Liam, Ghérart, Roy et Lilith se tenaient devant l'immense porte du bâtiment des États Généraux. La Duchesse n'y avait pas mis les pieds depuis le vote de la libre circulation du Bataillon. Elle soupira puis inspira longuement.

- Tu es prête ? Lui demanda son garde.
- Toujours. Répondit-elle à Liam d'une voix assurée.

Elle fit signe aux deux autres assassins de rester en retrait et s'avança avec son second dans le noble bâtiment aux pierres impeccables.

L'Assemblée de la Haute Noblesse était déjà au complet, et son entrée ne passa guère inaperçue. La dizaine d'aristocrates semblait l'attendre. Detlev se leva lorsqu'il vit la jeune femme. Il souriait.

- Comment osez-vous ? Hurla-t-elle à plein poumon.
- On a déjà fait l'effort de le laisser en vie, je trouve que vous êtes devenue exigeante... Se moqua Detlev.

S'en suivit alors des joutes verbales violentes dans lesquelles Lilith rappela la Charte Humaine, et l'interdiction de torturer des citoyens d'Elda sans preuve solide ou raison suffisante. Erwin avait d'abord été gentiment interrogé concernant Eren et Historia. Puis après l'accusation du meurtre de Dimo Reeves, le Gouvernement avait profiter de l'occasion pour l'enfermer et le torturer.

Le Major ne dit mot concernant les deux recrues, et sa sentence avait été prononcée la veille. Il devait être exécuté pour mise en danger de la ville de Stohess et rébellion auprès du Gouvernement pour sa non coopération à livrer Eren et Historia. Sur le document officiel juridique, le soit disant meurtre de Dimo n'apparaissait même pas.

- Vous n'aviez aucun droit de le toucher. Articula Lilith qui n'avait nul effort de mise en scène à fournir tant elle était déjà en colère.
- Erwin Smith n'est rien. Nous parlons de la survie de l'Humanité ! Répliqua Aurille, un des représentants du Gouvernement.

Elle menaça alors chacun des nobles, et prit le soin de laisser ses mots dépasser sa pensée, afin que l'Assemblée la considère comme submergée par ses émotions, et donc dépassée tout court. Lorsqu'elle eut finit de se donner en spectacle, elle fit demi-tour mais Detlev la rappela.

- Si vous voulez mettre fin à ses souffrances, vous pouvez toujours le voir et lui demander de nous livrer Eren Jaeger et Historia Reiss.

Lilith resta silencieuse quelques secondes, surprise de sa proposition. L'idée de voir Erwin enfermé dans une cellule et baignant dans son propre sang ne la réjouissait guère, mais elle pourrait ainsi lui assurer que tout se déroulait correctement de son côté. Cela l'aiderait à tenir.

La jeune femme avait passé un contrat avec la presse, et leur avait fourni les informations nécessaires concernant Dimo Reeves, afin qu'ils publient officiellement un démenti quant à l'implication du Major dans la mort tragique du commerçant. La faction de la Division Royale avait été pointée du doigt, ainsi que les agissements parfois extrêmes du Gouvernement lui-même. Le peuple était en train de se lever. Le climat était propice à un Coup d'État. La confiance était rompue.

Elle accepta de s'entretenir avec Erwin et avança qu'elle ferait tout pour le faire avouer si elle avait leur parole qu'ils ne l'exécuteraient pas. Les membres de l'Assemblée se consultèrent un instant puis acceptèrent cet arrangement. Lilith se demanda si leur parole valait réellement quelque chose mais ne s'attarda guère sur la question, puisque le plan n'était pas de faire avouer Erwin.

Elle quitta alors le beau bâtiment des États Généraux et rejoignit la prison de Mitras, où était enfermé Erwin. La jeune femme resta un instant immobile devant la porte d'entrée. Elle jeta un regard à Ghérart, qui n'avait pas l'air particulièrement heureux non plus de devoir y retourner. Elle se rappela les fois où son père l'avait obligé à faire face à Ghérart, mourant, dans une cellule encore plus moisie que les autres.

- Tu peux rester dehors, je ne prends que Roy avec moi. Lui dit-elle.

Liam et le grand garde restèrent ainsi en retrait et laissèrent leur collègue ainsi que Lilith pénétrer dans la sinistre prison de la Capitale. Ils s'assirent sur les marches, le regard dans le vide, les bras croisés. Liam n'était pas non plus friand de cet endroit, dont il s'était échappé plus jeune.

- Je le sens très mal, moi, ce plan. Râla Liam.
- Si c'est le plan de Lilith, il est forcément excellent, et il va fonctionner. Répondit Ghérart sans une once d'hésitation.

Liam sourit. Ce n'était pas avec lui qu'il pouvait avoir ce genre de conversation. Il n'insista pas et se mit lui aussi à détailler les fissures des pierres avec la plus grande attention. Au bout d'un certain temps, Roy et Lilith réapparurent.

Le visage de Roy était comme verrouillé, tandis que Lilith s'appuya contre la margelle de l'escalier avant de vomir. Elle resta un instant contre le rebord, puis elle se redressa une fois remise de ses émotions. C'était toujours extrêmement rapide avec elle.

- Tout va bien. Ils l'ont bien amoché, mais il va tenir jusqu'à demain matin, pour le procès. Je vais retourner voir Detlev et lui annoncer qu'il n'a pas lâché un mot.
- L'odeur est vraiment insupportable à l'intérieur. Je ne sais pas comment t'as fait, Ghérart. Tu as tout mon respect.
- Tu n'y es jamais allé ? S'étonna ce dernier.
- J'étais excellent dans mon boulot. Se défendit Roy, comme attaqué dans son amour propre.
- Et toi Liam ? Demanda Ghérart.
- Qui sait... Répondit-il avant d'aider Lilith à descendre les dernières marches.

Ils retournèrent aux États Généraux et Lilith leur fit une scène digne d'une pièce de théâtre antique. Elle lâcha même une larme dans la bataille, avançant qu'Erwin ne comprenait pas que tout cela le dépassait largement, et qu'il mettait l'Humanité en danger.

- Il ne m'a même pas regardé. J'ai fais tout ce que je pouvais faire pour lui.

Sa performance fut si éblouissante que même Detlev radoucit son regard et décida de la consoler en posant légèrement sa main sur son épaule. Elle fit mine d'apprécier le geste et quitta la pièce d'un pas lourd.

Lorsqu'elle sortit du bâtiment, elle arbora un magnifique sourire à ses gardes, tandis qu'ils essayaient tant bien que mal de ne pas rire.

La soirée lui parut bien longue, et Lilith ne réussit à dormir. Elle joua toute la nuit avec la broche d'Erwin, blottie dans ses draps. Le plan était parfait, mais l'enjeu était trop important pour qu'elle ne s'inquiète pas. Elle repensa à la première réaction du Général Pixis, qui ne savait que penser de ce Coup d'État. Finalement, il avait été facile de le convaincre. Cet homme servait vraiment les intérêts du peuple, sans vanité ni ambition obscure.

Les premiers rayons du soleil lui indiquèrent qu'il était temps de passer à l'action, et elle se prépara pour l'entrevue avec le Roi. Étant donné la gravité de la situation, il était de son devoir d'assister à la condamnation officielle du Major, auprès du Roi. Elle rejoignit la poignée de nobles devant l'immense salle du Trône. Detlev était de très bonne humeur et ne tentait même pas de le cacher.

Lilith portait une robe rouge sang, agrémentée de dentelles noires, et il eut même l'audace de la complimenter sur sa tenue en une telle occasion. Elle ne répondit rien, toujours dans son rôle.

Erwin fut amené dans la pièce, accompagné de Naile Dork et du Général Pixis. Un léger effort avait été fait pour que le militaire soit présentable, mais hormis le fait qu'il était rasé, on voyait bien dans quel état pitoyable il se trouvait. Elle détourna légèrement les yeux, détestant le voir à genoux devant la Noblesse.

Le pseudo procès commença, et Erwin n'eut même pas l'occasion de prendre la parole. Son exécution avait déjà été décidée en avance. Puis une soldate de la Garnison interrompit la sentence pour prévenir que le Mur Rosa était tombé à cause du Cuirassier et du Colossal. Un silence mortuaire s'installa dans la pièce puis les nobles aboyèrent qu'il fallait fermer les portes de Sina.

Lilith s'opposa fermement à l'idée, mais la panique générale s'empara de l'Assemblée présente, et les trois membres du Gouvernement déclarèrent que Mitras serait verrouillée, et les portes de Sina condamnées au plus vite.

Cette réaction ne surprit guère Lilith. Son plan avait quelques failles, mais rien de ce côté. Elle savait pertinemment quelles étaient les véritables couleurs de la Haute Noblesse. Le peuple existait pour les servir, et au moindre danger, ils n'étaient que du bétail à sacrifier. C'était aussi simple que cela.

Pixis déroula alors le plan et l'Armée déclencha un Coup d'État, sous couvert de la Charte de l'Humanité. La même loi qui allait faire exécuter Erwin le plaça à la tête du Gouvernement en quelques secondes à peine. Les nobles hurlèrent de rage en comprenant que le Mur Rosa n'avait jamais été attaqué. Elda devint un Gouvernement militaire, partagé entre les Brigades Spéciales, la Garnison et le Bataillon, et ô combien important : de manière équitable.

La supercherie du Roi fut dévoilée, tandis que les conseillers du Roi furent arrêtés, ainsi que les nobles de Hauts Rangs. Stefan Krause et Mathieu de Clève n'étaient guère présents, n'étant pas friands des exécutions, et encore moins de tout ce qui touchait à la politique. Ainsi, seule Lilith fut épargnée dans la salle du Trône.

Erwin fut immédiatement libéré, et ils s'attelèrent à retrouver les membres en exil du Bataillon.

Naile Dork était resté figé sur place, complètement dépassé par les évènements. Sa dernière entrevue avec Erwin l'avait laissé perplexe, car le blond ne semblait pas réaliser que tout s'arrêtait pour lui. Il devait bien reconnaître qu'il n'avait rien vu venir de ce Coup d'État...

Lilith prit place à ses côtés tandis que la pièce avait été entièrement vidée. Il lui adressa un regard perdu puis quelque peu honteux en comprenant qu'elle avait toujours fait partie de cette stratégie. Seules les Brigades Spéciales avaient été écartées du plan.

- Tu l'as sous-estimé. Lui dit-elle d'une voix claire.
- Sacré Erwin. Finit-il par dire, ne sachant que répondre.
- Cela va vous faire drôle de devoir les respecter comme vos pairs, dorénavant... Ricana-t-elle.
- J'ai toujours eu un certain respect pour le Bataillon. Se défendit le Commandant des Brigades Spéciales.

Lilith ria aux éclats, libérant par la même occasion toute l'anxiété et le stress qu'elle avait accumulée depuis l'arrestation musclée d'Erwin.

Une toute petite heure plus tard, Erwin était déjà revenu habillé de l'uniforme militaire officiel et débriefait avec son équipe. Les nouvelles du Bataillon ne furent guère réjouissantes. Le fameux Kenny, qui n'était autre que le Commandant en Chef de la Division Royale, avait capturé Eren et Historia. Aux dernières nouvelles, ils cherchaient la localisation de Rhodes Reiss afin de les retrouver. Il était évident qu'il les avait menés à lui.

La Division Royale avait d'ailleurs fait de nombreuses pertes du côté du Bataillon, et n'était pas à prendre à la légère. Leurs aptitudes et équipements laissaient deviner qu'ils avaient été spécialement formés à éliminer les soldats des Ailes de la Liberté.

Lilith eut soudain une illumination et coupa la parole à Hanji, qui éliminait point par point les possibilités de la planque de Rhodes Reiss.

- La Chapelle. Déclara-t-elle.

Hanji se précipita sur la carte et demanda des précisions sur sa localisation, afin d'y envoyer une équipe de sauvetage. Erwin organisa toute la logistique et le Bataillon repartit immédiatement en mission. Lilith n'avait pas la moindre idée de ce qui se tramait là-bas, ni même de la raison pour laquelle Rhodes avait kidnappé Eren ou même sa fille... Qu'attendait-il d'eux ? Rien de tout cela n'avait de sens pour elle. Et les conseillers du Roi s'étaient murés dans le silence le plus total.

Lilith eut enfin la possibilité d'un tête à tête avec Erwin lorsque le Bataillon partit, et que la Garnison et les Brigades Spéciales retournèrent à leur poste pour gérer le peuple, qui devenait incontrôlable. Le Coup d'État fut rendu public, mais aucune autre information ne fut révélée à la population et encore moins aux journalistes.

La jeune femme plongea ses yeux dans ceux du Major et ce dernier s'approcha lentement d'elle avant de l'enlacer tendrement. Son visage était tuméfié et ses cernes trahissaient qu'il était épuisé. Mais il ne flanchait pas. Il avait orchestré toutes les opérations d'une main de maître.

- Ton père avait raison. Lui dit-elle tout en resserrant son étreinte.

Il ne dit mot mais elle put distinctement sentir qu'il était ému. Ils restèrent ainsi quelques temps puis Erwin et elle s'installèrent dans des fauteuils pour échanger sur la suite des évènements. Notamment, Lilith posa la question de ce qu'il fallait révéler au peuple. Devaient-ils savoir que leur Roi était un imposteur ? Que leur mémoire avait été altérée ? Que tout n'était que mensonge ? Lilith n'était pas pour.

Erwin fut d'abord révolté par son point de vue. Il répliqua que tout le monde avait le droit de savoir, et qu'il était le fruit d'un système reposant sur le mensonge. Puis la jeune noble argumenta sur le fait que le peuple allait paniquer. Que le Royaume allait probablement s'enflammer si sa population n'avait plus foi en rien.

- Le problème Erwin, c'est que le peuple est limité. Il ne comprendrait pas. Sois honnête, la plupart n'ont que faire de la Vérité. Ils veulent se sentir en sécurité et nourrir leur famille, cela ne va pas plus loin. Si tu révèles tout, tu vas anéantir cet équilibre. Nous n'avons pas encore les réponses... Je ne suis pas fermée à l'idée de tout leur dire, mais plus tard, lorsqu'il y aura une solution, une explication claire, et surtout, des réponses réelles.

Il l'écouta silencieusement. Elle avait un point. Mais l'idée le répugnait, lui qui avait passé toute sa vie à essayer de comprendre ce que le Gouvernement cachait. L'argument de la sécurité était une pente dangereuse qui pourrait vite les mener à la dictature. Après tout, le Gouvernement était déjà aux mains des militaires...

- J'ai une requête. Lui dit-elle.
- Je t'écoute.
- J'aimerais effectuer moi-même la purge au sein de la Noblesse. Tout n'est pas à jeter, et il n'a jamais été question d'abolir le système, mais simplement de l'assainir, n'est-ce pas ?

Il la rassura sur ce point et lui accorda carte blanche à ce sujet. Elle esquissa un sourire, satisfaite de la situation. Ce Coup d'État l'avait rendue encore plus puissante, au bout du compte.

Cette petite aparté fut brusquement interrompue par un soldat de la Garnison. Ce dernier était venu les prévenir qu'un Titan gigantesque s'approchait dangereusement de Sina.


Pfiouuuu Une bonne chose de faite ! Ahahahah
Merci encore pour vos commentaires, vos lectures, vos soutiens, je suis tellement heureuse d'avoir encore des lecteurs au bout de 62 chapitres ! C'est fou ahah
Love uuuuu