Livaï donna un franc coup de pied dans les bottes de la jeune noble, afin qu'elle dégage le passage menant à la chambre d'Erwin. Lilith grommela une insulte et s'exécuta, laissant passer le Caporal et Hanji.
Elle entendit la voix rauque du Major et esquissa un sourire. Sanes avait fait du bon boulot. Elle pouvait deviner à sa voix qu'il était exténué, mais il était en vie, et cela n'aurait pas été le cas sans l'intervention d'un véritable médecin. Ce dernier ne tarda pas à faire son apparition.
À en juger par ses cernes, la présence de Ghérart avait dû lui causer quelques troubles du sommeil. Il s'annonça calmement et entra à son tour dans la pièce tout en demandant à ses subordonnés de le laisser seul. Hanji s'accroupit à hauteur de Lilith une fois la porte refermée derrière elle.
- Tu as bien dormi ? Demanda-t-elle, hilare.
- Je suis très confortable. Répliqua Liam avant sa Maîtresse.
Elle ricana avant de les saluer et quitter l'hôpital en compagnie de Livaï. Il pleuvait fort dehors, et le bruit des goutes de pluie contre le toit fragile du bâtiment était assourdissant. Pourtant, Lilith entendit distinctement le Major l'appeler d'un voix claire et autoritaire. Elle sourit.
Lorsqu'elle entra dans la chambre, le médecin en sortit et ils ne s'échangèrent pas même un regard. Ghérart accompagna le Dr. Sanes, tandis que Liam resta à l'entrée. La jeune noble s'assit aux côtés d'Erwin, qui la regardait en silence.
- Livaï m'a donné un coup de pied tout à l'heure, il est ingérable. Lui dit-elle.
- Tu bloquais la porte à ce qu'on m'a dit. Répliqua le militaire d'une voix enjouée.
Ils s'échangèrent un long regard puis Lilith tendit son bras vers Erwin, qu'il saisit de sa seule main disponible. Elle avait sûrement fait exprès de choisir ce côté car Lilith avait contourné le lit avec la chaise avant de s'installer sur sa gauche.
- La bonne nouvelle, c'est que tu es ambidextre. Lui dit-elle.
- Je savais que cela pouvait arriver. Lui dit-il d'une voix grave.
- Je sais, moi aussi. Tu devrais te reposer maintenant.
Lilith passa délicatement sa main dans les cheveux du Major et ce dernier ferma peu à peu les yeux avant de s'endormir. Elle resta quelques temps à ses côtés puis finit par quitter la pièce. Liam se releva lorsqu'elle apparut.
- Tu es forte pour l'avoir à l'usure. Fit-il remarquer, un large sourire aux lèvres.
- Je crois qu'il m'aime bien. Lui répondit-elle avant de lui rendre son sourire.
Ils quittèrent l'hôpital ensemble. Lilith avait besoin de prendre l'air. Ils marchèrent ainsi sans but précis pendant une bonne heure dans le centre ville de Stohess. Puis la jeune femme s'arrêta subitement devant une petite boutique artisanale. Liam ne comprit de quoi il s'agissait qu'en rentrant, lorsque l'odeur de chocolat et de thé lui rappela combien il avait faim. Il arbora un sourire diabolique en regardant la Duchesse acheter une peu de chocolat. Elle avait demandé à ce qu'il soit emballé afin de faire une gentille attention à Erwin.
- Il a de la marge, je ne l'engraisse pas... Râla-t-elle.
- Ce n'est pas ce que j'avais en tête...
- Quoi Liam ? Vas-y, dis-le... Lui somma-t-elle alors que son sourire ne cessait de s'agrandir.
- Pas de bras, pas de chocolat.
Elle le fixa un instant, interdite.
- C'est trop tôt ? Ricana Liam qui riait seul à sa plaisanterie.
- Tu resteras dehors. Lui dit-elle.
- Je ne comptais pas tenir la chandelle dans sa chambre d'hôpital, de toute façon...
Elle paya le marchand et ils retournèrent à l'hôpital militaire. Elle chargea alors Liam d'aller leur trouver deux chambres dans l'hôtel le plus proche tandis qu'elle reprenait place auprès du Major. Finalement, Erwin n'aimait pas le chocolat, et Lilith le dégusta sans rancune devant lui. Elle ricana seule en repensant aux dires de son garde mais n'en dit mot au militaire.
Les mois qui suivirent ne fut guère faciles pour Erwin, qui dût réapprendre à vivre sans son bras droit. Lilith passait beaucoup de temps à ses côtés, et le Dr. Sanes s'occupait personnellement de sa rééducation. Bien qu'il n'en demeure pas moins un homme incroyablement fort, cet handicap laissait tout le monde songeur quant à sa capacité à retourner en expédition. Il lui arrivait aussi d'avoir de violentes douleurs fantômes.
Comme on pouvait s'y attendre, cette période rapprocha considérablement Erwin et Lilith. Il ne lui demandait même plus de quitter la pièce lorsque ses subordonnées faisaient un rapport. Et c'est ce qu'il se passa lorsqu'Hanji et Livaï virent partager avec leur Major, la possibilité que tous les Titans aient un jour été humains.
Aucune brèche n'avait été aperçue dans les murs, et une jeune recrue demeurait certaine d'avoir reconnue sa mère en faisant face à un Titan atrophié qui était resté sur place, coincé entre les quatre murs de son ancienne maison. La question de la différence entre les Titans et les Shifters devenait plus importante que jamais, et Lilith se sentit frustrée de ne pouvoir assouvir sa curiosité, alors même qu'elle était quasiment à la tête du Royaume.
Le médecin fit irruption dans la chambre, coupant net la conversation. Il annonça fièrement qu'Erwin pouvait quitter l'hôpital, s'il suivait sa liste d'exercices et ne se surmenait pas. Lilith fixa longuement le noble, afin de lui intimer qu'il avait plutôt intérêt à ne pas faire cela pour rentrer plus vite chez lui. Mais il avait l'air sincère.
Ghérart fut donc chargé de le raccompagner à Mitras. Elle sourit en réalisant que les deux hommes avaient fini par bien s'entendre.
Lorsque tous les militaires furent partis, Lilith fit face à Erwin, un petit sourire malicieux aux lèvres.
- Tu dors chez moi ? Lui dit-elle d'une voix angélique.
Lilith lui avait raconté qu'elle avait fini par acquérir une résidence à Stohess même. Cela faisait plusieurs mois qu'elle était restée à ses côtés. Elle avait largement eu le temps de trouver une jolie résidence, faire venir du personnel et quelques affaires au passage. L'idée de dormir chez Lilith n'avait jamais été un soucis pour Erwin, qui se voyait mal refuser un tel luxe par fierté, alors même qu'il ne faisait que louer une chambre militaire.
Mais à ce moment précis, il redoutait sa nouvelle condition. Le simple fait de ne pas pouvoir la prendre dans ses bras ou lui saisir le visage comme il le faisait avant lui était insupportable. Qu'en serait-il du reste ? Il ne pouvait pas continuer de faire comme si rien ne s'était passé. Il avait perdu un bras. Un putain de bras.
- Erwin, tout va bien ?
- Pardon. Oui, bien sûr, allons-y.
Elle fronça les sourcils. Mais quel mauvais acteur. Ils rejoignirent rapidement la nouvelle résidence de Lilith, qui n'avait rien à envier aux autres. Comme d'habitude, tout commençait par un portail magnifique, une jolie allée menant à un adorable château, et derrière, un superbe jardin. Erwin en était devenu blasé, à force. Ce constat la fit rire. Il avait à peine complimenté les lieux.
Ils travaillèrent chacun de leur côté le reste de l'après-midi puis après le dîner et leur bain respectif, Lilith rejoignit le militaire dans la chambre. Elle entrouvrit la porte et réalisa, déconfite, qu'Erwin s'était déjà endormi. Elle se glissa alors à ses côtés, mais du côté droit cette fois-ci, car Erwin n'avait pas laissé suffisamment d'espace pour qu'elle ait le choix.
Lorsqu'il se réveilla au petit matin, Lilith avait la tête posée sur son épaule, et il eut un geste de recul violent, horrifié à l'idée qu'elle aie put toucher les bandages de sa blessure. Tout n'était pas encore cicatrisé malgré le temps, notamment car il avait essuyé plusieurs infections. Sans parler de la fois où il avait "légèrement" trop forcé et que la plaie avait littéralement explosé sur le visage du pauvre Dr. Sanes.
- Erwin ?
- Pardon, je me suis réveillé en sursaut. Je t'ai réveillé ?
Elle le fixa en silence mais ne chercha pas à la confronter.
- Je vais t'aider à changer les bandages.
- Non.
- Erwin, c'est ridicule, tu vas mettre trente ans si tu le fais seul et en plus, ce sera mal fait.
- Je suis sûr que Liam est très bon en bandages.
Elle roula des yeux mais ne perdit pas son calme, trop déterminée à ne pas le braquer. Elle appela alors son garde, qui entra timidement dans la chambre.
- Tu aimes les bandages, Liam ? Demanda Lilith d'une voix moqueuse.
- Euh. Je ne suis pas intéressée par ce genre de pratiques... C'est... particulier...
Un long silence s'instaura dans la pièce et Liam fixa le sol en réalisant que Lilith lui demandait simplement de lui donner un coup de main avec la blessure du Major.
- Bon, et bien je vous laisse entre hommes hein, amusez-vous bien. Leur dit-elle avant de quitter la chambre, hilare.
Liam s'exécuta en silence. Erwin ne fit pas la moindre réflexion non plus et se contenta de le remercier lorsqu'il partit à son tour.
Le soir-même, il prétexta à Lilith être très fatigué. Le lendemain, il fit semblant de dormir, le surlendemain, il dit que son bras lui faisait mal. Au bout de la quatrième fois, Lilith se fit violence pour ne pas lui demander s'il avait ses règles. À la place, elle se dépêcha de prendre son bain afin de le croiser dans le couloir à son retour. Il sursauta en la voyant, ne s'étant pas douté qu'elle allait changer de rythme.
Elle le laissa s'installer dans le lit et resta au niveau de la porte d'entrée de la chambre. Depuis la première nuit, Erwin se plaquait systématiquement à l'extrémité droite du lit. Il finit par lui jeter un rapide coup d'œil, ne comprenant pas pourquoi elle ne le rejoignait pas.
Lilith laissa alors glisser l'encolure de sa chemise de nuit sur son épaule droite et détacha la ceinture en tissu de sa robe noire d'un geste lent. Elle se plut à voir que le regard d'Erwin avait rapidement changé. Il se dégagea naturellement des draps alors qu'elle s'avançait vers lui d'un pas sûr. Lorsqu'elle fut à sa hauteur, Erwin se releva légèrement et elle s'assit contre lui.
Ce ne fut que lorsqu'elle passa délicatement sa main derrière sa nuque qu'il eut de nouveau un geste de recul. Elle posa son front contre celui d'Erwin et soupira. Même d'une main, il lui était si facile de la balayer, elle ne gagnerait jamais contre lui.
- Je ne sais pas ce que je peux faire, Erwin, mais je n'aime pas du tout que tu me rejettes. Dis-moi ce que tu veux que je fasse.
Erwin resta silencieux. Il avait toujours sa main plaquée contre la clavicule de la jeune femme, prêt à l'écarter si elle insistait.
- Je ne comprends pas pourquoi je ne pourrais même plus te toucher. Continua-t-elle.
Il releva alors la tête pour lui faire face. Ils se noyèrent chacun dans les iris de l'autre, puis Erwin passa délicatement sa main dans les beaux cheveux encore humides de Lilith. Elle glissa de nouveau ses bras derrière la nuque du militaire et attendit qu'il l'embrasse de sa propre initiative. La tension monta rapidement et Erwin se résolu à faire taire ce besoin étrange de la repousser.
Il se sentait incontestablement moins à l'aise, et il eut également des moments où il aurait souhaité utiliser son bras droit, par habitude. Mais Lilith n'avait nullement l'air d'en être incommodée. Cela faisait longtemps qu'ils n'avaient pas couché ensemble, et elle sublima en un instant tous les souvenirs qu'il avait gardé d'elle.
Lorsqu'elle voulu s'allonger à ses côtés, elle eut comme une hésitation. Il la regarda d'un air interrogateur.
- Avant tu dormais toujours du côté de la porte. "Réflexe de militaire" tu disais. Est-ce que tu préfères vraiment dormir à droite ? Moi, cela m'est égal, mais je pense que tu devrais choisir ce que tu préfères.
- Tu dormais souvent autour de mon bras, j'ai pensé que ça serait embêtant.
- Tu sais, je peux toujours me rabattre sur tes abdos... Je n'appellerai pas cela un sacrifice... Ricana-t-elle.
- D'accord. Alors on essaie comme ça, et je te dirai ce que je préfère.
Lilith en profita alors pour le mettre à l'aise concernant sa blessure, lui expliquant qu'elle n'était en aucun cas gênée ou dégoûtée. Elle ajouta ensuite que la seule raison pour laquelle elle ne l'embrassait pas encore à cet endroit était qu'elle avait assisté à l'explosion des points de sutures, et qu'elle préférait s'en approcher lorsque ce serait davantage cicatrisé. Il ricanèrent alors en se remémorant l'expression de visage du Dr. Sanes. Même Erwin, qui avait pourtant l'habitude des effusions de sang, s'était senti écœuré ce jour-là.
- J'ai eu la confirmation du Gouvernement ce soir. Ils financent entièrement la reprise de Maria. Lui annonça la jeune femme.
- Ils doivent vraiment détester l'idée de laisser les réfugiés entrer à Sina... Ou pire, à Mitras.
- Tu n'as pas idée... Soupira Lilith.
La jeune femme se blottit contre Erwin puis ne tarda pas à s'endormir. Il esquissa un sourire. Décidément, lorsque Lilith souhaitait quelque chose, rien ne lui résistait...
Helloooooooo !
Ah... Cette fiction s'approche dangereusement de sa fin... J'espère que ce chapitre vous aura plu, à défaut d'être très riche en action ahahahah
