Hey !
Et voilà un nouveau chapitre. Je vous laisse deviner qui conclut sa part de l'histoire ici ! C'est un personnage que je n'ai pas pu développer tant que je voulais, mais que j'aime quand même beaucoup. Je me rattraperai dans un prochain OS, peut-être !
Merci à Mijoqui et Ima pour les reviews, et à Yu pour la correction.
Bonne lecture !
Vanitas se recule de justesse, alors qu'il sent la main d'Axel qui va pour lui attraper l'épaule. Il relève un regard sec sur son visage tatoué, qu'il refuse de baisser malgré son air surpris. Ses sourcils plissés en une ligne d'incompréhension le frappent. Ça tire à l'intérieur. Mais il tient bon.
"Bonjour."
Son ton, aussi dur que ses mirettes. Un numéro soigné. Il se recule ce qu'il faut, exécute un demi tour dédaigneux. Coupe net le contact entre eux. Va s'installer sur sa chaise, son corps englouti sous un large sweat qui lui tombe jusqu'aux cuisses. Pas de pantalon sur ses jambes. Il aime la fraîcheur de mars. Aussi, il espère que la vue plaît au rouquin. Parce que c'est tout ce qu'il obtiendra de lui aujourd'hui.
Il songe que le café ne va certainement pas se faire tout seul, alors il se relève, trouve les dosettes rangées dans un placard et en enfonce une dans la machine prévue à cet effet. Elle a deux mois à peine. Un des meilleurs investissements qu'ils aient fait. Le bruit crispant retentit. Pas très agréable pour les oreilles, mais au moins, ça ne dure pas. Sa tasse enfin pleine, il s'empare d'un spéculoos et retourne à sa place. Le soleil du matin caresse ses mollets, le café sa langue. Ne lui manque qu'une clope, mais il a oublié le paquet dans la chambre.
Il sent, dans son dos, la paire d'yeux égarée qui se promène. Son sourire s'étire.
"Ça va ?"
Enfin. Il commençait à croire que l'allumé ne l'ouvrirait jamais.
"Ouais.
- On dirait pas."
Oh, vraiment ? Mais quel observateur ! Qu'est-ce qui l'a mis sur la piste ? Son silence, son esquive ? L'attention qu'il refuse de lui accorder ? Sa froideur, peut-être ? A moins qu'il n'ait, dans un effort colossal, décidé de brancher ses neurones ? Van applaudirait bien. Mais, quel dommage, il a déjà une tasse encore les mains. Il ne voudrait pas renverser son café.
"Qu'est-ce qu'y a ?
- Rien.
- Sans dec, Van.
- J'suis sérieux."
C'est chiant, hein ? Cette distance qu'il instaure, ses réponses brèves. Même pas un regard pour les accompagner. Lui répondre comme on exécuterait une corvée. Il ne doit pas aimer, Axel. C'est désagréable. Inconfortable.
"Donc tu fais la gueule comme ça ?
- J'fais pas la gueule."
Il ment, bien sûr, et il apprécie de voir que l'autre le remarque. Il le fait tourner en bourrique. Sans le voir - même s'il essaie, dans le reflet de la vitre - Van sent le désarroi qui fait vaciller l'autre. C'est plaisant, vraiment. Comme un grand bol d'air frais, passé un trajet enfermé dans une voiture sans clim. Ça fait du bien d'être, pour une fois, l'égoïste de l'histoire.
Il pose ses mains autour de sa tasse, la lève et la porte à ses lèvres, avale une autre gorgée du liquide amer. Un café serré. De quoi le réveiller. Pas qu'il en ait particulièrement besoin, sa journée est aussi vide que les précédentes. Mais il a une recherche d'emploi à reprendre, maintenant qu'il a enfin ses clefs. Des coups de fil à passer. Des CVs à envoyer. Sans compter les lettres de motivation à relire. Il préfèrerait éviter de faire le boulot à moitié endormi.
"Allez, si ça te fait plaisir de râler dans ton coin."
Van se tend. Il regarde Axel se tourner. L'air digne, toujours, il ne doit pas flancher au moindre obstacle. Ne pas le fixer, à peine l'observer du coin de l'œil. Il le voit qui file se faire un café avant de se poser devant son ordinateur. Le soleil joue dans sa tignasse peine de reflets. Rouge et blanc, l'ensemble de mèches. Il n'a même pas la décence de jouer nerveusement avec. Juste, il allume la machine, siroter sa boisson, et commence à pianoter sur son clavier.
Pardon ?
Piqué au vif, Vanitas se lève à son tour, abandonne sa tasse et le rattrape, se plante près de lui jusqu'à ce qu'il sente à nouveau ses iris d'absinthe croiser son regard strict. Il est sérieux là ? C'est tout ce que ça lui fait ?
"Quoi ?"
Son regard irrité, un affront. Ça ne va pas se passer comme ça.
"Tu vois comme c'est gavant, quand tu fais la gueule ?
- Pardon ?
- T'as très bien entendu."
Haussant un sourcil, le renard se tourne vers lui, bras croisés. Il se permet même un soupir, lassé d'avance.
"Quand je fais la gueule ?" il ricane. "Attends, c'est qui qui boude, là ?
- C'est qui qu'a passé la semaine à m'ignorer ?
- A t'ignorer ? On a parlé ces derniers jours. Tu as des problèmes de mémoire ?
- Tu m'as parlé comme j'viens de faire là. T'as trouvé ça agréable ?"
Axel souffle exagérément, laisse un silence ennuyé trainer sans jamais lâcher son regard, comme si la guerre passait par leurs yeux, et non dans leurs mots. Il penche la tête, se compose une expression qui ne tient ni du sourire, ni de la grimage. Un masque consterné.
"Je t'ai parlé comme quelqu'un qui bosse, qui est claqué et qui n'a pas forcément le temps de te tenir la jambe pendant une heure. Tu m'excuseras, tout le monde ici n'a pas passé la journée à larver dans sa chambre.
- C'est pas parce que t'es fatigué qu'tu peux mal me parler.
- Oh, moi je te parle mal ?" il pouffe. "Tu t'entends quand tu l'ouvres, au moins ?
- J'm'entends, ouais.
- Donc t'as parfaitement conscience de ce que tu fais, et tu continues quand même ? T'es pas un cadeau, toi."
Vanitas serre les dents. Il sent que le contrôle lui échappe. Ça ne devait pas se passer comme ça, et déjà, il regrette son approche. Bras croisés, il cherche une prise pour se rattraper. Reprendre le dessus.
"J'te dis juste que j'en ai marre de me faire tej' dès que ça te chante.
- Et moi je t'explique que je te jette pas, j'ai juste plus de travail qu'un certain glandeur qui passe sa journée à dormir. Le boulot, c'est fatiguant. Ton assiette se remplit pas toute seule."
Deux fois qu'il attaque sur le même point. Les réponses fusent dans la caboche du noiraud. Il ne passe pas sa journée à dormir. Enfin, si, parfois. Il y a des jours sans énergie où il n'envisage pas de sortir du lit. De sa chambre, encore moins. Mais à qui la faute ?
"Et j'en aurais moins si tu pouvais aussi en trouver un, plutôt que de faire l'enfant.
- J'fais pas l'enfant.
- Tu m'excuseras, mais bouder comme tu le fais, pour un caprice, c'est un truc de gamin.
- Nan mais j'boude pas pour un caprice, là !
- Alors t'appelles ça comment ce que tu viens de faire ? Grogner dans ton coin pour avoir de l'attention ? Je faisais la même chose avec Reno, quand j'avais cinq ans."
Il ne grogne pas dans son coin ! Il ne boude pas, il ne fait pas de caprices ! Il a vingt-deux ans, merde. S'il râle, c'est à cause de son comportement à la con. Et qu'il ne mette pas ça sur le compte du travail, quand il ne fait même pas l'effort de lui dire bonjour. Quand il se recule brusquement, quand il tourne la tête pour éviter de l'embrasser, ça n'est pas la faute du taf. C'est lui qui choisit, c'est lui qui agit. Lui qui le jette comme un mouchoir. Mais Vanitas n'est pas un mouchoir qu'on balance à la poubelle. Merde.
"J'boude pas pour avoir de l'attention, j'en ai juste marre de me faire jeter.
- T'es buté, hein ?
- Et j'aurais déjà un taf si t'avais pas planqué mes clefs.
- Te cherches pas d'excuses, je t'ai jamais empêcher de sortir pour passer un entretien d'embauche. C'est toi qui a pas pris la peine d'essayer.
- Oh, et j'fais comment pour sortir quand t'es au boulot ? Je t'appelle pour que tu viennes m'ouvrir ?
- Ou tu me préviens quand t'as un rendez-vous, pour que je te laisse les clefs ? Ça t'as jamais traversé l'esprit ?"
Passé des mois coincé dans l'appartement ? Non, étonnamment.
"Et comment j'te préviens si tu fais la gueule ? Je dois te le dire avant ou après que tu te sois enfermé dans ta chambre ?"
Il sent le regard de l'autre qui se durcit brusquement. Son cœur se serre. Rate un battement. Il doit faire un effort colossal pour ne pas planter ses mirettes vers le sol.
"T'as pas compris tout ce que je viens de t'expliquer ?" il ne rit pas, cette fois. "Ou alors y en a que pour toi et pour ta petite personne ? Tu peux pas prendre juste deux secondes pour réfléchir, quand je te dis que je suis crevé et que j'ai besoin de repos ? Tu sais ce que c'est, d'enchainer plus de quarante heures sur une semaine pour payer ta bouffe et tes clopes ?"
Van recule. Il vacille. La peur lui prend les jambes. Axel n'est pas énervé, pourtant. Enfin, pas en colère. C'est une sorte de fureur douce et froide qui se termine toujours par un sourire faussement amusé, à lui foutre la nausée. Qui brise Van de l'intérieur. Qui aspire ses forces et l'empêche de répondre.
"Donc fais la gueule si ça t'amuse. J'ai pas de temps à perdre avec ça."
Son humeur indéchiffrable, une épée de Damoclès au-dessus de sa tête. Aiguisée, comme les dents qu'il aperçoit entre les lèvres de l'autre. Une menace douce, jamais franchement évoquée, mais qui reste, qui plane. Et le corbeau sait. Il sait que s'il insiste, là, peut-être qu'Axel se contentera de lui répondre encore, caché derrière son bouclier préféré. Le boulot. Il lui renverra la balle jusqu'à ce qu'il se fatigue et qu'il abandonne.
Mais il pourrait aussi attaquer. Inverser les rôles, se lever doucement, le suivre jusqu'à la chambre quand il voudra s'y cacher, parler de sa voix tendre pleine de venin et répéter, répéter encore, toujours les mêmes choses. Jusqu'à ce que la douleur gonfle assez à l'intérieur, éclate en larmes.
Il se rappelle des heures de sanglots. La peur du moindre bruit. Ses bras, comme gelés, restent croisés contre son torse. Sa bouche ne s'ouvre plus. Son regard tombe sur le parquet.
S'il ne termine pas son café maintenant, il va refroidir.
xoxoxox
J 380
"Il est là !"
Une petite voix familière s'écrie alors qu'une bête noire s'approche de lui en courant, sa tignasse secouée au rythme de ses petits pas rapides. Vanitas sourit. Il plie les jambes, se penche et récupère Xion qui se presse contre lui, passe ses bras minuscules autour de son cou. Joignant ses jambes au mouvement, elle l'agrippe comme un ouistiti.
"Yo.
- Yo !"
Elle reste suspendue alors qu'il se relève, ignorant le poids qui pèse sur son torse.
"Eh ! Je vais tomber !
- Dommage.
- Porte-moi !"
Il rit, elle s'agite et il finit par glisser ses bras sous ses fesses pour lui éviter une chute malencontreuse sur le trottoir. La petite couine pour la forme, puis elle relève sa trogne de bambine pour trouver le regard de son grand frère. Elle lui offre son plus beau sourire édenté, plein de malice. Orné d'un magnifique chewing-gum rose.
Bien, elle a l'air en bon état. Pas de bobos ni de pansements. Il espère juste que Yuyu n'a pas été trop laxiste.
"Hey." il lâche en marchant vers l'autre brunette. "Tout s'est bien passé ?
- Ouais ! Aucun problème à signaler.
- Elle a été sage ?
- Adorable.
- Oui !" Xion renchérit. "Je suis très sage.
- Mouais, ça reste à prouver."
La marmotte est arrivée hier soir, avant sa dernière journée de boulot. Le seul moment où sa mère pouvait la déposer. Yuyu a accepté de la garder pour lui, le temps d'une matinée. Demyx donnait un cours. Mais le musicien a dû terminer en avance, puisqu'il l'aperçoit, posé sur une nappe à carreaux.
Mécaniquement, il cherche les tresses châtaines d'Olette. Et puis, il se souvient. Il jauge sa camarade. Mais Yuyu n'offre rien d'autre à voir qu'un grand sourire, alors qu'iel se laisse tomber près de l'ébouriffé. Iel commence à s'en remettre. Les cernes sous ses yeux ont disparu.
"Merci pour le service." il lâche en suivant.
"Avec plaisir.
- Elle a pas fait de caprice ?" il demande à l'attention de son petit ami.
"Presque pas.
- Presque ?
- On est passé d'vant le glacier.
- Ah ?"
Son regard tombe sur la loupiote, et sur sa moue contrite.
"Il fait très chaud.
- J'sais poussin. Mais qu'est-ce qu'on a dit sur les caprices ?"
Elle troque son air dépité pour une grimace mécontente.
"Si t'es sage, on ira en acheter une tout à l'heure.
- Pour de vrai ?
- Ouais."
Contentée, Xion s'assoit sur les jambes croisées de son frère. Elle avale goulûment les tomates cerises qu'elle a rassemblées dans sa main. Le jus lui coule bientôt le long du menton, et le corbeau attrape une serviette qui traine pour l'aider à s'essuyer avant qu'elle ne gobe un nouveau fruit. Mais elle lui prend le tissu des mains pour éponger elle-même son visage
Brusquement, il se rappelle qu'elle a grandi.
"Tu veux les sandwichs ?" elle demande à Van, en lui montrant l'assiette tout près. "Y a pas d'animaux dedans !
- Ah ouais ?
- Ouais ! Que de la salade, des aubergines, et du fromage de noix de cajou.
- Wow.
- C'est nous on les a faits avec Yuyu."
Pour prouver ses dires, elle se penche et en attrape un qu'elle tend à son aîné. Elle le regarde croquer dedans, avide de compliments.
"C'est bon hein ?
- Ouais."
Pas mal, pas mal. Ça fait le job.
"Maman elle dit qu'il faut dire oui, pas ouais.
- Maman est pas là."
Il la laisse poser ses mains sur la sienne, jouer à la petite bête avec ses doigts . Fait comme s'il ne remarquait pas le regard attendri de Demyx, posé sur eux.
"J'ai pas envie de faire mes dossiers." Yuyu râle. "C'est chiant.
- Arrête tes études.
- Tu vas donner le même conseil à tout le monde ?
- Si vous l'écoutiez, aussi.
- Tout le monde a pas envie de finir dans la cuisine d'un fast-food.
- Wow, bravo, super répartie. On me l'a jamais faite celle-là." il ironise.
Il termine l'encas, réalise qu'il a bien plus faim qu'il ne pensait. Pas étonnant, vu l'heure. Il a besoin d'un vrai repas. En attendant, il pique deux tomates à la bestiole qui proteste entre ses bras, avant de retourner à sa contemplation de l'herbe. Mai n'est même pas arrivé qu'elle sèche déjà. C'est l'été avant l'été.
"T'as jusqu'à quand pour les rendre ?" Demyx demande en caressant mécaniquement les cordes de sa guitare.
"Jusqu'au 12 Mai pour le dernier.
- Dis-toi qu'après le 12, t'es enfin libre.
- Ouais bof, après y aura les résultats.
- T'avais eu un bon premier trimestre quand même." Van fait remarquer. "Tu vas passer.
- C'est pas de passer le problème. Me faut un bon dossier pour les masters.
- Calme, t'es qu'en L1. Te la joue pas Ienzo dès maintenant. Tu criseras quand t'arriveras au bout de ta troisième année.
Iel râle quand même, se lève, marche, se rassoit. Plus intenable que Dem. Iel chasse les pauvres fourmis qui osent s'aventurer sur la nappe les repose plus loin et vérifie qu'aucune intruse n'est venue explorer leur repas, puis iel se prend un cookie à l'avoine, croque et chasse l'anxiété d'un coup de dent. Essaie tout du moins, sans grand succès.
"J'ai l'impression de repasser le bac.
- Bah, les partiels, c'est un peu un mini bac à chaque semestre." le blondin fait remarquer.
- Moi après les vacances, on va avoir plein de contrôles dans ma classe, parce que c'est bientôt les grandes vacances."
Ils discutent, puis Vanitas se lève pour accompagner sa sœur, qui gambade joyeusement vers le bateau pirate du parc. Il s'approche, suffisamment près pour la surveiller, assez loin pour éviter de trop l'étouffer. Elle n'aime pas qu'il soit tout le temps sur son dos. Mais il sent son cœur tambouriner comme jamais quand elle grimpe le long d'une échelle qu'il juge trop haute pour elle. Il serre les poings dans ses poches. Ses fines jambes se soulèvent pour déposer ses sandales sur la barre supérieure. Ce ne sont pas des chaussures pour jouer, ça. Elle va se blesser.
"Détends-toi. C'est pas à cette hauteur qu'elle va faire une chute mortelle."
Il sursaute. Yuyu s'est approchée alors qu'il dardait de ses iris mielleux les gamins qui passaient, prêt à engueuler le premier qui oserait pousser sa sœur.
"Non, mais elle peut se blesser.
- Et alors ? Tu t'es jamais fait mal quand t'étais gamin ?
- Mm."
Il hausse les épaules. Toutes les fois où elle s'est blessée, il s'en rappelle. Une écorchure au genoux, un bleu sur la cuisse, du sang sur le coude. Elle restait le cul dans les graviers, à miauler comme un chaton abandonné jusqu'à ce que quelqu'un vienne la chercher. Ses petites mains s'agrippaient à lui alors qu'il la soulevait pour s'occuper du bobo.
"J'te savais pas papa poule."
Xion relève délicatement sa robe avant de se lancer sur le toboggan. La descente se passe sans encombre. Soulagé, il peut enfin se tourner vers son amie. La regarder vraiment pour la première fois de la journée. Sa salopette lui va bien, il note. Mais il remarque aussi qu'iel a les jambes plus fines que dans son short de l'été. Ses épaules pointent sous son haut. L'appétit a dû lui manquer, ces derniers jours.
"Je fais juste attention.
- Je vois ça."
Iel jette aussi un coup d'œil vers le chaton qui s'essaie à l'échelle horizontale. Le stress grimpe. Il a l'impression que ses mains minuscules ne pourront jamais s'enrouler autour des barres, mais elle se démerde pour avancer, et ne lâche pas avant d'arriver à la moitié du parcours.
Avant, il devait la porter sur ses épaules pour l'aider à traverser.
"Elle est choupie. Et elle te ressemble.
- T'es en train de dire que je suis chou, là ?
- Non, déconne pas, toi tu fais peur."
Iel se pose sur le rebord en pierre en riant. L'ombre des feuillages au-dessus de leur tête la cache à moitié, mais de petits rayons de soleil tachent sa peau par endroit. Découpent des cercles lumineux sur ses vêtements. Il devine à peine la couleur de ses yeux sombres, marron comme l'ombre d'une écorce. Mais il saisit toute la malice qui pétille sur sa frimousse, accompagnée d'un coin de sourire. Ça, ça sent le ragot.
Oh, non. Il sait à quoi iel pense.
"J'ai croisé Ienzo à la fac, Vendredi.
- Ah.
- Tu perds pas ton temps."
Il soupire et vient s'asseoir près d'iel. Hésite à se sortir un clope, mais, devant Xion, il préfère se retenir. Puis avec tous ces gosses, les parents vont lui tomber dessus. tant pis. Il ira fumer pendant que Dem lui donnera le bain, ce soir. S'il arrive à le convaincre de venir. Et de lui donner le bain. Quoi qu'elle doit bien se laver toute seul maintenant, non ?
"Tu vas me faire la morale ?
- Nan, vous faites c'que vous voulez, vous êtes grands."
En effet. Plus grand qu'iel, même.
"Il t'a dit qu'il avait enfin mis un râteau à Leaxeus ?"
Oh ? Ça, ça l'intéresse.
"Nan. Il en était pas là la dernière fois qu'y m'en a parlé.
- Ça c'est fait ce week-end.
- Dommage."
D'accord, il ne le pense pas vraiment. Il est même content de voir qu'entre le colosse et sa personne, Ienzo a fait son choix. Son ego gonfle, ça fait du bien. Même s'il sait, au fond. Le problème, ça n'est pas Lexaeus.
"Y t'a dit pourquoi il a fait ça ?
- Vite fait, il avait partiel de litté comparée. Mais apparemment Leax' voulait une réponse, et Ienzo se sentait pas de se mettre avec quelqu'un en ce moment.
- J'ai cru comprendre."
Alors ça ce termine comme ça, avant d'avoir vraiment commencé. Dommage pour le rouquin. Mais si c'est à son avantage, Vanitas ne regrette pas. Il relève la tête, regarde les mouettes qui planent au-dessus de la Garonne. Puis il retourne à sa surveillance. La gamine chevauche un poisson à ressort. Elle rit aux éclats alors que l'animal de bois se balance.
"Et toi, avec Olette ?"
Il pose la question tant par acquit de conscience que pour la vague inquiétude qu'il ressent.
"J'ai coupé les ponts." iel ramène ses genoux contre iel. "Je pensais pas y arriver, au début. Mais finalement, c'est plus simple comme ça. J'arrive à moins y penser."
Il comprend. Leur situation n'ont rien à voir, bien sûr. Pourtant, ça raisonne à l'intérieur. Et il pense que ça fait des mois, presque un an maintenant, qu'il n'a pas reçu ne serait-ce qu'un message d'Axel. Est-ce que le rouquin essaie encore de l'appeler ? Sans doute pas. Mais il a quand même envie de débloquer son numéro pour voir. Lire les messages qu'il lui a envoyés.
"Ça aide.
- Ouais. Ça va mieux depuis qu'on se voit plus du tout."
Il sent tout ce qu'iel n'ajoute pas. Les longues phases de vide que l'autre laisse, et qui semblent ne jamais vouloir prendre fin. Le temps qui ne passe pas, les jours similaires, l'ennui profond et le manque qui gratte là-dedans, qui reste. Le petit creux qui se forme et qu'on ne peut pas remplir.
"Ça va s'arranger."
Il sent son regard sombre sur lui, et devine presque une réponse sur sa bouche. Mais une brève hésitation et le cri aigu d'une petite fille en détresse les interrompt tous les deux. Allongée dans le sable, près de son poisson, Xion fixe de ses yeux humides la gamine qui occupe maintenant la bête. Un couinement dramatique s'échappe de sa bouche. Plutôt que de s'énerver, elle se replie sur elle-même et s'éloigne des jeux alors que son frère court dans sa direction, le visage froid de colère.
"Eh, qu'est-ce qui se passe ?"
Elle se tend. Ses yeux se remplissent de larmes. Accroupi devant elle, Van réalise qu'il lui a fait peur. Il pose ses deux larges paluches sur ses frêles épaules, et cherche son regard d'océan triste pour lui parler, un ton plus bas.
"Ça va moustique ?
- Non…
-Qu'est-ce qu'y a ?
- La petite fille elle m'a poussée.
- Celle qu'est assise sur le poisson ?
- Oui. Sur mon poisson."
Passant outre cette histoire de possessif erroné, le corbeau darde son regard le plus sombre vers la môme. Si elle croit qu'elle va s'en tirer comme ça... Il lui laisse deux minutes pour capter ce qui l'attend et dégager fissa. Mais elle ne les calcule même pas.
"Pourquoi elle a fait ça ?
- Parce qu'elle voulait monter sur le poisson, mais moi j'ai dis que j'y étais déjà et que ça faisait pas longtemps, e-et en plus y avait déjà un autre jeu qui était libre alors elle pouvait prendre celui-là, et elle a dit que non elle voulait le poisson, et-
- Doucement crevette." il la coupe en lui caressant la joue.
"Comme elle était trop près je l'ai poussée avec mon pied p-pour continuer à me balancer, et après elle m'a poussée e-et-
- Ok ok, j'ai compris."
Bon. Il se doute que ce n'était pas un gentil petit coup de pied, connaissant son caractère d'ange à corne. Mais ça reste sa sœur. La vie lui fera bien assez de coups de pute, alors il peut bien la soutenir à tort une ou deux fois.
"On va aller lui parler, d'acc ?
- Non, elle est méchante.
- Oui, mais on va lui demander de s'excuser. Parce qu'elle a pas le droit de te pousser comme ça.
- D'accord…"
Elle s'accroche à lui alors qu'il la soulève, sent ses bras glisser comme deux petits serpents autour de son cou. Assuré, il prépare son meilleur regard, celui qui fait flipper les clients trop chiants au taf. Il s'avance vers la gosse qui se balance joyeusement. Pour peu, il trouverait presque ça amusant.
Non, en fait, il s'éclate déjà.
"Eh."
La petite blonde relève la tête, ennuyée. Il grogne sec.
Elle perd son sourire. Il retient le sien.
Sans la voir, il devine que Xion lui fait sa tête de la mort. Langue sortie et paupières du bas tirées.
"C'est toi qu'a poussé ma sœur ?"
Voilà !
Je précise qu'en ce moment, on a lancé un Calendrifinement (Calendrier + confinement) sur le forum l'Éclaireuse ! Chaque jour, un OS est posté par un-e des participant-es, sur un thème donné. N'hésitez pas à aller les lire, il y a de très chouettes textes !
A la semaine prochaine !
