Contexte : Lancel a éteint la bougie au Septuaire de Baelor, les 7 Couronnes se sont alliés dans la Grande Guerre, Jon est venu à bout du Roi de la Nuit.


Bonne compagnie

Jon couvrait son verre pour empêcher qu'on le resserve à son insu. Il avait bu bien assez, tous souhaitant trinquer avec lui ou à sa santé. Il se leva précautionneusement même s'il n'y avait aucune chance qu'il réveille son frère raide et endormi depuis longtemps maintenant.

L'ambiance était plus calme alors que la nuit s'achevait. Les hommes encore debout cherchaient des fonds de bouteilles. Quelques femmes de joie réapparaissaient, à la recherche de leurs prochains clients. Jon ne savait pas d'où leur venait cette endurance.

Il laissa la salle derrière lui et sortit. Toustance était un amas de ponts suspendus et d'escaliers en colimaçon. Il regarda le ciel parcouru d'étoiles, pisté par une clarté nouvelle. Malgré la neige qui tombait doucement et le léger vent matinal, Jon n'avait pas froid. Il se sentait au contraire très bien.

Il aperçut un groupe d'enfants armés de pelles, il s'en approcha doucement. Dès qu'il le virent, ils s'inclinèrent respectueusement. Visiblement, on avait déjà chanté ses louanges par ici aussi.

— Savez-vous où se trouve la Reine Sansa ?

— Au dessus des écuries messire.

— La Main de la Reine l'a rejoint, ajouta un autre.

Jon hocha doucement la tête. Il n'était pas étonnant que Sansa ait cherché le calme au cours de cette nuit particulière. Il reposa la même question au sujet de sa sœur Arya cette fois. Elle non plus il ne l'avait pas beaucoup vue durant la nuit.

Dès qu'il eut l'information, il remercia ces jeunes gens et partit trouver sa sœur. Il n'avait cessé de penser encore et encore à la proposition de Sansa. Il tombait des nues, ce n'était rien de le dire.

Et s'il était flatté qu'elle demande son aide, il gardait un florilège de doutes en tout genre. Prendre Sansa pour épouse serait un revirement important. Il lui faudrait reconnaître publiquement qu'il n'était pas le fils de Ned Stark. Briser le serment qui le liait à la Garde de la Nuit, plus que sa mort ne l'avait fait.

Il trouva sa sœur assise dans la neige, Bran était assoupi sous l'arbre-cœur. Rickon jetait des boules de neiges au dessus de la balustrade. Ils l'accueillirent avec un enthousiasme calme.

Son regard s'arrêta sur le visage marqué de son plus jeune frère, sa candeur rattrapée par la réalité de leur monde, la violence de ses conflits. Bran n'était plus entièrement lui-même, ses yeux étaient toujours vagues. Quand il ouvrit les yeux, Jon se sentit étrange. Transpercé par un savoir froid et lointain. Il n'était plus sûr de faire face à son jeune frère. Quelle que soit la magie à l'œuvre, elle les dépassait tous.

Quant à Arya, son calme a tout épreuve n'avait rien de rassurant. C'était le calme de la tempête, de la guerrière, de l'assassin. Un calme si furieux qu'il n'aurait juré de rien. Seul Rickon ne paraissait pas si éloigné de celui qu'il avait connu. Il se demanda si c'était Osha qui était parvenu à le préserver ou si le vagabondage préservait plus que la vie en communauté.

Il s'assit lentement à leur côté, ils attendaient qu'il parle. Il n'avait jamais été celui qui cherchait de la compagnie.

— Sansa m'a proposé de devenir son époux, annonça-t-il.

Rickon et Arya échangèrent un regard alors que Bran ne semblait nullement surpris.

— Coincé pour toujours avec Sansa : je ne souhaite ça à personne, assura Arya d'un air exagérément compatissant.

— C'est bizarre une demande qui vient d'une femme, fit distraitement remarquer le plus jeune.

— Je pensais que tu aurais déjà pris ta décision...

Ses jeunes frères et sœurs − ceux qu'il considérait comme tels − ne voyaient rien d'étrange à ce qu'il épouse Sansa. Il se demanda si c'était seulement lui qui avait un fort problème avec cette idée ? Sansa n'avait pas bronché mais elle ne pensait pas à lui en tant que mari mais en tant qu'appuie stratégique. Devait-il en faire autant ? Il devrait tout de même partagé toute l'intimité de sa vie avec elle, c'était un engagement important.

— Si j'accepte, n'y voyez-vous aucun inconvénient ?

Était-ce étrange d'admettre qu'il attendait une objection de leur part ? Un mot qui lui permettrait de refuser sans y penser davantage. Car y penser, caresser l'idée de vivre encore à Winterfell, de retrouver le garant de son bonheur d'enfance, ça pourrait devenir douloureux. La réalisation serait douloureuse. La désillusion aussi.

— Aucun, répondit Arya.

— À vous deux, vous pourriez permettre à beaucoup de personnes d'être heureuses, prédit Rickon. Autant que nous l'étions.

Ces mots achevèrent Jon qui devait se rendre à l'évidence. Il restait étrange de prendre Sansa pour femme mais pas de rejoindre Winterfell à ses côtés. La solitude lui pesait.

Il resta peu avec ses frères et sœur, voulant profiter de la quiétude du moment pour trouver et parler à Sansa. Il savait que cette demande lui avait coûté, elle n'aimait pas reconnaître une quelconque faiblesse. Lui-même se souvenait de ce sentiment de petitesse qui s'emparait de lui quand il devait quémander de l'aide pour sa survie ; des moments détestables.

Il trouva la femme aux écuries, elle faisait marcher un cheval en phase de guérison. Il faudrait qu'il cesse de la voir comme sa sœur − si c'était dans ses cordes.

— J'accepte, annonça-t-il d'une voix forte dans son dos.

Elle se retourna lentement, ses cheveux roux tenus par une simple tresse, sa cape givrée au bout.

— Pourquoi ?

Il dut reconnaître qu'il ne s'attendait pas à une telle question mais il ne reculerait pas. Il s'avança vers elle.

— Parce que tu accompliras de grandes choses pour le Nord et qu'il est impensable que je te laisse à leur merci.

— La merci de mes ennemis ? déduisit la reine avec un fin sourire.

— Nos ennemis, la corrigea-t-il aussitôt.

Sans qu'il s'y attende, la jeune femme fondit dans ses bras, le serrant avec force contre elle. Elle souffla un chaleureux et sincère « merci » au creux de son oreille. Il se demanda si c'était une bonne chose car il avait l'impression d'avoir fait un choix bien égoïste.


Défi : Mille Prompts (Gazette des bonbons au citron), Nuit du Fof (Salle de jeux)

Prompt : 516. Dialogue – 'Mes ennemis ? / - Nos ennemis', Guerrière

Code : 058