Après avoir transplanné en catastrophe avec le bébé, et s'être réjouie qu'aucun d'eux ne se soit blessé dans l'entreprise, Nephtis avait commencé par jeter autour d'eux quelques sortilèges de protections, vite aidée d'Angela, puis avait fait l'appel.
Le bilan était lourd : Ignacius, Gilda, Federica et Marc manquaient à l'appel.
Jaody, Remus, Sirius et Angela en réagissant dans la seconde pour faire transplanner les enfants, avaient empêché qu'ils soient tous tués, aidés des pouvoirs des deux sœurs vélanes. Mais le jeune garçon attaqué par surprise et trois des adultes qui avaient fait barrage en première ligne étaient restés sur le carreau.
La mort d'au moins deux d'entre eux ne faisait aucun doute. Marc avait été frappé et Federica attaquée par Greyback. Pour les deux autres, ils ne se faisaient guère d'illusions.
Les trois membres de l'Ordre du Phoenix, Jaody et Nepthis ne savaient plus où aller. L'intégralité du monde sorcier était si surveillée qu'ils ne seraient en sécurité nulle part. L'ambassade magique de France avait été condamnée et fermée plusieurs semaines auparavant.
De plus, ils avaient perdu leur campement et l'intégralité de leur matériel. Ils étaient cinq adultes seulement pour cette petite tribu. Que faire ?
Et puis il y avait le bébé que Nephtis tenait à présent dans ses bras. Se demandant comment diable il avait survécu.
- Il nous faut trouver un endroit pour abriter tout le monde, murmura Nephtis. Un endroit chaud, avec de la nourriture à proximité et que je puisse transformer en lieu protecteur.
- Une maison de moldus ? Suggéra Jaody.
- Impossible, s'ils se plaignent nous serons facilement localisés. Sans compter que l'un d'entre nous devra sortir régulièrement pour nous approvisionner.
Elle s'interrompit car Joy, la plus grande des filles, venait de lui faire signe :
- Moi je connais un endroit chaud, moldu, avec de la nourriture et où tout le monde pourrait dormir. Au moins cette nuit.
- Dis-moi, répondit Nephtis non sans appréhension.
- C'est le Mcdo où ma mère travaillait. La nuit, il est fermé.
- Le Mc quoi ?
- McDo, c'est un genre d'auberge, lui répondit Sirius. Mais en temps normal ils ferment très tard.
- Celui de ma mère non, répondit Joy. Il n'est ouvert que jusqu'à vingt-trois heure.
Ses yeux se mirent à pétiller lorsqu'elle ajouta :
- Il y a un grand jeu où on peut jouer à vingt, à l'intérieur, et le sol est plein de matelas. En plus, je peux vous montrer comment marchent les cuisines. Ma mère m'avait fait visiter.
Sceptique Nephtis regarda les autres adultes.
- Un lieu de ce genre pourrait bien faire l'affaire, confirma Sirius. Personne n'ira nous chercher là-bas et il devrait y avoir à manger. Il y en a un à Glasgow que je connais pour l'avoir fréquenté lorsque j'étais fugitif. C'est un lieu tellement banal dans le monde moldu qu'on pourra facilement simuler un incendie sans que cela porte à conséquence pour les gens. On aura tout ce qu'il faut là-bas, c'est à côté d'un supermarché en plus.
- Un supermarché ? Demanda la vieille femme.
- Oui, là où les moldus vont faire leurs courses.
Nephtis acquiesça en désignant Marcus :
- Bien… Et ils ont du lait pour bébés là-bas ?
- Oui, répondit Remus. Ça se trouve sans problème.
- Alors ne perdons pas de temps, j'ignore comment ils nous ont retrouvés mais nous ne pourrons pas rester éternellement au même endroit.
- Je vais configurer un portoloin ? répondit Angela qui sortit de sa poche une vieille corde à sauter. Si nous devons aller dans le monde moldu, il nous faut brouiller nos traces au maximum.
Cinq minutes plus tard, toute la troupe s'envolait en portoloin, en direction de Brighton, pour atterrir dans un vieux cimetière qui, s'il était baptisé de parc par les guides touristiques, était surtout mal-famé et prisé des héroïnomanes. Il y en avait un ou deux comme ça dans la ville et Angela l'avait choisi car elle y avait une connaissance qui pourrait leur être utile s'ils voulaient gagner Glasgow sans encombre. Se déplacer sans utiliser de moyen sorcier pouvait en effet brouiller les pistes.
Aussi, elle entraîna la troupe vers un tombeau un peu plus imposant que la moyenne et tapa trois coups au milieu de l'épitaphe. La façade disparut aussitôt et Angela dit simplement aux autres :
- Entrez tous, ne traînons pas pas ici.
Elle-même précédait la troupe qui s'engouffra derrière elle par l'ouverture, Nephtis avec Marcus juste derrière elle, puis les enfants au milieu desquels se tenait Jaody qui rassurait Flory, et enfin Remus et Sirius qui fermaient la marche.
Ils se trouvaient à présent dans une large galerie où les plus grands (Sirius) devaient légèrement se courber pour passer. Nephtis frémit derrière Angela :
- Où sommes-nous ? Murmura t-elle.
- Dans l'entrée d'un quartier gobelin, répondit la supérieure Angela. Restez groupés derrière moi, dans cinq minutes nous arriverons à destination.
Elle-même s'avança et, soudain, la porte du tombeau se referma derrière eux et des torches s'allumèrent instantanément aux murs. Flory et Moon hurlèrent et la seconde se mit à pleurer :
- Je veux maman… Gémit-elle.
Son frère la prit dans ses bras pour la consoler, et c'est tristement qu'ils cheminèrent dans cet étrange endroit. De temps à autre, une porte apparaissait dans la galerie, Angela les comptait car elles étaient toutes pareilles et elle en cherchait une précise.
Elle s'arrêta en effet devant la vingt-septième et frappa trois grands coups. Quelques secondes plus tard, le judas s'ouvrit et une paire d'yeux noirs apparut :
- Angela Walter-Klein ?
La voix derrière la porte était surprise mais absolument pas hostile, et la porte s'ouvrit aussitôt, laissant apparaître un gobelin assez jeune avec des cheveux noirs presque crépus. Il sourit largement à la supérieure et Nephtis songea que c'était le gobelin le plus jovial qu'elle n'ait jamais rencontré.
- Et bien, voici une troupe plus que fournie ! S'exclama t-il.
- Oui Asdrack, mais nous avons besoin d'aide en urgence.
- Entrez vite alors, répondit Asdrack. Vous m'expliquerez cela à l'intérieur.
Il s'effaça devant eux et les vingt fugitifs entrèrent dans le hall immense d'une maison souterraine. Eris s'accrocha à la jupe de Nepthis et lui demanda d'une voix inquiète :
- Grand-mère, où sommes-nous ?
- Dans une maison gobeline je pense, n'aie pas peur ma chérie.
Elle remarqua alors que plusieurs des enfants, les plus petits notamment, avaient les larmes aux yeux. Jason Roemer pleurait même dans les bras de sa sœur. Pour ces deux petits cracmols, parés cependant de bien d'autres qualités, la situation devait être terrifiante.
- Dîtes-moi donc ce qui vous amène Angela.
Pendant que la supérieure expliquait la situation au gobelin, Nepthis examinait le hall tout aidant Livia à consoler Jason et en surveillant les autres enfants. Soudain son regard tomba sur une étrange photographie : Une sorcière minuscule et un gobelin souriaient à l'objectif, enlacés à la manière de deux mariés, d'ailleurs la sorcière portait une robe blanche très simple. Nephtis s'approcha et lut les noms marqués en bas du cadre :
- Mr Gornuk et Mrs Hilda Flitwick !?
Sans s'en rendre compte, elle avait parlé à voix haute et se sentit aussitôt très gênée. Asdrack, cependant, ne s'en formalisa pas.
- Oui, j'ai posé cette photographie ici en mémoire de mon grand-père qui vient d'être tué par les raffleurs. Vous semblez étonnée par son nom.
- Oui, répondit Nephtis. Déjà parce que je le connais et également parce que j'ignorais que c'était un nom de famille gobelin.
- Les gobelins n'ont pas de nom de famille, Mrs Malefoy, répondit doucement Asdrack. Et je suppose que votre stupeur est liée au nom que porte aussi mon cousin Filius.
Confuse, Nephtis acquiesça. Le gobelin poursuivit :
- Cette photo représente nos grands-parents communs : Hilda Flitwick et le gobelin Gornuk. Aux yeux de l'administration sorcière, ils étaient mariés sous le nom de Mr et Mrs Flitwick, ce qui n'est pas allé sans heurts. Ils ont du attendre 1983 pour que leur union ait un statut légal. Mais passons, ils ont eu une fille : ma tante Esra qui est décédée très jeune, puis deux fils qui sont mon oncle Jarod, le père de Filius, et mon propre père Esnor. Ces deux garçons ne sont jamais allés à Poudlard car pas considérés comme des sorciers. Cependant mon oncle s'est marié à une sorcière, tandis que mon père s'est marié à une gobeline : ma mère, Zalda. Nous sommes donc apparentés de manière très proche, même si Filius est considéré comme un sorcier et moi comme un gobelin.
- C'est si étrange, répondit Nephtis. En quelques semaines j'aurais rencontré vraiment beaucoup de personnes issues de plusieurs monde, alors qu'il y a seulement quelques mois, je pensais cela pratiquement impossible.
- Je comprends que cela soit troublant pour vous, répondit Angela. À présent il faut y aller avant que d'éventuels pisteurs ne se lancent à nos trousses.
Asdrack les entraînait déjà plus profond dans la maison, il répondit également à Nephtis, d'une voix qui lui parut presque lointaine :
- Il n'y a qu'un monde Madame, et on n'en serait pas là si nos peuples s'en étaient rendus compte avant.
Sortant du hall par la droite, ils débouchèrent sur un long boyau souterrain, éclairé par des flammes bleues en bocaux.
- Où allons-nous ? Demanda Remus Lupin, inquiet.
- Je vais vous faire emprunter notre ligne de transports à nous autres gobelins : l'Unterwelt Express.
- C'est un nom allemand? S'étonna Sirius.
- Transport européen oblige, nos confrères du continent l'ont mis en place dans chaque pays et les gobelins germaniques sont les meilleurs dans ce domaine.
- Dommage qu'ils aient cédé au ministère et également fermé les frontières, répondit Angela avec aigreur. Tout aurait été beaucoup plus simple pour fuir autrement.
- Malheureusement, les gobelins aussi ont peur des mangemorts. Mais heureusement, ceux-ci ne surveillent pas nos entrées proches du monde moldu.
Soudain, le boyau s'élargit, débouchant sur ce qui ressemblait à une grande porte de garage. Asdrack se pencha, l'ouvrit et tous débouchèrent dans un garage occupé par la plus étrange berline que Nephtis n'ait jamais vue.
Elle ressemblait à une diligence des siècles précédents, mais au lieu d'être tirée par des chevaux elle possédait des roulements semblables à ceux du Poudlard express. La vieille femme remarqua aussi qu'elle était montée sur des rails et que ceux-ci serpentaient sous la porte opposée du garage. Asdrack les invita à entrer dans la berline, dont l'intérieur s'agrandissait au fur et à mesure qu'elle se remplissait. D'un quatre place, elle passa bientôt à un vingt places sur cinq rangs. Nephtis, avec Marcus dans les bras, et Angela étaient à l'arrière dans le sens de la marche, Sirius et Remus à l'avant dans le sens contraire. Jaody s'était placé au milieu des enfants et Eris faisait face à sa grand-mère.
A présent l'anxiété avait disparu de son visage et elle observait les alentours avec curiosité.
Une siège conducteur se matérialisa face au pare-brise lorsque le gobelin monta à son tour, suivi de toutes les commandes nécessaires à la conduite. Devant l'air curieux de Sirius qui se tordait le cou pour mieux voir, le gobelin expliqua tout en actionnant l'ouverture du garage :
- Sécurité enfant. Les miens se font grands et si je n'y veille pas, ils chercheront à conduire cet engin.
Il actionna une pédale, et aussitôt, une route de rails s'illumina devant eux hors du garage.
- Bienvenue dans l'Unterwelt express, annonça le gobelin.
Aussitôt la diligence se mit en marche, d'abord à vitesse très modérée, puis de plus en plus vite lorsqu'elle fut parvenue sur la voie principale.
Des panneaux indicateurs parcouraient les rails avant chaque embranchement. Angela se pencha vers Nephtis et lui indiqua :
- On en a pour la journée. Asdrack va nous conduire à Glasgow où nous suivrons l'idée de Joy et Sirius.
- Le ministère connaît-il l'existence de ce réseau de transports ? Lui répondit la vieille femme.
- Oui, plus ou moins, répondit Angela. Il connaît son existence mais guère plus. Et si je n'étais pas une hybride, je ne le connaîtrais pas non plus. Les gobelins réservent son usage aux leurs ou à d'autres créatures qui sont susceptibles de servir leurs intérêts.
- Charmant…
- Oui, mais utile par ces temps troublés.
Nephtis acquiesça, mais elle n'avait pas fini :
- Vous ne faîtes pas uniquement partie de l'Ordre du Phoenix, pas vrai ? Dit-elle à Angela.
- Non bien sûr, je suis également ambassadrice auprès du Parlement européen des Créatures magiques. Et celui-ci est agité par les événements qui ont eu lieu depuis trois ans.
- Mais encore ?
Angela soupira :
- L'Ordre du Phoenix, contrairement à ce que vous semblez en penser, n'est pas simplement une émanation de Dumbledore, pas plus qu'il n'a de ramifications qu'en Angleterre. Lorsque Tom Jedusort est revenu parmi les vivants, Albus Dumbledore nous a sollicités, nous ses anciens alliés d'Europe centrale.
- Je sais que les créatures magiques ont leurs propres institutions dans cette partie du monde en effet, répondit Nephtis. Et au-delà de la lutte contre le Seigneur des Ténèbres, vous semblez poursuivre un but beaucoup plus large.
- C'est vrai, convint Angela. Je fais partie des personnes qui militent pour l'égalité de toutes les créatures magiques. Et ça passe par la lutte contre Voldemort. Asdrack est comme moi, et nous nous entraidons souvent.
Nephtis s'en contenta, pas encore prête à entendre la suite. Elle se renfonça dans son siège, Marcus à présent endormi dans les bras, et regarda le paysage souterrain par les vitres de la diligence sur rails. Plusieurs voies se côtoyaient les unes à côté des autres, et d'autres diligences les croisaient parfois.
- On risque d'être vite repérés, observa Sirius lorsqu'un véhicule passa sur la voie juste à côté d'eux.
- Mes vitres sont teintées, comme celles de la plupart des voitures gobelines, répondit Asdrack. Et de l'extérieur nous avons toujours la même apparence. Donc il y a peu de risques.
Ils circulèrent encore un moment, bercés par les accélérations et ralentissement successifs. Les plus petits s'endormaient progressivement.
Soudain une lumière bleutée apparut et tous sursautèrent. Nephtis brandit sa baguette mais Angela l'arrêta :
- Un patronus ! Dit-elle d'une voix surexcitée.
En effet, bien qu'en partie informe, le sort était pleinement reconnaissable et devant eux, tout prêt de Sebastian et Moon, la tête et le poitrail d'un âne apparaissait.
Non pas un âne, c'était une mule, et la voix de Gilda retentit, faible et chuchotante, mais suffisamment fort pour que tous tressaillissent en l'entendant :
« Ne cherchez surtout pas à me répondre, je n'en ai plus pour longtemps de toute façon car je suis dans le manoir Dolohov. Je voulais juste dire une dernière fois à Moon, Sebastian et Marcus que je les aime, et combien je regrette l'année qui vient de passer, c'est grâce à leur souvenir que j'ai formé ce patronus… »
A présent, sa voix tremblait, probablement de la crainte de ne pouvoir achever ou par la peine qu'elle avait à parler, on aurait dit d'ailleurs qu'elle pleurait. Pourtant elle continua :
« J'ai aussi essayé de… Non... »
Elle n'acheva pas et le patronus disparut tout d'un coup. Tous se tenaient aux aguets, de crainte d'une attaque. Lorsqu'il fut évident que c'était Gilda qui avait coupé la communication de son côté, qu'elle l'ait voulu ou non, ils se détendirent et Nephtis se rendit compte que Sebastian pleurait en serrant Moon dans ses bras. Elle confia Marcus à Angela et se leva pour aller vers eux. Le petit garçon se réfugia dans ses bras en sanglotant et elle s'assit en le prenant sur ses genoux.
- Comment Gilda a t-elle pu communiquer avec nous ? S'interrogea Lupin. Ils ne lui ont quand-même pas laissé sa baguette…
La perspective était en effet inquiétante, avait-elle communiqué sous la contrainte pour permettre aux raffleurs de les localiser ? Un frisson parcourut les adultes à cette perspective.
Jusqu'à ce que, prise d'un doute, Angela fouille soudain dans ses poches de sa main libre. Agitée, elle confia Marcus à Eris et se leva pour vider ses poches, Nephtis vit la baguette de Narcissa en sortir et comprit aussitôt :
- Elle vous a volé la baguette de Drago ?
- Non… Bredouilla Angela. Je crois qu'elle a juste oublié de me la rendre quand on les a tant cherchées il y a une semaine.
Sebastian pleurait toujours dans les bras de Nephtis et il gémit :
- C'est notre faute tout ça… Avec Marc et Jonathan quand on a piqué les baguettes pour jouer...Si on n'avait pas fait ça, ils nous auraient jamais retrouvés…
- Non, voyons, répondit doucement Nephtis. Aucun de vous n'a jeté de sortilège avec, on l'a bien vu en pratiquant la remontée des sorts. Mais pourquoi ne l'a t-elle pas rendue ?
