– Ah ? Tu m'expliques ? Parce qu'aux dernières nouvelles, soit t'es un mec soit t'es une meuf, y'a pas non plus trente-six milles options dans le kit de départ…
Shun soupira, franchement agacé cette fois.
– C'que tu peux être con parfois Kaede, j'te jure.
Aussitôt, quelque chose en elle réagit, méchamment. Vexée, sa main glissa de l'épaule du jeune homme à la plaie de son ventre. D'un geste sec, elle appuya son index brusquement sur la chair rosâtre et dégoulinante de sang de son intestin grêle qui semblait bien déterminé à s'échapper de son abdomen par le trou sanguinolent qui s'y trouvait. Et elle appuya avec force.
Shun hoqueta de douleur en un gémissement à peine contenu et un violent sursaut agita son corps tandis que ses yeux roulèrent violemment en arrière dans leurs orbites. La douleur lui était presque omniprésente étant donné toutes ses blessures mais là, c'était carrément pire. Elle avait littéralement le doigt sur un de ses organes qui n'aurait jamais dû se retrouver à l'air libre.
– Pardon? siffla t-elle avant de retirer son doigt d'un geste sec, arrachant au jeune homme un nouveau hoquet sifflant de douleur, contractant sa mâchoire à s'en déchausser la mâchoire.
Elle fit tout son possible pour garder l'air impassible mais à vrai dire, elle était un peu dégoûtée – c'était chaud, poisseux… eww – et aussi… un peu terrifiée.
Dans sa cage thoracique, son cœur battait à tout rompre et elle avait la sensation qu'elle allait vomir. Ce qu'elle venait faire ne… Elle ne savait pas pourquoi elle avait fait ça. Pourquoi elle avait fait ça, pourquoi elle avait appuyé ainsi sur sa plaie béante. Oui, il l'avait vexée et oui, elle avait mal pris sa remarque. C'est que Kaede avait un sacré problème de fierté mal placée. Oh, elle en avait parfaitement confiance – depuis le temps, elle avait fini par capter toute seule comme une grande mais tout de même. Là, c'était… c'était complètement disproportionné.
Et puis même, c'était quoi ce geste ?! Elle avait obéi à une stupide impulsion et n'y avait pas réfléchi plus que ça. Peut-être que si elle avait été moins fatiguée et un peu moins à deux doigts d'éclater en lourds sanglots malgré le masque impassible qu'elle tenait à afficher en présence du jeune homme, elle n'aurait pas fait ça. Mais elle l'avait fait et sur le coup, pendant une minuscule micro-seconde, ça lui avait paru parfaitement normal. Sauf que ça ne l'était pas du tout. C'était plus que simplement mesquin ou mauvais non, c'était… c'était cruel, voilà.
Kaede avait beaucoup de défauts et même si elle ne les voyait pas tous, elle était tout de même prête à en reconnaître certains, surtout quand elle était avec Sûuko – quand elle était avec Sûuko, tout était tellement plus… plus facile, plus simple et tellement moins douloureux. Elle était orgueilleuse, arrogante, froide et méprisante vis-à-vis des gens, plutôt égoïste… mais cruelle ? Non, ça, c'était une nouveauté. Une nouveauté qui ne lui plaisait pas du tout. Déjà qu'elle se haïssait de plus en plus, elle ne voulait pas se découvrir une facette cruelle par dessus tout ça. Elle eut la sensation que la poigne froide d'un oiseau de proie se refermait lentement et inexorablement sur son cœur. Kaede eu une nouvelle fois envie de pleurer et elle dû se faire violence pour retenir cette envie si puissante.
Elle camoufla le tout si bien que Shun parut ne même pas s'en rendre compte. En même temps, il était trop occupé à prendre de longues inspirations par le nez en crispant sa mâchoire pour ne pas se laisser emporter par la douleur et lâcher un long hurlement. Ses yeux étaient fermés et sa bouche tordue en une grimace douloureuse. Quelques mèches d'un blond éclatant collaient à la peau de son front et de ses joues, à cause du sang que s'y trouvait ou de sa transpiration abondante. Un élan de culpabilité la traversa à nouveau et avant qu'elle n'ait pu s'en empêcher, elle marmonna un bref :
– Pardon.
Shun, toujours à ses pieds, cligna des yeux de surprise. Puis, malgré son souffle toujours court, il eu une étrange réaction : il rigola. Certes, c'était un rire étouffé, étranglé par la douleur, mais un rire tout de même. Kaede le dévisagea d'un air décontenancé, se disant que ça y est, Blondie venait de péter les plombs.
– Depuis quand tu t'excuses, toi? finit-il par demander avant de poser sur elle son doux regard bleu.
Il aurait dû la fusiller du regard, l'engueuler, l'insulter ou à la limite la supplier même si cette dernière option lui semblait franchement peu probable avec Shun – pas la regarder comme ça et rire tranquillement comme si elle venait effectivement de faire une très bonne blague.
– T'as reçu un choc à la tête ducon…? demanda t-elle tout de même, déclenchant un nouveau rire.
– Pfff, t'inquiètes, ma jolie belle gueule n'a reçu aucun coup. Manquerait plus que ça.
– … Shun, t'as un trou dans le bide.
– Et je préfère clairement ça à un trou dans mon beau visage.
– … t'as un sens des priorités moisi au fromage de slip mon gars.
Il rigola à nouveau avant de brièvement grimacer.
– Me fait pas rire Kaede, j'ai des côtes fêlées, ça fait plutôt mal…
– J'dis rien de drôle, Mister Boucle d'Or, t'es juste zarbi.
Un grand sourire éclaira le visage du jeune homme malgré la douleur permanente qui continuait de l'assaillir.
– Zarbi… Ouais, c'est une façon de le dire.
D'un geste sec, Kaede acheva le sortilège qui devait fixer son avant-bras aux deux os brisés. Elle ne comprenait pas ce gars. Elle l'aimait bien… mais elle ne le comprenait pas. Puis elle s'attela à ses fameuses côtes fêlées. Shun lui, continua à sourire malgré la douleur, comme si le fait d'être qualifié de « zarbi » le faisait particulièrement rire.
Puis il soupira.
– Et puis de toutes façons, pourquoi tu t'excuserais, hmm ?
– … Euh, t'es maso ou t'es juste con comme un député véreux ?
– Ni l'un ni l'autre crois moi, répondit-il tout en se retenant de gémir de douleur en sentant les éclats de son radius exploser se remettre lentement en place et se ressouder les uns aux autres tout aussi lentement.
– Donc, t'as douillé et quand j'm'excuse, tu me dis de ne pas le faire ? Tu m'expliques en quoi ça fait sens ?
– Et toi, tu me dis pourquoi tu voudrais que ça fasse sens ?
– … Shun, mon chou, continue à me péter les couilles comme ça et je te jure que je te crève un œil.
– … je suppose que si je te réponds que tu n'as pas de couilles, tu m'en crèves un aussitôt ?
Elle lui sourit d'un air mauvais. Elle ne le comprenait pas mais elle aimait son côté chelou. Avec lui, ça allait du tac au tac.
– Bingoooo.
Il rigola doucement, sa tête toujours à même le parquet et toujours trop faible pour la redresser ne serait-ce que de quelques centimètres.
– J'suis chiant, que veux-tu.
Un court instant de silence passa.
– C'est juste que… reprit-il quelques secondes à peine plus tard, comme s'il était incapable de garder ces paroles pour lui. T'excuses pas. Pas toi.
Kaede grimaça, plus parce qu'elle devait remettre sa clavicule en place et que ça allait être un peu dégueu et qu'il allait bien douiller sa daronne encore que pour autre chose.
– Ah ouais ? Et pourquoi ça? répliqua t-elle presque machinalement tout en posant ses mains sur le haut de son torse afin de pouvoir pousser comme il fallait ladite clavicule lorsque son sortilège serait prêt.
À vrai dire, elle ne l'écoutait désormais plus que d'une oreille mais s'il pouvait se concentrer davantage sur la conversation que sur ce qu'elle s'apprêtait à faire, ça l'arrangeait tout autant.
– T'es qui tu es Kaede, t'excuse pas… d'être.
Elle fronça les sourcils. Franchement, elle était pas sûre de savoir où il voulait aller là mais à tous les coups, c'était juste la douleur qui commençait à bien lui laminer la cervelle… en tout cas, suffisamment pour qu'il lui lâche de la philosophie de comptoir digne d'un PMU en semaine à 2h du mat'. La jeune femme soupira brièvement. Cette nuit n'en finissait pas.
– Tu existes, telle que tu es. Pourquoi tu t'excuserais de quoi que ce soit, tu… OH !
Évidemment, elle ne l'avait pas prévenu qu'elle allait remettre sa clavicule en place. Et tout aussi évidemment, il n'avait pu retenir un bref cri de douleur. En fait, lui était plutôt parti pour un bon vieux hurlement des familles à s'en péter les cordes vocales – c'est qu'il avait beau sourire et papoter comme s'il se trouvait peinardos au salon de thé, il restait en très sale état et il avait beau faire de son mieux pour se contenir, il avait mal partout. Mais Kaede lui avait aussitôt plaqué une main sur la bouche pour étouffer ce hurlement.
Une main bloquant sa clavicule en poussant avec sa paume sur le bas de l'os fracturé et déplacé tout en psalmodiant la fin de son sortilège, Kaede appuyait son autre main de tout son poids sur la bouche du jeune homme dont les yeux venaient de se révulser sous le coup de la douleur. Ses longs cheveux encore humides tombant autour de son visage, venant glisser doucement sur les joues écarlates de Shun, elle le fusilla du regard. Oui, elle savait qu'il allait avoir mal mais elle ne s'était pas attendu à un tel cri.
– La ferme ou je t'assomme. gronda t-elle à son attention.
Les yeux bleus de Shun papillonnèrent rapidement et un léger gémissement monta de la gorge de son zanpakuto qui devait percevoir sa douleur puis il parvint tout de même à hocher de la tête.
– Bien. grogna t-elle. Et maintenant, tu la fermes et tu me laisses bosser.
Elle était… en colère. Fatiguée. Agacée. Frustrée. Perdue, un peu. Beaucoup en fait. Sa vie partait en roue libre, elle qui avait pourtant eu ce joli chemin tout tracé devant elle. Le train était posé sur les rails, avec ses étapes, ses arrêts en gare… devenir puissante, sauver Sûuko, être reconnue de tous, vivre avec Sûuko, vivre de combats, d'aventures et de sortilèges… Arrêt final, la vie qu'elle s'était choisie. La vie qu'elle voulait. C'est si simple sur le papier. Quelque part dans cet univers, quelque chose semblait déterminé à l'empêcher d'être heureuse. C'était injuste. Elle qui avait tant lutté, tout donné… tout ça pour que Kami-sama lui crache au visage avec mépris et la renvoie à terre sans ménagement, sans même un regard.
La mâchoire crispée, elle se concentra à nouveau sur le blessé devant elle et celui-ci resta silencieux. Peut-être qu'il était désormais trop fatigué pour se remettre à dire quoi que ce soit – elle en doutait fort, le bleu pétillant de ses yeux continuait à suivre le moindre de ses gestes – ou peut-être qu'il craignait d'attirer l'attention. Après tout, ils se trouvaient dans une aile remplie de chambres d'étudiants… À tous les coups, s'il était venu à elle et pas directement à l'hosto de la 4ème, c'est qu'il avait besoin de discrétion. Elle ne savait pas pourquoi au juste, s'en foutait un peu mais elle était à peu près certaine qu'il n'avait clairement pas envie de réveiller les trois-quarts de Shin'Ô pour que leurs profs déboulent alertés dans la petite chambre de Kaede.
Blessé, se cachant… ouais Shun s'était foutu dans de sales embrouilles. Mais elle continua à le soigner quand même, sans rien dire, agissant machinalement, laissant son esprit réciter machinalement sortilèges et incantations, sans vraiment prêter attention à ce qu'elle faisait. Elle restât si concentrée sur sa tâche qu'elle ne s'aperçut pas que Dairanjoku s'était rapproché d'eux en tractant son corps emmitouflé de vert et de blanc sur le parquet foncé, laissant une traînée de sang au passage. Le zanpakuto à l'air perdu pleurait sans un bruit. Elle ne remarqua pas non plus ces larmes sur ses joues. Tout ce qui comptait, c'était ses sortilèges. Les os qui se remettaient en place, les éclats d'os qui rejoignaient leur matrice, les muscles froissés retournant à leur état premier, les plaies qui se refermaient et les hémorragies qui cessaient de déverser leur flot de sang, c'était tout ce qui retenait son attention, ça et le kido qu'elle déployait.
Kaede allait enfin s'atteler à sa plaie massive sur le ventre lorsque Shun reprit finalement la parole. Il parla tout doucement, d'une voix que la douleur avait rendue un peu râpeuse mais qui était parfaitement calme et maîtrisée.
– Kaede, demanda t-il en chuchotant presque, est-ce que ça va ?
Fatiguée, son esprit mit quelques secondes à comprendre ce qu'il venait de demander. Tout ce qu'elle voulait maintenant, c'était dormir. Étrangement, elle semblait avoir oublié sa bouteille de rhum. En soupirant, elle replaça quelques lourdes mèches de cheveux noirs derrière son oreille. « Oui, ça. Pourquoi tu demandes ? Qu'est-ce que ça peut te foutre ? ».
Au sol, Shun la fixait de son regard clair qui semblait capable de tout traverser. Elle avait juste envie de répondre « ça va », juste pour qu'il passe à autre chose et arrête de la regarder comme ça. Menteuse. Elle soupira à nouveau.
– Ça serait à moi de demander ça, grommela t-elle, t'as vu dans quel état tu te trouves… Relève ton haut de shihakusho Boucle d'Or, j'ai besoin de voir c'te foutu trou dans le bide que tu te trimballes un peu mieux.
Avec une légère grimace douloureuse, Shun obtempéra. Maintenant qu'elle avait arrêté les quelques hémorragies que cette andouille se trimballait, les flots de sang s'étaient calmés et ça allait être plus facile de s'y repérer. Devant la chair tachetée de sang écarlate que le jeune homme révéla, Kaede fronça les sourcils. La forme de la plaie – ou plutôt, des plaies – était désormais discernable.
– Shun… c'est pas un hollow qui t'a fait ça.
Elle était le petit génie de cette décennie à Shin'Ô alors évidemment qu'elle était capable de déterminer si une blessure avait ou non été causée par un hollow. Seulement, si ce n'était pas un hollow… ni un sabre, elle n'avait aucune idée de ce que ça pouvait être au juste.
– C'est quoi cette merde… grogna t-elle à mi-voix.
Elle n'avait pas la moindre piste. Ses yeux bruns scrutèrent avidement les plaies et leur forme très spécifique. Ça avait tranché suffisamment profondément pour déchirer complètement l'épiderme et l'arracher de sorte à révéler les organes. Elle ne voyait pas ce qui avait pu causer cette blessure. Certes, ne pas savoir quelque chose qui lui semblait qu'elle aurait dû savoir mais surtout, ça attirait sa curiosité. Et ça faisait… une éternité que quelque chose ne l'avait pas intriguée comme ça. Ces dernières années, ça n'avait pas trop été possible : cours, cours, cours, apprendre, apprendre, apprendre, travailler, travailler, travailler, pas le temps, pas la force, pas l'esprit pour quoi que ce soit d'autre.
– J'te réponds si tu me réponds. répondit-il tranquillement.
Cette fois, pas de sourire charmeur sur ses lèvres délicates. Juste ce regard bleu. Nouveau soupir de la part de Kaede.
– Non. répondit-elle simplement. Non, ça va pas.
Shun hocha lentement de la tête, l'air de dire qu'il savait, qu'il comprenait. Non, il ne comprenait pas. Personne ne la comprenait. Même Akiuta la laissait seule. Un court instant de silence passa.
– Des femmes. fit à son tour Shun.
Et avant que Kaede, fronçant déjà les sourcils, ne lui demande s'il n'avait pas des envies suicidaires à se payer ainsi sa gueule, il ajouta :
– Des femmes-tigres. Des créatures telles que tu n'en as jamais vues.
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Et voilà! J'ai archi pas géré le rythme mais bon j'avoue, pas la foi de le réécrire une énième fois donc… tadaaaah, j'espère qu'il a quand même été sympa à lire!
Pour le prochain chapitre, j'ai commencé à l'écrire, j'en suis à peu près à la moitié là donc il devrait pouvoir arriver dans deux semaines, croisons les doigts.
Allez, portez vous bien et laissez moi des tites reviews en folie \O/
