AVERTISSEMENT : ce chapitre comporte des scènes susceptibles de choquer la sensibilité de certaines personnes.
Quelques jours s'étaient écoulés depuis l'embuscade tendue par la Nation des Glaces. Les blessures physiques avaient été prises en charge, mais le traumatisme et le chagrin causé par la perte d'êtres chers étaient encore vifs. La crémation de Jasper et des quelques guerriers qui avaient pu être ramenés au bunker avait eu lieu le lendemain du combat. Malheureusement, la majorité des personnes qui avaient perdu la vie avaient dû être laissées sur place et la Commandante avait formellement interdit que qui que ce soit aille les chercher. Dès sa discussion avec Marcus et Indra, elle avait pris la décision de venir au Mont Weather aussi vite que possible et avait donc promis que les troupes qui allaient l'accompagner ramèneraient tous les corps restants.
Le jour où elle arriva, la neige tombait à gros flocons. Les gardes qui étaient en service avertirent Marcus dès que la Commandante et ses troupes furent en vue. Le Chancelier se pressa pour rejoindre l'entrée en compagnie d'Indra. Il passa par le centre médical pour proposer à Abby de se joindre à eux, mais elle devait s'occuper de certains blessés en convalescence et déclina donc son offre. Cependant, elle lui demanda de prévenir Clarke et il promit de le faire. Indra s'éclaircit la voix.
- Je vais aller à la rencontre de la Commandante et lui dire que vous êtes allé chercher l'Ambassadrice.
Marcus la remercia d'un hochement de tête et ils se séparèrent en sortant du centre médical.
Il ne fallut pas longtemps pour qu'il arrive au dortoir qu'occupaient Clarke et ses amis. Il frappa à la porte et obtint une faible réponse. En ouvrant, il ne fut pas surpris de constater que l'ambiance qui régnait était morose.
Les adolescents n'avaient quasiment pas quitté leur dortoir depuis la mort de Jasper. Ils passaient toutes leurs journées enfermés et ne prenaient même pas leurs repas au réfectoire. A la place, ils se relayaient pour aller chercher à manger quand Niylah et Lincoln étaient en service et ne pouvaient donc pas le faire pour eux. Celui qui sortait le plus était Monty, sans doute pour ne pas avoir à rester dans cet endroit qui lui rappelait tant de mauvais souvenirs. Bellamy n'était pas souvent présent, lui non plus. Il passait le plus clair de son temps avec Octavia, qui avait quitté l'infirmerie mais avait encore besoin de repos, ou seul à vagabonder sans que personne ne sache où il se trouvait. Abby et Marcus avaient tenté à plusieurs reprises de les raisonner, mais ils n'avaient rien pu faire et avaient fini par se résigner. Le retour au Mont Weather aurait été une épreuve quoi qu'il arrive, comme cela avait été le cas quelques mois plus tôt, mais la mort de Jasper avait grandement aggravé les choses. Depuis la mort de Finn, c'était la première fois que les adolescents perdaient l'un de leurs amis proches et ils étaient tous profondément affectés, Marcus et Abby le savaient.
Marcus lança un regard à chacun d'entre eux, mais aucun ne lui rendit. Ce ne fut que lorsqu'il parla que quelques-uns le regardèrent.
- La Commandante est arrivée. Clarke, je pense qu'il serait bon que notre Ambassadrice soit là pour l'accueillir.
La jeune fille et lui échangèrent un bref hochement de tête. Clarke se leva de son lit et le rejoignit, puis ils quittèrent le dortoir ensemble.
Ils arrivèrent à l'entrée du bunker quelques minutes plus tard. Une partie des civils du Peuple du Ciel était là, sans doute celles et ceux dont un proche était mort au cours de l'embuscade. Les Natifs étaient en train de décharger les corps qu'ils avaient ramenés avec eux et qui avaient été transportés sur des sortes de traineaux attelés à des chevaux.
Clarke balaya les cavaliers du regard et repéra rapidement Lexa. Des peintures de guerre soigneusement dessinées et un air grave sur le visage, elle se tenait droite sur sa selle. Elle descendit de son cheval et s'approcha de l'un des traineaux. Clarke était déjà prête à la rejoindre, mais elle n'en fit rien en constatant que sa compagne commençait à aider les guerriers. Stupéfaite, elle la vit entrouvrir l'un des linceuls. Elle sembla chercher quelque chose pendant un instant, sans doute la plaque militaire de la personne. Après un instant, elle referma le linceul, puis elle prit le corps dans ses bras. Elle avança d'un pas sûr, sans glisser, jusqu'à se trouver face aux citoyens du Peuple du Ciel, et parla alors d'une voix ferme et forte pour être entendue de tous.
- Amy Anderson.
Il y eut immédiatement du mouvement dans la foule. Après quelques secondes, les gens s'écartèrent pour laisser passer deux hommes. Clarke les reconnut sans difficulté. Quand le Peuple du Ciel vivait encore sur l'Arche, à la mort de l'une de leurs amis, qui était mère célibataire, ils avaient adopté la fille de cette dernière. Elle n'avait alors que deux ans et ils l'avaient élevée comme leur propre fille. Elle avait le même âge que Clarke et elles s'étaient donc côtoyées durant leur scolarité.
Les deux hommes marchèrent d'un pas vif et Lexa alla à leur rencontre. Quand ils furent face à face, il y eut un moment de silence. Lexa leur tendit le corps qu'elle tenait dans ses bras, mais aucun d'eux ne bougea. Ils étaient tous les deux dévastés. Le plus grand des deux craqua rapidement et fondit en larmes. Son compagnon le prit alors dans ses bras et le serra contre lui. Lexa resta immobile. Clarke retint son souffle, dans l'attente de ce qui allait se produire. Un instant s'écoula avant que Lexa ne bouge et alors, Clarke écarquilla les yeux. Elle sut qu'elle n'était pas la seule étonnée en entendant quelques exclamations de surprise autour d'elle.
Devant ses guerriers et une foule toute entière, la Commandante s'accroupit et déposa le corps au sol avec une infinie délicatesse. Puis, elle s'agenouilla sans la moindre hésitation et baissa légèrement la tête vers l'avant dans une posture pleine d'humilité. Elle parla d'une voix basse et les deux pères furent donc les seuls capables de l'entendre.
- Votre fille a perdu la vie, mais elle a sauvé celle de plusieurs civils. La Coalition lui sera éternellement reconnaissante. Vous pouvez être fiers d'elle.
Elle entendit les pleurs se poursuivirent et garda la tête baissée. Ses mains posées sur ses genoux se fermèrent en deux poings serrés et ses phalanges blanchirent.
- Je suis désolée. Je voudrais pouvoir faire plus.
Quelques secondes supplémentaires s'écoulèrent, puis elle perçut du mouvement, mais elle resta immobile. Néanmoins, elle sursauta et releva brusquement la tête en sentant une main se poser sur son épaule. L'un des deux hommes était accroupi face à elle. Des larmes coulaient sur son visage, mais il parvenait à faire bonne figure.
- Vous avez fait tout ce que vous pouviez. Merci de l'avoir ramenée.
Lexa hésita un instant avant de hocher la tête.
L'homme retira sa main de son épaule, puis il écarta le linceul avec des gestes délicats. Son compagnon s'agenouilla à ses côtés et ils découvrirent ensemble le visage de leur fille. Même si plusieurs jours s'étaient écoulés, les températures hivernales avaient pu conserver plus ou moins bien les corps. Pour ceux qui avaient été dévorés par des animaux ou qui étaient en trop mauvais état, les Natifs avaient noué les linceuls pour les sceller, mais ce n'était pas le cas de cette jeune fille.
Lexa se releva brusquement. Elle se sentait mal à l'aise et voulait laisser un peu d'intimité au couple. Elle était sur le point de tourner les talons quand elle entendit une voix faible.
- Merci.
Elle se tourna vers l'homme qui ne lui avait pas parlé jusque-là et se contenta à nouveau de hocher la tête, puis elle partit. Les guerriers commencèrent à imiter leur Commandante et elle continua à les aider.
Les citoyens étaient en train de retrouver les uns après les autres les proches qu'ils avaient perdus. Des pleurs s'élevaient pas endroit, parfois des cris de désespoir. La scène n'avait rien de joyeux, mais Marcus ressentit malgré tout un certain soulagement s'emparer de la foule. La guerre leur avait arraché des êtres chers, mais maintenant qu'ils avaient récupéré les dépouilles, ils allaient pouvoir réellement débuter leur deuil.
- Clexa -
La restitution des corps dura un certain temps. Lorsque cette lourde tâche fut enfin terminée, les guerriers natifs proposèrent spontanément leur aide à celles et ceux qui en avaient besoin. La cérémonie et la crémation auraient lieu dans quelques heures, au crépuscule, il fallait donc regrouper les dépouilles. Les autres combattants s'occupèrent des chevaux et ceux qui étaient désœuvrés rejoignirent l'intérieur du bunker.
Clarke et Marcus avaient préféré rester où ils étaient et attendre que la Commandante vienne à eux. Lorsqu'elle eut terminé d'échanger avec le Lieutenant qui l'avait accompagnée depuis Polis, elle les rejoignit. Indra la salua par une profonde inclinaison de la tête à laquelle Lexa répondit par un simple hochement de tête. Elle se tourna ensuite vers Marcus et Clarke.
- Chancelier. Ambassadrice.
- Commandante, répondirent-ils en chœur.
Des salutations silencieuses furent échangées avec le Lieutenant, puis Lexa reprit.
- Nous devrions débuter la réunion sans tarder.
Marcus approuva d'un hochement de tête.
- Bien sûr. L'ancien bureau du Président devrait convenir. Suivez-moi.
Ils se mirent tous en route et Indra et les gardes du corps fermèrent la marche. Alors qu'ils parcouraient le long couloir qui menait au bunker à proprement parler, Clarke se plaça à la hauteur de Marcus.
- Je vais chercher ma mère. Nous vous retrouverons au bureau.
- Merci, Clarke. Je ferai un rapport à la Commandante en vous attendant.
Avant de partir, Clarke lança un regard à Lexa. Cette dernière le remarqua immédiatement. Elle se tourna vers elle et elles se regardèrent pendant seulement une seconde, mais ce fut suffisant pour qu'un échange silencieux se fasse. Clarke ne s'attarda pas davantage. Elle accéléra le pas pour se rendre au centre médical et ne tarda pas à semer le groupe.
- Clexa -
Marcus venait de terminer son rapport lorsque quelqu'un frappa.
- Entrez.
Sans surprise, Clarke et Abby apparurent dans l'encadrement de la porte. Elles prirent soin de refermer derrière elles pour qu'aucune oreille indiscrète ne puisse entendre la conversation qui allait avoir lieu, même si cela paraissait peu probable étant donné la présence de plusieurs gardes dignes de confiance juste devant la porte. Les salutations habituelles se firent entre Abby et les personnes déjà présentes, puis la réunion put débuter. La Commandante se tenait debout derrière le bureau, les mains posées sur celui-ci, tandis que tous les autres lui faisaient face.
- Tout d'abord, je tiens à vous remercier. Vous avez dû faire face à une situation exceptionnelle, mais vous l'avez fait avec dignité. J'ai conscience que les derniers jours ont sans doute été difficiles, mais vous avez su gérer cette crise. Je vous en félicite.
Les principaux concernés répondirent par des hochements de tête et la laissèrent poursuivre.
- Je tiens à vous faire savoir que cette attaque ne restera pas impunie.
La voix de la Commandante était tout à coup devenue froide et son ton tranchant. Un silence de plomb s'abattit sur la pièce.
- La Nation des Glaces est considérée comme un ennemi de la Coalition depuis qu'elle a été reniée il y a plusieurs mois déjà. Aucune action directe n'a été menée contre ce clan jusqu'à maintenant étant donné que Charles Pike et ses partisans représentaient une menace immédiate qui devait être éliminée aussi vite que possible. Cependant, nous savions que la Nation des Glaces pouvait frapper à tout moment et malheureusement, l'attaque que nous craignions a eu lieu.
Elle marqua une courte pause avant de poursuivre.
- J'assume ma part de responsabilité et j'irai présenter mes condoléances aux personnes qui ont perdu des proches lors de la cérémonie de ce soir. Mais j'ai conscience que des condoléances ne suffiront pas. Des actions concrètes doivent être menées et la menace que représente la Nation des Glaces doit être éliminée.
Elle s'arrêta une nouvelle fois et se redressa avant de reprendre.
- J'ai longuement discuté avec mes Conseillers et j'ai pris la décision de débuter une campagne de conquête dans les plus brefs délais.
Cette annonce déclencha une vive agitation parmi les personnes présentes, en particulier chez Marcus, Abby et Clarke. Toutefois, malgré leur surprise, la Commandante n'eut qu'à lever la main pour que le calme revienne.
- Tous n'approuvent pas ma proposition, en particulier Titus. Il m'a rappelé que contrairement aux autres clans, la Nation des Glaces n'était pas gênée par les conditions météorologiques actuelles. Selon lui, il serait imprudent de lancer une campagne maintenant sans attendre la fin de l'hiver. Il pense également que cette embuscade était calculée et que la Reine Nia l'a sans doute orchestrée dans l'espoir de nous pousser à contre-attaquer.
Marcus ne put rester silencieux plus longtemps.
- Titus a raison. Il est évident que la Reine veut vous pousser à réagir.
La Commandante leva la main pour lui intimer le silence et il obéit à contrecœur.
- J'ai tout à fait conscience que ces mises en garde sont légitimes. C'est pour cette raison que j'ai décidé de soumettre cette décision à un vote.
Ce furent cette fois les Natifs qui furent les plus surpris. Indra fut tout à coup encore plus crispée qu'à l'accoutumée.
- Si je peux me permettre, Commandante, ce n'est pas dans vos habitudes.
- En effet, Indra. Habituellement je prends les décisions, puis je donne les ordres et ils sont exécutés. Mais étant donné les circonstances particulières et puisque comme je l'ai dit, les craintes de Titus sont légitimes, je préfère donner une chance à chaque clan de donner son avis. Je vais donc m'en référer aux Ambassadeurs pour cette fois.
Des regards et quelques murmures furent échangés, mais la Commandante n'y prêta pas attention et poursuivit.
- Je tenais à venir moi-même témoigner mon soutien au Peuple du Ciel dans cette épreuve, mais je ne resterai pas longtemps. Je repartirai dans les prochains jours.
Elle se tourna vers Clarke, qui la regardait et l'écoutait attentivement depuis le début de la réunion, même si elle était restée silencieuse.
- Il faudra que vous veniez avec moi, Ambassadrice.
Clarke ne put cacher sa surprise.
- Le vote ne peut pas se faire à distance ?
- Malheureusement non, la Coalition a été très claire sur ce point dès sa création. Un vote ne peut avoir lieu qu'à Polis et en présence de l'ensemble des Ambassadeurs. Tous les clans doivent envoyer une personne pour les représenter, c'est une obligation.
Abby s'éclaircit la voix.
- Dans ce cas, quelqu'un d'autre pourrait y aller à la place de Clarke.
- C'est exact, mais je pense qu'elle est la mieux placée pour vous représenter.
Clarke se tourna vers sa mère.
- Je ne pense pas être nécessairement la meilleure Ambassadrice dont on puisse rêver, mais je suis certainement l'une des personnes qui connaissent le mieux la Coalition et qui comprennent réellement la situation actuelle. Je serai sans doute la mieux placée pour un vote de cette importance.
La Commandante hocha la tête.
- D'autre part, il est préférable d'envoyer autant que possible la même personne. Je pense que vous comprenez que découvrir un nouveau visage à chaque réunion n'inspirerait pas confiance aux autres Ambassadeurs.
- Bien entendu.
- Bien. Les Ambassadeurs et Ambassadrices ont été convoqués, ceux qui n'étaient pas présents à Polis au moment de notre départ seront sans doute arrivés à notre retour. Le vote pourra avoir lieu rapidement et vous serez informés de son issue, bien sûr.
Marcus et Abby approuvèrent en silence.
- Si personne n'a rien à ajouter, vous pouvez disposer.
Il y eut un bref silence, puis la Commandante congédia l'assemblé d'un geste de la main. Clarke lui lança un bref regard qu'elle lui rendit. Ce fut suffisant pour qu'elles se comprennent et que la blonde reste en retrait. Lorsqu'elles furent seules, Lexa resta derrière le bureau. Si la droiture de sa posture était habituelle, elle était en revanche plus crispée qu'à l'accoutumée.
- Tu ne veux pas revenir à Polis ?
Clarke la dévisagea avec un air interloqué.
- Qu'est-ce qui te fait dire ça ?
- Tu semblais préférer un vote à distance.
D'abord inquiète, Clarke se détendit légèrement. Lexa était sur la défensive, mais elle ne lui en voulait visiblement pas. Même si la brune faisait des efforts, Clarke savait que ce trait de caractère naturel ressortait par moment. Etant donné l'attitude parfois déconcertante qu'elle avait eue au cours des dernières semaines, il était normal que sa compagne ait plus de mal à se contrôler que d'habitude.
Elle contourna le bureau pour rejoindre Lexa et prit délicatement l'une de ses mains dans la sienne.
- Tu sais bien que je me plais davantage à Polis que dans n'importe quel autre endroit.
Elle caressa doucement le dos de la main de sa compagne avec son pouce.
- Et je veux être avec toi plus que tout. Mais dans l'immédiat, j'aimerais être avec mes amis. Nous avons besoin de nous soutenir mutuellement après ce qui est arrivé.
L'expression de Lexa changea immédiatement.
- Excuse-moi. Je viens à peine d'arriver, je n'ai pas pris le temps de te dire bonjour correctement et je ne t'ai même pas demandé comment tu allais. Tu tiens le coup ?
- Je n'ai pas d'autre choix.
Lexa prit l'autre main de Clarke et les serra toutes les deux.
- Et les autres ?
- Monty n'est plus que l'ombre de lui-même. Même si Jasper avait été dur avec lui après ce qui est arrivé au Mont Weather et qu'il lui en voulait, ils avaient fini par se réconcilier et il restait son meilleur ami. Aucun de nous n'a réussi à le réconforter. Je pense qu'il ira mieux avec le temps, mais il ne sera jamais plus le même.
- Il est fort, il finira par se relever. Mais il est certain que cette perte le marquera à tout jamais.
Clarke hocha la tête avant de détourner le regard. Lexa tenta en vain de le capter.
- Et toi ?
La fille du ciel resta silencieuse.
- Est-ce que tu as pris du temps pour faire ton deuil ?
- Oui.
Elle marqua une courte pause avant de reprendre.
- Ou peut-être pas. Je ne sais pas.
Lexa la tira doucement vers elle par les mains, puis elle la prit dans ses bras. Clarke se laissa faire et blottit sa tête sur l'épaule de sa compagne. La brune posa délicatement une main à l'arrière de son crâne et prit une profonde inspiration.
- Je suis désolée que tu aies perdu ton ami. Je sais à quel point il comptait pour toi malgré les tensions.
Lexa n'entendit aucun sanglot et ne sentit aucun à-coup, mais elle sut que Clarke pleurait en entendant sa voix tremblante.
- Avant de mourir, il a dit à Octavia qu'il nous pardonnait, à Bellamy et moi.
Cette fois, un sanglot lui coupa la respiration.
- Octavia n'a rien pu faire.
- Au moins, il n'est pas mort seul.
- Mais il est mort.
Lexa resta muette. Clarke avait raison. Les conditions dans lesquelles il avait poussé son dernier soupir n'avaient pas d'importance, il était mort et ne reviendrait pas. Elle serra Clarke plus fort contre elle et posa un baiser sur sa tempe. La blonde fut tout à coup parcourue d'un frisson.
- La Nation des Glaces avait déjà sonné la retraite, mais il a continué à tirer. Il était en train de les tuer les uns après les autres quand Ontari s'est jetée sur lui. Peut-être que s'il avait respecté la retraite et cessé le feu, elle ne s'en serait pas prise à lui.
- L'Azgeda est un peuple de lâches qui n'ont aucun honneur et Ontari est l'une des pires d'entre eux. Elle l'aurait sans doute tué même s'il n'avait pas abattu ses camarades.
Clarke ne répondit pas, mais Lexa ne sut pas si elle n'avait rien à dire ou si le sanglot qui s'échappa de sa gorge l'empêcha de parler. Cependant, après un instant, elle prit à nouveau la parole.
- Il avait changé depuis la mort de Maya. Il était plus froid, mais il ne méritait pas ça.
Sa voix se brisa dans sa gorge. Elle tenta de se ressaisir, mais elle fut incapable de reprendre. Lexa l'embrasa à nouveau sur la tempe et lui caressa la tête en lui murmurant des mots apaisants.
- Tes amis sont les bienvenus à Polis. Si vous souhaitez rester tous ensemble, ils pourront venir avec nous.
Seuls des pleurs et des sanglots lui répondirent. Elle serra sa compagne dans ses bras sans dire un mot et resta aussi longtemps que nécessaire, jusqu'à ce que Clarke n'ait plus de larme à pleurer et qu'elle ait évacué toute la souffrance qu'elle avait gardée pour elle depuis plusieurs jours.
- Clexa -
Plus tard ce soir-là, après que Clarke ait fini de pleurer, après que Lexa et elle aient quitté le bureau du Président Wallace, après que la cérémonie ait eu lieu et une fois la crémation terminée, les deux jeunes filles étaient toujours ensemble. Clarke avait tenu à être là jusqu'à ce que les dernières personnes endeuillées quittent les lieux, Il faisait donc nuit lorsque Lexa et elle rejoignirent l'intérieur du bunker.
Alors qu'elles se rendaient au réfectoire, elles passèrent à proximité de la salle commune. Quelques personnes s'y trouvaient et d'autres semblaient s'y rendre. En approchant, elles ne tardèrent pas à entendre des notes de musique. De toute évidence, quelqu'un était en train de jouer du piano, ce qui expliquait sans doute l'attroupement. Elles n'eurent pas besoin de parler, un simple échange de regards suffit pour que Lexa sache que Clarke voulait aller voir et qu'elle donne son accord d'un hochement de tête. Lorsqu'elles furent suffisamment proches pour voir qui était en train de jouer, Clarke eut la surprise de constater qu'il s'agissait de Monty. Elle ne savait pas qu'il jouait du piano.
Le jeune homme était concentré et l'instrument délivrait une mélodie mélancolique. Il avait les sourcils froncés et ne prêtait pas attention aux gens qui l'entouraient, à tel point qu'il aurait pu ne même pas avoir remarqué leur présence. Clarke sentit soudain une main se poser sur son bras. Elle tourna la tête et découvrit Raven qui lui souriait tristement, ainsi que tous ses autres amis. Ils reportèrent tous leur attention sur Monty quand il changea de mélodie. Il ne fallut que quelques secondes pour qu'ils reconnaissent l'air.
Après une brève hésitation, Octavia avança d'un pas. Elle prit Lincoln par la main pour l'entraîner avec elle et marcha jusqu'au piano. Arrivée à côté de Monty, elle posa délicatement une main sur son épaule. Le jeune homme ne sembla pas surpris. Il continua à jouer, mais il releva la tête et la regarda de ses grands yeux sombres. Elle lui offrit un sourire triste qu'il ne lui rendit pas.
Progressivement, les survivants de l'Arche imitèrent Octavia et se rapprochèrent du piano. Plus ils étaient nombreux et moins les suivants hésitaient. Monty commença à chanter et de nombreuses personnes l'accompagnèrent. Ceux qui ne connaissaient pas les paroles se contentèrent de fredonner la mélodie.
Quelques Natifs étaient présents, mais à part Lincoln et Niylah qui avaient été entraînés par Octavia et Raven, aucun ne se joignit au groupe. Lexa observa la scène avec un air qu'elle garda aussi neutre que possible, mais son léger haussement de sourcils et la curiosité qu'il exprimait n'échappèrent pas à Clarke.
- C'est une chanson de l'ancien monde. Elle parle de paix et d'un monde où toute forme de violence aurait disparu. Elle a traversé les âges et tu vois, même après tout ce que le monde a connu, on la chante encore aujourd'hui, soupira la jeune fille.
Sa voix était pleine de tristesse et de désespoir. Lexa tourna vivement la tête vers elle. A défaut de pouvoir prendre sa main ou l'étreindre pour la réconforter, elle lui offrit un regard compatissant. Clarke se redressa et indiqua le piano d'un mouvement de tête.
- Nous devrions nous joindre à eux.
- Je ne connais pas les paroles.
- Ta présence suffira. Elle sera importante et symbolique, surtout pour ceux qui ont perdu quelqu'un.
Lexa hésita. Elle jeta un regard à l'attroupement qui s'était formé autour du piano. La plupart des visages étaient tristes, mais étrangement, les gens semblaient malgré tout apprécier ce moment. Elle prit une profonde inspiration et planta ses yeux dans ceux de Clarke avant de hocher la tête. La blonde sourit et se retint de justesse de la prendre par la main. Elle se contenta d'avancer et Lexa la suivit, non sans hésitation. Clarke fit un geste de la main à d'autres Natifs pour les inviter à se joindre à eux. Ils furent rares, mais certains acceptèrent.
La plupart des survivants de l'Arche furent surpris de voir des Natifs rejoindre le groupe, mais ils leur firent une place et les accueillirent avec des sourires timides. Contrairement à ce qui s'observait habituellement lors des rassemblements entre les deux peuples, cette fois, il n'y eut aucune scission. Natifs et survivants de l'Arche se mêlaient et se confondaient. Ils chantèrent et fredonnèrent à l'unisson ou se contentèrent d'offrir leur présence en guise de soutien.
Quand la chanson se termina, les expressions étaient toujours tristes, mais des sourires furent échangés. Clarke lança un regard à l'assemblée puis s'arrêta sur Lexa.
- Finalement, on veut tous la même chose.
- Clexa -
Après s'être réveillée à plusieurs reprises pendant la nuit, Raven se résigna et se leva malgré l'heure matinale. Il n'y avait pas de fenêtre dans le dortoir, mais elle savait que le soleil n'était pas encore levé. Elle avait tenu à assister à la cérémonie la veille, même si le corps de Jasper avait déjà été brûlé et qu'elle ne connaissait personne parmi les victimes. C'était sa façon de témoigner son soutien à celles et ceux qui avaient perdu un être cher, mais aussi de participer au deuil général de son peuple et de traverser le sien.
Elle s'habilla et mit son attelle aussi discrètement que possible, puis elle prit ses chaussures à la main et sortit avant de les enfiler. Une fois prête, elle parcourut les couloirs déserts. Elle ne croisa qu'une seule personne, un garde qui allait sans doute prendre la relève de l'un de ses collègues. Ils échangèrent un hochement de tête silencieux mais ne prononcèrent pas un mot. L'atmosphère qui régnait dans le bunker depuis l'arrivée du Peuple du Ciel quelques jours auparavant était pesante.
Après plusieurs minutes de marche, Raven arriva enfin à destination. Elle gravit une échelle étroite jusqu'à arriver à une trappe. Après avoir fait tourner la poignée qui permettait de la verrouiller, elle poussa de toutes ses forces pour faire basculer la lourde porte métallique et sortit. Sans surprise, elle découvrit que comme elle le soupçonnait, le jour n'était pas encore levé. Néanmoins, le ciel commençait à devenir plus clair. Elle s'extirpa de la trappe et s'assit sur la bute au sommet de laquelle elle se trouvait. Elle replia une jambe vers elle et garda celle qui portait l'attelle tendue devant elle.
La tête basculée vers le ciel, elle observa les étoiles qui devenaient progressivement moins brillantes. Pourtant, elle le savait, elles n'allaient pas réellement disparaître. Elles étaient là en permanence, même en plein jour, mais la lumière du soleil surpassait de loin la leur qui brillait à des années-lumière de la Terre. Peut-être était-ce la même chose pour Jasper et les autres personnes parties en laissant des proches derrière eux. Peut-être qu'ils étaient toujours là, même si on ne pouvait plus les voir, plus les sentir, plus leur parler. Peut-être que Finn aussi était là, même si elle ne pouvait plus déceler sa présence. Clarke lui avait un jour raconté qu'elle l'avait vu dans les temps qui avaient suivi sa mort. Il lui était arrivé plusieurs fois de l'apercevoir un bref instant, au détour d'un bosquet ou ailleurs. Elle avait même affirmé que c'était grâce à ce mystérieux fantôme qu'elle avait compris le subterfuge mis en place par Gustus et ainsi sauvé Raven. Clarke avait dit que son chagrin et sa culpabilité lui avaient sans doute fait voir des choses qui n'existaient pas, mais elle se trompait peut-être.
Raven prit une profonde inspiration, puis elle expira en laissant retomber ses épaules. Elle sursauta brusquement en entendant quelqu'un monter l'échelle. Elle se pencha pour voir de qui il s'agissait, mais la pénombre qui régnait à l'intérieur ne lui permit de voir qu'une silhouette. Après quelques secondes, quand la personne fut plus proche, elle reconnut les cheveux bruns tressés et les yeux bleus perçants d'Octavia. Elle s'écarta pour la laisser sortir et son amie ne tarda pas à émerger.
- Qu'est-ce que tu fais ici ?
- Et toi ?
- Je n'arrivais plus à dormir. Je t'ai réveillée en sortant du dortoir ?
- Non, je ne dormais pas. Ma blessure me fait encore mal par moment, généralement je n'arrive pas à dormir sur le matin. J'ai croisé Niylah en venant, elle allait venir te voir au dortoir, alors je lui ai dit que tu n'y étais plus. Je me doutais de l'endroit où tu allais, elle était prête à te rejoindre, mais je l'ai convaincue d'aller dormir.
Raven hocha la tête. Octavia, qui était restée dans le tunnel qui menait à la surface, sortit complètement et vint s'asseoir à côté de son amie. Cette dernière lui sourit avant de reporter son attention sur l'horizon où l'on voyait la forêt à perte de vue.
- Merci d'avoir empêché Niylah de venir. Je sais qu'elle veut être là pour moi, mais je ne veux pas lui imposer mes nuits qui n'en sont pas et mon humeur morose. Je ne sais pas combien de temps ça va durer et elle est déjà épuisée après quelques jours. Elle a un devoir à accomplir, je ne veux pas qu'elle soit moins efficace par ma faute.
- Tu fais des cauchemars ?
Raven se contenta d'un hochement de tête en guise de réponse. Octavia soupira profondément et prit la parole sans regarder son amie.
- Moi aussi. Je revois ce jour où il m'a sauvé de la noyade après que cette chose m'ait attaquée dans la rivière. Ensuite, je suis projetée à la bataille. Il meurt dans mes bras, il est immobile, il ne respire plus, jusqu'à ce que tout à coup, il me regarde droit dans les yeux et me dise que je l'ai laissé mourir sans rien faire.
- Tu ne pouvais rien faire.
- Je sais. Mais ça ne veut pas dire que je ne m'en veux pas.
Octavia avait la tête baissée jusque-là. Elle la releva et regarda le ciel qui était de plus en plus clair. Le soleil ne tarderait pas à se laisser apercevoir au-dessus de la cime des arbres.
- Tu crois qu'il aurait mieux valu qu'on meurt tous sur l'Arche à cause du manque d'oxygène ?
Raven fut prise au dépourvue par cette question. Elle dévisagea son amie, qui ne lui rendit pas son regard. Après un instant, elle reporta son attention sur l'horizon et vit un premier rayon de soleil apparaître.
- Je ne sais pas.
Le silence s'installa après cette réponse. Les deux jeunes filles se contentèrent d'admirer le lever du soleil sans dire un mot. Elles restèrent ainsi, immobiles et silencieuses, pendant un long moment. Ce ne fut qu'après plusieurs minutes qu'Octavia reprit.
- Je veux qu'elle paye.
Elle marqua une pause pendant laquelle Raven la regarda.
- Ontari. Je lui ferai payer ce qu'elle a fait. Et ensuite, nous écraserons l'Azgeda et nous mettrons fin à cette guerre.
Son ton était calme et son expression impassible, mais sa voix vibrait d'une colère difficilement contenue. Raven la dévisagea en silence.
Elle ne parvenait pas à déterminer si Octavia avait radicalement changé ou s'il restait encore en elle un peu de celle qu'elle était seulement quelques mois plus tôt. L'adolescente têtue et téméraire qu'elle avait rencontrée en arrivant sur Terre était toujours là, il n'y avait pas de doute. La colère et la rancœur qui grondaient en elle et ne demandaient qu'à être libérées n'avaient pas disparu non plus. Mais qu'en était-il de son insouciance enfantine et de son manque de discipline qui faisaient son charme ? Octavia avait changé sans avoir réellement changé, et ce constat perturba Raven.
Elle aurait pu la fixer ainsi pendant longtemps si du mouvement à la lisière de la forêt n'avait pas attiré son attention. Elle tourna vivement la tête et vit alors quatre silhouettes surgir entre les arbres. Même si le soleil n'était pas encore complètement levé, il chassait déjà la pénombre de la nuit et elle n'eut aucun mal à reconnaître les cicatrices qui ornaient le visage des individus. Leur arrivée n'avait pas échappée à Octavia.
- Ils se dirigent vers la porte principale. Les sentinelles les ont sans doute vus, mais il vaut mieux s'en assurer.
En temps normal, elle aurait dévalé la bute et aurait aisément semé Raven, mais elle était blessée. Les deux jeunes filles se mirent debout aussi vite que possible et descendirent en prenant soin de ne pas tomber. Lorsqu'elles arrivèrent à la porte, un garde venait de partir pour aller prévenir la Commandante de cette visite inattendue. Les autres avancèrent vers les quatre guerriers et leur ordonnèrent de se tenir à distance. A la surprise générale, ils obéirent.
- Nous ne venons pas nous battre. Nous avons un message à délivrer à Leksa kom Trikru. Une fois que notre mission sera accomplie, nous partirons.
Octavia cracha quelques mots en Trigedasleng d'un ton méprisant. Même si Niylah avait commencé à lui apprendre sa langue maternelle, Raven ne savait pas ce qu'elle venait de dire. Néanmoins, son ton ne laissait aucun doute sur son sentiment à l'égard de ces visiteurs.
Quelques minutes plus tard, la Commandante sortit du bunker. Les guerriers qui l'accompagnaient étaient nombreux, mais des gardes du Peuple du Ciel étaient également présents. Ils tenaient leurs armes bien en évidence et il ne faisait aucun doute qu'ils n'hésiteraient pas à s'en servir si les combattants de la Nation des Glaces tentaient quoi que ce soit.
La Commandante avança jusqu'à la ligne qui avait déjà été formée pour faire barrière. Elle s'arrêta juste derrière les guerriers, sa tête dépassant à peine de leurs épaules. Les quatre émissaires la toisèrent du regard, puis l'un d'entre eux prit la parole.
- Nous venons délivrer un message de la part de la Reine Nia.
- Parlez.
- Ce message s'adresse à toi, Leksa kom Trikru, personne d'autre.
Indra, qui avait déjà une main posée sur la poignée de son arme, la tira légèrement hors de son fourreau.
- Vous osez tutoyer Heda et prononcer son nom !
- L'Azgeda n'a jamais voulu d'elle en tant que Heda.
- Mais elle a été élue par les clans de la Coalition.
- Coalition que nous avons rejointe sous la contrainte.
- Espèce de-
- Indra.
Le ton sec de la Commandante suffit pour que sa subordonnée se taise. La dirigeante reporta son attention sur le guerrier avec un air calme malgré ses provocations.
- Abandonne tes armes et approche-toi. Je ferai de même et nous pourrons parler en privé.
Indra avança d'un pas.
- Heda !
- Silence, Indra.
La guerrière obéit à contrecœur. Elle saisit les deux sabres et le poignard de sa supérieure lorsqu'elle les lui tendit et la regarda passer à travers la ligne de défense formée par les guerriers et avancer. Le combattant de la Nation des Glaces sembla hésiter, mais dès qu'il la vit approcher, il abandonna ses propres armes et l'imita. Ils se rejoignirent à mi-chemin entre leurs camarades respectifs, en gardant tout de même leurs distances.
- Maintenant que je suis la seule à entendre, parle.
L'homme la fixa pendant quelques secondes avant de prendre la parole d'une voix ferme et assurée. Malgré la réputation qui précédait la Commandante, il ne semblait pas effrayé.
- Notre Reine exige l'exclusion du Skaikru de la Coalition et ton abdication immédiate. Si tu refuses, alors nous traquerons et exterminerons les membres du Skaikru jusqu'au dernier.
Lexa garda un visage impassible.
- Ta faiblesse a déjà trop coûté à la Coalition, un nouveau dirigeant doit être choisi.
- A supposer que j'accepte d'abdiquer, comment serait choisi ce nouveau dirigeant ?
- Toute personne sera autorisée à se présenter. Les candidats s'affronteront dans un combat à mort et le vainqueur deviendra Heda.
- Je vois que vous n'avez toujours pas abandonné cette idée absurde, même après que la quasi-totalité des clans s'y soit opposée.
- La quasi-totalité, pas tous.
- Vous et vos alliés du Yujleda avez été les seuls à vous opposer aux règles qui ont été énoncées. Le terme d'alliés n'est d'ailleurs peut-être pas adapté, puisque vous avez fait pression sur eux pour obtenir leur appui.
- Encore et toujours des mensonges.
- Peu importe qui dit la vérité, le fait est que ce ne sont pas ce que préconisent les règles de la Coalition.
- Nous n'avons jamais approuvé ces règles. Elles seront réécrites.
- Tant de projets… Mais il faudrait que j'abdique pour pouvoir les mener à bien.
- Tu abdiqueras si tu veux que le Skaikru soit épargné. Tu le feras, car tu es faible, notre Reine le sait. Elle le sait depuis longtemps et elle l'a constaté à nouveau quand tu as choisi de laisser la vie à ton adversaire lors du duel.
Lexa dévisagea son interlocuteur sans laisser paraître aucune émotion. Elle observa attentivement chacune de ses cicatrices. Elle les parcourut les unes après les autres, tentant de comprendre leur signification avec le peu qu'elle connaissait sur les coutumes de ce clan aussi froid et impitoyable que les terres qu'il habitait. Après un long moment, elle parla d'un ton calme et presque détaché.
- Nia a sans doute raison. Je me suis attendrie. Je suis devenue trop indulgente.
Le guerrier qui lui faisait face resta silencieux, dans l'attente d'une réponse franche. Le soleil montait de plus en plus haut au-dessus de la cime des arbres. Un rayon qui avait commencé à éclairer le haut du visage du guerrier de l'Azgeda arriva au niveau de ses yeux et l'aveugla brièvement. Il ne voyait soudain plus qu'une ombre en face de lui, projetée à contre-jour. Le temps qu'il recule d'un pas pour retrouver une meilleure vision, il vit la Commandante avancer brusquement dans sa direction. Elle fut sur lui en un instant et il ne put rien faire.
Un coup habilement placé dans sa gorge lui coupa le souffle. Elle le saisit ensuite fermement par les épaules et passa une jambe derrière la sienne avant de le pousser tout en fauchant ses appuis. Il n'avait fallu que quelques secondes à Lexa pour mettre son adversaire à terre et si ses camarades avaient porté la main à leurs armes, ils étaient malgré tout trop loin et n'avaient rien pu faire pour lui venir en aide. Sans perdre de temps, elle passa un bras autour du coup du guerrier et le verrouilla avec son autre bras. Totalement à la merci de la Commandante, il n'eut d'autre choix que de se laisser faire lorsqu'elle le força à se mettre à genoux et à se tourner face aux trois autres hommes. La surprise pouvait se lire sur leurs traits, mais plus que tout, la peur. Peu de gens croyaient les rumeurs qui couraient sur les prouesses dont la Commandante était capable tant qu'ils ne les avaient pas vues de leurs propres yeux. Ils étaient à présent tous convaincus et aucun n'osa approcher pour venir en aide au malheureux, même s'ils portaient des armes dont Lexa était dépourvue.
- C'est vrai, je me suis certainement attendrie.
Sa voix était froide et son ton sinistre. Personne n'était intervenu jusqu'à présent, que ce soit d'un côté ou de l'autre, et le silence régnait. La tête de Lexa était proche du visage de sa victime et elle entendait sa respiration saccadée, même si elle serrait peu sa prise autour de son cou. Il ne faisait aucun doute qu'il était terrifié.
- J'ai laissé Nia défier mon autorité face à tous mes Conseillers, Lieutenants et Ambassadeurs lorsqu'elle a remis mon titre en question.
Elle commença lentement à serrer de plus en plus fort et cette fois, elle sut que c'était la raison pour laquelle le souffle manquait au guerrier.
- Au lieu de l'exclure immédiatement de la Coalition, j'ai accepté son défi. Je l'ai fait pour prouver à mon peuple, qui avait des doutes sur ma légitimité, que j'étais capable de diriger.
Elle continuait à resserrer progressivement. L'homme n'avait pas osé faire quoi que ce soit auparavant, mais il saisit brusquement le bras de la Commandante et tenta en vain de lui faire lâcher prise.
- Mais ensuite, quand j'avais prouvé ma supériorité, l'Azgeda m'a de nouveau défiée en tentant de m'assassiner alors que j'avais épargné la vie du Prince dans un combat loyal, puis Nia et tous ses partisans ont pris la fuite.
L'homme commençait à réellement suffoquer quand, sans prévenir, Lexa serra soudain beaucoup plus fort. Les autres guerriers n'osaient toujours pas intervenir, pétrifiés et incapables de faire quoi que ce soit. L'orgueil de leur camarade l'avait poussé à provoquer la Commandante au mépris du danger, alors qu'il était désarmé face à elle. Cet orgueil serait sa perte.
- Je pensais qu'elle ne pourrait pas faire pire ni tomber plus bas, mais elle a une fois de plus prouvé son manque total d'honneur en s'alliant à ce misérable Pike pour se retourner contre la Coalition.
Lexa n'entendait plus l'air entrer ni sortir de la bouche entrouverte de sa victime. Seules ses suffocations étaient audibles. Le guerrier tentait encore de se débattre avec les maigres forces qu'il lui restait, mais elle ne lâcha pas prise. Elle fut impitoyable et garda son bras serré autour de son cou. Les mouvements ne tardèrent pas à s'affaiblir.
- A présent, elle est allée jusqu'à s'en prendre à un convoi de civils et elle a l'audace de vous envoyer pour délivrer un tel message.
La dernière tentative de l'homme pour se libérer fut aussi vaine que les précédentes. Ses bras retombèrent le long de son corps et il cessa totalement de bouger. Lexa continua à serrer son cou sans faiblir. Ce ne fut qu'après quelques secondes, quand elle fut certaine qu'il s'était immobilisé à tout jamais, qu'elle le lâcha. Elle se redressa et le corps sans vie de sa victime tomba lourdement sur le sol.
- C'est vrai, je me suis certainement attendrie. Il est temps que cela change.
Son ton était aussi tranchant qu'une lame lorsqu'elle avait prononcé sa dernière phrase. Elle croisa les mains dans son dos, comme si elle n'avait pas été face à trois ennemis armés et qui n'auraient eu qu'à parcourir quelques mètres pour l'atteindre. Mais elle savait qu'ils ne le feraient pas.
- J'ai une question à vous poser.
Elle regarda les trois guerriers à tour de rôle.
- Trois hommes sont-ils réellement nécessaires pour en ramener un seul ? D'ailleurs, supposons que celui qu'ils ramèneront ne sera même pas entier. Sont-ils vraiment tous utiles, dans ce cas ?
Les guerriers semblèrent pris au dépourvu. Ils échangèrent quelques regards mais restèrent silencieux.
- Lequel d'entre vous tient le plus à la vie ?
A nouveau, ils restèrent muets.
- Je vais devoir décider pour vous, dans ce cas.
Lexa eut juste le temps de tourner la tête pour donner un ordre avant d'entendre le bruit d'une épée qu'on sort de son fourreau. Un guerrier se jeta sur l'un de ses camarades et lui trancha la gorge. Le malheureux n'eut pas l'occasion de se défendre. Il plaqua ses deux mains sur la plaie béante qui traversait son cou et s'effondra à genoux. Le sang coula immédiatement à flot et en quelques secondes, il tomba au sol et se figea après avoir émis quelques plaintes étouffées.
Le guerrier restant ne se laissa pas prendre par surprise. Il recula vivement pour s'éloigner du traitre et dégaina lui aussi son épée. Le combat fut engagé et il fut rapidement évident qu'il allait sortir victorieux. Le premier à s'être retourné contre ses camarades avait sans doute voulu se servir de l'effet de surprise pour compenser sa petite taille, mais sa trahison lui coûta cher. Le deuxième le blessa à la jambe et lui planta ensuite son épée dans l'abdomen. Il tenta de se défendre et de rester debout, mais un coup de pied dans le plexus solaire le mit à terre. Son adversaire ne le laissa pas agoniser. Il s'approcha et lui trancha la gorge.
Le combattant n'avait pas encore poussé son dernier soupir quand Lexa se tourna vers l'un de ses guerriers, qui portait une hache imposante.
- Coupe-leur la tête.
Personne n'osa dire quoi que ce soit, mais le survivant de l'Azgeda devint encore plus pâle qu'il ne l'était déjà. Le guerrier exécuta l'ordre qui venait de lui être donné. Le survivant s'éloigna de lui quand il approcha pour couper la troisième et dernière tête et ne tenta pas quoi que ce soit contre lui. Ses mains étaient tremblantes et il avait du mal à réaliser ce qui venait de se produire.
Une fois sa tâche accomplie, le guerrier du Trikru resta où il était et se tourna vers la Commandante. Celle-ci se baissa lentement pour ramasser la tête qui gisait à ses pieds en la saisissant par les cheveux. Elle était encore chaude. Elle avança ensuite jusqu'au deuxième cadavre, dont elle préleva la tête également, puis elle fit de même avec le dernier. Elle marcha ensuite d'un pas sûr jusqu'au survivant. Le guerrier du Trikru la suivit sans qu'elle ait besoin de dire quoi que ce soit. Il resta à ses côtés, prêt à intervenir à tout instant.
Lexa regarda l'homme droit dans les yeux pendant ce qui ne fut que quelques secondes mais qui parut durer une éternité. Elle mit les trois têtes sanguinolentes dans ses mains sans briser le contact visuel, mais ne les lâcha pas immédiatement.
- Que tes camarades servent de message. Dis à ta Reine que j'en ai fini avec la faiblesse qu'elle me reproche tant. Elle voulait Heda, elle l'aura.
Elle marqua une courte pause avant d'ajouter :
- Fais bien attention à n'en perdre aucune. Je tiens à rembourser Nia avec les intérêts.
Elle lâcha les têtes en bousculant légèrement l'homme. Ce dernier tenait à peine debout sous le coup du choc et recula d'un pas.
La Commandante tourna les talons et s'éloigna d'un pas vif. Raven et Octavia, restées en retrait tout au long de l'échange, virent l'émissaire de l'Azgeda rester immobile pendant un long moment avant de repartir d'où il venait avec un air livide sur le visage, les têtes de ses trois anciens camarades dans les mains.
Lexa n'adressa pas la parole à qui que ce soit et fut suivie par ses guerriers. Un seul d'entre eux osa l'interpeler.
- Heda, que fait-on des corps ?
Elle ne prit pas la peine de s'arrêter ni même de le regarder en répondant.
- Laissez-les. Il y aura bien une bête pour nous en débarrasser. C'est tout ce qu'ils méritent.
Les Natifs étaient habitués à une telle barbarie, qui était typique de leur peuple, même s'il était rare que la Commandante s'y livre elle-même. Aucun n'en fut surpris et ils se contentèrent de rejoindre le bunker à la suite de Lexa.
Quelle est la prochaine étape ? La campagne de conquête va-t-elle être acceptée ? Comment Lexa va-t-elle réagir à cette ultime provocation de la part de la Nation des Glaces ? Rendez-vous au prochain chapitre pour le savoir !
A bientôt :)
