Coucou ! On repart à l'aventure avec notre groupe pas vraiment reposé ! Quelles nouvelles épreuves vont bien pouvoir se dresser sur leur chemin ?
CHAPITRE 55
Théo grogna en enfilant ses protections au niveau des bras. Malgré les soins de Grunlek, la morsure d'Eden lui faisait toujours mal. Les marques de crocs étaient non-seulement visibles mais profondes. La louve s'était acharnée dessus, créant de larges entailles. Pas le moins du monde coupable, celle-ci était avachie dans la paille, surveillant Grunlek en train de sceller son poney. Cyrielle apporta la monture de son mentor et la sienne avec le sourire. L'horrible lutin était déjà juché sur sa jument. Théo ne savait pas ce qu'elle lui trouvait. Cette chose puait la merde et les fleurs pourries. C'était pire que l'odeur de Mani et la Lumière seule savait à quel point l'elfe sentait mauvais.
Les aventuriers se préparaient à reprendre la route après quelques jours de pause qui n'avaient finalement pas été si reposants que cela. Balthazar et Mictian, son demi-frère, discutaient plus loin de l'itinéraire à suivre pour arriver le plus rapidement possible. Le groupe était fatigué et, plus que jamais, voulait en finir au plus vite avec cette quête éreintante.
"Si après tout ça, ils ne te prennent pas dans les paladins d'élite, je ne sais pas ce qu'il leur faut, dit Théo à son disciple en souriant. Je suis désolé de ne pas encore avoir pu t'apprendre plus de trucs sur le combat. Je fais un bien piètre instructeur.
- Au contraire, rit Cyrielle. J'apprends beaucoup auprès de vous. C'est bien mieux que les cours de vieux croûtons de l'école de palatinat. Au moins, ça me permet de me rendre compte du terrain.
- Je ne me fais aucun souci pour toi. Tu seras une excellente paladine."
Elle rougit sous le compliment avant de s'éclaircir la gorge et lui tendre la bride de son étalon. Le cheval renâcla et posa sa tête contre celle de Théo, heureux de retrouver son cavalier. Le guerrier lui caressa l'encolure avant de lui enfiler sa toute nouvelle armure, cadeau des nains pour leur départ. Toutes les montures en avaient obtenu une, y compris le cheval de feu de Balthazar. Les nains avaient aussi offert de puissantes bêtes à Shinddha et Tesla. L'archimage faisait toujours la tête au paladin après son agression et ne lui avait pas accordé un mot, même méprisant, depuis que c'était arrivé. Le paladin se sentait un peu coupable, mais était trop fier pour aller s'excuser. Après tout, ce n'était pas de sa faute mais de celle du démon de Balthazar. S'il y avait quelqu'un qui devait s'excuser, c'était lui. Malheureusement, puisque c'était son corps qui avait servi au délit, il semblerait que ce soit malgré tout lui le fautif. Comme s'il avait demandé à devenir à quart démon. Techniquement, c'était le cas…
Il poussa un soupir et tira son cheval vers la porte pour encourager les autres à se dépêcher. Grunlek le suivit presque immédiatement et les autres se décidèrent enfin à bouger à leur tour. Dehors, il faisait froid. Une grosse couche de neige était tombée dans la nuit, couvrant les sentiers praticables. Fort heureusement, là où ils allaient, il ne faisait jamais froid, ce qui éviterait les éternelle jérémiades de Balthazar à propos de la neige et de son corps fragile de mage professionnel. Avec Tesla dans les parages et son honneur en jeu, peut-être qu'il éviterait les remarques pour une fois. Il pouvait toujours espérer.
Théo se frotta les mains l'une contre l'autre pour essayer de les réchauffer un peu. Malgré l'épaisse couche de vêtements sous son armure, le froid mordait comme en plein cœur de l'hiver à cette hauteur de la montagne. Pour éviter d'avoir à contourner tout Fort d'Acier, les aventuriers avaient décidé d'emprunter la sortie arrière. Cela n'était pas sans conséquence puisque la sortie se trouvait haut dans la montagne et pas à son pied, comme l'entrée principale. Le paysage, cependant, valait le coup d'oeil. Devant lui, les sept montagnes s'alignaient parfaitement les unes en face des autres et laissaient entrevoir l'immense vallée dans laquelle ils allaient traverser. Le désert se trouvait tout au bout de celle-ci, anomalie climatique comme il y en avait tant dans le Cratère. Dès qu'ils quitteraient Fort d'Acier, ils se retrouveraient livrés à eux-mêmes. Au-delà de la silhouette protectrice de la montagne, il n'y avait plus que des terres sauvages et hostiles. Quelques rares villages s'étaient établis dans la vallée, mais ils étaient davantage habités par des renégats que de vrais paysans. Des rumeurs disaient même qu'ils étaient cannibales. Après tout ce qu'ils avaient déjà vécu, il s'attendait à les croiser à la minute où ils seraient descendus du flanc rocailleux.
"Ma robe est déjà trempée, se plaignit Balthazar en faisant ses premiers pas à l'extérieur. Pourquoi est-ce que la neige a besoin d'être si froide ?"
Théo leva les yeux au ciel et s'enfonça dans la neige. Il fit quelques pas hésitant et chercha du regard les drapeaux censés les guider dans la descente. Par sécurité, celle-ci se ferait à pied pour le moment. Le terrain était glissant et aucun d'eux n'avait envie de chuter de plusieurs dizaines de mètres par accident. Comme d'habitude, le paladin décida de passer devant. Même si la situation était inhabituelle, il s'agissait d'une des rares choses à laquelle il pouvait toujours se raccrocher : les autres comptaient sur lui. Il serra son écharpe et avança, son cheval derrière lui. Lui non plus ne semblait pas à l'aise dans cet environnement dangereux. Il tourna brièvement la tête pour s'assurer que les autres suivaient. Shinddha se trouvait derrière lui et avait quelques problèmes à tenir sa monture. Balthazar se moquait de lui, juste derrière. Il y avait ensuite Mictian et Tesla, en grande discussion, et Cyrielle et Grunlek, qui fermaient la marche et assuraient leurs arrières.
Rassuré, il s'engagea sur la pente, vers de nouvelles aventures.
Quelques heures et de nombreux jurons de Balthazar plus tard, le groupe arrivait enfin à l'entrée de la vallée. Une grande zone boisée s'ouvrait devant eux et, après une pause, tous se mirent en selle pour entamer leur long périple. Les températures, redevenues plus supportables, redonnèrent un peu le moral au groupe qui se répartit de manière un peu plus sereine. Théo, Shin et Balthazar chevauchaient les uns à côté des autres, discutant de tout et de rien pour passer le temps plus rapidement. Eden s'était déjà occupé de leur futur repas. Les lapins ne manquaient pas dans cette région du Cratère et elle en avait attrapé une dizaine en moins de vingt minutes. Grunlek les accrochait à son poney comme des décorations de fête de village, ce qui de toute évidence commençait à contrarier Tesla, dégoûtée par les cadavres à moitié déchiquetés par la louve.
Ils marchèrent bien deux heures dans cette ambiance sereine avant qu'un craquement inquiétant retentisse à leur droite. Théo stoppa net, suivi des autres et leurs têtes tournèrent dans tous les sens à la recherche de l'origine du bruit. Le calme n'aurait pas duré longtemps. Le paladin descendit de cheval, épée à la main et fit quelques pas sur le sentier. Balthazar, sur ses gardes, récupéra la bride de l'étalon.
"Il y a quelqu'un ? cria le paladin pour se faire entendre au loin. On ne fait que passer, nous ne sommes pas hostiles.
- Dit-il avec son épée sortie, chuchota Shinddha derrière lui, s'attirant un regard sombre du guerrier."
Une bulle d'énergie verte sortit des mains de Tesla et traversa le groupe d'aventuriers. Théo fronça les sourcils en remarquant que les organes de chacun brillaient dans leur poitrine et ventre. Légèrement aveuglé, Théo se concentra et regarda autour de lui avant de se figer. Il y avait bien quelque chose avec des organes qui brillait entre les arbres. Sauf qu'il s'agissait de quelque chose de massif. Un cliquetis inquiétant retentit et la bête disparut à toute vitesse, avant de tomber du ciel, juste devant Théo.
"Putain de merde, pas encore, souffla le paladin en écarquillant les yeux."
Il s'agissait d'une araignée gigantesque, bien plus grosse que toutes celles qu'ils avaient vu jusqu'à présent. La créature n'attaqua pas, elle se contenta d'observer Théo et cligner de ses huit yeux curieux. Après plusieurs minutes de face à face, toujours rien ne s'était produit. L'araignée s'était simplement assise devant lui et suivait du regard son épée.
"Qu'est-ce que je fais ? chuchota Théo.
- Je n'en sais rien, peut-être qu'elle veut jouer ? hasarda Shinddha.
- C'est pas un chien, c'est une putain d'araignée !
- Théo, attention !"
Il fit volte-face, épée en avant. L'araignée s'était rapprochée de lui à toute vitesse et n'était plus qu'à quelques centimètres de lui. Il réprima un frisson lorsque ses yeux se posèrent sur son visage. A bien la regarder, quelque chose n'allait pas avec cet arachnide. Les poils de son dos s'agitaient étrangement, comme vivants. En plissant les yeux, il comprit vite pourquoi. Le dos de cette araignée était tapissé d'araignées plus petites qui grouillaient partout sur son corps. Il recula prudemment, l'épée toujours tendue devant lui et se rapprocha de ses compagnons, de plus en plus mal à l'aise. Que faire ? S'il frappait, la multitude de bestioles sauterait de "Maman" pour les attaquer, s'il n'attaquait pas, ce petit jeu de regard pourrait durer encore longtemps.
"Laissez-moi faire, intervint Tesla, agacée."
Elle s'avança vers lui, une boule de feu dans la main. Dès qu'elle approcha, l'araignée se dressa et poussa un caquètement menaçant. Ses mandibules frémirent comme la queue d'un serpent à sonnettes et la masse sur son dos s'agita.
"Non ! cria Théo. Ne faites pas ça !"
Il tenta de se jeter sur elle, mais la boule de feu partit. Si le sort rata sa cible, Maman Araignée ne fut vraiment, vraiment pas contente. Elle poussa un grand cri qui se répercuta en écho dans toute la vallée. Et puis des craquements commencèrent à retentir partout autour d'eux. Des tâches jaune fluo se créaient partout autour d'eux à mesure que le sort encore actif de Tesla décelait les formes de vie environnante, jusqu'à ce qu'un mur jaune les encercle. L'araignée les regarda, triomphante, puis poussa un nouveau cri.
"Tous sur vos chevaux ! hurla Balthazar. On se casse !"
Théo donna un coup pour faire reculer l'araignée et courut vers son étalon. Il lança le cheval au triple galop et passa devant Maman Araignée, les autres à la suite. Derrière eux, une masse grouillante noire comme la nuit sortait des bois, lancée à leur poursuite.
