PROMPT : Perte sèche
Il fallait toute sa maîtrise de lui-même à Lucius Malefoy pour ne pas hurler et jeter quelque chose sous la rage qu'il ressentait.
Au lieu d'insulter son interlocuteur, Lucius salua le gobelin - un peu plus sèchement qu'à son habitude - avant de quitter Gringotts à grands pas.
Personne n'aurait pu deviner son humeur sombre alors qu'il marchait rapidement dans le chemin de Traverse pour rejoindre une zone plus calme d'où il pourrait transplaner vers son Manoir.
En arrivant devant chez lui, il laissa échapper un juron sonore avant de passer une main nerveuse dans ses cheveux.
Les pertes sèches enregistrées par ses entreprises étaient colossales.
Même au plus fort de la guerre, ses entreprises sorcières n'avaient jamais aussi mal fonctionné. En période de paix, c'était inimaginable.
Lucius était furieux, mais ce n'était pas parce qu'il craignait pour ses richesses. Après tout, il y avait bien longtemps que les Malefoy faisaient des affaires, et il avait appris depuis longtemps à diversifier ses investissements. Gagner, perdre, tout ça faisait partie du jeu.
Il avait aussi appris à utiliser des noms d'emprunts pour faire affaire avec les sorciers qui craignaient le nom des Malefoy. Et surtout... surtout, il avait un pied dans le monde moldu.
Ça semblait stupéfiant qu'un sang-pur Mangemort puisse s'abaisser à travailler avec des moldus, mais avait même ses principes, Lucius était un homme d'affaire. Un excellent homme d'affaire, doué dans ce qu'il entreprenait. Et un homme d'affaire dans son genre ne s'arrêtait pas aux préjugés lorsqu'il s'agissait de gagner de l'argent. Les moldus avaient des entreprises, et brassaient de l'argent. Ce serait stupide de sa part de se limiter au monde sorcier, beaucoup plus frileux lorsqu'il s'agissait de prendre des risques financiers...
Ce n'était donc pas quelques entreprises sorcières en déficit qui avaient le pouvoir de le mettre à terre ou de lui causer des problèmes.
Ce qui le rendait fou de rage, c'était la raison de ces pertes.
Dumbledore.
Le gobelin de Gringott n'avait pas nommé explicitement de Directeur de Poudlard, bien évidemment. Le secret bancaire n'était pas une plaisanterie pour ces créatures. Mais tout pointait le vieil homme.
Soudain, les investisseurs se retiraient. Des investisseurs normalement neutres qui avaient récemment été vus en compagnie du Directeur de Poudlard. Des investisseurs qui avaient de jeunes enfants bientôt en âge d'entrer à l'école de Magie.
Ceux qui avaient résisté avaient soudain reçu la visite du Ministère pour contrôle et les Aurors n'hésitaient pas à débarquer chez eux à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit, menaçants.
Lucius n'aimait pas perdre, mais il savait accepter l'échec. Il ne pouvait pas reprocher à Dumbledore d'utiliser des méthodes tordues pour arriver à ses fins, puisque lui même ne rechignait jamais à intimider ses opposants lorsque ça s'avérait nécessaire. Le chantage et l'extorsion ne lui étaient pas inconnus, même s'il ne se salissait jamais directement les mains - après tout, c'étaient à ça que servaient les hommes de main qu'il payait grassement.
Ce qui le mettait en rage, c'était que Dumbledore ne condamne ses méthodes publiquement, pour les utiliser discrètement. Son hypocrisie lui donnait la nausée, encore plus que d'être la cible de ses petites machinations.
Avant d'entrer dans le manoir, Lucius s'obligea à se calmer. Il respira profondément, se convainquant que Dumbledore n'était pas au courant qu'il avait recueilli Harry et Charles.
Si les pertes de ses entreprises ne l'empêcheraient pas de dormir, il s'était sincèrement attaché aux deux garçons. Connaissant les actes retors du vieux sorciers, il craignait par dessus tout ce qu'il pourrait imaginer pour ramener les Potter dans son giron. Il échangerait sa fortune sans hésitations pour protéger les trois garçons qui vivaient au Manoir. Son héritier et les deux garçons qu'il aimait autant.
En passant la porte du Manoir, il tomba nez à nez avec Sirius. Il le salua sèchement, et Sirius ricana.
- Alors Lucius ? Mauvaise journée ?
L'aristocrate renifla, et se demanda à quel point Narcissa lui en voudrait s'il écorchait vif son cousin pour se détendre. Il préféra plutôt marmonner un "Dumbledore" rageur entre ses dents.
Sirius, loin de s'éloigner, fronça le sourcils et demanda immédiatement des précisions, inquiet.
- Que se passe-t-il ?
- Rien d'important. Il a menacé des investisseurs et m'a fait perdre des milliers de gallions.
L'animagus marqua un silence avant d'ironiser, en secouant la tête.
- Rien d'important, effectivement.
Loin d'être débarrassé de Sirius, Lucius constata que ce dernier le suivait jusqu'à son bureau.
- Il ne sait rien pour Harry et Charles ?
- Non Black. Il n'y a aucune raison de penser qu'il sache quelque chose. Je pense que s'il avait le moindre doute, les Aurors à sa solde, ceux qui menacent mes anciens partenaires d'affaire, seraient déjà venus ici et tu serais de retour dans ta cellule.
Sirius grimaça, mais hocha la tête.
- Peut être que je devrais... réapparaître publiquement ? Laisser Dumbledore penser que... Qu'il peut m'utiliser ?
- Ne sois pas stupide Black. Il voudrait savoir où tu étais caché, et il resterait soupçonneux. Tu n'approcherais pas des garçons de cette façon.
L'ancien Gryffondor hocha lentement la tête convaincu par l'argument de Lucius. Il se mordilla la lèvre détestant la sensation d'inutilité qu'il ressentait. Il n'aimait pas savoir son filleul ou Charles loin de lui, même si Severus étaient près d'eux.
Voyant que Lucius s'installait derrière son bureau et commençait à étudier une pile de parchemins, Sirius soupira.
- Je suppose que Narcissa n'est pas au courant ?
- N'essaie même pas de lui dire quoi que ce soit. Elle est intenable quand elle s'inquiète.
Sirius gloussa et s'éloigna sans dire un mot de plus. Puisque les garçons n'étaient plus là pour apporter de la vie au Manoir Malefoy, il appréciait plus que tout asticoter Lucius en permanence.
Lucius grogna en voyant Sirius partir, et il ferma un instant les yeux. Il fallait qu'il soit devenu complètement fou. Après avoir recueilli les enfants Potter, ceux qui avaient détruit son maître, voilà qu'il hébergeait Sirius Black en personne, le traître de la famille de son épouse. Et pire encore, il en venait à l'apprécier légèrement, même s'il ne l'avouerait jamais. Il pouvait toujours se rassurer en pensant que c'était ce que Narcissa voulait. Et ce que femme veut…
Il n'arrivait même pas à regretter la tranquillité de son Manoir, avant tout ça. Avant que Severus n'arrive un jour, demandant son aide. Avant que Narcissa ne soit émue du destin de deux enfants maltraités, et ne le pousse à aider son vieil ami à les chercher.
L'aristocrate secoua la tête, et s'obligea à se concentrer. Il avait une riposte à mettre en place pour rendre la monnaie de sa pièce à Dumbledore. Quelque chose qui le tiendrait occupé, loin de son fils et des jumeaux Potter.
Après tout, Lucius Malefoy n'était pas homme à se morfondre.
