Hey !

Et voilà. Le dernier chapitre de cette histoire. Wow. Un beau bébé de plus de 200k mots écrit et corrigé sur un an et demi. Eh ben. Je pensais pas réussir un truc aussi long un jour. Et il est définitivement terminé. Tout est posté. Bon. Bon.

Merci à Ima et à Mijoqui pour les reviews sous le chapitre précédent, et à Yu pour la correction !

Bonne lecture ! (on se retrouve à la fin de ce chapitre pour les remerciement)


Il faut qu'il rentre un max de choses là-dedans.

Un, deux, trois, six tee-shirts. Allez, six. Autant de sous-vêtements propres qu'il lui en reste. Trois. Merde. Il aurait dû faire cette putain de lessive hier. Tant pis, il emporte ceux qui sont sales. Il trouvera bien un moyen de les laver. Un peu de monnaie, un tour à la laverie, il se démerdera. Et pour les étendre ...

Il y pensera plus tard.

Les chaussettes, il prend les plus petites. Elles prendront moins de place. Puis de toute façon, on est en Avril. Et en Avril, dans le sud, il doit faire grand soleil. De quoi requinquer son teint pâle, sa peau blanche des journées passées enfermé dans cet appartement. Un pantalon par contre, ça prend beaucoup de place. Un, deux. Plus celui qu'il a sur lui. Un treillis. Des jeans. Il pourra les porter la tonne de fois sans les laver. Et son seul pantacourt. Il le fourre dans son sac à dos. Son porte monnaie, dans ses poches, avec sa carte bleue. Il mettra un sweat assez grand pour les couvrir, qu'on ne lui vole rien. Il ne peut pas se permettre de perdre son fric.

Son téléphone suit. 15h45. La gare est à trente minutes à pied. Mais le trajet passe devant l'immeuble où Axel bosse. Il devrait peut-être faire un détour ? Non, n'importe quoi. Le roux tafe dans son bureau. Il ne passe pas la journée le nez collé à la vite, à guetter son petit ami. Puis même, de là-haut, il a vu sur l'appart d'en face, pas sur le trottoir.

Et s'il le croisait ? Si l'allumé sortait en avance ?

Oh, et une gourde. Une simili gourde. Une bouteille en plastoc qu'il remplit à la va-vite.

Merde, les trains. Il n'a pas vérifié les trains. Et s'il n'y en avait plus, aujourd'hui ? Entre les grèves, les vacances, ils sont peut-être pleins, ou annulés. Ou rares, aussi. Il ne sait pas combien de trajets passent entre Clermont et Toulouse. Il n'y en a peut-être plus, le soir. Il risque de rater le dernier.

Tant pis. Il en prendra un autre. N'importe lequel, pourvu qu'il l'amène loin d'ici. Loin de ça. D'Axel.

Au pire, il a les bus.

Mais si jamais l'autre le retrouve ? Non, il ne peut pas vérifier ses achats. Leurs comptes sont séparés, et il ne connaît pas ses identifiants. Il ne peut pas savoir. Il ne pourra jamais. Mais il est malin. Pas besoin d'être un génie pour trouver sa destination. C'est évident. Il n'a pas d'autre endroit où aller, le noiraud. Qu'une seule grande ville où espérer un toit. Merde.

Non. Mettons qu'il capte. Ça change quoi ? Il ne pourra rien faire. Il n'a pas les numéros de ses potes - enfin, celui de Demyx, peut-être. Mais Van n'ira pas chez Dem. Il n'a pas même pas sa nouvelle adresse. Il ne sait pas avec qui il vit. Non, il lui faut quelqu'un qu'il soit sûr de trouver peu importe l'heure. Une personne posée, qui n'aime pas particulièrement sortir, trop chill pour hurler en le trouvant devant sa porte. Nami.

Il s'assure qu'il a encore son numéro enregistré. Oui, c'est bon.

Et les dessins de Xion. Il ne peut pas partir sans les dessins de Xion. Si jamais Axel les trouvait ? Il pourrait les jeter. Décider que tout ce qu'il abandonne ici ce soir lui appartient. Tout balancer, revendre, se débarrasser de ce qui encombre cet appartement. Son appartement, dont il paie intégralement le loyer. Menacer par messages de tout dégager pour le forcer à se pointer. Lui déchirer le cœur. Van doit prendre un max de choses. Tout ce qui est précieux, tout ce qu'il ne supporterait pas de perdre.

Les dessins de Xion, dans une pochette. Avec les papiers importants. Il la fourre dans la valise.

Il ajoute le peu de photos qu'il a. Qu'il veut garder.

Est-ce que ça vaut la peine de prendre du shampoing et du savon ? Non. Il en trouvera facilement chez les autres. Et si personne ne lui ouvre la porte, sans douche, il n'en fera pas grand-chose.

Des squats. Il y en a peut-être un qui pourra l'accueillir, si besoin. Mais il ne sait pas où en trouver. Si c'était si simple, les gens ne pionceraient pas dans les rues. Il suppose. Puis dans la rue, on risque de lui voler ses affaires. Sa valise. Son sac. Son fric.

Demyx. Demyx en connaissait, à l'époque. Il y a même vécu, quand il a perdu son studio en L1, à la mort du proprio. Avant que sa tante ne lui refile cet appart où il a lui-même tant de fois dormi, pour décuver.

Ce même appart où il s'est réveillé, le jour où il a rencontré Axel. Le lendemain.

Son chargeur. Sans batterie, il ne pourra contacter personne. Mais sans toit, sans prise, il ne pourra pas le brancher. Tant pis. Il le prend quand même. Dans son sac.

Trois bouquins qu'il adore, et qu'il refuse de perdre. Dans son sac, aussi.

Qu'est-ce qu'il lui faut, encore ? Il a tous ses papiers, de quoi s'habiller. Sa valise est pleine à craquer, et il regrette de ne pas en avoir acheté une plus grande quand il en avait encore l'occasion. Il aurait dû se préparer avant. C'est trop tard.

Et Nami. Il la prévient maintenant ? Sur le trajet ? Si elle refuse est-ce qu'il aura encore la force de partir ? Merde. Il fait quoi, si elle ne répond pas ? Si elle n'a pas de place pour lui ? Tant pis. Il appellera Dem. Ou Hayner. Riku habite hors du centre ville, mais il sait se rendre chez lui. Il n'aura que ça à faire. Au pire, il cherchera Ven sur Facebook. Est-ce qu'il le déteste encore, depuis le temps ?

Vanitas prend note de ne plus jamais larguer pitoyablement les ex dont il pourrait un jour avoir urgemment besoin.

Bon. La valise est prête. Axel rentre dans moins d'une heure. Non, il finit plus tard le jeudi. Ça lui laisse plus de temps. Il se pose, inspire un grand coup. Qu'est-ce qu'il lui manque pour sortir d'ici ? Un truc dont il ne pourra pas se passer ?

Ses clopes.

Il fume beaucoup moins, maintenant. Le fric lui manque. Puis il se retient quand Axel est là, à cause de l'odeur. Mais il préfère éviter un arrêt brutal, surtout s'il doit se retrouver à la rue. Mauvais, très mauvais plan. Il va devenir dingue.

Il est déjà dingue.

Il ne veut pas qu'Axel rentre. Pas après la dispute d'hier. Pas sa voix. Son rire. Ses mots. Plus jamais. Plus jamais ça, putain.

Il croit entendre un bruit de serrure. Une clef qui gratte. Qui tourne. Un déclic. Une poignée. Son corps est un tas de neige molle.

Des pas. Un silence. Rien.

La porte claque.

C'est le voisin. Le putain de voisin.

Il ferme la valise sans attendre, les mains tremblantes de précipitation. Il n'a jamais eu si peu d'énergie dans le corps. Il en a besoin, pourtant. Désespérément besoin. Il inspire.

Axel va rentrer, ce soir. S'il reste, il va le voir passer la porte, sentir son regard tomber sur lui. La pièce sera lancée. Pile, c'est le réconfort chaleureux, ses bras autour de lui, ses lèvres, sa voix tendre dans son oreille. Et ce petit rappel brûlant comme quoi il n'aime pas s'énerver, non, il déteste ça, mais Van met toujours ses nerfs à rude épreuve. Van éprouve tout le monde, toujours, c'est bien pour ça que plus personne ne lui parle. Et Axel, lui, il le supporte encore, parce qu'il l'aime, il fait des efforts pour lui, et il aimerait tellement qu'il en fasse aussi, parce que c'est pas facile de vivre avec un type comme ça, c'est épuisant. C'est blessant, même, de l'entendre lui parler comme on s'adresse à un chien, irrespectueux, toujours à se torcher avec la politesse. Alors il faut qu'il essaie de faire mieux. Pour Axel, pour lui faire plaisir. Pour qu'il ne craque pas, encore. Qu'il ne prononce plus jamais les mots qui blessent. Pile, c'est l'amour culpabilisant.

Face, c'est le rire. Le regard amusé, condescendant, les mains posées sur la taille, le grand sourire qui lui bouffe le visage. Face, la voix beaucoup trop légère qui lui passe au-dessus de la tête, et qui s'écrase brusquement sur ses épaules. L'enclume. Le poids peur dans le ventre. "Oh, t'es encore là ? Attends, c'est pas toi qui parlais de partir, hier ? Tu sais, juste avant de te mettre à chialer, quand t'es allé chercher tes clefs. T'es resté dans ta chambre toute la soirée, alors ? Tu t'es dégonflé ? Quoi, y fait trop froid pour toi dehors ? Pauvre chaton. Mais vas-y sors, dégage, ça me fera des vacances. Enfin la paix. Ah, c'est vrai, t'as personne pour t'héberger. Quoi, t'as des amis ici, sérieux ? Attends, j'te file une médaille. Non pas pour toi, pour eux, Tu leur transmettras, hein, parce qu'il en faut du courage pour te supporter. Mais faudra pas revenir en pleurant quand ils t'auront jeté. Comme tous les autres. Bah oui chaton, les gens comme toi, ils finissent seuls. Ça t'étonne ? Quoi, tu vas pleurer ? Arrête avec ta manche, c'est dégueulasse. Va cherche un vrai mouchoir." La voix toute douce, le sourire. Face, c'est le verbe acerbe, l'acide qui ronge jusqu'aux os, qui lui donne envie de hurler, de se rouler en boule et de se crever les oreilles.

Pile, il perd.

Face, il perd

Axel rentre, il perd. Il ne pourra jamais gagner contre lui. Jamais.

Alors il ne lui reste plus qu'une seule solution.

Il tire sa valise dans le couloir, porte son sac sur son épaule. Téléphone dans sa poche gauche, fric quand la droite. Il appellera à la gare. Ou dans le train. Il appellera quand il sera certain de ne pas se retourner. Quand il n'aura plus sous les yeux le salon, l'ordi d'Axel qui traîne, les livres sur l'étagère, la tasse de café que le rouquin a oubliée de ranger. Les souvenirs, le bonheur qui traine sur les meubles. Le soleil qui éclaire la pièce comme un grand rideau doré, piqué de poussières scintillantes.

Trois ans. Ça fait trois ans qu'il vit ici. Trois ans qu'ils sont en train de construire leur petite vie tranquille, celle dont le noiraud a toujours rêvé. Loin de sa mère, de son père, de toutes ces conneries qui le gavaient. Trois ans, il a essayé de toutes ses forces, donné tout ce qu'il pouvait, toutes ses larmes.

S'il reste, il a peut-être une chance de raisonner Axel. De lui montrer qu'il a mal, qu'il n'en peut plus. Qu'il a besoin de lui, mais pas comme ça. Il garde l'espoir de retrouver les jours parfaits des premiers temps de leur relation. S'il reste, il peut… Il peut… Il peut y croire.

S'il part, c'est fini.

Il se tourne vers la porte. Guette l'arrivée surprise d'Axel. L'imprévu. Le bruit traître et la terreur qui suivra. Rien.

S'il part…

Il empoigne la valise. S'avance. Enfonce la poignée.

Plus tard. Il réfléchira plus tard. Quand il sera trop tard pour changer d'avis.

xoxoxox

J 389

La Garonne ronronne sous ses pieds, gorgée de toute l'eau qui a plu ces derniers jours. Le courant puissant emporte les cadavres de bois, les déchets et les mouettes qui jouent le long du cours boueux, se posent sur sa surface pour se laisser emporter avant de s'envoler, remontant la ligne brune. Elles s'amusent, on dirait. Comme un gamin sur son toboggan.

Il aimerait pouvoir les imiter, planer sur le fleuve et s'abandonner, encore et encore, léger. Comme un oiseau. Un nuage.

Il a fini tard, aujourd'hui, mais le soleil n'est pas encore couché. Début du mois de mai, l'astre accompagne encore ses trajets quand il rentre. Il s'appuie contre lui, pose une main tiède sur sa peau enfin découverte. Un contact bienvenu. Une chaleur apaisante qui lui fait préférer un retour à pied, sans métro. Sans inconnus collés contre lui, ses doigts agrippés à cette barre de fer moite qui réveille chez lui un fond de dégoût.

Et puis, le Pont Neuf offre un chouette paysage.

Il aurait bien fait un tour à la Prairie des Filtres mais le fleuve gourmand a dévoré une partie des terres. Apparemment, c'est la même à la Dorade. Il n'a encore jamais vu ça. Pour la peine, il prend une photo et l'envoie à Demyx. Le liquide qui remonte le long de l'herbe, les bancs qui pointent au milieu de l'eau, c'est impressionnant.

Il se pose là, les bras croisés sur la rambarde, à profiter de la chaleur printanière et des odeurs fleuries qui lui parviennent parfois en brèves effluves. C'est agréable, parfois, de se tenir debout face à l'eau, simplement, sans penser, sans parler, le cerveau en pause. Plus de pression, pas d'inquiétude. Le boulot n'existe plus, les tâches ménagères non plus. Le repas, la cuisine, il s'en inquiétera plus tard. Même, il pourrait s'acheter un truc sur le chemin. Ou faire un tour au resto. Il n'est pas riche, mais il a les moyens d'y aller, tant qu'il surveille les prix. Il pourrait proposer à Dem de le rejoindre. Ou à Larx, depuis le temps qu'il ne l'a pas vue, entre Aqua et les examens. La traîner dehors pour la forcer à se détendre, c'est une bonne idée. Et puis, au pire, un resto sous seul, assis à une table reculée dans un coin, à simplement savourer un plat qu'il aime et qu'il n'a pas eu à cuisiner, c'est tout aussi bien.

Tournant ses pieds, il se remet en route, prend un chemin entre deux immeubles qui le conduira chez lui. Chez lui. C'est pas bien grand, et il commence à se dire que la déco est assez pauvre. Il faudra qu'il fasse deux trois courses un de ces jours, pour arranger tout ça. Qu'il achète un nouveau meuble pour les bouquins qui traînent encore chez ses parents. Des posters, peut-être. Ou des plantes.

Mais c'est chez lui, juste chez lui. Il paie le loyer et les factures tout seul, même si c'est plus cher qu'à Clermont. Pas de comptes à rendre. Il a ses clefs, son double au cas où, et il n'a pas besoin d'une autorisation pour passer la moitié de la nuit dehors.

Chez lui.

Ça sonne bien.

Quand il arrive enfin à la limite du pont, les mains dans les poches, il pense aux bars non loin où ses collègues vont parfois boire. A toutes ces invitations qu'il a refusées, parce qu'il ne les connait pas si bien, et qu'il n'a pas envie de partager la table de types qui, tout sympas qu'ils soient, gueulent l'enculé en parlant du premier connard qu'ils détestent. Et maintenant, quand il n'a pas envie, il ne se force pas. Quitte à passer pour un ours. Il s'en fout bien, Van, d'avoir l'air impoli. Ses amis ne s'en sont jamais offusqués.

Mais, cette rue, c'est aussi celle où il passait pour aller rendre visite à Axel. Au début, quand ils n'étaient pas encore ensemble. Quand il le retrouvait après les cours et qu'ils allaient faire un tour au resto, à se gaver de nouilles, de sushis et de bouffe espagnole. Il revoit ces gros chaussons chauds pleins de viande de boeuf, de fromage, de maïs. Les empanadas.

Quand la nuit tombait, qu'ils avaient bu, ils empruntaient cette route. Leurs conversations maladroites peuplées de regards glissés lui reviennent, alors qu'il pose ses yeux sur les murs de briques. Ils jaugeaient l'autre, cherchaient la faille, le détail qui trahirait une attirance partagée.

Ils s'embrassaient au carrefour, pour emmerder les vieux coincés et les mères de famille outrées. Van se rappelle de l'exclamation écœurée poussée par un type qui les désignait, après un bref coup de coude dans les côtes de son pote. Ils avaient rit. Et c'était drôle, oui, tellement drôle, de voir tous ces pauvres cons qui s'insurgeaient face leur existence. Leur amour. C'était jouissif de les emmerder.

Il avance, prend la route qui passe près de la Dorade, pour le plaisir de la voir immergée. Il se souvient avoir mangé des glaces ici, avec le renard. Même, il revoit sa langue plus rouge que le sorbet à la framboise glisser le long du cornet pour récupérer une goutte audacieuse. Ses iris mesquins plantés dans les siens, pour appuyer le message.

La vie avec Axel, elle était simple, impétueuse, hilarante et enivrante. Et puis, un jour, elle ne l'a plus été. Il s'est réveillé un matin, avec l'atroce impression que son avenir l'attendait au bout d'une chute brutale au pied de l'immeuble, qu'il n'y avait plus rien à espérer. Il imaginait le bruit qu'il ferait en sautant, la couleur du sang sur le béton, les réactions des gens autour. Et il s'est demandé à quel moment leur merveilleuse existence était partie en morceaux. Volatilisée. Un rêve.

D'humeur imprudente, Vanitas grimpe sur le muret de pierre qui le sépare de la Garonne, quelques mètres plus bas. Il s'assoit dessus. Il peut presque sentir les bras de l'allumé autour de sa taille.

Il ne saura jamais, non, quand est-ce que cette histoire a dégénéré. Ça tient du détail, sans doute. Une remarque par si, une dispute par là, une limite qui se rapprochait dangereusement, jusqu'à lui enserrer le cou. Jusqu'à ce qu'il réalise qu'il manquait d'air. Il ne pourrait pas donner une date précise. Un jour, il a réalisé et c'était trop tard, point.

Et depuis plus d'un an, il a laissé tout ça derrière lui.

Cette date lui apporte toujours ce même sentiment étrange, comme un nuage dans son ventre, dans ses mains, un flottement léger. Un an. Plus d'un an, même, maintenant. Le temps a filé tellement vite. Ces quatre années passées avec Axel, d'interminables siècles qui ne prenaient jamais fin. Et voilà qu'un an a coulé comme l'eau sous le pont qu'il vient de traverser. C'est dingue.

Il est parti. Pour de bon. C'est fini, tout ça. Il ne versera plus une larme pour ce sale con.

Et pourtant, il regrette le temps passé avec lui.

Pas les horribles soirées qui lui donnaient des fantasmes de défenestration, bien sûr. Ça, il s'en passe sans mal. Mais le reste, les bons moments. Le soulagement immense au lendemain des nuits d'horreur. Le sourire chaleureux. Le regard éclatant, le rire franc qui ricochait contre les murs de la chambre. La simplicité des caresses le long de sa mâchoire, les mains larges posées dans son dos. L'odeur citronnée qu'il sentait quand l'autre se penchait vers lui en sortant de la douche. Et celle de la clope, aussi, qu'ils partageaient. Le tabac froid sur leurs vêtements.

Cette toute puissance qui les enivrait. Il y avait le monde, et il y avait eux. Deux électrons distincts de cette masse insipide.

Vanitas le revoit passer ses bras autour de lui, un geste simple qui les rapprochait autant que faire se pouvait. Et s'il ferme les yeux, là, s'il imagine sur sa peau cette proximité qui n'existe pas, s'il se rappelle de la maigre force qui le tenait solidement, et s'il répond sans mentir à la question qu'il se pose lui même, il doit avouer qu'Axel lui manque.

Malgré la violence. Même un an après.

Quand il sort de la douche, le soir, il lui arrive encore de regarder son téléphone dans l'espoir d'y trouver un de ses messages. Pour peu, il le débloquerait même. Ça ne coûterait rien, non ? Un message. Juste un message. Retrouver sa manière d'écrire. Sa voix sur le répondeur.

Hier encore, il a craqué, et il est allé checker son profil Facebook. Sa photo de profil a changé, et ça lui a étrangement brisé le cœur. Il le voyait sourire. Et il avait envie de hurler. De lui interdire d'être heureux après lui avoir laissé toutes ces blessures. Il n'a pas le droit. Pas le droit de se sentir bien alors qu'il pleure encore, parfois. Qu'il lui reste des cauchemars.

Mais il n'y pouvait rien, le noiraud. Il a ravalé sa rancœur.

Axel a sûrement refait sa vie. Et s'il n'a pas déjà retrouvé quelqu'un, alors c'est juste une question de temps. Un nouveau gars dans son pieu. Une victime à pomper.

Il exècre profondément cette idée.

Parfois, il a envie de se foutre des claques pour l'importance qu'il accorde à un type qui ne mérite pas une seconde de son attention. Du temps perdu à penser à lui, encore, alors qu'il a tout fait pour l'oublier, couper nettement les ponts pour guérir ce qui pouvait encore l'être. Il y a des jours, des jours vides où il lui semble qu'un rien suffirait à le faire basculer. Un moment d'égarement, une faiblesse, et il pourrait tout foutre en l'air. Lui envoyer un message pour prendre de ses nouvelles, l'air de rien. Briser la barrière qu'il a érigée pour se protéger. Renouer un lien qui lui a tant coûté. Axel l'appelle, l'attire encore. Il déteste ça.

Demyx lui dit que c'est normal. Que c'est ce qu'il ressent, et qu'il n'y a pas de mal à ça. Qu'on oublie pas si facilement quelqu'un qui a autant compté, et qui a fait tellement de mal. Que ça vient du fonctionnement même de ce genre de relation. L'addiction, la dépendance. Axel et ses yeux d'absinthe, l'ivresse et la descente brutale. Que ça ira mieux dans un an, dans deux. Même s'il ne sent pas comme ça bouge doucement, jour après jour. Il compare ça à la terre qui tourne, mais qu'on croirait immobile.

Demyx, il lui dit qu'il l'aime sans attendre de réponse, et Van ne sait pas comment il fait. Mais ça le touche, alors il ferme les yeux et il écoute. Il aime bien cet amour qui n'attend rien. Qu'il a l'impression d'éprouver aussi, parfois, même s'il n'est pas sûr. Il attend de voir. Rien ne presse.

Sous ses pieds, le fleuve gronde tendrement. Encore, une mouette se pose sur l'eau et se laisse porter par ce drôle de toboggan. Il la regarde faire. Puis il relève les yeux sur la rive en face, il passe ses jambes par-dessus le muret où il est assis. Il revient sur la terre ferme.

Il pense qu'Axel lui manque, et qu'il l'aime encore, d'une certaine manière. Que ça ne va pas toujours, et que parfois, il a l'impression que ça n'ira jamais. Jamais vraiment. Pas comme avant. Qu'il a perdu la personne qu'il aimait le plus au monde, et qu'il ne pourra plus s'accrocher à quelqu'un comme ça. Pas avec la même sincérité naïve. Mais il sait que les nuages passent, et que la vie est loin d'être finie. Qu'il lui reste du temps. Qu'il va en profiter. Et si ça ne va pas, tant pis, il chialera un bon coup. Ça finira par passer.

Il reprend sa route, mains dans les poches, le soleil sur la peau. C'est une belle journée. Il n'a pas envie de se prendre la tête alors qu'il se sent si bien.

Ce soir, il invitera Larxene. Ou Dem, s'il change d'avis. Il passera un bon moment. Rentrera quand il voudra. Et s'il ne veut pas, il pourra tout aussi bien se pointer à l'improviste devant la porte d'Ienzo, un pack de bières à la main.

Ce soir, il n'aura pas de limite, et juste d'y penser, il sent qu'il sourit. Il est heureux. Heureux comme il ne l'aurait jamais été, s'il ne s'était pas barré. Alors il sait qu'il a pris la bonne décision.

Il n'en sera pas toujours convaincu, bien sûr. Il y aura des soirées sans joie où, noyé dans le doute, il pataugera au milieu des passions passées au goût de regrets. Mais il y aura aussi des jours simples comme celui-là, où son humeur tendre le portera jusqu'au soir.

Il avance vers chez lui. S'il rentre ce soir, c'est parce qu'il le veut, pas par obligation. Ses clefs tintent dans ses poches, les gamins crient dans les rues. Son téléphone vibre contre sa cuisse, et il n'a pas peur. Il poursuit à son rythme. Son appartement est tout proche, mais il fait un détour soudain pour passer chez le glacier. Un sorbet citron, ça le tente bien.

Personne ne l'attend derrière la porte, le regard dur, la langue sifflante. Alors il peut bien aller le savourer au bord des quais inondés, si ça le chante.


Bon. Cette histoire est terminée. Ok. Je réalise enfin. D'un côté, ça va me manquer de plus poster. De l'autre, c'est quand même un sacré soulagement. Et une certaine fierté. Clairement, je ne pensais pas faire une fanfic aussi longue un jour. (et je me suis lancé dans un projet encore plus long sur FFVII, ahah. Tuez-moi.)

Et je vous dois des remerciements pour le soutien, donc on va commencer par là.

Déjà, merci aux lecteurices qui n'ont pas commenté, mais qui ont suivi cette histoire. J'espère qu'elle vous aura plu.

Merci à Noel Even, Coeur de Lune, Micha et Ya, pour vos retours sur le début de cette histoire. C'était toujours un plaisir de les lire, et j'espère que s'en était un pour vous de lire ces chapitres.

Merci à Yu pour la correction (comme toujours, j'ai envie de dire) et pour les petites annotations qui ont parsemé mes corrections de rire ! Sans toi, cette histoire serait un ramassis de fautes d'orthographe. Et de t'avoir comme premier-e lecteurice, ça été une première motivation avant de commencer à poster !

Surtout, merci à Ima et Mijoqui d'avoir suivi jusqu'au bout, et d'avoir fidèlement commenté, que ce soit depuis le début ou après avoir pris le train en cours de route. Je ne sais pas si j'aurais écrit, ou même posté jusqu'au bout sans vous. Les retours sont une immense source de motivation, la plus importante qui soit, la seule récompense des auteurs de fanfic gagnent. Donc merci très fort pour toute la joie et la motivation que vous m'avez apportée.

Je ne pense pas refaire de projets longs ici avant un moment, parce qu'entre la bête citée plus haut pour FFVII, et des projets de romans originaux que je travaille enfin sérieusement, je vais me noyer sous le boulot. MAIS. Si vous aimez ce que je fais, et bien d'une, j'ai tout pleins de trucs déjà postés qui pourraient vous plaire. De deux, il est possible que je lance un recueil des 100 thèmes sur Demyx en 2021 ! Courant Février je pense, le temps d'écouler tous mes petits OS qui trainent. J'ai déjà un peu de réserve, ça devrait être varié niveau ship, thèmes et style. Donc voilà, je ne disparaîtrai pas, promis !

Sinon, des câlins à vous. Encore merci pour le temps que vous avez pris, à lire et à commenter. Cette histoire était une super aventure, que je ne regrette absolument pas.

A une prochaine fois !