Hey !

Alors alors. Cette semaine, on part sur un chapitre moins joyeux. Un de ceux qui m'a le plus secoué à l'écriture, même. C'est aussi parce que c'est un des points de ce sujet qui me touche le plus, donc vous ne le vivrez peut-être pas de la même façon. Mais voilà. Bref.

J'espère que vous allez bien, malgré le nouveau confinement.

(TW en fin de chapitre, comme toujours !)

Merci à Ima et Mijoqui pour les reviews sous le chapitre précédent ! Et à Yu pour le correction.

Bonne lecture !


"Qu'est-ce tu fais ?"

Il se doute Van, de ce qu'Axel faisait. La question sort comme une accusation froide. Un sifflement acéré alors qu'il traverse le couloir, son regard rude planté sur son portable. Son portable qui n'a rien à faire entre les mains d'Axel.

La lumière artificielle dessine un carré bleuté sur la chemise du renard.

"Quoi ?

- D'où tu fouilles dans mes messages ?

- Je fouille pas dans tes messages, Van.

- Nan, sans blague. Pourquoi t'as chopé mon tel alors que j'étais sous la douche, alors ?"

Il exulte. Les poings douloureusement serrés, jointures blanc colère. Les dents soudées en un bloc de fureur sèche. Ça, c'est son portable. Sa vie privée. Axel n'a pas à y toucher. Non. Juste non.

Quelle connerie il va oser lui sortir, cette fois ? Quelle excuse de merde il va inventer, sous son air exaspéré ?

"J'ai juste répondu. Ça sonnait et t'étais pas là.

- Bah dans c'cas tu laisses sonner et touches pas, point." il grogne plus qu'il ne dit.

"T'étais sous la douche et ça a appelé trois fois, j'ai juste prévenu Demyx, qu'il perde pas son temps.

- T'avais pas à le faire.

- Je voulais juste rendre service.

- Même. C'est pas tes affaires."

Le noiraud s'avance, arrache l'objet des mains d'Axel. Axel qui le regarde, les yeux grands ouverts. Qui recule sa paluche comme on s'éloigne d'un feu trop vif, choqué par le geste. Ses iris absinthe s'accrochent à sa trogne furieuse, ses lèvres s'entrouvrent sur une moue abasourdie. Il se lève, se recule.

"Oh, calme-toi. T'es pas non plus obligé de te comporter comme ça.

- Putain mais t'as fouillé dans mes affaires perso, t'as cru que j'allais faire quoi ?

- Ouais enfin, t'as pas à être violent pour ça.

- J'ai juste récupéré mon téléphone.

- Non mais t'as vu comment t'as fait ça ? Est-ce que je t'arrache les choses des mains comme ça, moi ?

- J'fouille pas dans tes affaires quand tu t'douches.

- Je viens de te dire que j'avais pas fouillé dedans.

- Ouais, bien sûr."

Violent. Vanitas voit rouge. Il a repris ce qui lui appartenait, point. Il n'est pas en tort. C'est Axel qui fait de la merde. Axel qui trifouille dans sa vie privée. Mais ça ne peut pas être de sa faute, hein ? Non, jamais. C'est vrai que, les excuses, avec l'allumé, il peut se les foutre au cul.

Ok, il n'est pas irréprochable. Il ne dit pas, il a déjà zieuté le nom qui s'affichait sur le portable du rouquin dans son dos, en l'entendant sonner. Par peur d'y trouver le nom de Saix. Oui, c'était de la jalousie. Mais il n'a jamais franchi cette limite de sa vie privée. Il ne répond pas à sa place ne regarde pas ses messages. Quand quelqu'un appelle son mec, il se contente de le prévenir. Il gueule le nom qu'il a lu, et il laisse la bestiole vibrer sur la table, point. Même si la curiosité le bouffe.

Alors quand, fraîchement sorti de la douche, il trouve son gars penché sur son téléphone débloqué, il a le droit de s'énerver.

"Je lui ai juste répondu. Si tu veux pas me croire, c'est ton problème.

- Bah préviens-moi la prochaine fois ! Tu réponds pas à ma place, merde !

- Vu ton humeur de chien, oui, la prochaine fois je te laisse te débrouiller."

Il hausse nonchalamment les épaules, comme un adolescent capricieux. Avec ce regard indolent de ceux qui lorgne leur faute sans y trouver la moindre culpabilité. Et Vanitas sait, oui, il sait qu'à ses yeux c'est lui l'emmerdeur. Lui qui fait chier pour un rien. Il le connaît trop bien pour ne pas remarquer l'agacement qui le titille. Il devine dans sa tête l'irritation, les mots qui doivent s'aligner. "Quel con", il doit se dire. "Je lui rends un service, et il me gueule dessus."

Il croise encore son regard avant que l'autre ne se détourne, et il n'a pas besoin de plus pour comprendre qu'il a raison. Sa main se serre autour de son téléphone.

"Je s'rais pas d'humeur de chien si tu touchais pas à mes affaires."

Il ne peut pas lui laisser ce plaisir là. Celui de le coller dans la case coupable avant de s'en aller. C'est son intimité, merde. Axel n'a pas le droit d'y toucher sans son accord. Il lui aurait fait une scène, lui, s'il l'avait chopé la main sur son portable !

"Je voulais juste aider. Mais puisqu'apparemment ça te fait chier.

- J'ai pas besoin de ton aide pour parler à Dem.

- Ça avait l'air pressé.

- C'est pour ça que t'as regardé mes messages ?"

Enfoncé dans le canapé, Axel souffle, relève son regard agacé vers le noiraud.

"Pousse pas trop le bouchon, hein. Je lui ai juste envoyé un message, c'est tout."

Le noiraud tape son code en vitesse. Il cherche la conversation en question.

"J't'ai vu faire défiler l'écran.

- Depuis le couloir ? Wow, quel coup d'œil. Si tu pouvais avoir la même attention pour toute la poussière que tu nettoies jamais et les merdes que tu laisses traîner dans l'évier, ce serait parfait.

- C'est pas le sujet.

- Bien sûr. C'est jamais le sujet, quand c'est toi qui es en tort."

Encore ce refrain stupide. Le corbeau serait tenté d'éclater son portable sur le sol. Il inspire. Ravale sa frustration. Clique sur l'objet qui l'intéresse. Le "Dem" qui le mène droit vers les derniers messages échangés avec le concerné. En effet, il compte bien trois appels manqués. Mais c'est tout.

"T'as pas envoyé de message.

- Pardon ?

- J'ai la conversation sous les yeux, y a rien. Comment t'expliques ça ?

- J'en sais rien. Il a dû se perdre, ça arrive.

- Bah tiens, pile maintenant, comme par hasard.

- Oui, maintenant, comme par hasard. Qu'est-ce que j'y peux ?

- T'as rien envoyé.

- Allez, si ça te fait plaisir de le croire."

Il fulmine. C'est vrai, Van le sait, Axel aussi ! Ça le boufferait de le reconnaître ? D'aligner trois mots pour lui présenter des excuses, une fois dans sa vie ? Mais non, c'est jamais la faute d'Axel. Jamais. Forcément, c'est le pauvre corbeau qui s'excite tout seul. Et il ne peut rien répondre contre cette justification minable. Merde.

Il lâche l'affaire. Il va juste perdre son temps, s'il insiste.

"J'veux plus que t'y retouches.

- T'en fais pas chaton, j'avais pas l'intention d'y retoucher. Calme ta paranoïa.

- Arrête avec ça. J'suis pas parano.

- Je sais pas, écoute. Un type qui pique des crises de jalousie dès que je sors avec un pote, et qui pète un câble parce que j'ai soi-disant fouillé ses messages, t'appelles ça comment ?"

Mais il a le droit d'être irrité, bon sang ! C'est lui là, qui touche au peu de vie privée qu'il lui reste. Et il attend posé, au calme, jambes croisées sur le canapé où il vient de s'affaler. Comme s'il n'avait rien à se reprocher.

"Je t'ai vu faire.

- Vas-y alors, je regardais quelle conversation ?"

Van serre les dents, regarde vite fait son téléphone, en vain. Il a déjà bougé pour vérifier les messages de Dem. De mémoire, il est tombé sur l'écran principal quand il a déverrouillé l'objet. Axel a dû quitter l'application avant qu'il ne lui arrache le cellulaire des mains. Evidemment.

Mais il l'a vu faire. Ça fait des années qu'il le connaît, il sait comme son doigt glisse lentement le long de l'écran quand il lit ses messages. Il les fait toujours défiler avec le plat du pouce.

"Alors ? Celle avec Demyx, peut-être, vu que je lui ai répondu ?

- J'sais pas.

- Mm, Riku ? Nan, ça fait des années que tu lui parles plus. Remarque, tu parles plus à grand monde en fait." il fait mine de réfléchir. "Ton pote de boulot, là, le petit étudiant ?

- J'sais pas, je t'ai dit.

- T'es quand même limité niveau preuves, tu trouves pas ?

- J't'ai vu faire point. Tu faisais défiler les messages."

Axel prend un grande inspiration, ses bras croisés sur son torse, sa tête à peine penchée. Un sourire narquois au bout des lèvres, il plante ses iris sur la trogne plein de cendre coléreuses de son petit ami.

"Et pourquoi j'aurais fait ça ?

- A toi d'me l'dire.

- Wow, quelle répartie. Va falloir que tu trouves une raison Van, parce que moi j'en ai pas."

Il serre les dents. Et quand l'autre se lève, cette fois, c'est lui qui recule. Il enfonce le téléphone dans sa poche, comme pour le protéger.

"Oh, t'en fais pas, je vais pas le reprendre.

- Même.

- Quoi, t'as peur que je te pique ton portable? J'en ai un, tu sais.

- Bah va pas fouiller le mien, alors.

- Si ça peut te faire plaisir d'y croire, écoute."

Non, ça ne lui fait pas plaisir ! Il déteste ce mot qu'Axel lui sort à tout bout de champ. Il ne croit pas, d'ailleurs. Il sait. C'est la vérité, la putain de vérité. Même s'il ne peut pas expliquer pourquoi il regardait, ni citer les conversation qu'il a fouillées, il sait qu'il l'a fait. De là où il était, il pouvait reconnaitre les bulles bleue des textos. Le design basique. Il n'a personnalisé aucun contact. Il regrette presque, maintenant. Enfin. Le renard aurait trouvé une autre excuse.

"Me regarde pas comme ça Van. Ça changera rien à la situation.

- Ça changera rien non plus si tu nies.

- Eh ben, t'es buté quand tu veux.

- T'as fouillé quoi ?

- Rien.

- Qu'est ce que t'as lu ?"

Il s'entête, le regard dur. Et, face à lui, comme une arme invincible, le sourire d'Axel qui gagne sa bouche, grimpe sur ses joues. Ses lèvres à peine entrouvertes laissent voir une fine rangée de dents jaunies, perdues dans l'ombre de sa gueule. Il se relève pour lui faire face. Souffle, lassé d'avance. Se pose contre le mur. Étire les secondes par des gestes inutiles. Un coup d'oeil vers ses ongles. Un mouvement sec du poignet, qui échappe un craquement.

"Tu vas insister jusqu'à ce que je te donnes une réponse au pif, c'est ça ?

- Je sais que t'as fouillé, alors répond.

- Allez, on va dire ta mère. C'est bon, t'es content ?

- J'échange pas de message avec elle.

- Comment je pouvais le savoir ?

- Parc'que tu viens de regarder ?

- Mais oui chaton."

Pas chaton. Van n'est pas un enfant. Pas un môme entêté incapable de comprendre.

L'épouvantail penche à peine la tête vers lui, dressé sur son mètre quatre-vingt dix comme un cavalier sur son cheval, qui observe le cadavre d'un ennemi. Un regard plein de rire méprisant. Il déteste ces yeux. Cette hauteur supérieure. Écrasante. Ce poids invisible. Involontairement, le noiraud rentre les épaules. Se tasse. Serre les dents. Soutien ces mirettes mielleuses. S'accroche. Persiste.

Baisse finalement les yeux.

"Tu fais chier." il lâche finalement.

Allez. De toute façon, il ne lui dira rien. Il ne sait pas ce qu'il a pu voir sur son téléphone, et il ne sait pas quand ni comment ça lui retombera dessus. Foutu pour foutu, il préfère encore abandonner et retourner s'enfermer dans sa chambre. Il peut même sortir, tiens, maintenant qu'il a ses clefs. Sortir, se casser pour la nuit sans lui dire où il est allé trainer. On verra bien qui est en rogne, à la fin.

Mais non. Il sait comment ça se terminera, s'il se venge. On plutôt non, il ne sait pas. Il ne peut pas imaginer ce qui lui tombera dessus. Et il n'a pas envie de le découvrir.

"Je fais chier ?"

Le corbeau se crispe.

"Attend, je réponds pour filer un coup de main parce que ton pote a pas l'air de pouvoir attendre, tu me remercies en m'engueulant comme un chien et c'est moi qui fait chier ?"

Il va pour se reculer, trop tard. L'allumé le contourne, bloque l'accès au couloir, les mains posées sur sa taille comme deux ailes menaçantes.

"C'est bon, là ? Tu t'es dis qu'après ta petite crise de parano, t'allais pouvoir me cracher à la gueule au calme ?

- Je t'ai pas craché à la gueule.

- Wow, et après c'est moi qui nie les évidences. "

Vanitas comprend, trop tard, qu'il a dépassé la limite. Lâché la phrase qu'il ne fallait pas. Il connaît ce regard irrité, ce ton faussement calme, aiguisé. Joyeux, presque. Comme un rire amer. Ce gloussement qui remonte le long de sa gorge, alors qu'une toute nouvelle émotion griffe le ventre du louveteau. Il regarde discrètement vers la cuisine.

"Laisse.

- Oui, bien sûr. Quand c'est toi qui me manques de respect, faut que je laisse couler. Faudrait pas que tu commences à te remettre en question, quand même.

- Nan mais lâche-moi là, c'est bon."

Il s'écarte pour gagner l'autre pièce, son refuge. Disparaît derrière la porte qu'il voudrait claquer, qui glisse doucement. Mais Axel la rouvre avant qu'elle ne se ferme, alors que la teigne fait mine de chercher dans les placards de quoi se faire un thé.

"Non mais tu me prends pour un con, en fait ?"

Ne rien dire, serrer les dents. Il sait déjà comment ça va se passer.

"Va falloir qu'on discute là, tu penses pas ?"

Attraper le sachet, chercher la bouilloire du regard, ne pas trembler. Allez, ça va passer.

"Eh ! Je te parles Van !

- Oui bah j't'écoute !"

Ça va passer.

"T'écoutes ? T'as quand même vachement l'air d'être en train de te faire du thé là, tu trouves pas ?

- J'peux faire les deux, j'suis pas débile.

- Je me permets de douter.

- Bah va douter ailleurs."

Inspirer longuement. Ne pas prendre la pique, ne pas le regarder, trouver cette foutue bouilloire. Et arrêter de répondre. Surtout, la fermer. Pas d'huile sur le feu.

"Mais t'es sérieux, là ?"

Ne pas faire attention à son rire froid.

"On t'as jamais appris à regarder les gens quand tu leur parles ? Tu peux pas t'arrêter deux minutes qu'on discute sérieusement ?"

Même si ça lui transperce le crâne. Se taire. Prendre sur soi.

"C'est pas assez important pour toi, c'est ça ? Faut forcément qu'on parle de ta petite personne pour que tu lèves les yeux ?"

Il la trouve, la fixe. Est-ce qu'il doit continuer, pour éviter de se concentrer sur les paroles d'Axel ? Abandonner, et planter son regard dans le sien le temps que la tempête passe ? Déclarer forfait ? Il ne gagnera pas cette guerre, il le sait. Il ne pourra même pas l'éviter. Il faut attendre que ça passe. Encaisser.

"T'as pas changé."

Il serre le sachet dans sa main.

"T'avais promis de faire des efforts, je te rappelle. Mais je suppose qu'il fallait pas compter dessus.

- J'en ai fait.

- Vraiment ? T'as vraiment l'impression d'être en train de faire un effort, là ? Je te parle d'un truc important, et toi tu te casses pour aller faire ton thé au calme ? Tu te fous de ma gueule, c'est ça ? Je dois rire ?"

Il ne peut pas rejoindre la chambre. Et s'il s'y enferme, ça lui retombera sur le coin de la gueule plus tard, dès qu'il posera un pied en dehors.

"Tu sais comment on appelle ça ? Ce que tu fais, là, de m'ignorer alors que j'essaie de te parler ?

- Je t'ignore pas.

- T'es sérieux ?

- J't'écoute.

- La main sur la bouilloire. Putain, quel effort."

Ok, il abandonne. Il relâche la bouilloire, pose le sachet de thé. Essaie de chasser ce ballon qui gonfle, et qui prend toute la place dans son torse. Déglutit.

"C'est du mépris."

Encaisse le coup, le ventre tordu.

"T'es méprisant, Van. Tout le temps."

C'est faux. Il n'est pas un modèle de patience et de bienveillance, certes, il l'avoue. Mais il n'est pas méprisant. Pas comme l'autre l'entend. Il n'est pas mauvais.

"Ça fait je sais pas combien de fois qu'on en parle, et t'es toujours pas capable de montrer une once de respect aux gens, c'est dingue."

Ça monte encore. Il sent qu'il a du mal à respirer. C'est haché. Irrégulier.

"Je sais même pas pourquoi j'essaie encore de t'en parler. T'en as rien à foutre, comme d'habitude."

La voix lui vrille les oreilles. Il veut juste que ça s'arrête.

"J'm'en fous pas." il lâche.

Maigre défense. Mais pour faire mieux, il faudrait réfléchir. Défaire les noeuds dans sa tête.

"Oh, vraiment ? Pardon, j'ai du mal à m'en rendre compte. Ce serait peut-être plus évident, si tu me parlais autrement ?"

Il avale sa salive. Difficilement.

"Laisse-moi."

Il ne sait pas s'il demande, ou s'il l'implore.

Axel hausse un sourcil. Souffle. Sur sa face, cette chose qui ressemble à de la surprise, du mépris et de la résignation. Cette grimace qui lui tord la gueule.

"D'accord. J'essaie de te parler, et c'est tout ce que t'as à dire."

Il fixe le sol, serre les poings.

"Allez c'est bon, laisse tomber. J'ai pas de temps à perdre avec ces conneries."

Ça va aller.

"Je comprends même pas ce que je fais avec toi."

Il ne sent pas ses yeux se mouiller. Ni la douleur gonfler dans sa cage thoracique. Ça n'existe pas, tout ça. S'il y croit assez fort, ça disparaitra. Au moins le temps qu'Axel, lui, disparaisse.

"Bah laisse-moi tranquille alors."

Erreur. Il ne voulait pas dire ça, il ne le pensait pas. Il ne veut pas qu'Axel l'abandonne. Mais c'est cette voix-là, cette voix qui grimpe dans sa douceur, ce timbre lasse après le rire et la froideur, cette colère qui n'en est jamais vraiment une. Ça l'embrouille.

"Vas-y, c'est bon, fais-toi ton thé, laisse tomber."

Il se recule, les mains sur la taille. Un soupir déçu sur les lèvres. Un bruit de pas qui s'éloigne. La main de Vanitas tremble. Il cherche à tâton son sachet de thé, celui à la menthe qu'il aime bien, qu'Axel lui prend toujours quand il fait les courses. Il l'attrape.

Son ventre se noue.

Il le remet dans sa boite.

Il quitte la cuisine alors que le rouquin s'assoit au salon, attrape son sweat qui traine. Il fait froid, dehors, mais il a besoin de sortir. Sortir pour se calmer. Il faut qu'il chasse ce truc à l'intérieur, qui l'empêche de respirer. Qu'il chiale un bon coup. Mais pas ici. Pas devant Axel. Il ne peut pas lui montrer ça.

"Quoi, tu te casses ?"

Ses clefs. Il les a sûrement laissées dans sa chambre.

"Ouais.

- Et tu vas où, comme ça ?

- Chez quelqu'un."

C'est faux. Il va marcher jusqu'à se sentir mieux, toute la nuit s'il faut. Trainer jusqu'à ce que ça lui passe, qu'il ne se sente plus à deux doigts d'éclater.

"Genre."

Il ne veut pas l'entendre glousser.

"T'as des amis ici, vraiment ? Y a des gens qui arrivent à te supporter ?

- Oui.

- Tu mens."

Il serre les dents à s'en faire péter la mâchoire. "Tais-toi", ça hurle dans sa tête. "Tais-toi", ferme ta gueule.

"Tu mens, Van. T'as pas d'amis ici, et c'est pas mieux ailleurs. Ça fait des mois que Dem t'avais pas appelé.

"Tais-toi", il supplie.

"Y a pas que Dem.

- Ah ? Et t'as revu Naminé récemment ? C'est quand la dernière fois que t'as invité Hayner ? Ou que tu l'as appelé ? Tu sais ce qu'il fait cette année, au moins ?"

"Frappe. Frappe si tu veux. Mais tais-toi." Un grand coup là, dans la gueule. Il veut bien, s'il la ferme. S'il arrête avec ses mots. Son poings droit dans la mâchoire.

"Pas la peine que je demande pour Riku, hein ?"

C'est pas vrai. Enfin, si, un peu. Mais c'est pas… C'est pas comme il dit. Il n'est pas seul. C'est juste…

"Y a plus personne pour s'intéresser à toi, parce que t'es exécrable avec tout le monde. Y a que moi qui te supportes encore."

Il s'empêche de cligner des yeux, pour retenir l'eau qui les gave. Qui s'accumule. Serre les poings, les ongles enfoncés dans la peau. De la douleur pour tenir. S'accrocher.

"Et je sais même pas pourquoi je fais ça."

Mais ça ne suffit pas. C'est trop lourd, trop pour ses mirettes. Il ne cligne pas, et pourtant, il sent les gouttes couler sur ses joues.

"Mais vas-y, casse-toi si ça te plait. T'as nulle part où aller, de toute façon, faudra bien que tu rentres."

Un sanglot lui échappe. Un autre. Et cet affreux couinement qu'il tire de sa gorge et qu'il n'a pas pu étouffer. Comme les larmes sur son visage, et sa respiration qui s'affole, et ses mains qui tremblent, sa tête qui s'abaisse, son corps qui se brise.

Non. Pas devant lui. Pas devant Axel. Il serre son pull, ses dents autour de sa lèvre jusqu'à sentir le sang sur sa langue mais ça ne s'arrête pas, ça tremble au rythme des sanglots. Il essuie rageusement ses joues qui ne tardent pas à se mouiller encore, essaie de museler ce bruit qui s'échappe sans cesse de sa gorge, cette plainte pitoyable, mais rien n'y fait. Ça sort, ça coule, ça déborde.

"F-fous moi la paix.

- Manquait plus que ça."

Non. Il n'a pas le droit de se moquer de ça.

"T'as rien trouvé de mieux à faire que de chialer, sérieux ? C'est comme ça que tu réagis quand on te fout le nez dans ta merde ? Comme les enfants ?"

Il n'a pas le droit de rire.

"Pardon, je te prenais pour un adulte responsable, pas un gosse qui chouine dès qu'on le reprend. J'ai dû me planter.

- Arrête.

- Quoi, c'est pas agréable à entendre ? C'est chiant le mépris, hein ? C'est tout de suite moins drôle, quand ça tombe sur toi.

- Mais t-ta gueule !"

Cette supplique cassée, c'est tout ce qui lui reste. Sa dernière défense alors qu'il s'enfuit dans le couloir, la tête fourrée dans son vêtement. Comme s'il pouvait encore se cacher.

Et ce cri minable qu'il étouffe dans le tissu, en se laissant tomber à même le sol de sa chambre.

xoxoxox

J 347

Vanitas repose son tablier dans les vestiaires, soulagé. Terminer à 15h, c'est quand même un des plus grands bonheurs de la vie.

Son ventre crie famine, comme chaque fois qu'il passe la matinée à servir de la malbouffe bien grasse bien chère. Il jette un coup d'œil aux menus, hors de prix pour leur coup de fabrication, inspire la bonne odeur de friture et de graisse brûlée, puis il secoue la tête. C'est tentant. Mais d'une, ça ne le calera pas. De deux, c'est son anniversaire, alors il peut bien se permettre un repas digne de ce nom pour fêter ça. Il a les sous pour. Au pire, il se fera inviter. Il a une excuse parfaite pour.

Il récupère ses affaires, traverse la salle et se dirige vers la sortie, quand une tête brune apparaît subitement devant lui.

"Joyeux anniversaire !"

Tiens. Un imprévu.

Yuyu lui fait son plus beau sourire, celui des secrets mal gardés, les bras croisés dans le dos alors qu'iel se dandine d'un pied sur l'autre. Le regard pétillant de malice, iel trépigne, sa patience mise à rude épreuve. Bon, apparemment, Facebook a fait son travail. Ou Demyx. A tous les coups, il a prévenu les autres. Il l'attend même dehors, si ça se trouve. Vanitas aurait dû s'en douter, qu'on allait lui tomber dessus à la sortie.

"Qu'est-ce tu fais là ?

- Avec plaisir.

- Ouais ouais, merci."

Il secoue la tête en passant la bretelle de son sac sur son épaule, la zieute de haut en bas.

"Anniv' surprise, c'est ça ?

- Presque ! En vrai on savait pas quoi faire. Et t'aurais cramé le truc, si quelqu'un t'avait invité ce soir. Du coup on s'est retrouvés dans le café juste à côté pour t'attendre.

- Et c'est quoi la suite du programme ?

- La bouffe.

- Vous avez intérêt à assurer là-dessus.

- T'inquiète, ton gars nous a filé tous les conseils dont on avait besoin. Tu vas adorer."

Son gars. Et de deux secrets qui ont filtré. Même si dans un cas comme dans l'autre, il ne s'agit pas vraiment de secrets. N'empêche, même pas deux semaines que leur relation est officielle, et la nouvelle a déjà fait le tour de la bande. C'est du rapide. Même si, au vu des regards - lourds - qu'ils récoltaient à l'asso, l'histoire n'a pas dû surprendre grand monde.

"Bon, tu bouges ou tu pionces ici ?"

Iel s'écarte pour le laisser passer. Dehors, grand soleil. On sent que le printemps se pointe. Van se serait bien passé du pollen qui volète, mais déjà qu'il ne lui pleut pas sur la gueule, il s'estime heureux. Ses yeux scrutent la terrasse d'en face. Une tête ébouriffée lui tire un sourire. La tignasse bleue posé en face, par contre, il s'en serait bien passé.

Appartement, Larxene et Aqua ont elles aussi réglé la question de leur relation.

"Yo

- Salut !"

Demyx saute de sa chaise pour venir se planter devant lui, s'arrête, le fixe, réalise qu'il ne sait pas vraiment quoi faire, se racle la gorge et fait diversion en désignant le petit monde derrière eux. Pour sûr, il allait l'étreindre et voler ses lèvres, avant de se rappeler que le noiraud n'est pas franchement démonstratif en public. Il s'est arrêté de justesse. Un rictus gagne la bouche de la teigne.

Allez, pour une fois. Il n'est pas des plus affectueux, mais il voue un amour inconditionnel à la provocation. Le genre d'amour qui le pousse à attraper le visage de Dem dans sa main avant se coller franchement sa bouche à la sienne, juste le temps de le surprendre.

"Mm, joyeux anniversaire ?

- Tu me l'as déjà souhaité ce matin.

- C'était par texto, c'est pas pareil."

Vanitas secoue la tête, tant déconcerté qu'amusé, puis il daigne enfin s'intéresser au reste de la bande. Tout ce petit comité, rien que pour lui ?

"B'jour.

- Hey." Larxene lui répond en sirotant ce qu'il lui reste de monaco.

"Ça faisait longtemps."

Aqua lui sourit, chaleureuse, mais suffisamment distante pour respecter l'inimité qu'elle a toujours sentie chez Vanitas. Il la remercie silencieusement de ne pas forcer l'amitié qui ne naîtra jamais entre eux, et nourrit secrètement l'espoir de la voir dégager au plus vite. Puis il se tourne vers Ienzo, qui lui adresse un bref signe de tête en reposant son livre. Un tout petit ouvrage, à peine une soixantaine de pages. Il reconnaît la couverture de l'Arche. Le gamin lit du théâtre, maintenant ?

Tout le monde a réussi à se libérer. Mais bon, c'est Samedi. Et il n'y a que lui pour bosser un samedi. Un miracle que sa demi-journée soit tombée pile sur cette fameuse date. La bande d'étudiants jouit encore d'un week-end complet.

"Je vais vous laisser." Aqua leur annonce en se levant.

Victoire.

Elle pose sa main sur l'épaule de la nymphe, sourit brièvement, puis attrape un petit gilet azuré qui lui sert à couvrir ses bras. Ses doigts fins s'enroulent autour de la sangle de son sac à main. Elle en remonte la fermeture. Vérifie l'heure sur son téléphone, puis attrape sa carte bleue. Autant de gestes qui retardent son départ.

"Laisse pour la conso, j'te la paierai." la blonde riposte.

"Tu n'es pas obligée.

- Encore heureux."

Elle rit, gloussotte plus qu'elle ne rit, un tremblement léger face à l'autorité de Larx, et le corbeau serre les dents. C'est comme un poing dans le ventre, cet équilibre parfait, ce calme compréhensif. Il a envie de la secouer, de hurler. Pourtant, elle a toutes les qualités dont il aurait eu besoin, alors qu'il venait de quitter Axel. Ces mêmes qualités qui sèment le trouble chez leur furie. Cette tendre écoute, la légèreté qui accompagne ses gestes, un égo inatteignable qui encaisse tous les coups sans penser à les rendre.

C'est peut-être ça qui le touche, dans le fond. Elle n'attaque pas. Pas parce qu'elle se retient, non. Elle n'en éprouve simplement pas le besoin.

Il détourne le regard.

"'lut." il marmonne vaguement quand elle s'éloigne.

"Passe une bonne journée."

Yuyu lui fait de grand coucou. Et puis, enfin, c'est terminé. Sauvé, Van se pose sur la chaise que la demoiselle vient d'abandonner, échange un long regard avec Larxene pour cherche la moindre trace de reproche dans ses yeux, se rassure de ne rien y trouver. Pas de rancoeur. Pas de colère.

T'es invivable, Van. Personne a envie de supporter un type comme toi.

Il avait tort.

"Bon. Du coup, j'espère que vous avez prévu un truc d'enfer pour cet aprem.

- Rien que ça." la fumeuse raille en sortant ses clopes.

"Vous m'volez mon aprem sans m'demander mon avis, j'ai le droit d'être exigeant.

- Calme ta joie et pose tes fesses. Déjà on va discuter un peu, ça dégonflera ton égo.

- Quoi, t'as peur qu'il fasse de l'ombre au tien ?"

Il sent comme un talon qui tape contre sa cheville, sourit et hèle le serveur pour s'autoriser un café bien mérité. Et moins dégueu que celui qu'on leur file au boulot.

"Déjà, on va manger." Dem explique en s'installant près de lui, cherchant sa main sous la table.

"- Yuyu m'a dit.

- On ira se poser à Compans après.

- C'est tout ?

- La vraie surprise c'est pour ce soir, alors t'attendras.

- Oh, depuis quand tu me parles comme ça toi ?

- Mm, moi ?"

Le musicien lui fait le coup des yeux doux. Pas de quoi l'attendrir vraiment, en revanche, c'est toujours efficace pour lui faire détourner le regard. Il laisse toujours couler, quand le guitariste plante ses iris d'un drôle de bleu dans les siens. Dem en use et en abuse.

"T'as raison Dem. Faut les mater, les chiens qui aboient trop."

Il adresse un coup de dents sec à Larx. Et récolte son souffle enfumé dans la gueule.

"Donc on fait les lézards au soleil toute la journée, c'est ça ?

- Dans l'idée." Yuyu confirme. "Les lézards au soleil tous ensemble.

- Mouais."

Il fait mine de râler, pioche une clope dans le paquet de la guêpe et remercie vaguement le serveur qui lui apporte son café. Avant de tendre le sucre qu'il n'a pas demandé à son petit ami. Il croise le regard souriant d'un Ienzo qui peine à abandonner sa lecture. Un coup d'oeil porté sur son visage, le long de sa mâchoire, lui donne l'impression qu'elle s'est raffermie. L'angle fin lui semble plus carré, même si toujours imberbe. Un premier changement discret, ou un piège de son imagination ?

"Ça te va si on prend un resto végé pour ce midi ?" Demyx demande, après avoir avalé la petite sucrette.

"Yep."

Ses potes, son mec, et un resto. C'est une journée tellement simple, à peine différente de celles qu'ils passent déjà ensemble à l'occasion.

Et ça lui va.

"Du coup, on connait un coin cool avec un buffet à volonté pas trop cher.

- Pas trop cher comment ?

- Bah ça va entre-

- Pas trop cher."

Le rockeur n'a pas le temps de poursuivre. Sa réplique a tiré leur lecteur de sa passionnante activité. Son regard ferme interdit toute précision quand à cette information.

"On t'invite.

- J'suis gâté."

Dem pose sa tête sur son épaule, tout sourire, oubliant déjà le naturel distant de son amoureux. Yuyu commence à leur parler du futur barathon organisé en mai, et de Zack qui a promis de bouger ses fesses pour s'y ramener. Potin du moment, apparemment, il s'est remis avec Cloud.

"Mais y m'a rien dit de plus. Genre, c'est compliqué.

- Non mais c'est toujours compliqué avec eux, ça fait deux fois qu'ils se séparent." Larx râle en tirant sur sa cigarette.

"Ouais mais la première fois ils ont rompu genre une semaine, là ça fait des mois.

- Mm, tu parles, j'suis sûr qu'ils ont baisé comme des lapins chaque fois qu'il se sont revus."

Elle rit. Vanitas s'intéresse au livre d'Ienzo, qui lui fait un bref résumé de l'histoire. Il jurerait que sa voix a commencé à bouger, d'autant qu'il se racle souvent la gorge, comme pour chasser une gêne désagréable.

Il fait beau, même si l'ombre du bâtiment les engloutit. La rue est encore assez calme, le bruit ne les écrase pas, et ils prévoient une journée paisible sans boulot. Une journée parfaite. C'est banal, cette organisation entre potes. Mais Vanitas pense à ses précédents anniversaires, loin d'ici. Ces interminables journées passées avec Axel. Ça fait trois ou quatre ans qu'il n'a pas eu droit à un anniversaire posé comme celui là. Pas de cadeaux extraordinaires, pas de disputes. Seulement un café offert, un resto cadeau, et une surprise pour ce soir.

Ça lui avait manqué.


[TW : Violence morale/verbale]

Brrrrr. Heureusement qu'il y a un morceau de joie pour clore ce chapitre !

Je me permets un moment "Pub" en passant, mais on a organisé un défi Halloween sur le forum KH, et les participations ont été postées ! La mienne s'appelle HappyHalloween, vous la trouverez facilement sur le site, ou depuis mon profil. N'hésitez pas à allez voir celles des autres participant-es, elles portent la mention [Déf Halloween 2020] !

A la semaine prochaine !