Pat : C'est vrai qu'Oliver est buté, mais Kara se bat de toutes ses forces pour eux et pour lui. Reste à voir si ça sera suffisant pour briser les barrières qu'il a érigées entre eux. Tu as raison, Chase n'a pas intérêt de se montrer ^^ Merci beaucoup pour tes gentils mots !

Chapitre 66

La sonnerie du réveil résonna dans son esprit bien après qu'il ait été éteint. Kara retint un grognement, elle n'avait pas encore récupéré toute sa forme et quelques heures de sommeil en plus n'auraient pas été de trop. D'ailleurs, pourquoi il y avait eu un réveil ? Elle n'avait rien de prévu. Oliver bougea à ses côtés et elle ouvrit les yeux à contrecœur.

-Qu'est-ce que tu fais ? marmonna-t-elle.

-Je vais au travail, dit-il dans un murmure. Rendors-toi.

Le temps que ces mots fassent sens dans son esprit embrumé, il était déjà dans la salle de bains. Son âme sœur était vraiment impossible. Et borné. Physiquement, il commençait à peine à guérir, et mentalement… il en était encore loin. Ça ne faisait qu'un jour qu'il avait été libéré. Elle prit l'oreiller d'Oliver et se cacha le visage dedans, lâchant un long grognement. La journée s'annonçait longue.

Lorsqu'il sortit de la salle de bains, elle avait repris ses esprits et était prête à faire face à la situation. Il ne lui adressa pas un regard et ferma la porte de la chambre derrière lui, lui signifiant clairement qu'elle pouvait rester au lit et qu'il ne voulait pas la voir. Elle serra son oreiller contre elle, l'odeur d'Oliver la réconfortant, à défaut de pouvoir le tenir dans ses bras.

Après s'être rafraîchie, Kara le rejoignit dans le coin cuisine et l'observa un instant. Il n'avait pas remarqué sa présence, concentré sur les pancakes qu'il était en train de cuire. Ça aurait pu être un jour comme les autres, si ce n'était les bandages à ses poignets et les couleurs troubles qui reflétaient la blessure de son cœur.

-Bonjour.

Il l'ignora et elle retint une remarque acerbe. Il lui avait demandé plusieurs fois de partir et c'était elle qui s'imposait à ses côtés, elle devrait lui montrer que sa mauvaise humeur ne la ferait pas fuir. Elle allait sortir les assiettes et les tasses lorsqu'elle sentit une odeur de brûlé. Oliver restait immobile, les yeux rivés sur les pancakes qui fumaient. Elle appela son nom mais il ne réagit pas. Le toucher était une mauvaise idée mais elle devait le sortir de cet état second.

-Oliver ! dit-elle plus fortement.

Il sursauta si fort qu'il fit basculer la poêle qui allait atterrir sur ses pieds. Elle se rua vers lui à vitesse rapide et l'attrapa au vol, se positionnant en bouclier entre Oliver et les gouttes de graisse brûlante. Elle posa la poêle sur le comptoir et lorsqu'elle se retourna pour vérifier qu'il ne s'était pas brûlé, il lui prit le poignet en murmurant son prénom d'un ton paniqué. Il était blanc et son cœur battait à mille à heure. D'un geste incroyablement doux, il retourna sa main, paume vers le haut pour l'inspecter. Kara en aurait pleuré de joie. C'était la première fois qu'il lui accordait autant d'attention depuis son retour.

-Tu vas bien ? murmura-t-il.

-Invincible, tu te rappelles ?

Il la lâcha et elle retint un gémissement de déception. Elle lui demanda de s'asseoir et de la laisser préparer le petit-déjeuner et il acquiesça à contre cœur. Quoi qu'il s'était passé dans son esprit, il ne voulait pas réitérer l'expérience. Voir les pancakes cuire, sentir la fumée et entendre les grésillements de l'huile brûlante avait dû lui rappeler ce moment horrible où Chase lui avait brûlé le torse. Il avait dû être conscient. Kara déglutit pour retenir ses larmes et ouvrit la fenêtre pour chasser l'odeur de brûlé. Elle lui mit une tasse de café chaud sous le nez avant de prendre sa place derrière les fourneaux.

C'était injuste. Cuisiner était l'échappatoire d'Oliver, c'était l'activité qui lui permettait de s'évader. Chase lui avait pris ça aussi. Son cœur s'était calmé mais il avait les mains tremblantes autour de sa tasse qu'il ne quittait pas des yeux. Elle le rejoignit finalement sur un des tabourets du bar, posant une assiette de pancakes entre eux. Ils se servirent en silence et malgré tout, elle était soulagée de le voir manger quelque chose de consistant. C'était un premier pas vers la guérison.

-Tu ne devrais pas retourner au travail, dit-elle doucement.

-Je dois reprendre ma vie.

Elle le comprenait. Chase lui avait tout pris pendant six jours, son fantôme rôdait encore autour de lui, et reprendre son poste de maire lui permettrait de retrouver un semblant de contrôle sur sa vie et marquerait un retour à la normalité. Mais c'était trop tôt. L'épisode de ce matin en était la preuve.

-Tu veux aller trop vite. Prends quelques jours, le temps de commencer à guérir.

Oliver prit son temps pour terminer son pancake, à tel point qu'elle crut qu'il allait simplement l'ignorer, mais il lui accorda finalement son attention.

-Mes blessures vont guérir, que je sois au travail ou non. Je ne vais pas rester caché ici plus longtemps.

Elle voulait lui faire remarquer qu'elle ne parlait pas que de ses blessures physiques, qu'il venait juste d'avoir un flashback, qu'il avait besoin de repos pour se remettre de ces jours de torture. Elle n'en fit rien. Reprendre le travail l'aiderait peut-être à aller mieux. Si c'était ce dont il avait besoin, elle le soutiendrait. Elle ne ferait pas de cet appartement sa nouvelle prison.

-D'accord, dit-elle dans un souffle.

Il parut surpris mais ne chercha pas à en savoir plus, craignant certainement de la faire changer d'avis et satisfait de ne pas avoir à argumenter. Ça ne pourrait que finir en dispute et Kara voulait éviter cela à tout prix. Ils finirent leur petit-déjeuner en silence et elle l'aida ensuite à traiter et panser ses plaies malgré ses réticences. Son épaule blessée était handicapante, chaque mouvement devait être un calvaire même s'il n'en montrait rien. Il ne pouvait pas s'en charger seul, même s'il détestait dépendre de quelqu'un d'autre. Avant, ils en étaient arrivés à un point dans leur relation où il lui faisait confiance même pour ça, mais Chase avait tout détruit.

Oliver réapparut dans le salon quelques minutes plus tard, prêt à partir. Si elle ne l'avait pas vu nu, elle n'aurait jamais deviné ce qui se cachait sous ses vêtements. Le dos droit, la tête haute, il ne révélait rien de son tourment interne. Il portait son costume tiré à quatre épingles comme une armure.

Il partit sans même lui demander ses plans pour la journée, lui montrant encore une fois clairement qu'elle n'était plus la bienvenue ici. Assise dans le canapé, Kara ramena ses genoux devant elle et y cacha son visage, s'accordant quelques minutes pour craquer, le battement du cœur de son homme en arrière-plan. Elle ne le perdrait plus.

Son rejet la blessait plus qu'elle ne le laissait paraître. À chaque fois qu'il lui adressait la parole, c'était pour la repousser ou lui faire sentir qu'il ne voulait pas d'elle. C'était dû à ce que Chase lui avait mis dans la tête, il croyait qu'il ne la méritait pas et qu'elle allait souffrir à cause de lui, elle savait ça, mais elle avait quand même mal. Et le voir si défait, comme si toute joie de vie l'avait quitté, comme si le poids de son passé le suffoquait, était un supplice. Elle ne savait plus si ce qu'elle faisait l'aidait vraiment.

Une seule chose était claire dans son esprit. Chase allait payer.