Hey !
On se retrouve cette semaine pour l'avant dernier chapitre de cette histoire. Le début est loin d'être joyeux (mais vous avez l'habitude, hein ?) mais promis, la fin du chapitre est chouette !
(TW en fin de chapitre !)
Merci à Ima et Mijoqui pour leurs reviews (je suis très pris par le nano, mais je vous répondrai sous peu !) et à Yu pour la correction !
Bonne lecture !
Ça n'ira jamais.
Jamais.
Vanitas déglutit, son corps recroquevillé derrière le lit. Il serre ses bras autour de lui, mord sa lèvre, pose son front contre ses genoux, comme pour soutenir le poids trop lourd qui lui écrase la tête. Il inspire, expire. Mais les tremblements dans son torse semblent ne jamais vouloir cesser.
Il n'a plus de mouchoirs. Il y a bien le rouleau de sopalin à la cuisine. Mais ça veut dire sortir. Sortir de la chambre, traverser le couloir, l'appartement. C'est mort. Les toilettes, pas la peine d'y penser. Trop loin. Il y a la chambre d'Axel à dépasser. Le parquet grinçant sous ses pieds, dans un foyer trop silencieux. Le moindre bruit sonne comme un glas. L'autre pourrait l'entendre. L'autre pourrait le voir.
Un sanglot l'étrangle.
Il ne sait pas si le renard est encore avachi dans le canapé, le pif dans sa liseuse, s'il traîne dans la cuisine, s'il somnole dans sa chambre. Il pourrait tendre l'oreille, guetter. Sortir la tête, vérifier. Mais ce serait prendre le risque de croiser son regard. Tomber sur ces yeux profondément insondables. Laisser voir les siens, rouges. Trahir sa faiblesse.
D'un geste malhabile, Vanitas essuie son visage humide plein de larmes et de morve à l'aide de sa manche. Il passe et repasse le tissu, le nez encore plein, rabat ses bras contre lui, essaye de respirer calmement, de respirer tout court. Le corps secoué de soubresauts. Balancé, maltraité.
Un vide immense l'habite. Plus d'émotions dans cette enveloppe. Plus rien. Une brume vague. Il flotte sur un nuage. Il est le nuage. Inconstant, vaporeux, un mirage. Il laisse sa tête retomber contre le matelas derrière sa nuque, lève les yeux vers la nuit que la fenêtre lui offre. Le mur et la vue sur le balcon des voisins. Un gamin passe en courant, disparait derrière un morceau de canapé, sous une lumière chaleureuse. Il se mord la lèvre. L'ombre scinde la fenêtre en deux, la transforme en miroir. Elle lui cache la vue, et lui renvoie un reflet cruel, un visage qui le dégoûte. Des yeux gonflés, rose comme la chair d'un melon qui n'a pas mûri, humide comme le ventre du fruit. Un liquide visqueux coule de ses narines, qu'il essuie encore. Son haut est bon pour la machine. Ça doit bien faire une semaine qu'il le porte, de toute façon. Il est dégueulasse.
Dans le couloir, une ligne de pas glisse devant sa porte, et son cœur se serre brusquement. Non, non, non. Il les entend se rapprocher, toujours plus forts, incroyablement réguliers, d'un calme qui lui file la nausée. Ils s'arrêtent brusquement. Derrière sa porte. Plus de bruit. Son sang bat à ses tempes. Un tambour dans sa tête. Il n'y a plus la moindre trace d'énergie dans ses membres. Il a oublié comment respirer.
Dans sa tête, Axel est là, derrière. Il se tourne, lève la main. La pose sur la poignée. Ses doigts appuient contre le métal froid. S'enroulent autour. L'enfonçant. Il entend le long grincement imaginaire.
Puis les pas reprennent.
Disparaissant vers la salle de bain.
Il remarque que ses mains tremblent, fébriles, faibles, tout juste bonnes à venir se lover contre son ventre. Elles cherchent la chaleur qui les a brusquement désertées. appuie sur la peau tendre. La caressent. L'empoignent. La serre fort. C'est à peine s'il sent ses ongles.
Il inspire tant bien que mal, vite, trop vite, par la bouche. Ses poumons hurlent. Ses dents se referment sur le dos de sa pauvre paluche.
Il fixe la fenêtre, les yeux grands ouverts. Quand ses pupilles retombent sur le reflet, l'affront lui fait baisser le regard.
Il ne sait pas qui c'est, ce garçon recroquevillé. Ce noiraud vacillant. Ce jumeau du miroir qui ne lui ressemble plus.
xoxoxox
J 382
"Allez, on bouge les fesses !"
Van grogne. Il sent un poids près de lui, une petite main qui vient tapper à répétition sur les dites fesses, avant de glisser hors du lit et de filer. La fatigue lui hurle de rester là, le pif dans l'oreiller, à chercher un repos bien mérité, mais il sait que s'il ne se lève pas maintenant, la bestiole reviendra lui crier dans les oreilles jusqu'à ce qu'il obtempère. Pas le choix.
Il aurait dû réfléchir, avant d'accepter de garder Xion toute une semaine.
"Debout debout !" elle crie depuis le couloir.
"Mm, j'arrive.
- Arrive plus vite !"
Ça, c'est Demyx. Demyx qui s'entend beaucoup trop bien avec sa cadette. Deux filous lâchés en liberté. C'est pas bon.
Soupirant, Vanitas se redresse et s'assoit sur son lit, frottant ses yeux pleins de sommeil. La tête encore brumeuse, il abandonne les draps, pousse du pied le petit matelas de Xion qui gène son trajet et se traîne tant bien que mal jusqu'à la cuisine, où les deux larrons l'attendent. Un sourire fier jusqu'aux oreilles leur fend la frimousse. Quand le corbeau descend ses mirettes à moitié ouvertes sur la table, son regard tombe sur un plat encore chaud. Une forme rectangulaire, brune, enfermée dans un moule souple d'où s'échappe une délicieuse odeur chocolatée.
Oh. Intéressant.
"C'est nous qu'on l'a fait !" Xion s'exclame.
"Félicitations.
- Avec plein de chocolat !
- Bravo."
Elle s'en pourlèche déjà les lèvres. Son appétit d'enfant la pousse à grimper sur une chaise, pour mieux contempler le résultat de leur dur labeur. A voir le gâteau, long et plat, Van devine qu'il s'agit d'un fondant. Une des recettes préférées de Demyx, qui les laisse cuire juste ce qu'il faut pour profiter encore de la pâte coulante à moitié cuite. Il remarque les petites encoches dessinées par le couteau maintes fois planté. La large fissure qui s'est dessinée sur le dos de leur goûter. Il doit y avoir une sacrée quantité de beurre dans ce délicieux gâteau. De quoi faire grimacer Riku, s'il était là.
"On dit merci à qui ?" La petite brune s'exclame, ses mimines posées sur sa taille.
"A la crevette.
- Je suis pas une crevette !
- Et j'ai aussi participé." Dem bougonne.
"A la crevette, et à l'épouvantail."
Il prend un coup de cuillère sale sur la joue, échappe un gloussement mauvais et se laisse tomber sur une chaise libre, craquant naturellement ses poignets. Xion grimace et se bouche les oreilles, mais Dem l'imite, jusqu'à ce que la moindre articulation de son corps ait fait sa part de bruit. Puis il se penche sur son petit ami et lèche le chocolat dont il a tâché sa peau.
"Z'avez taffé pendant que je dormais ?
- Ouais. On a rien pris pour le goûter hier, et j'ai vu qu'il restait des œufs, du chocolat et de la farine.
- T'as pas arrêté les oeufs toi ?
- T'avais rien pour remplacer. Et ta sœur aimait pas l'idée d'un gâteau à la courgette, t'façon.
- Beurk." la gamine grimace.
"Tu sais pas c'que tu rates.
- J'aime pas les courgettes."
Elle croise les bras, ancrée sur ses positions. Vanitas se garde bien de lui faire remarquer qu'il y en avait, des courgettes, dans la ratatouille qu'ils ont mangée hier. Elle doit confondre avec les concombres, qu'elle déteste effectivement. Ou avec les cornichons, qu'elle n'a jamais goûtés, mais qu'elle retire minutieusement des burgers Mcdo.
"Bon. Maintenant que l'gâteau est fait, faut l'gouter !" leur cuisinier déclare.
"Oui ! A table !"
L'ébouriffé part chercher une assiette. Son assistante se hisse sur les cuisses de son frère pour en faire son nid. Elle appuie sa tête sur son torse, installe confortablement ses fesses. Puis elle attend que sa part se serve toute seule.
"C'est moi qui ai cassé les œufs, tu sais.
- Wow bravo.
- Et après j'ai mélangé le jaune toute seule, pendant que Dem il faisait monter le blanc. Ça a fait une grosse mousse toute dure !
- Ah ouais ?"
Elle lui explique calmement le déroulé de l'expérience, comptant sur ses doigts les différentes étapes. Son regard océan se plante régulièrement dans le sien pour s'assurer qu'il suit. Sa petite langue rose se perd parfois alors qu'elle articule consciencieusement. Elle s'arrête, inspire, bégaie et reprend sa phrase, concentrée.
C'est fou ce qu'elle s'est améliorée, niveau vocabulaire. Il entends des mots qu'il n'aurait jamais pensé pouvoir trouver dans sa bouche trois ans plus tôt, qu'elle mêle aux erreurs de grammaire enfantines.
"Et maman d'habitude elle met la levure, mais Dem il a dit que nous on mettait pas la levure, parce qu'on allait faire un gâteau raplapla. Il va être tout fondu !
- J'ai hâte de goûter ça."
Une fois le gâteau démoulé, au prix de nombreux efforts, pour éviter que la partie coulante ne s'étale partout dans l'assiette, ils peuvent enfin profiter du résultat de ce dur labeur. Van ne va clairement pas se plaindre, c'est tout à fait correct. Il se ressert, jusqu'à ce que le sucre ne finisse par l'écoeurer. Xion s'en met plein les doigts - doigts qui viennent tirer plusieurs fois le tee-shirt de son frère - puis, une fois son ventre rempli, son débit de parole se tarit comme une source épuisée. Elle repose la tête contre le noiraud. Maintenant, c'est elle qui se frotte les yeux de ses petits poings roulés.
"Toi, tu vas aller faire la sieste.
- Non.
- Oh si.
- Je veux jouer.
- Après le dodo, crevette.
- C'est toi la crevette."
Il sourit, avant de la soulever pour l'amener dans sa chambre. Elle retire elle-même son pantalon, sa petite veste et même son tee-shirt, pour en enfiler un haut large et confortable le temps de faire la sieste. Ses yeux s'ouvrent et se ferment, lourds. Elle baille.
"Tu restes.
- D'accord poussin."
Apparemment, cet animal ne la fait pas tiquer.
"Pour toute la sieste.
- Ouais ouais."
Il filera dès qu'elle sera endormie. De toute façon, elle ne se souviendra même pas de cette fausse promesse. Déjà, elle se roule en boule sur le drap alors qu'il attrape son petit plaid vert pour le lui poser sur les épaules. Un soupir contenté échappe à la gamine, qui cherche sa main pour trouver de quoi pincer. Ses doigts boudinés attrapent la peau tendre et molle, tirent dessus, la malaxent comme une balle anti-stress. Un tic qu'elle a depuis toujours, quand le sommeil l'appelle. Il sent, pourtant, qu'elle lutte contre.
"C'est l'heure de dormir." il insiste doucement.
"Mm."
La loupiote ferme les yeux.
"Vanitas ?
- Yep.
- Pourquoi t'es plus amoureux de Axel ?"
Vanitas soupire. Il s'allonge près d'elle. Note qu'il n'a pas pensé à fermer le volet de la chambre. La lumière coule dans la pièce, mais la gamine ne s'en plaint pas. Elle n'est pas comme lui, à se complaire dans le noir. La chaleur des rayons qui caresse ses mains la berce.
Axel. Il ne pensait pas qu'un jour, Xion lui poserait des question à son sujet, autre que les quelques échangées des mois avant. Elle l'a à peine connu, de toute façon. La dernière fois que l'allumé s'est pointé à la maison pour un repas en famille, elle avait tout juste quatre ans. Quels souvenirs garde-t-elle de cette grande tête rousse, qui passait ses bras sous ses aisselles pour la chatouiller ? Est-ce qu'elle se rappelle des histoires qu'il lui a lues à l'heure du couché ? De sa voix lente et grave qui semblait l'intimider ?
"C'est compliqué.
- Pourquoi c'est compliqué ?
- Parce que c'est des histoires de grands.
- Mais pourquoi c'est des histoires de grands ?
- Parce qu'on peut pas les expliquer aux petits.
- Je suis pas petite."
Il caresse doucement sa tignasse lisse que Demyx a minutieusement brossée ce matin, sur sa demande explicite. Cette même couleur sombre qu'il a sur sa tête, que leur mère partage encore, malgré les lignes grises qui commencent à s'y dessiner. Un lien entre eux, un héritage.
"Pourquoi tu veux pas m'expliquer ?"
Parce qu'il ne peut pas, bien sûr. C'est déjà dur de trouver les mots justes avec les grands. Alors avec les enfants… C'est trop d'ignorance à révéler, trop de concepts qui sont encore flous pour elle. L'amour, la violence. La maltraitance. La force des mots, le désespoir, l'angoisse, la haine. L'isolement, la manipulation, la résignation. Autant d'idées qu'il ne saisissait lui-même pas entièrement, jusqu'à ce qu'Axel les lui enseigne. Malgré lui.
Et puis, il n'a pas envie qu'elle sache. Qu'elle comprenne ce qu'il a traversé. Il a encore lui-même du mal à croire, à concevoir. Les mots qu'il a trouvés, que Demyx a utilisés, il les observe d'un œil méfiant. Comme si c'était trop grand pour lui, trop puissant. Exagéré. Il refuse de lui évoquer cette image de lui, les ongles enfoncés dans les bras, les joues humides, le torse tremblant de sanglots incontrôlés. Cette icône souffrante de son grand frère. Il ne veut pas se rappeler qu'un jour, seul dans sa chambre, c'est cette image pitoyable qu'il a trouvée dans le reflet de la vite. Ce monstre minuscule, misérable. Il voudrait l'oublier.
Il ne peut pas, bien sûr. Il ne pourra jamais effacer ces années de sa vie. Cette faiblesse constante entre ses mains, fragilisées par le travail d'Axel. D'y penser, il sent cette tendre douleur ensommeillée qui remonte, une sensations moelleuse et maladroite, comme un début d'ivresse. Une vieille connaissance.
"Parce que c'est pas que des bons souvenirs.
- Y a aussi des mauvais souvenirs ?
- C'est ça."
Elle se tortille sur la couette pour se tourner vers lui, sortant son pouce de sa bouche avant de reprendre la parole, un joli filet de bave scintillant le long du doigt.
"Quoi comme mauvais souvenirs ?
- Des disputes.
- Pourquoi vous vous êtes fâchés ?
- Parce que quand les gens s'aiment plus, ils se fâchent.
- Comme quand papa et maman ils nous grondent ?
- C'est pas pareil. Papa et Maman ils t'aiment, même quand ils te grondent. Ça fait peur, mais ils veulent pas te faire de mal.
- Et il te faisait peur, Axel ?"
Oui. Quand il posait son regard indéchiffrable sur lui, quand il souriait, s'approchait à pas de chat léger. Quand son timbre vibrait, un rire enfermé dans sa gorge, et qu'il avait envie de se faire éclater les tympans. Quand il se posait en travers du couloir, devant la porte de la chambre ou celle de la cuisine, quand il traversait le couloir jusqu'à la salle de bain, quand la porte grinçait et qu'il allait entrer. Quand il cessait de lui parler, de le regarder, et que Vanitas ne comprenait pas son erreur. Qu'il cherchait en vain une attention brusquement retirée. Quand il murmurait des choses atroces, douloureuses. Sa langue, une lame enfoncée dans son cerveau. Quand il allait se caler contre lui, le lendemain, épuisé, comme un tas de miettes écrasées, et qu'il se laissait cajoler, trop heureux de retrouver cette douceur éphémère.
"Parfois.
- C'est pour ça que vous avez divorcé ?"
Il grimace un peu, essaie de rire pour rattraper le coup.
"Il faut être marié pour divorcer, crevette.
- Vous êtes quoi alors ?
- On s'est séparés.
- Et c'est pour ça que vous êtes séparés ?
- Pour ça, et pour plein d'autres raisons."
Elle hoche doucement la tête en mordillant son pouce, le temps de trouver une autre question. Son regard court sur son frère, ce grand géant qui la porte depuis le jour de sa naissance. Il se demande si elle comprend ce qu'il lui explique. En espérant qu'elle ne demande pas de plus amples explications à leurs parents.
"Et vous vous disputez aussi, avec Demyx ?
- Pas de la même manière.
- Ça veut dire quoi ?
- Que pour l'instant, on est très contents d'être ensemble.
- Et vous allez vous marier ?
- Pas encore, bébé.
- Je suis plus un bébé."
Il passe sa main dans sa tignasse noire et l'embrasse sur le front.
"Tu l'aimes bien, Dem ?
- Oui." elle acquiesce en souriant. "Il est rigolo.
- Très rigolo, oui.
- Et il est gentil aussi."
Oui. Maladroit, parfois, pas toujours au point, et il sait faire preuve d'égoïsme quand il le faut, comme tout le monde. Mais il est gentil. Inconditionnellement. Il partage cet amour sincère sans barrière, et Vanitas ne compte pas lui en imposer. Plus il passe de temps avec lui, plus il comprend ce moteur essentiel qu'est l'affection, pour le musicien. Ce besoin d'offrir, de partager le sentiment brûlant que les autres font naître en lui. Il aime, naïvement, simplement.
"Même s'il a des gros sourcils sous les bras."
Un rire spontané le prend. Des sourcils. Elle fait encore une fixette sur cette histoire.
"Allez, ferme les yeux.
- Je pourrai avoir des dessins animés, si je dors ?
- Oui, plein.
- Maman elle m'en donne que le matin.
- T'en auras aussi ce soir. Mais faudra pas lui dire.
- D'accord !"
Elle sourit aussi grand qu'elle peut, avec ses jolies dents blanches, puis elle obéit enfin et elle ferme les yeux. Quoi qu'elle ait pu protester, tout à l'heure, il ne lui faut pas attendre longtemps avant de sombrer enfin dans un profond sommeil de sieste, calme et réparateur. Le corbeau attend, se recule, surveille qu'elle ne s'agite pas. Il s'éloigne en silence. Quitte la chambre sans fermer entièrement la porte, pour ne pas rater une plainte ni un pleur.
Repérant son mec allongé sur le canapé, il lui adresse un geste victorieux avant de venir se poser contre lui. Enfin un peu d'intimité.
"T'as réussi à la coucher ?" le rockeur demande tout bas
"Yep.
- Et elle en a pour combien d'temps ?
- Aucune idée. Une heure ou deux, sauf s'y a un truc qui la réveille.
- Ça marche."
Il s'étire longuement et échappe un soupir d'aise alors que l'autre grogne sur son téléphone. L'androïde retombe sur le coussin mou, le poing serré du blondin se glisse sous son minois irrité. Une grimace rageuse crispe sa bouche.
"Mauvaise nouvelle ?" la teigne s'inquiète.
"Mm, nan." il souffle. "Juste un connard sur Grindr."
Sur Grindr ? Il ne pensait pas que Dem traînait sur ce genre d'appli. La question l'intrigue, il n'a pas souvenir de l'avoir entendu évoquer la chose. Pas plus qu'il n'a parlé de plan cul ni de rendez-vous, ces derniers temps. Sûrement qu'il se connecte tous les quatre matins, comme quand il traînait sur Tinder, à la fac. D'ailleurs, est-ce qu'il a toujours Tinder ?
"Connard comment ?
- Connard sérophobe."
Le musicien récupère l'objet du crime, le débloque, ouvre l'application et le temps à son petit ami.
[Nn mais les mecs comme toi faut les virer du site a un moment. C dangereux. tu sais que tu vas crever avec ta merde là
faut être con aussi pour choper le sida alors qu'y a des truc pour se protéger]
Ah. En effet.
"T'en reçois souvent des comme ça ?
- Parfois."
Il étend ses jambes longilignes au-dessus des celles de son amoureux Van y pose sa main, caresse sa peau, faute de trouver les mots qui lui conviendraient. Il sent la rage qui pique son regard éternellement calme. Cette colère injuste qui lui crispe la mâchoire. Sa joie de vivre éraflée et l'impuissance qui le tient tout tendu.
"Ça m'gave.
- Laisse. C'est juste un con qu'avait du temps à pendre.
- Même, ça fait chier."
Leurs mains se trouvent, se serrent et restent blotties l'une contre l'autre.
"J'en ai marre des gens qui viennent te pourrir alors qu'y savent même pas d'quoi ils parlent."
Van le laisse faire, quand il se redresse pour caler sa tête sur la pointe de son épaule. Un sourire bref le traverse à la vue du doigt d'honneur que son gars adresse à son propre téléphone. Un vrai gosse. Mais un gosse blessé.
"T'as qu'à lui envoyer ça comme réponse.
- Ouais."
Pas le temps de s'étonner, Demyx a déjà rouvert la conversation. Une photo de majeur plus tard, il a retrouvé une mine non pas joyeuse, mais au moins satisfaite.
"Bon. On fait quoi ?" il s'exclame aussitôt.
"Du ménage. Faut dégager tout ce que vous avez laissé dans l'évier.
- Mais c'est presque propre, ta sœur a léché les plats.
- Tu veux faire une salade dans un saladier plein de bave ?
- Nan. C'est dégueu. Beurk.
- Alors voilà."
Il va pour se lever, mais Dem le retient, ses longs doigts enroulés autour de son poignet. Il tombe sur son regard de chat quémandeur, le même que le matou du quartier prenait, chez ses parents, quand il venait quémander les restes du poulet qui embaumait le jardin.
"Quoi ?
- Tu m'embrasses ?
- Rassure-moi, t'as pas l'intention de m'sauter dessus alors que la porte de la chambre est ouverte ?
- Nan.
- Ouais.
- J'sais que tu voudras pas."
Il lui jette un regard faussement désespéré puis grimpe au-dessus de lui le temps d'échanger un baiser correct, passant sa langue sur ces deux lèvres appétissantes. Ils prennent leur temps, savourent cette douceur fainéante qui leur donne envie de passer la journée paresseusement blottis l'un près de l'autre, à se rouler des pelles en regardant des vidéos sur youtube.
"Dans la cuisine, on a le temps de l'entendre arriver.
- Même pas en rêve."
Il se lève, ignore le glapissement attristé qui vient du canapé et file dans ladite cuisine pour s'occuper de tout le joyeux bazar abandonné. Un magma de chocolat, de beurre fondu et de farine trône dans l'évier. Il grimace à l'idée d'y plonger les doigts.
"Même si ça va vite ?
- Tu comptes insister longtemps ?
- Ça dépend, faut combien de temps pour te convaincre ?
- Essaie et tu verras.
- Donc j'peux essayer ?"
Il l'entend approcher, alors qu'il remplit patiemment la machine qui se chargera gracieusement du lavage à leur place. A peine discret, le gars, quand il glisse ses bras autour de sa taille. Son dernier couvert enfin planté dans le lave vaisselle, Van laisse faire. Il ricane.
"T'as eu tes résultats, d'ailleurs ?" l'énamouré demande.
"Yep.
- Et ?
- Tout est nickel.
- Mm. Intéressant."
Il se tourne à moitié, juste ce qu'il faut pour l'embrasser. Laisse l'autre le pousser doucement vers la table de travail, mais se contente de glisser ses mains dans le creux de son dos pour le serrer, sa tête posée sur son épaule.
"T'es content ?" Dem lâche soudain.
"Content de ?
- De nous. Genre, t'es bien, là ?
- Ouais."
Il sent sa large main qui passe dans ses cheveux. Bien moins puissante que celle d'Axel. Il est toujours délicat, le guitariste, quand il l'attrape. Ou alors il n'a pas de force. Possible aussi. Crédible, même, le connaissant.
"Tu me dis, si jamais tu te sens pas bien. Ou si t'as besoin de parler.
- T'inquiète."
Il sait pourquoi Demyx lui dit ça. Et même s'il la joue détaché, ça le touche. De voir qu'il fait attention, qu'il se soucie de son bien être pour de vrai, et pas une fois à l'occasion, pour la forme. Ça l'étonne toujours autant, de l'entendre qui s'excuse quand il est maladroit ou qu'il lâche la plaisanterie de trop. De le voir prendre la pleine responsabilité de ses actes, sans chercher à argumenter. C'est presque bizarre, il a perdu l'habitude. Mais ça lui fait du bien.
Oui, pour l'instant, il est content. Et il a envie de continuer sans se brusquer.
Il ferme les yeux, pour mieux sentir le contour de son corps contre le sien.
Parfois, il se rappelle d'une silhouette similaire plaquée contre la sienne, il croit entendre un rire mauvais, une fausse compassion mielleuse, il guette la pique fourbe. Ça lui fout la trouille.
Mais là, il sait que c'est Demyx qui le tient. Qu'il peut se laisser aller. Alors ça va.
[TW : serophobie]
Et voilà !
Pour les messages que Dem reçoit, ça ne vient pas de nulle part. C'est basé sur les messages que le compte insta Seropos-vs-grindr affiche, et si vous voulez en apprendre plus sur le sujet, n'hésitez pas à aller jeter un coup d'œil dessus !
Bref !
A la semaine prochaine pour le chapitre final !
