Erwin ne sourcilla nullement à l'annonce. Il resta quelques secondes silencieux et déroula sa stratégie. Encore une fois, il opta pour utiliser une ville comme appât et Lilith se résigna à quitter la pièce, trop excédée pour tenter une contre-argumentation.
Selon les sources du Bataillon, ce Titan déviant n'était autre que Reiss lui-même. Erwin avait tenté d'expliquer brièvement sa théorie à la jeune noble, mais Lilith trouvait tout cela fortement insensé. Si les Reiss se passaient ce pouvoir de génération en génération, pourquoi le patriarche ne l'avait pas réclamé avant Frieda, par exemple ? N'était-ce pas sensé être un honneur mais surtout un immense pouvoir ? Qu'était réellement arrivé à cette famille ?
Comment expliquer que Eren se retrouvait actuellement avec le pouvoir des Reiss, et comment Reiss comptait-il le récupérer ? Le Major parlait d'anthropophagie, mais pourquoi était-il si sûr de lui sur ce point ? Juste parce que les Titans ne se définissaient que par leur obsession de manger des humains ?
Elle soupira. L'immense monstre se dirigeait vers la ville d'Orvud, au nord de Sina. Et Erwin ne voulait pas faire évacuer la ville. Il souhaitait attirer le Titan là-bas afin de pouvoir y monter une opération et le neutraliser. Il avait assuré à la noble que la Garnison et les Brigades Spéciales seraient prêtes à évacuer le peuple en cas de problèmes, mais Lilith n'écoutait plus son discours.
Elle avait quitté la pièce sans un regard et avait annoncé à ses gardes qu'elle retournait s'enfermer à Mitras avec "les siens". Cette formulation interpella ses gardes, qui n'avaient pas l'habitude qu'elle parle de la Noblesse ainsi. Erwin ne prit pas le temps de la rattraper et continua de mener ses troupes.
La Duchesse retrouva facilement le gratin de la Noblesse, réunis dans le bâtiment des États Généraux. Elle pouvait sentir que tout le monde lui en voulait d'avoir renversé leur Gouvernement, mais personne n'osa ouvertement le lui reprocher. Les Conseillers du Roi avaient été arrêtés et un ordre d'exécution avait même été annoncé pour le représentant du Culte du Mur, et Aurille, celui qui avait hurlé le premier qu'il préférait qu'on laisse crever le peuple.
Mathieu et Stefan lui adressèrent un léger sourire. Les deux hommes n'avaient que faire du Gouvernement, tant qu'ils pouvaient rester au sommet de leurs affaires. Et la présence de Lilith dans les rouages du nouveau Gouvernement leur garantissait cette finalité.
- J'espère que personne n'a de proches à Orvud, parce qu'il semblerait que cette ville n'aura guère mieux que Stohess aujourd'hui... Râla-t-elle.
- C'est sérieux ? S'étouffa Mathieu, qui avait investi dans plusieurs marché à Orvud.
- Je pense que ce n'est vraiment pas une bonne idée que l'Armée dirige notre Royaume, ils manquent cruellement de finesse. Poursuivit Lilith.
- Il y a quelque chose que tu peux faire ? Demanda Stefan.
- Historia Reiss va sûrement accéder au trône si nous survivons à cette attaque. Elle est jeune et n'a aucune expérience dans le domaine. Il serait bon de réfléchir dès à présent à qui nous nommons pour être ses conseillers. Et où nous souhaitons aller.
Les heures qui suivirent furent animées par de nombreux débats, à commencer par le choix des conseillers. Il était assez évident que Lilith avait les plein pouvoirs ici, de la même manière que Detlev régnait en maître avant le Coup d'État. Aussi, pour une fois, elle n'eut même pas à répondre à des attaques, où même à réellement demeurer sur ses gardes. Ce sentiment nouveau ne lui déplut nullement.
Pendant qu'ils parlaient, Lilith observaient chacun de leur comportement, afin de dresser la future liste des nobles qu'elle ne voulait plus voir. La Noblesse avait toujours été plus ou moins régie par un climat de terreur, qu'elle aimait d'ailleurs instaurer à ses heures perdues, mais en cet instant précis, elle réalisa qu'elle avait un droit de vie ou de mort sur chacun d'entre eux.
Elle esquissa un sourire. Si seulement les femmes de nobles s'étaient battues pour apprendre et régner comme elle l'avait fait, la jeune noble aurait probablement crée une Aristocratie essentiellement féminine. Mais ces dernières n'avaient guère eu sa chance ou son courage, et elles n'avaient pas les épaules pour tout cela. Du moins, pour la plupart. Elle ne pourrait donc changer cet aspect immédiatement, mais songeait déjà à former les générations futures.
Lorsqu'on lui présenta deux autres noms pour conseiller la future Reine, Lilith en eut des frissons. Elle les maitrisait. Elles pouvait largement les dominer. Finalement, une fois Historia amadouée, elle serait la dirigeante du Royaume tout entier. Cela n'avait jamais été son ambition, mais elle se sentit extatique à cette idée.
L'annonce de Mathieu de Clève n'avait pas été une véritable surprise pour elle. Le noble avait dû comprendre qu'il avait un immense boulevard, et l'opportunité était simplement trop bonne pour s'en détourner. Stefan quant à lui n'avait pas céder à l'envie et était resté en retrait.
Elle jaugea le second noble, Baptiste Heineim. C'était un Marquis d'une cinquantaine d'années, respecté à Mitras, et connu pour son calme légendaire. Lilith n'avait jamais réellement eu l'occasion de faire affaire avec lui. Il s'était épris de l'univers de la littérature. Sa mission était rapidement devenue de maintenir le peuple dans l'ignorance, et il était celui qui décidait ce qui était publié ou non. Il était également responsable de la presse écrite, mais la Duchesse n'était pas remontée si haut pour exécuter son dernier plan. Elle avait directement traité avec les journalistes.
C'était un homme très instruit, et son allure générale inspirait la confiance, bien que ce point n'influença en rien Lilith, habituée au jeux d'apparences. Ce choix lui convenait. Elle pourrait enfin se spécialiser dans les affaires plus humaines, tandis que Mathieu se ferait un plaisir de gérer l'Économie. Quant à Heineim, elle apprendrait avec le temps à comprendre ses desseins et objectifs. Mais il ne l'inquiétait nullement. Au pire, elle l'évincerait pour en choisir un autre.
Lilith ignora complètement ce qu'il se passait à Sina. Elle orchestra la Noblesse et définit point par point cette nouvelle ère, comme si aucune menace ne flottait sur eux. Elle savait pertinemment qu'une fois Reiss éliminé, ils ne tarderaient pas à mettre Historia sur le trône, et que la réunion qui suivait définirait quasiment tout de leur avenir.
Erwin allait certainement la jauger d'un air sceptique, mais lorsqu'ils organiseraient cette réunion, elle voulait déjà avoir les Conseillers du Roi, un nouveau plan sur les années à venir, des avis bien réfléchis sur la manière de gérer le peuple, et surtout, une Noblesse soudée et solide. Il était hors de question que l'Histoire se serve de cette chute pour fragiliser le système des Privilèges. Elle abhorrait cette injustice, mais ne voyait aucune libération dans son abolition. Ce serait le Chaos, et ce n'était pas le moment avec tout ce qui se passait déjà.
Comme la plupart des gens au Pouvoir, Lilith considérait qu'elle pouvait apporter bien plus en régnant avec bienveillance qu'en abolissant les titres de Noblesse et le principe des strates sociales. "Plus tard" se disait-elle, parfaitement consciente qu'une fois en haut, elle ne désirerait plus redescendre.
Et si pendant ces quelques heures, Lilith avait réussi la prouesse d'unir la Noblesse, définir sa purge et mettre à l'écrit l'avenir du Royaume, Erwin et le Bataillon n'avaient guère démérité. Historia Reiss elle-même avait abattu son père dans un acte épique et surtout, publique. Elle en avait profité pour révéler son identité au peuple, annonçant ainsi sa prise du trône.
La ville d'Orvud avait subi des dommages sérieux, et une bonne cinquantaine de pertes civiles, prises au piège dans les décombres provoqués par l'immense Titan déviant. Mais la performance de la jeune Historia avait étouffé ce fiasco avec classe. Le peuple l'avait accueilli avec beaucoup de ferveur.
Le lendemain, Historia Reiss fut couronnée dans une magnifique cérémonie officielle. Lilith la rencontra alors pour la première fois. Elle ne sut que penser d'elle. La jeune fille avait une apparence fragile et naïve, avec ses traits fins et ses beaux cheveux blonds. Et elle était minuscule. Mais la Duchesse perçut dans ses yeux azurs, une détermination de fer qui la fit douter. Elle eut l'impression qu'elle cachait son jeu. Elle avait hâte de la percer à jour.
La fameuse réunion ne tarda pas, et tous les représentants des différends corps d'armée furent conviés, ainsi que la Haute Noblesse. Erwin s'immobilisa un instant en voyant les dix nobles fouler le pas de la salle du trône. Un premier trio, dont Lilith, marchaient en tête, tandis que les sept autres les succédaient avec modestie. Elle avait déjà tout réorganisé. Chaque noble avait déjà intégré son nouveau rôle, et il devina même que l'ordre de passage des sept nobles n'était pas laissé au hasard.
Ils paraissaient tous sereins et confiants, alors même que le Coup d'État avait eu lieu quelques jours auparavant. Il nota que Lilith s'était débarrassée de tous les hommes anciennement proches des Conseillers du Roi. Elle avait effectué une sacrée purge, bien qu'il reconnut sans mal Mathieu de Clève parmi le trio de tête.
Et la réunion fut d'une efficacité sans précédent. Erwin avait déjà consulté les autres Commandants, le Général Pixis et Darius, le Chef des Armées, afin d'être sur la même longueur d'onde concernant l'avenir du Royaume. De son côté, Lilith semblait également avoir tout préparé avec ses sujets. La réunion se déroula exceptionnellement bien.
Comme il pouvait déjà le deviner, la Noblesse n'était pas favorable à informer le peuple de la Vérité. Mais Lilith ne déclencha aucun débat animé ou réplique violente. Ses sujets lui obéirent au doigt et à l'œil, et ils ne firent qu'indiquer leur désaccord, tout en exposant leurs arguments.
Historia avait l'air sereine, ne se doutant pas que cette entrevue n'était nullement le reflet de ce qui l'attendait pour l'avenir. Même au sein de l'Armée, Erwin n'avait jamais assisté à une réunion aussi fluide et pacifique. Il ne put réprimer un sourire en constatant que Lilith avait déjà commencé son opération séduction auprès d'Historia Reiss. Et sans même avoir réellement échangé avec elle, la jeune Reine semblait avoir une affection naturelle pour la brune. Elle était très douée.
À la fin de l'entrevue, les trois nobles de Hauts Rangs allèrent à la rencontre d'Historia, afin de lui annoncer qu'ils se portaient volontaires pour la conseiller, après avoir été nominée par l'Aristocratie. Bien entendu, la blondinette ne sut quoi répondre, ne connaissant aucune des personnes de pouvoir qui se trouvaient devant elle.
- En tant que Reine, vous avez le pouvoir de congédier vos conseillers, aussi je vous invite à nous accepter dans le cadre d'une période d'essai, par exemple, et décider de la suite lorsque vous aurez davantage de recul.
Historia remercia Lilith pour ses éclaircissements et accepta donc les trois Conseillers, qui se présentèrent tour à tour. La jeune Reine réalisa bien vite que Lilith était au-dessus des deux autres, et elle lui demanda de s'entretenir seule avec elle, dans les jours à venir. Lilith accepta humblement l'invitation, puis les nobles quittèrent la salle du trône. Ils se jetèrent un regard entendu une fois dehors. Baptiste Heineim prit la parole le premier.
- Rappelez-moi pourquoi vous ne faisiez pas parti du paysage politique avant ce Coup d'État ?
- Parce que je suis une enfant bâtarde, que mon père m'empêchait d'exister et aussi, que je suis une femme, Heineim.
Il prit un air inspiré mais n'osa rien répondre à cela.
- Le Royaume est à nos pieds. Ricana Mathieu.
Baptiste esquissa également un large sourire, tandis que Lilith leur somma de faire preuve d'un peu plus de respect. Elle aperçut Erwin au bout du couloir et salua ses deux partenaires avant de rejoindre le militaire.
Ils s'échangèrent un sourire amusé.
- Tu as pris le contrôle du Royaume pendant que je me battais pour sauver nos vies ? Demanda-t-il d'une voix légère.
- Quelque chose comme cela. Admit-elle. Tu as aimé cette réunion ? On s'est tous bien tenus.
Il laissa échapper un rire avant de la plaquer gentiment contre le mur du couloir. Ils restèrent quelques instants à se regarder puis Erwin embrassa la jeune noble, tandis que cette dernière enroula ses bras autour de la nuque du militaire.
- Prenez une chambre, bordel.
La voix tranchante du Caporal provoqua un léger fou rire à la Duchesse. Cela l'énerva encore plus.
- Tu ne peux plus d'adresser à moi de la sorte, Ackerman, je règne sur ce Royaume dorénavant...
- Jusqu'à preuve du contraire, Historia Reiss, règne sur ce Royaume. Répliqua-t-il.
- C'est un détail... Lui dit-elle d'une voix cristalline.
Les deux militaires levèrent les yeux au ciel, exaspérés par son arrogance. Puis avant de tourner les talons, Livaï lui fit de nouveau face.
- Tu risques d'être surprise.
- Plait-il ?
- Elle est plus maligne que tu ne le penses.
- Pourquoi ? Parce que c'est ta petite recrue ? Tu es fier de ta gamine ? Lui répondit-elle, hilare.
- Je me casse. Souffla-t-il.
Il entendit son rire cristallin raisonner dans le couloir, mêlé aux remarques gênées de son supérieur qui la sommait d'arrêter de le provoquer. Quelle chieuse. Elle était déjà bien trop intouchable à son goût, mais maintenant qu'elle était la Conseillère de la Reine, c'était encore pire. Everglow savait bien placer ses pions... Et même si Historia ne se laisserait pas facilement duper par ses beaux sourires, il doutait qu'elle lui résiste bien longtemps...
Hellooooooooo !
Que le règne d'Historia commence ! héhé Pour la suite, je vais me faire plaisir et écrire plusieurs chapitres sur la période non exploitée par le manga de l'après couronnement ! Vous savez, ce qui a été résumé par Armin en un "deux mois plus tard" ahahahahah
Histoire de prendre le temps de développer davantage les personnages avant la fin inévitable de ma fic... ;)
Des bisous et merci pour votre fidélité hihi Love uuuuuu
