Étant donné le caractère exceptionnel de la situation, le Bataillon fut autorisé à rejoindre leurs camarades blessés en passant directement par la tranche du Mur Sina. Ainsi, pour la toute première fois, le peuple entendit raisonner au dessus de leur tête, le vacarme alarmant des chevaux du Bataillon. Ce fut un spectacle tout aussi fascinant qu'effrayant.

Lilith observa Erwin mener ses troupes jusqu'à ce que sa silhouette se mêle à celle du mur lui-même. Le militaire lui avait demandé de le rejoindre aux écuries juste avant son départ. Il lui avait confié qu'il se sentait plus fort et confiant depuis qu'ils s'étaient réconciliés. Il l'avait de nouveau pris dans ses bras, et ils s'étaient échangés un long baiser. Puis Erwin s'était détaché à contre cœur de la noble pour chevaucher sa monture. Lilith sentait que ce n'était pas une expédition comme les autres.

- Il va revenir. La rassura Liam.
- Ah oui ? C'est toi qui décides de ce genre de choses ? Lui répliqua-t-elle d'une voix glaciale.

Elle regretta le ton de sa remarque et adressa un regard désolée à son garde, qui ne s'était cependant pas formalisée de sa réponse. Au bout d'un certain temps, Lilith décida de retourner en centre ville. Elle fut accostée par Pixis, qui l'invita à une partie d'échecs. La jeune femme resta pantoise, irritée qu'il puisse lui proposer une chose si triviale alors que le Bataillon partait pour la mission la plus périlleuse de l'histoire de l'Humanité.

Mais en regardant le Général de plus près, elle comprit qu'il était lui aussi préoccupé. Il ne s'agissait que d'une manière comme une autre de s'occuper l'esprit le temps qu'ils aient des nouvelles. Elle accepta alors, se refusant de toute manière à rentrer à l'hôtel.

Sur le plan intellectuel, ce petit tête à tête ne lui apporta guère, car Pixis était connu pour laisser gagner les nobles. Elle avait eu espoir qu'il fasse une exception pour elle, mais il relâchait systématiquement ses efforts en milieu de partie, ou faisait intentionnellement des erreurs. À chaque fois, Lilith soupirait bruyamment et il ricanait.

Le militaire lui posa quelques questions politiques, et ils échangèrent sur leurs idées. Lilith n'avait jamais réellement pris le temps de discuter avec le Général Pixis. Le haut gradé était souvent présent lors des soirées de donations militaires, mais mis à part cette année, elle ne se déplaçait pas. Pixis savait qui elle était, cependant. Il connaissait toutes les hautes figures de la société, et il était également le partenaire de jeux favori du Marquis Balto. Autant dire qu'il avait beaucoup entendu parler de Lilith.

Sa proximité avec le Major du Bataillon l'intriguait, mais elle ne lâcha rien de croustillant sur le sujet. Lilith avait remarqué que Erwin n'entretenait pas de relation amicale avec Pixis. Il lui arrivait souvent de l'aider, et ils avaient l'air de se respecter mutuellement, mais cela n'allait pas plus loin. Elle s'efforça donc d'appliquer la même distance, afin de ne pas mettre Erwin mal à l'aise par la suite.

- Vous n'êtes pas très drôle. Finit-il par lui dire, de but en blanc.

Elle éclata de rire.

- Je vous ennuie, Général Pixis ?
- Je pensais en apprendre davantage sur vous ou Erwin, mais vous n'avez pas l'air très encline à me livrer le moindre potin...
- Qu'est-ce que vous aimeriez savoir ? Lui demanda-t-elle, amusée.
- Erwin ne me semblait pas être le genre de personne à accorder de l'intérêt à sa vie personnelle...
- C'est vrai. J'ai dû être patiente et aller le chercher. Très loin. Très longtemps. Répondit-elle.

Il eut un petit ricanement.

- Qu'attendez-vous d'Erwin exactement ? Je suis désolé, mais c'est assez troublant de vous voir ensemble alors même que vous ne faites pas partie du même monde. Quels sont vos projets d'avenir ?

Étonnamment, Lilith lui répondit sans aucune transition ou tentative de diversion. La jeune femme planta ses deux iris dorées dans celles du Général et lui répondit avec assurance.

- Erwin est un grand homme. Mon projet d'avenir, c'est de le soutenir jusqu'à son dernier souffle, et marquer l'Histoire à ses côtés.

Pixis mit un certain temps à briser le silence, songeur. La belle noble avait une éloquence écrasante lors de répliques comme celle-ci. Lilith Everglow, la noble la plus puissante du Royaume, la femme la plus convoitée de tout Paradis. Quel était le pourcentage de chance qu'elle s'éprenne du Bataillon et plus particulièrement d'Erwin, alors même qu'elle avait le monde à ses pieds. Et contrairement à ce qu'il pensait, elle ne se voilait pas la face quant à la survie du Major. Elle était prête à vivre chaque moment à ses côtés, y compris sa mort, inéluctable.

Une soldate fit irruption dans la pièce afin d'avertir son Général que le Bataillon était de retour. Lilith et Pixis échangèrent un bref regard et se rendirent à la bordure du mur Sina. Lorsqu'ils arrivèrent sur place, les soldats étaient déjà au sein des murs, éreintés. Lilith aperçut Eren et Historia, sains et saufs, ainsi que Livaï, un peu plus en arrière. Mais elle ne voyait pas Erwin.

La jeune femme s'approcha de la foule, la main sur le cœur, comme si un tel geste pouvait éviter qu'il n'explose dans sa poitrine. Pas comme ça, pas maintenant. Elle se fraya un passage et arriva à hauteur de Livaï, qui fixait ses bottes en silence. Le Caporal lui posa alors la main sur l'épaule, et Lilith cessa de respirer. Cette affection soudaine et inhabituelle lui donna la nausée de par ce qu'elle représentait.

Mais avant que Lilith n'ait envie de fuir pour aller pleurer plus loin, il lui indiqua du doigt une direction. La tête blonde du Major dépassait à peine d'une des charrettes du Bataillon, et elle reprit légèrement contenance en remarquant qu'il respirait encore. Il était parmi les blessés. Elle se dégagea sans ménagement de la main du soldat brun et s'approcha d'Erwin. Il était inconscient et baignait dans son propre sang, qui avait pénétré le bois de la remorque.

Elle se pencha pour effleurer son visage et se figea avec horreur en comprenant que son bras droit avait été arraché. Il avait perdu beaucoup de sang, et au vu de sa blessure, la septicémie était presque inévitable. Il lui fallait un bon médecin. Non, le meilleur.

La noble fit volte face et laissa le Bataillon derrière elle, sans un regard pour les autres soldats. Liam la suivit en silence jusqu'à leur retour à Mitras, n'osant pas la couper dans son élan. Lorsqu'elle s'arrêta devant la clinique privée du , il sourit. Elle allait oser.

L'homme les reçut avec beaucoup de respect et invita Lilith à s'asseoir, mais cette dernière resta debout. La jeune femme n'y alla guère par quatre chemins et expliqua au docteur réputé qu'il allait se rendre auprès d'Erwin et superviser sa guérison. Il se décomposa.

Le Dr. Sanes était très connu à la Capitale. Le scientifique avait accès à des ouvrages précieux et inédits, qui en faisaient un médecin avant gardiste, et largement au-dessus des autres. Seuls les nobles les plus riches et les plus puissants pouvaient s'offrir les services du Dr. Sanes, devenu une véritable Diva au fil du temps.

- Mais... Je ne suis jamais sorti de Mitras... Paniqua-t-il.
- Il y a un début à tout. Répliqua-t-elle, indifférente à son état.
- Je ne soigne que les nobles de haut rang, j'ai une réputation, vous imaginez bien que je ne peux pas me permettre de m'occuper de simples soldats... du Bataillon... Dit-il d'une voix condescendante et d'un air dégoûté.

Lilith le fixa un instant en silence, instaurant ainsi une tension qui ne laissa guère le médecin indifférent.

- Vous savez comment je vous "imagine" ? Lui demanda-t-elle en reprenant son propre terme.

Il secoua la tête négativement, mais devina sans mal que la suite n'allait pas lui plaire.

- Mort. Tombé dans l'oubli au bout d'une pauvre petite année, remplacé par un autre médecin, à qui on donnera également accès aux ouvrages qui ont fait votre carrière. Cela vous plait comme futur ? Parce que nous pouvons dessiner un autre avenir ensemble. Faites votre choix.
- Ce serait un honneur de soigner le Major Smith, Madame. Répondit-il immédiatement sur un tout autre ton.
- Dernière chose. Je préfère vous prévenir, mais à partir du moment où il sera sous votre responsabilité, vous avez intérêt à vous appliquer. Parce que je vous ferai subir l'exacte même sort que lui en cas de complications.
- Je ne suis pas magicien, non plus ! Vous ne pouvez pas me tenir responsable de la sorte ! S'offusqua-t-il.
- En réalité, je fais ce que je veux. Alors je vous conseille d'être efficace.

Sur cet échange tout aussi chaleureux que sympathique, Lilith Everglow ordonna au médecin de rassembler ses affaires afin de partir au plus vite. Dépité, le Dr. Sanes prépara une mallette de matériel et quitta la luxueuse Capitale en direction de Stohess.

Ghérart fut chargé de surveiller le docteur, que la jeune femme avait décidé de loger directement à l'hospice. La présence menaçante du grand garde annihila tout espoir qu'il puisse s'enfuir, et l'homme abdiqua.

Lorsque que Lilith se rendit à l'hôpital militaire, Hanji et Livaï se tenaient encore devant la modeste chambre du Major, bien qu'ils semblaient sur le départ. Ils avaient l'air très inquiets. Hanji la prit dans ses bras tandis que le brun garda le silence. Ils jetèrent un regard suspicieux au médecin, qui dénotait fortement avec l'endroit.

- Voici le Dr. Sanes, il est très compétent et s'est porté volontaire pour soigner Erwin.
- Erwin va très mal. Il a repris conscience, mais les médecins n'arrivent pas à stopper l'hémorragie... Il est épuisé. Résuma Hanji.

Lilith toisa alors le docteur d'un regard glacial, lui annonçant silencieusement qu'il pouvait faire une croix sur sa nuit de sommeil. L'homme s'avança alors jusqu'à la chambre afin d'examiner le Major. Il aboya aux autres médecins de quitter la pièce et commença son auscultation.

- Une autre chose Lilith. Je suis vraiment désolée, mais Erwin a été très clair... Il ne veut pas te voir.

Elle resta figée à l'annonce de la soldate. Comment cela il ne souhaitait pas la voir ? Le pauvre homme souffrait le martyr mais il avait trouvé la force d'adresser cette requête ridicule à Hanji ? Avait-il honte ? Était-ce une histoire d'égo ? Ou était-il blessé qu'elle aie disparu tout l'après-midi ?

- Je ne comprends pas. Finit-elle par dire, abasourdie.
- C'est pourtant très simple, il ne veut pas que tu le vois comme ça. C'est suffisamment dur pour lui Everglow, respecte sa volonté et dégage.

Le ton de sa voix était tranchant et glacial. Pour Livaï en tout cas, c'était sûr, il n'avait pas apprécié qu'elle disparaisse. Mais il était hors de question qu'elle rentre à l'hôtel. À en juger par les jurons répétés du Dr. Sanes, Erwin était bien amoché. Elle voulait absolument être là s'il ne survivait pas à cette nuit.

- S'il ne veut pas me voir, je resterai simplement derrière la porte. Déclara-t-elle.
- Qu'est-ce que tu nous fais tout à coup, alors que tu as disparu toute la journée... Râla Livaï, qui n'avait pas la force de se disputer avec elle.
- Je ne partirai pas. Insista-t-elle.

Hanji adressa un petit sourire à Livaï lorsque Lilith s'installa à côté de la porte de la chambre du Major. Le Caporal leva les yeux au ciel et marmonna à la noble qu'elle avait intérêt à les informer si l'état d'Erwin empirait dans la nuit. Les deux militaires quittèrent alors l'hôpital, laissant Liam, Ghérart et Lilith seuls dans le couloir. Bien que l'hygiène laissait à désirer, cette partie du bâtiment semblait réservée aux gradés. Il n'y avait quasiment personne d'autre qu'Erwin dans cette aile.

- Je rentre pour lui mettre la pression ? Demanda Ghérart.
- Non, Erwin ne doit pas savoir que je suis là. On attend que Sanes sorte pour faire son rapport.

Au bout de plusieurs heures, le docteur sorti de la chambre, épuisé. Ses vêtements étaient imbibés du sang d'Erwin. Il s'avança fièrement vers Lilith et lui fit son rapport. Sa posture rassura la noble avant même qu'il ne prenne la parole.

- J'ai stoppé l'hémorragie et désinfecté la plaie. Je vais le mettre sous surveillance cette nuit, mais je suis certain qu'il passera la nuit. Et aussi, il ne veut pas vous voir.

Elle roula des yeux. Sérieusement Erwin ?

- J'aimerais pouvoir me reposer à présent. Les infirmières pourront venir me chercher en cas de problème. Les dortoirs du personnel sont en face.

Lilith fit signe à Ghérart de le suivre, au grand désespoir du Dr. Sanes. Les deux hommes quittèrent alors le bâtiment et traversèrent la cour afin de rejoindre la partie des dortoirs du personnel. Ils tombèrent nez à nez avec Livaï, qui venait de finir sa ronde auprès des recrues. La plupart des soldats avaient demandé à être logés à l'hôpital, afin de rester proches de leurs camarades. Le médecin fit alors un autre rapport à la demande du Caporal, avant de se faire encerclé par le personnel.

- Vous êtes le Docteur Sanes ! Par tous les murs, vous êtes le Docteur Sanes ! Je suis tellement admirative de votre travail !
- C'est un immense honneur, Monsieur !

En moins de quelques secondes, le médecin reçut une avalanche de compliments et de formules d'adoration, mais il ne semblait pas désemparé. Livaï nota simplement qu'il s'appliquait à ce que personne ne le touche. Il ricana.

Lorsque la foule d'infirmières se dissipa, Livaï l'interpella de nouveau.

- Everglow vous a obligé à venir de Mitras, c'est ça ?
- Vous ne pensiez tout de même pas qu'un illustre génie tel que moi se porterait volontaire ? Elle m'a menacé de mettre fin à mes jours. À moi ! Comment ose-t-elle ?!
- Quoi qu'elle vous ai dit, si j'apprends que vous n'y avez pas mis tout votre cœur, Everglow sera le dernier de vos soucis.
- Je veux que vous arrêtiez tous de me menacer ! J'excelle dans mon domaine ! Il vivra ! Hurla-t-il plus fort que de raison.
- Tu vas dormir avec lui ? Demanda Livaï à l'égard de Ghérart.
- Je ne vais pas dormir, je le surveille. Répondit ce dernier de son habituelle voix monocorde.

Livaï haussa les épaules et disparut dans le couloir en direction de sa propre chambre.

Lorsqu'Erwin rouvrit les yeux, le lendemain matin, il grimaça de douleur mais nota qu'il ne baignait plus dans son propre sang. Il sourit en constatant la finesse et la technique avec laquelle les bandages avaient été noués autour de lui. Ce Dr. Sanes n'avait pas l'air d'être n'importe qui. Les infirmières s'étaient figées lorsqu'il était rentré, et aucune d'entre elles n'avaient moucheté lorsque l'homme leur avait hurlé de dégager de la chambre pour l'examiner.

Lilith avait dû sortir le grand jeu pour le ramener. Il était probablement la raison pour laquelle la jeune noble avait disparu toute la journée. Erwin ne lui en avait pas tenu pas rigueur, avant même d'en comprendre la raison. Il avait pensé qu'elle avait peut-être pris peur, ou était si dévastée qu'elle n'osait guère lui faire face. Dans tous les cas, l'idée qu'elle le voit dans un tel état de faiblesse lui était insupportable.

Une infirmière ouvrit délicatement la porte, le sortant de ses pensées. Elle sembla enjamber quelque chose avant de refermer la porte avec la même douceur. Lorsqu'il la questionna à ce sujet, elle expliqua qu'un couple dormait en travers de la porte. Il lui demanda de les décrire, amusé à l'idée que Livaï et Hanji puisse faire penser à un couple.

- En réalité, seule la jeune femme est endormie, son compagnon est éveillé, mais il n'ose pas bouger car elle dort sur son épaule.

Cela ne ressemblait pas à Livaï. Ou alors il devait vraiment être en état de choc.

- J'ai la chance d'avoir des soldats si dévoués. Finit-il par dire, abandonnant l'idée de deviner de qui il s'agissait. La fatigue reprit le dessus et il sentit ses paupières se fermer peu à peu.
- Des soldats ? Non. Ils portent tous les deux de beaux vêtements, et la jeune femme ressemble beaucoup à une noble.[...] Regardez. Lui dit-elle alors qu'elle était retournée sur ces pas et avait ouvert la porte en grand.

Erwin rouvrit immédiatement les yeux et aperçut distinctement les bottes en cuir de Lilith, ainsi que le début de la silhouette de la jeune femme. Il se sentit immédiatement coupable de l'avoir forcée à rester à l'écart.


Hellooooooooo ! J'espère que le chapitre vous aura plu ! Une pensée pour le Dr. Sanes, SVP, ça ne doit pas être facile de fermer l'œil avec Ghérart qui vous fixe en silence ahahahahh
Merci de vos lectures, je vous aime fooooooooort !