Chapitre 3 - Rivaux de coeur


LYME REGIS

Le rythme d'Emeric ne changea pas tant de celui qu'il avait eu durant la cavale de Kate : nuit et jour, il planchait, mais cette fois sur de nouvelles recherches. Cependant, ils avaient établi leur base dans le Dorset, chez le Serdaigle. Ils avaient songé, dans un premier temps, s'installer dans l'appartement londonien de Kate, mais les chaleurs estivales y étaient peu supportables et la jeune fille cauchemardait encore des images de Cliodna foulant son chez-elle. Cette dernière échappait à tous les radars, même magique et pouvait réapparaître à tout moment.
La maison des Beckett avait été aménagée en conséquence, même si son isolement sur les hauteurs des falaises de Lyme Regis l'avantageait déjà. Eugene, le père d'Emeric, avait fabriqué un certain nombre de portoloins de secours qu'il avait mis à disposition dans toutes les pièces de son domicile. Il suffisait d'un mot de passe pour les activer et assurer le transport dans les quelques secondes qui suivaient.
Le collier des Brísingar demeurait introuvable. En lien avec Morgana, qui voyageait à travers l'Europe, ils avaient tenté ensemble de remonter leurs sources à partir de Grindelwald, mais il semblait peu probable que le collier eut été encore en sa possession quand il avait été envoyé à Nurmengard. Il était bien possible qu'Albus Dumbledore ait mis la main dessus et ait décidé de le cacher, cela lui ressemblait bien… Après tout, il avait ainsi dissimulé le pendentif de Maëva chez une antiquaire, pensant que sa mise en circulation dans le monde moldu pourrait épargner ses futurs propriétaires. Il s'agissait là de l'une de ses pires erreurs…
Mais une chose différait : ils étaient ensemble désormais. Conscient qu'il devait être présent pour elle, quitte à perdre une heure ou deux de recherches, Emeric proposait chaque soir à Kate une activité : sortir en ville, aller voir un film au cinéma, se promener sur la plage, organiser une soirée jeux de société ou lecture tranquille. Même si une part de lui insistait pour lui faire entendre que ce n'était pas le moment de s'adonner à ce genre de petits plaisirs quotidiens, Emeric gardait à cœur de tenter de ramener Kate des ténèbres de sa dépression.
Malgré cela, il sentait que la Papillombre restait toujours sur le qui-vive, jamais apaisée. La nuit, il se retrouvait régulièrement à la rassurer quant aux cauchemars qui ponctuaient son sommeil sans relâche. La jeune fille avait été fragilisée par tous ces événements, cela devenait physiquement remarquable. Il espérait qu'elle ne pourrait être en paix avec elle-même à l'issue de l'éclipse. D'ici-là, le danger pouvait surgir de chaque recoin.
Emeric commençait à comprendre ce que Kate pouvait ressentir depuis sept années, maintenant qu'il était celui responsable du poids de tout ceci. La jeune fille mise hors-jeu, c'était à lui de porter ce fardeau, avec l'aide des Whisper, de Terry, de Maggie et de Morgana.
Les jours qui passaient ressemblaient à une immense épée de Damoclès au-dessus de leur tête. Rien n'avançait… Si bien qu'ils arrivèrent à la troisième semaine de septembre, toujours bredouilles, aussi perdus les uns que les autres.

— Qu'est-ce que tu fais ? demanda un matin Emeric à Kate, occupée à griffonner sur un parchemin à son bureau, empruntant sa grande plume d'aigle.

Le jeune homme venait de rentrer de la chambre.

— Je réponds à Tetsuya. Il vient de m'envoyer une lettre de Poudlard.

Elle pointa avec l'extrémité de sa plume le hibou petit-duc qui s'était posé à la fenêtre ouverte de la chambre d'Emeric. L'oiseau piailla, ravi de sa mission et impatient de repartir avec sa nouvelle enveloppe. Emeric lui donna une souris de la réserve de Hlin.

— Quelles sont les nouvelles de Poudlard ?
— C'est très tendu… L'histoire à propos de l'Electra zombifiée a beaucoup tourné, avec toutes les déformations et les rumeurs que l'on peut trouver. MacGonagall l'a informé de la possibilité que l'école soit ouverte exceptionnellement pour nous. Tu sais, il est préfet-en-chef, cette année. Il a reçu des instructions pour le moment où il faudra qu'on y aille, surtout quand il faudra descendre dans la salle commune. Aucun professeur, aucun Auror ne pourra s'y rendre. Ça sera lui le responsable de tous les élèves de la maison et… de ce qu'il pourrait se passer dans le tombeau de Maëva. C'est beaucoup de pression sur ses épaules. Mais il sait gérer. C'est Tetsuya.
— C'est pas lui qui avait essayé de t'aider dans tes recherches les années précédentes ?
— Oui. Vous êtes un peu de la même trempe, lui et toi. D'ailleurs, je suis persuadée qu'il aurait été à Serdaigle si Papillombre n'avait pas existé. Et c'est lui qui était descendu avec moi dans le passage. On a découvert ensemble la tombe de Maëva…

Emeric réfléchit en silence, les mains dans les poches, le regard plongé en direction de la mer par la fenêtre.

— Tu pourrais peut-être lui envoyer une part de nos recherches. Il pourrait nous aider.
— Je pense qu'il a autre chose à penser. Surtout qu'il passe ses ASPIC cette année. Il va prendre ça très à cœur et risque de faire passer le reste en arrière-plan.
— « Qui tente rien n'a rien ».

Kate haussa les épaules et accepta ; après tout, elle n'avait rien à perdre. Par miracle, peut-être Tetsuya trouverait-il de nouvelles pistes, ou du moins une manière neuve d'envisager leurs recherches. Mais elle connaissait sa loyauté à toute épreuve. Elle craignait bien que le jeune homme ne soit capable d'enchaîner les nuits blanches pour espérer trouver la réponse à cette énigme sur laquelle ils séchaient tous depuis des mois.

— Tu voulais quelque chose ? lui demanda Kate après qu'elle eut renvoyé le hibou.
— Ça te dirait qu'on aille se promener ?
— Se promener ? répéta-t-elle d'un ton très sec. On a autre chose à faire, Emeric. De beaucoup plus urgent. J'ai déjà accepté trop de concessions pour te faire plaisir, avec tes propositions… Je n'ai plus envie de perdre mon temps.
— Ce n'est pas une perte de temps, Kate, tenta-t-il de la raisonner. Ces recherches sont essentielles, je suis bien d'accord. On y passe quoi… dix heures par jour ? Mais je m'inquiète vraiment pour toi. Ce n'est pas pour me faire plaisir. Tu dois aussi te changer les idées et…
— Est-ce que tu répètes mot pour mot ce que mes parents te disaient pendant les deux mois où tu es resté chez moi ? Si j'en crois ma mère, tu n'as pas décroché une seule seconde.
— Ce n'est pas la même chose. Tu étais en danger de mort et…
— Et quoi ? s'était-elle mise à crier. Tu penses que la situation est différente ? Parce que je suis là maintenant ? C'est pire, Emeric, pire ! Tu ne te rends pas compte ! L'éclipse se rapproche et nous n'avons rien ! Alors quoi ? Quand je suis absente, tu te préoccupes de moi, mais une fois que Kate est revenue, en chair et en sang, le reste n'a plus d'importance ?
— Ce n'est pas ce que j'ai dit. C'est juste que…
— Que quoi ? Tu ne comprends donc pas ?

Face à son air décontenancé, Kate eut du mal à croire qu'il n'ait jamais envisagé cette possibilité, lui qui était si brillant et vif d'esprit.

— L'éclipse… elle aura des conséquences. De répercussions. Pas que sur moi. « L'âme la plus noire », ça n'a jamais fait tilt pour toi ?

Elle craquait, elle en avait conscience. Mais elle pourrait toujours regretter ses paroles plus tard.

— Tu ne t'es jamais dit qu'on allait tellement monter en pression, que l'éclipse allait tellement me faire perdre mes moyens, que tu serais prêt à tout à ce moment-là ? Que tu fasses appel à… lui ?

Le visage d'Emeric avait perdu toute teinte.

— Je n'utiliserai jamais cela, attesta-t-il.
— Même si je suis en danger de mort ? Même si tu me vois souffrir comme jamais je n'ai souffert ? Je te connais ! Tu as couru les plus grands dangers pour moi ! Tu as participé au Tournoi des Trois Sorciers ! Tu as combattu un Léviathan ! Tu as provoqué Sigrid en duel ! Tu as manqué de mourir plus d'une fois ! Et le moment venu, tu vas me faire croire que tout ça, c'était inutile ? Que c'était du vent ?
— Pour qui me prends-tu ? Et pourquoi me sors-tu tout ça ?
— Parce que je te comprends !

Elle s'empoigna les cheveux de colère et prit quelques secondes pour se calmer.

— Si Morgana a raison et qu'on ne peut pas éviter la prophétie… j'ai peur qu'elle te concerne. Et qu'en libérant le cambion qui est en toi et dont on ne sait rien… les dégâts soient bien plus importants que tout ce qu'on aurait pu imaginer. Et toi, tu me proposes une promenade. Mais Emeric : je suis inquiète pour toi aussi…

Une boule se noua dans le ventre d'Emeric. Il avait envie de crier, mais il préférait nier ces allégations qui le bouleversaient. Peut-être avait-elle raison, mais il désirait avant tout la protéger. Lui exposer ses propres faiblesses n'aiderait pas Kate à se relever. Il devait être fort, pour elle, même si son impassibilité ne lui ressemblait pas.

— On… on tourne en rond, rejeta le jeune homme en articulant de manière à ne pas laisser transparaître son trouble. J'aurais préféré simplement que tu me répondes « non merci, on se promènera plus tard ».

Dans un soupir tremblant, il s'assit sur son lit et reprit le grimoire à propos des mythes nordiques qu'il avait commencé à annoter la veille, comme espérant que cela lui permettrait de se raccrocher à autre chose. Cet exemplaire, l'un des rares reliquats de cette édition séculaire de 1883, lui avait été envoyé par Sigrid, depuis la bibliothèque de sa grand-mère, Volvä elle aussi de son état. Kate le contempla un instant, désolée de la rudesse de ses mots, sans parvenir pour autant à en sortir de nouveaux, porteurs d'excuses ou peut-être plus rassurants vis-à-vis de leurs situations. Mais elle ne pouvait pas s'empêcher d'être pessimiste. Elle avait ruminé ces pensées deux mois durant, en solitaire. Après tout, se rappelait-elle, il lui avait reproché, il n'y avait pas si longtemps de cela, lors de leur dispute à Ste Mangouste, qu'elle se berçait d'illusions et qu'elle n'était pas assez réaliste.
Soudain, un grand rayon lumineux passa devant la fenêtre. Elle pensa un instant qu'il s'agissait du reflet d'un bateau sur la mer, mais le rai blanc traversa la vitre. Emeric en sursauta également de surprise, quand il aperçut l'impressionnant tigre blanc atterrir sur ses deux pattes avant massives. Kate ne s'en alarma pas. Elle connaissait bien l'animal : il s'agissait du Patronus de son père.

« Kate. »

Désormais, ils pouvaient clairement entendre sa voix, mais n'étaient pas en capacité de communiquer avec lui. Le Patronus ne faisait que transmettre un message.

« J'ai découvert quelque chose d'important. Par rapport au tombeau. Rentre vite à Carlton. Viens seule, s'il te plaît. Je préfère qu'Emeric reste en dehors de cela pour le moment, je pense qu'il comprendra. »

La brume lumineuse du Patronus s'affaiblit jusqu'à ne devenir que des fumerolles bien vite volatilisées. Les deux jeunes sorciers se concertèrent du regard.

— Qu'est-ce… qu'est-ce que tu penses que ce soit ? demanda Emeric.
— Aucune idée, souffla-t-elle, en jetant une main précitée sur le dossier de la chaise pour y récupérer sa veste en cuir qu'elle enfila. Mais s'il envoie son Patronus et pas Littleclaws, c'est que ça ne peut pas attendre.

Elle grommela dans sa barbe :

— J'aurai vraiment dû passer mon permis de transplanage, même si je n'aime pas ça…
— Je peux t'y emmener, si tu veux.
— Tu l'as entendu ? Je dois y aller seule.
— J'essaie de réfléchir à tous les arguments possibles, je ne comprends pas pourquoi ton père chercherait à m'évincer. Il n'est même pas au courant… de ce que je suis. Il serait plus prudent que je t'accompagne.

Des arguments, Kate en avait mille à l'esprit, à commencer par le plus évident : si le plan que Phil avait en tête impliquait de prendre de grands dangers, Emeric serait capable de les assumer.

— Il n'y a pas lieu de débattre, coupa-t-elle court. Je rentre à Carlton, seule. Je t'enverrai un hibou quand j'arrive, d'accord ?

Le cœur battant, elle manqua de sortir de la chambre sans penser à l'embrasser.

— Sois prudente sur la route, marmonna-t-il avant de lui ouvrir la porte.
— Cela fait des années que je suis trop prudente.
— Continue sur cette lancée.
— Ça ne m'a pas toujours réussi !
— Reste en vie pour moi.
— Promis.

Après un dernier regard complice, elle sortit et descendit l'étage. Cependant, avant de mettre son casque et de chevaucher sa moto-balai, elle estima le poids, encore lourd, de leur récente dispute. Ils en avaient trop eu, dernièrement. Toutes ces tensions entaillaient chaque fois un peu plus leur relation qui ne s'était jamais construite sur cette quête insensée, mais sur tous ces bons moments de rire et de partage dans les couloirs de Poudlard. Entre une Papillombre rêveuse et un Serdaigle trop timide, pas entre une maîtresse d'un Immatériel incontrôlable et le fils d'un démon. Elle ne désirait pas partir et ne semer derrière elle que les souvenirs d'une dispute, comme cela avait été le cas quand elle avait décidé de disparaître pendant deux mois, laissant à Emeric le goût amer de leur violente altercation dans les escaliers de Ste Mangouste et la culpabilité d'avoir eu une part de responsabilité dans sa fugue.
Aussi, elle retourna vers la maison sur la falaise et se posta sous la fenêtre d'Emeric. Elle attendit qu'il l'ouvre en l'appelant d'une forte voix. Le Serdaigle afficha une expression surprise par-dessus le balconnet, pensant qu'elle avait oublié quelque chose. Pourtant, Kate affichait un sourire enchanteur, l'un des plus beaux qu'elle eut jamais exhibé.

— Emeric Beckett ! clama-t-elle. Je te promets que quand tout ça sera fini, on fera le tour du monde ! On ira fouler les pyramides, toi tu exhumeras les trésors et moi je taperai sur les momies ! On descendra dans les grottes péruviennes et on escaladera les temples cambodgiens ! On traversera les déserts et les océans ! Les ciels, puis les torrents de lave, aussi ! Je veux que tout ça, ça soit terminé pour pouvoir vivre toutes ces aventures avec toi ! Alors on va faire en sorte de plier cette histoire au plus vite ! Je veux célébrer la vie avec toi !
— Est-ce que je t'ai déjà dit que tu es certainement la fille la plus bizarre que je connaisse ? lança Emeric, à la fois touché et amusé.
— C'est pas nouveau ça !
— Tu es vraiment pas croyable…
— Je sais ! Et c'est même pour ça que tu m'aimes !

Elle lui adressa un dernier signe avant d'enfiler son casque, qui ne supprima pas son sourire pour autant, camouflé derrière sa visière teintée. Ce fut ainsi, le cœur plus léger, transis d'amour l'un pour l'autre, qu'ils se séparèrent, l'espoir d'un avenir meilleur illuminant leurs esprits.

Une demi-journée de moto fut nécessaire à Kate pour rallier Lyme Regis à Carlton. Elle arriva en milieu d'après-midi, sans avoir pris la peine de faire une pause sur la route pour une fringale.
Une fois parvenue sur le parvis, elle frappa à la porte. La sensation fut étrange. Elle n'habitait plus tout à fait ici, désormais…
Phil lui ouvrit mais l'accueillit sans un sourire.

— Je suis là, comme tu me l'as demandé ! se présenta-t-elle en écartant les bras. Alors ? Qu'y a-t-il de si urgent ?

Pourtant, son père ne répondit pas de suite. Aussi, en franchissant la porte que Phil referma derrière elle, Kate demanda :

— Maman et Abby sont là ?
— Non. Elles sont parties faire des courses. Acheter des nouveaux vêtements pour la citrouille.
— Ah, je vois.

Le comportement de son père la questionnait réellement. Il ne semblait pas aussi pressé que l'usage de son Patronus l'avait laissé entendre.

— Je dois t'emmener quelque part, déclara-t-il, grave. C'est en rapport avec le tombeau de Maëva.
— C'est quoi, exactement ?
— Tu comprendras sur place. Mais pour nous y rendre, il y a une condition.
— Laquelle ?

Il tendit la main et réclama :

— J'ai besoin de ta baguette magique.
— Hein ? Pourquoi ?
— Ne pose pas de question, moujingue. C'est une clause non négociable.
— Je ne vois pas pourquoi j'aurais à te donner ma baguette magique, papa ! Tu es si… bizarre.
— Oui, Kate ! Je suis putain de terrifié, d'accord ?

Phil venait de retenir une explosion d'émotions trop difficiles à garder pour lui. Il s'expliqua aussitôt, avant qu'elle n'eut le temps de répliquer :

— Le temps presse. Et je ne veux pas qu'il t'arrive de mal. Tu es ma fille. J'ai trouvé possiblement une solution. Pour cela, tu dois m'écouter et m'obéir…
— J'en ai assez de tes secrets, papa ! Tu m'as caché pour Merrick, tu m'as caché pour la cave, pour tout le reste ! Tu n'arrêtes pas de me protéger en me mentant, en omettant la vérité. Et tu me demandes encore une fois d'être complice de ça ?
— Je sais que si tu étais à ma place, tu ferais la même chose. N'est-ce pas ? On est des Whisper, Kate. On est là pour veiller les uns sur les autres. Tu dois me faire confiance. S'il te plaît…
— Qui me dit que tu n'es pas quelqu'un d'autre, qui a pris du Polynectar ? Que tu n'es pas Orpheus Fawley ?
— Ce tocard ?
— … Je suis certaine qu'il serait capable de se traiter de ça pour sa couverture.

Phil soupira, agacé, et tout de suite plus impatient.

— Eh bien vas-y, si ça te fait plaisir ! s'exclama-t-il en croisant les bras. Pose-moi des questions ! Et si je me plante, tu me plantes, je le mériterai.
— Où est-ce qu'Electra nous a enfermés quand elle a voulu que le loup-garou en toi me tue ?
— Dans un entrepôt maritime. T'es sérieuse avec ta question ? Si j'étais Electra ou Cliodna, j'aurais pu y répondre aussi !
— Raconte-moi notre entrevue, le jour où je suis venue te voir à Azkaban ?
— J'ai trouvé le pendentif que Griffin t'avait offert très kitsch. Je t'ai demandé de passer à autre chose, que cette famille devait continuer de vivre sans moi, même si tu ne devais pas m'oublier. On ne pouvait pas se toucher, mais j'ai essayé d'attraper ta main…
— Si je te dis « lapin », tu me réponds… ?
— Camping en France.
— Si je te dis « harpie », tu me réponds… ?
— Que tu n'es pas un monstre.

Kate hocha la tête, satisfaite des réponses. Même en se renseignant, personne n'aurait pu obtenir des réponses aussi rapides, justes et spontanées. La personne qui se tenait devant elle était bien son père.

— Je ne comprends toujours pas pourquoi tu veux que je te donne ma baguette.
— Là où on va, tu n'en auras pas besoin. Elle pourrait même s'avérer dangereuse… Fais-moi confiance.

À contrecœur, Kate sortit sa baguette magique en bois d'amarante de sa poche et la céda à son père. Ce dernier, aussitôt l'eut-il réceptionnée, la posa sur la commode attenante à l'entrée.

— Tu la laisses là ?
— Comme je t'ai dit, tu n'en auras pas besoin.

Il tendit alors sa main à Kate, qui comprit le message. Elle l'attrapa et balaya d'un regard une dernière fois la maison de ses parents autour d'elle, avant que l'image ne se brouille et qu'ils ne soient catapultés vers l'inconnu.
Le transplanage de Phil et de Kate ne laissa derrière lui qu'un claquement de fouet. Puis, le silence revint dans le foyer.
L'endroit était sombre. Plongé dans le noir. L'air frais hérissa l'échine de Kate. Elle connaissait ce lieu, même si sa cécité l'empêchait de confirmer ses doutes. La main de Phil lâcha la sienne et aussitôt, une vague de panique la submergea. Elle sentait que quelque chose lui échappait, sans comprendre pourquoi. Un instinct. Ce noir avait activé quelque chose dans son système de survie. À moins que ce ne soit le froid ressenti par ses pieds sur le sol en béton. Ou l'odeur d'humidité, de renfermé. Cela n'était pas normal… Si son corps réagissait ainsi, c'était pour une raison.
Elle chercha à rattraper le bras de son père, mais elle entendait déjà ses pas s'éloigner et sentait son aura la distancer.

— Papa, attends, où tu vas ? Putain ! Papa ! Attends !

Mais c'était déjà trop tard ; elle entendit une porte se refermer. Désormais, elle était seule dans cette pièce. Avec une intense appréhension, Kate leva la main et frictionna ses doigts pour réveiller son Immatériel, qui irradia l'endroit d'une lueur bleutée.
Elle le regretta.
La panique fut telle qu'elle songea être dans un cauchemar. Pourtant, la pièce était vide et aucun élément, en soi, n'aurait pu être à l'origine de cette réaction. C'était justement ce vide, ces marques invisibles, ces souvenirs suintants, qui avaient causé son traumatisme. Les murs effrités de cette salle aveugle portaient encore les reliefs des sortilèges violents qui s'étaient échangés ici. Plusieurs personnes avaient perdu la vie ici, par le passé.
Kate était morte, ici, à cet endroit précis. Plus de huit ans en arrière.
Elle enfonça la porte avec ses poings en hurlant. Mais personne ne lui répondit. Elle eut beau déchaîner son Immatériel qui brillait autour de ses bras, le sas était impossible à percer. Phil avait dû l'ensorceler, le fortifier avec des enchantements. La tranche de ses mains commençait à saigner, mais Kate ne percevait aucune douleur. Sa terreur ensevelissait tout autre émotion.
Personne ne lui répondit.
Elle était revenue au point de départ.
Là où tout avait commencé.
Dans la cave de Graveson.


MAISON DES WHISPER

La clé tourna dans la grosse serrure de la porte d'entrée qui céda.

— Chéri ! Tu peux venir m'aider ?

Les bras chargés de courses, Grace avança de quelques pas claudiquants pour déposer son sac. Abby apportait son coup de main, portant dans ses bras un melon bien juteux qu'elle s'appliqua à amener jusque dans la cuisine.
Pourtant, personne ne répondit à son appel.

— Phil ?

Quand elle comprit que son sorcier de mari ne viendrait pas à sa rescousse, Grace râla un temps et termina de décharger sa voiture à force de nombreux allers-retours, sa canne lui compliquant la tâche. Elle remarqua une baguette magique dans l'entrée mais ne s'en inquiéta pas outre mesure. Une fois que tout fut rangé et qu'Abby eut allumé d'elle-même la télévision par magie pour regarder un dessin animé, Grace monta à l'étage. La chambre parentale était vide. Elle se dirigea alors vers le bureau bleu, là où Phil travaillait ses futures interventions de Nettoyeur. De nouveau, aucune réponse ne lui parvint quand elle frappa à la porte ; quelquefois, il ne réagissait pas quand on le hélait depuis le rez-de-chaussée, assourdi par sa musique de rock.
Mais la pièce était vide. La cage de Littleclaws avait été ouverte, de même que la vitre, certainement pour laisser à la chouette la liberté d'aller et venir. Un mot se trouvait sur le bureau, étonnamment bien rangé. Son nom était écrit dessus.

« Parti en expédition urgente. I will be back. Comme d'hab. Je t'aime ».

Du Phil tout craché. À la fois amusée et agacée, Grace rebroussa chemin et ferma la porte du bureau derrière elle.

Ce ne fut que vingt-quatre heures plus tard que le téléphone de la maison sonna. Grace interrompit son activité lecture avec Abby, à laquelle elle commençait à apprendre des mots écrits en s'appuyant sur la langue des signes qu'elle maîtrisait désormais. Quelques secondes et efforts physiques lui furent nécessaires pour rejoindre le combiné insistant.

— Allô, Grace à l'appareil.
— Bonjour Mrs Whisper.
— Emeric ! reconnut-elle la voix. Comment vas-tu ?
— Je ne vous dérange pas ?
— Non, pas particulièrement. Kate va bien ?
— À vrai dire… je vous appelais pour vous poser la même question !

Le ton inquiet d'Emeric et l'étrangeté de la situation rendirent Grace suspicieuse.
— Elle n'est pas censée être chez toi ?
— Elle l'était. Jusqu'à hier.
— Elle est partie ?
— Oui. Hier matin, son père nous a envoyé son Patronus. Il voulait que Kate rentre immédiatement chez vous. Je… elle n'est jamais arrivée ?
— Pas que je sache !

Tous deux partagèrent la crainte d'un accident de la route.

— Son père ne vous a rien dit ? S'il l'attendait, il doit aussi se poser des questions !
— Je n'ai pas vu Phil depuis hier.
— Comment ça ?
— Je… je ne pourrais t'expliquer. Il m'a toujours tenu à l'écart de ses trucs de sorcier. Mais il a laissé une note. Dans son bureau. Comme quoi il serait en mission et que cela lui prendrait quelque temps. Je ne me suis pas questionnée plus. J'ai l'habitude !
— Vous pensez qu'il est parti en mission avec Kate ?
— Je n'en sais rien ! Ils en ont déjà fait ensemble. Mais ça ne serait pas la priorité du moment… Et même si cela avait été le cas, il m'aurait dit la vérité ! Il m'aurait dit que Kate viendrait et qu'elle partirait avec lui !
— Il était très évasif dans le message qu'il a envoyé via son Patronus, se rappela Emeric. Il n'a rien voulu expliquer… Et je ne devais pas accompagner Kate. Ça semble être un secret entre eux deux. Mais je dois admettre que je commence à me faire du souci pour Kate, Mrs Whisper…

En temps normal, ni lui ni Grace ne se seraient inquiétés. Cependant, les circonstances actuelles et la fugue récente de Kate à travers la Grande-Bretagne donnaient à ces absences d'autres perspectives.

— Attendons encore un peu, tempéra Grace. Si cela se trouve, nous nous faisons du mouron pour rien et ils seront de retour ce soir.
— Et si ce n'est pas le cas ?
— Si tu n'as pas de nouvelle de ma part d'ici demain matin pour te prévenir qu'ils sont de retour, viens ici.
— Entendu. Bonne journée, Mrs Whisper. Et encore désolé pour le dérangement.
— Ne t'excuse pas. Merci à toi de m'avoir prévenue…

Après avoir raccroché, Grace se tortura de mille questions, tapotant le combiné contre sa cuisse. Peu à peu revint en elle une ancienne sensation dont elle avait espéré se défaire. Elle se sentait aussi vide et désemparée que le soir où Phil et Kate auraient dû revenir de Londres, lorsqu'ils s'étaient faits séquestrés par Electra Byrne. La nuit où elle avait perdu la mémoire.

Après une nuit sans sommeil, le téléphone portable sur sa table de chevet, aux côtés de sa baguette magique, Emeric attendit une heure décente pour transplaner chez les Whisper. Depuis leur conversation de la veille, il n'avait reçu aucune nouvelle de Grace et son inquiétude ne faisait que grandir. Quand Kate cesserait-elle de se volatiliser dans la nature ?
Quand Grace lui ouvrit la porte, il s'empressa de lui demander :

— Mrs Whisper, des nouvelles ?
— Emeric, je… Ce n'est pas le moment !
— Ah ? Je… excusez-moi. C'est juste que… vous m'aviez demandé de venir si…
— Emeric ? entendit-il une voix masculine en arrière-plan. Le petit ami de Kate ?

Le Serdaigle ne reconnut pas son propriétaire de suite. Grace, visiblement embêtée, les dents serrées, lança :

— Oui, c'est ça…
— Fais-le entrer ! Il pourrait nous aider.

En franchissant le seuil, Emeric put mettre un visage sur la voix : Will, l'oncle de Kate, se tenait debout dans le salon. Comme lors de leur première rencontre, le temps se suspendit un court instant. Par réflexe, Grace s'interposa entre les deux, même si elle savait qu'elle serait bien faible face à deux sorciers. Ce jour-là, Kate n'était pas là pour effacer la mémoire de Will et contenir ses facultés magiques qui lui permettaient de ressentir la magie noire. Grâce à son exercice d'exorciste, Will pouvait reconnaître une âme sombre, un artefact maudit, sans même le toucher.
Grace intervint quand Will, le regard méfiant, s'avança d'un pas vers Emeric :

— Ne lui fais rien ! Il est innocent ! Je te le promets !

Son interjection les raidit tous les deux.

— Tu sais… ce qu'il est ? demanda Will, perplexe.
— Vous savez ce que je suis ? trembla Emeric. C'est… Kate qui vous l'a dit ?
— Et toi, tu sais ce que tu es ? rebondit le demi-frère de Phil. Dans ce cas, pourquoi tes yeux…
— … ne sont pas oranges ? compléta Emeric.

Cette fois, il adopta une posture plus défensive et un ton plus acerbe.

— Parce que je n'ai jamais pris en considération cette part de moi. Je suis né avec, mais je ne veux pas lui donner plus de crédit que nécessaire.
— Sage position de ta part, admit Will d'une voix grave. Je n'ai jamais connu de cambion aussi âgé n'ayant pas pris pleine possession de son héritage.

Ils se défièrent un court instant du regard, mais constatant que Will ne serait pas plus hostile, Emeric s'apaisa. Il murmura cependant à Grace :

— Vous… V-vous saviez.

Elle hocha la tête, peinée. Pourtant, cela fit sourire Emeric. À l'instar de Kate, sa mère ne l'avait pas considéré autrement, malgré sa connaissance de son identité profonde et il se rendit compte de la chance qu'il avait eue. Rares étaient ceux qui bénéficiaient d'un entourage aussi bienveillant…
Puis, sa logique le fit bondir :

— Euh, mais… Ph-, je veux dire ! Mr Whisper. Il le sait ?
— Pas que je sache, lui assura Grace. Je ne lui ai jamais rien dit et connaissant Kate, cela m'étonnerait grandement d'elle !
— Oui…, souffla Will. Pour avoir eu un bon aperçu de lui, je pense que tu aurais été le premier à le savoir s'il avait été au courant ! C'est un père très protecteur.

À la fois rassuré et dérangé, Emeric passa une main sur sa tête échevelée et balaya le sujet avec la réalité actuelle :

— Pas de nouvelles de Kate ?
— Ni de Phil, regretta Grace. J'ai… téléphoné à Will ce matin.
— C'est une histoire qui se répète, grimaça le concerné. Il me reste encore un bras, j'espère ne pas perdre l'autre dans la foulée !
— Vous pensez que c'est Electra qui est sur le coup ? Comme il y a deux ans ?
— On n'en sait rien… Nous en sommes au même point que toi.

À la demande de Will, Emeric leur raconta en détail l'arrivée du Patronus de Phil et le message qu'il avait délivré à l'attention de Kate.

— Il y a quelque chose qui cloche dans cette histoire, déclara Grace à voix basse une fois qu'il eut terminé son récit, qu'elle connaissait déjà. Si Phil avait trouvé le dernier artefact, s'il avait eu une piste sur Electra, s'il avait trouvé une solution pour contrer la malédiction, il nous en aurait fait part. À tous. Il n'aurait pas gardé ça pour lui ! Même s'il est très sujet aux secrets. Mais là, c'est trop important… Je le connais, il aurait fanfaronné. Là… il n'a rien dit. À personne.
— Vous pensez à quelque chose en particulier, Mrs Whisper ?
— La dernière fois qu'il a agi de la sorte, c'est quand il a gardé pour lui le fait que Kate était responsable de la mort de Merrick MacNair. Il est allé jusqu'à Azkaban pour ne rien révéler ! Il a préféré ça plutôt que d'avouer la vérité ! Phil a le sens du sacrifice et…

Tout à coup, les choses s'éclairèrent pour Grace. Ses propres mots lui ouvrirent de nouvelles perspectives. En remarquant que sa belle-sœur s'était tétanisée, Will réagit :

— Grace ? Qu'est-ce qu'il y a ?
— Phil ! Il veut se sacrifier !
— Qu'est-ce que tu veux dire par-là ?
— La malédiction… il y a un autre moyen de la briser.

Les deux adultes se tournèrent vers Emeric, sombre, comprenant ce que craignait Grace.

— C'est que Kate tue quelqu'un de son propre sang.
— Kate ne tuerait jamais son propre père ! rejeta Will.
— Il va lui retourner le cerveau ! s'exclama Grace. Il va tout mettre en œuvre pour qu'elle le fasse ! D'une manière ou d'une autre ! Phil n'a jamais cru en nous pour trouver les artefacts ! Il… il savait que ça allait finir de cette manière !

Grace s'était mise à crier. Aucun des deux hommes ne lui répondit, tous les deux interdits. Alors, elle s'effondra sur le canapé et fondit en larmes.

— On n'est sûrs de rien, tenta de la rassurer Will en s'accroupissant devant elle, sa main sur son genou. Peut-être que nous nous égarons. Nous sommes tous fatigués, nous sommes tous angoissés. Ne nous créons pas des histoires inutilement. Garde espoir, Grace.
— Je connais Phil… Il serait capable de tout pour nous. Si cela implique de perdre la vie pour donner une chance à celle de sa fille, il le fera. Je le sais, j'en suis certaine…

Pressentant que Grace n'était plus à même de prendre une quelconque décision, Will s'en chargea, se tournant vers Emeric.

— Rentre chez toi. Peut-être que Kate rentrera… Tu nous tiens au courant. Reste focalisé sur tes recherches actuelles. Grace et moi, nous pouvons nous occuper de retrouver Phil et Kate.
— J'ai déjà retrouvé Kate une fois, je peux le refaire. C'est… compliqué à expliquer, mais… nous partageons une sorte de connexion magique.
— Je te crois, hocha-t-il la tête. Et si tu as le moindre indice par ce biais, préviens-nous. Mais garde à l'esprit que nous souhaitons avant toute chose abolir la malédiction de Kate. Et pour cela, nous avons besoin de tous les artefacts. Puis-je te faire confiance, Emeric ?

Par ces mots, le Serdaigle comprit les enjeux parallèles. Il devait faire ses preuves en tant que sorcier, pour prouver qu'il n'était pas le cambion que Will redoutait. Il acquiesça et transplana jusqu'à Lyme Regis, le cœur lourd, en bas de la colline qui bordait l'océan.
Même s'il existait des centaines de scénarii qui expliquaient l'étrange absence de Kate et de son père, celui du piège de Phil énoncé par Grace ne lui paraissait, hélas, pas si incohérent… Et même si cela réussissait, si ce meurtre libérait Kate du poids de sa malédiction, dans quel état allait-il la récupérer ? Qu'allait-il rester de la Papillombre, si ce n'était une âme meurtrie ? Méritait-elle de poursuivre sa vie ainsi rongée par la culpabilité ?
Will n'avait pas tort ; il avait une mission. Trouver le dernier artéfact de Maëva.
Quand il passa la porte d'entrée du cottage, son père, qui buvait un thé en lisant la Gazette du Sorcier, lui lança d'un air détaché :

— J'ai vu Hlin passer avec une lettre. Je pense que c'est pour toi. Elle est surexcitée, semble-t-il…

Cela ne l'intéressa pas outre mesure. Il répondit d'un remerciement murmuré et grimpa jusqu'à sa chambre. Aussitôt eut-il ouvert la porte qu'il fut assailli par une masse brune et blanche qui se jeta à son visage. Par réflexe, il se couvrit avec ses mains.

— Hé ! Hlin ! Du calme !

Il eut beau tenter de rappeler sa chouette à l'ordre, Hlin eut du mal à se tranquilliser, piaillant et secouant ses serres devant lui.

— Mais… qu'est-ce qui t'arrive ? Je ne t'ai jamais vue comme ça ! Calme-toi. Hlin, chhhh.
Quand elle fut posée sur son épaule, il caressa délicatement la tête du rapace, qui gardait le bec ouvert, la respiration encore rapide. Hlin portait en effet une lettre, adressée à Kate. Il était également inscrit dans le coin « URGENT » en gros caractères bien calligraphiés.
De par les circonstances présentes, Emeric prit l'initiative de la détacher et de l'ouvrir. Kate aurait compris.
La lettre était longue, écrite dans la précipitation et signée par Tetsuya. Mais Emeric ne releva que les premiers mots, marquants, plus épais que ses homologues sur le parchemin.

« Kate ! J'ai trouvé le dernier artefact ! »


PRE-AU-LARD

Le tumulte ancillaire, ponctué de rires et de biéraubeurres trinquées, ne faisait que camoufler d'autres bruits plus discrets. Comme le pied frénétique d'Emeric qui tapait au sol, secouant sa jambe. Ou encore le cliquetis des aiguilles de sa montre, qu'il passait en revue toutes les deux minutes, pensant que cela ferait passer le temps plus vite. Il savait qu'il attendrait ; il avait plutôt tendance à arriver à l'avance.
La première personne qui poussa la porte des Trois Balais fut celle avec laquelle il aurait préféré éviter un tête-à-tête : dépêchée de Hongrie dès qu'Emeric avait reçu le mot de Tetsuya, Morgana avait abandonné toute recherche. Elle fut embarrassée quand il lui indiqua son emplacement en levant la main.

— Du calme, Beckett, grogna-t-elle, tu ne passes pas inaperçu avec ta tête blonde.
— Les réflexes de sept ans à Poudlard, je suppose.

Elle le dévisagea avec un air circonspect. Emeric bafouilla en expliquant sa blague :

— C'était… par rapport au fait qu'en classe, je levais… beaucoup… bref ! Tu veux quelque chose à boire ?
— Un Whisky-Pur-Feu.
— Tu… es sûre ?
— Quoi. Tu vas me faire la morale ? Je suis majeure, que je sache.
— Ok, ok !

Emeric se leva et se dirigea vers le bar pour prendre commande auprès de Mrs Rosmerta, faisant attention à ne pas se prendre un coup de la part de l'énorme bonhomme, un demi-géant, ou peut-être un ogre, qui parlait au comptoir avec de grands gestes.
En se positionnant sur sa chaise, Morgana retira de la poche de son manteau un morceau de parchemin froissé. Elle y avait inscrit tout son parcours depuis son départ de Grande-Bretagne. Une piste s'était dessinée quand elle avait appris par un ancien geôlier de Nurmengard que les anciennes possessions de Grindelwald – stockées dans un appartement parisien qu'il avait volé à ses propriétaires en les assassinant – avaient fait l'objet d'une vente aux enchères peu légale en 1999, après son décès et après la guerre. Des livres de magie noire, des potions mystérieuses, des amulettes et autres grigris, dont certains auraient été porteurs de terribles malédictions. Morgana s'était donc mise en tête de remonter chaque acheteur, un à un, afin de mettre la main sur celui qui avait acheté le collier des Brísingar.
Mais désormais, tout cela n'avait plus aucun sens. Il avait suffi de quelques heures à Tetsuya pour, soi-disant, résoudre le mystère… Elle pouvait tout mettre en œuvre, traverser le monde par tous les chemins, de jour comme de nuit, rien. Rien n'y faisait. Son impuissance commençait à la rendre folle.
Elle écrasa rageusement la boule de papier dans sa main et la lança dans la cheminée attenante. Comme d'habitude, ses efforts n'avaient servi à rien.
Emeric revint à la table avec sa commande et un chocolat chaud pour lui-même.

— Combien je te dois ? lança Morgana, sèche.
— Oh, je te le paie. Pour le déplacement. Et tout ce que tu as fait.
— Je déteste avoir des dettes. Surtout envers toi, Beckett.

Le soupir d'Emeric, accompagné d'un haussement d'épaules, la convainquit qu'elle ne parviendrait pas à le raisonner. Peu importe…
Dehors, du vacarme commença à résonner et ils virent défiler des hordes d'élèves excités. Pour certains d'entre eux, ils s'agissaient de leur première sortie à Pré-au-Lard. Emeric et Morgana les observèrent tous les deux un moment, mais ils ne faisaient désormais plus partie de ce groupe d'écoliers. Poudlard, si proche en distance, était en réalité déjà loin derrière eux.

— Tu allais où, en premier, quand tu allais à Pré-au-Lard ?
— Pourquoi tu poses la question ? marmonna Morgana, peu encline à répondre.
— Pour faire la conversation en attendant les autres. Mais sinon, si tu préfères, on peut rester avec ce silence hyper gênant à s'ignorer du regard.

Morgana fit tourner son verre entre ses doigts.

— Nulle part.
— Comment ça, nulle part ?
— Je n'aime pas les boutiques. Et aller dans un pub seule, très peu pour moi.
— Tu n'avais pas d'amie, à Serpentard ? Je veux dire… oui, je t'ai toujours considérée comme quelqu'un de très solitaire et discrète, mais j'ai du mal à croire que tu as toujours été seule.
— J'en ai eu. Transitoirement. Pendant les deux-trois premières années, environ. Mais disons que nous avions des relations d'intérêt, parce que nos parents étaient d'anciens Mangemorts. Nous avons pris nos distances très vite.
— C'était peut-être pour le mieux, au final, en effet.
— Donc pour te répondre, non. Je n'avais pas d'endroit. Je préférais rester à Poudlard. Ou alors, quand j'y sortais, c'était avec Kate, en sixième année. Je n'étais jamais rentrée à Zonko avant cela.
— Et tu as regretté ?
— De quoi ? Zonko ?
— Non. Plutôt d'avoir eu de bons moments à Pré-au-Lard. C'est quelque chose que tu regrettes ?

Cette fois, consciente qu'elle en disait trop sur elle, Morgana se referma comme un coquillage :

— T'es qui, au juste, un psychomage ? J'ai pas de compte à te rendre, Beckett.
— Je n'ai jamais tout à fait réussi à comprendre ta relation avec Kate. Un jour de la haine, un jour de l'amitié. Mais je pense être assez sûr de moi en affirmant que tu as apprécié ces moments avec elle. Au final, c'est peut-être la seule qui représente ce qu'il y a de plus proche d'une « amie » pour toi, une amie véritable j'entends, je me trompe ?

Morgana plongea le regard dans les reflets ambrés de son breuvage. L'œil gris qu'elle y croisa lui fit brièvement penser à celui de Kate. Son cœur se serra dans sa poitrine.
Derechef, Emeric soupira :

— Enfin, tu as sûrement raison. Je ne suis personne pour…
— Kate représente tout ce que je n'ai jamais eu alors que nous avons des origines communes, elle et moi.

La Serpentard défia son interlocuteur du regard, mais Emeric ne cilla pas, respectueux envers sa prise de parole. Il sentait que Morgana avait besoin de se confier et qu'elle ne l'avait peut-être jamais réellement fait. Si ce n'était, probablement, auprès de son parrain, dont on voyait déambuler le fantôme dans les couloirs depuis quelques années.

— Elle a une famille unie et qui s'aime. Elle a accueilli une petite sœur. Elle est entourée de plein d'amis, tout le monde l'apprécie. Elle déborde de bienveillance, de tolérance, alors même que les gens autour d'elle transpirent le désespoir, la pitié et la rancune. Elle a eu des petits copains, c'est une excellente élève, tout lui réussit. Elle a ce lien particulier avec chacun d'entre nous et n'a jamais réussi à foutre tout ça en l'air. Dans la vie, à un moment où un autre, on en arrive toujours à tout faire exploser, à tout remettre en question. Kate… jamais. Elle pardonne, tout le temps. Elle écoute, sans jamais se reposer. Même quand elle est seule, elle ne se rend pas compte qu'il y a toujours une personne pour penser à elle. Elle ne sera jamais oubliée, jamais délaissée. Alors que moi… moi, mon âme s'est perdue dans la guerre. Je suis morte, au fond de moi depuis bien longtemps, et jamais personne ne l'a remarqué.
— Kate l'a remarqué. Sinon, elle ne serait jamais revenue vers toi après toutes les altercations que vous avez eues par le passé.

Fébrile, Morgana lampa son whisky et écouta d'une oreille embarrassée la remarque d'Emeric :

— Kate a ce don pour faire ressortir le meilleur des gens, qu'elle aborde sans jamais leur demander de compensation. À l'image des Papillombre, elle a toujours été le ciment qui nous a tous liés. Elle nous force à sortir du cadre que nous nous sommes imposé, que la société a tracé pour nous. Elle nous permet d'être nous-mêmes sans jamais nous juger.
— Je ne suis plus rien, au fond, trancha Morgana.
— Tu as tort. Sinon, tu ne te serais pas attachée à Kate.
— Je ne suis rien ! répéta-t-elle, plus acerbe. Je ne vaux rien pour elle ! Je ne fais qu'échouer ! La retrouver ? J'en suis incapable ! Mettre la main sur ce satané collier, pas mieux ! J'ai participé à la bataille mais pour quoi… Je ne suis rien. Être moi-même ? Je n'ai rien pour le prouver.
— Les plus grandes batailles ne sont pas toujours celles que l'on échange à coups de baguette, mais celles qui sont à l'intérieur de nous. Crois-moi. Et je pense que Kate l'a vue, cette bataille que tu mènes en toi.

Les mots d'Emeric la touchèrent plus qu'elle ne l'aurait imaginé et Morgana laissa échapper un rougissement. Heureusement, elle n'eut pas à s'en défendre, car Terry et Maggie les interrompirent.

— Désolés pour le retard ! Le Magicobus a fait des détours.
— Quand on se dit que le Magicobus reste le meilleur moyen de transport magique pour les femmes enceintes… je me dis qu'on n'est pas du tout gâtées !

Maggie souffla un grand coup en s'asseyant, libérant de l'espace devant elle, pendant que Terry s'empressait de lui chercher à boire au comptoir.

— Les autres ne sont pas là ?
— Ils ne devraient pas tarder. J'ai vu des élèves de Poudlard passer, ils seront là d'une minute à l'autre.
— Parfait. Des nouvelles de Kate ?
— Aucune…
— Je vois.

Maggie s'était appliquée à ignorer Morgana, qui ne s'en haussa pas le moins du monde. Moins elles avaient de contacts entre elles, mieux elles se portaient. Elles s'étaient d'ailleurs installées aux opposés de la table du pub.
Les retardataires se manifestèrent avant même que Terry ne revienne du bar. Eibhlin ouvrait la marche, en reconnaissance, l'air effronté et sévère, comme avançant en territoire conquis ; Rose suivait, distraite, observant les coins de plafond ; derrière elles, Leeroy et Teffie assistaient Nestor, plus lent que ses comparses, et ayant quelquefois besoin d'une aide pour grimper les marches tant il était affaibli ; enfin, Tetsuya, qui leur avait ouvert la porte, fermait la marche. Ce dernier, qui restait le leader du groupe, les mena jusqu'à l'emplacement d'Emeric et leur proposa un plan de table.
Assise à côté de Morgana, Eibhlin lui lança de brèves salutations, auxquelles la Serpentard grommela un semblant de réponse. Elles avaient partagé une chambre à Beauxbâtons plusieurs mois durant, mais n'avaient pas particulièrement créé de lien, asociales qu'elles étaient.

— Kate n'est pas là ? s'étonna Rose, au moment où Terry revenait à la table, avec une Biéraubeurre et un nectar de fruit de la passion sauteur.
— C'est vrai ça ! s'exclama Teffie. Où est-ce qu'elle est, l'autre andouille ? On fait tout ça pour elle après tout.
— Tu ne leur as pas dit ? s'enquit Maggie auprès d'Emeric.

Le concerné, les mains liées sur la table, se confessa :

— Kate a disparu.
— Quoi ? Encore ? Ça commence à devenir une habitude !
— C-c-c-c'est elle qui a fu-fugué ?
— Non, pas cette fois. Son père aussi a disparu.
— Tu penses que Miss Byrne est derrière tout ça ? s'inquiéta Tetsuya.
— Nous n'avons aucun indice pour le moment. La mère et l'oncle de Kate sont sur le coup. Pour le moment, je suis chargé de faire le point avec vous sur les artefacts et les moyens mis à disposition pour le jour où nous aurons besoin de venir à Poudlard. Plus vite nous aurons tiré un trait là-dessus, plus nous serons disponibles pour nous joindre aux recherches concernant Kate et son père. Tetsuya. J'ai bien reçu le message que tu as envoyé à Kate. Peux-tu tout nous ré-expliquer ?

Tetsuya s'éclaircit la gorge avant de s'exprimer :

— Cet été, je suis rentré au Japon pour revoir ma famille. Nous en avons profité pour faire un peu de tourisme avec des cousines, à Tokyo. Nous avons entre autres visité le palais impérial. Enfin, ses jardins ! L'intérieur n'est pas accessible au public. Enfin, si, seulement deux jours par an, pour l'anniversaire de l'Empereur et pour le Nouvel A-…
— Aye, viens-en aux faïts !
— Oui, pardon. Ma cousine m'a donc parlé des Sanshu no jingi. Les trois trésors sacrés du Japon. L'un d'entre eux se trouve dans le palais impérial, mais très peu l'ont vu.
— Je ne vois pas le rapport avec Kate, jusque-là, admit Morgana.
— J'y viens ! Je suis rentré en Grande-Bretagne, je suis revenu à Poudlard, et là, Kate m'envoie cette lettre me demandant de poursuivre mes recherches. Mais je sais ce que ça va donner ! À chaque fois, je suis bredouille. Cette soirée-là, pour me « mettre en jambe » dans les recherches, je décide de me renseigner sur ces fameux trésors impériaux dont m'avait parlé ma cousine. Et j'ai découvert le matagama. Ou plutôt… le Yasakani no Matagama. Il ressemble à ça…

Sous le regard de tous, Tetsuya, qui avait sorti un parchemin et un crayon à papier de la poche de sa cape, dessina une virgule avec un trou sur l'une de ses moitiés.

— C'est la description que Kate nous a fait du collier des Brísingar ! reconnut Maggie.
— Je ne comprends pas, rebondit Terry. Kate nous avait expliqué que c'était un bijou qui avait appartenu à la Déesse Freyja. Alors, je ne suis pas un expert en mythologie ou en géographie, mais il me semble que la Scandinavie et le Japon ne sont pas des pays proches ! Qu'est-ce qu'il ferait là-bas ?
— Qu'est-ce que Kate vous a dit de plus à propos du collier des Brísingar ? Qu'est-ce qu'il représentait ?
— Euh… Une histoire avec des nains, je crois.
— C'était un bijou d'or et d'ambre qui appartenait à la Déesse Freyja, Déesse de la magie et de la fertilité, précisa Emeric, qui connaissait déjà les tenants et aboutissants de la conversation, mais qui désirait ajouter tous les détails pertinents pour que chaque convive comprenne. Quand elle le portait à son cou, tous les mortels tombaient sous son charme. Kate et Maëva pensent qu'il s'agit d'une relique qui permet en réalité d'utiliser l'Immatériel, ou plus particulièrement l'Allégeance. C'est-à-dire la capacité de contrôler l'esprit des gens.
— Dans la mythologie japonaise, le Yasakani no Matagama est également taillé dans de l'ambre et serti d'or. C'est un collier de fertilité magique porté par la Déesse Amaterasu. Vous n'y voyez pas comme un air de ressemblance ?

La coïncidence était en effet trop grosse pour être ignorée.

— Donc… tu penses que Freyja et Amaterasu seraient la même Déesse ?
— Loin de moi l'idée de faire un tel lien, mais les histoires ont un rapport certain et un élément commun ! Les légendes peuvent s'être construites différemment à partir d'un même récit ! Mais j'ai cherché à aller plus loin… Grindelwald avait le collier en sa possession, n'est-ce pas ?
— Oui, pendant la guerre.
— Le Yasakani no Matagama ne peut pas être vu par le commun des mortels. Il est aperçu seulement quand il est sorti, lors des cérémonies du sacre, par les prêtres ou les ministres. De ce fait, j'ai demandé à mon père de m'envoyer certaines archives, ce qu'il a fait extrêmement vite… !
— Aye… à croïre que ti père et ti, vous ne pensez qu'à la même chose ! Travaïl, travaïl, travaïl !
— … afin de trouver les lieux des cérémonies du sacre. Et entre 1938 et 1945, les cérémonies se sont déroulées à Nagoya, au sanctuaire Atsuta, là où se trouve l'un des trois autres trésors impériaux. On pourrait penser que c'était par souci de sécurité, pendant la guerre, que la cérémonie se passe ailleurs qu'à Tokyo pour éviter d'éventuelles attaques ou des bombardements. En réalité, j'y vois une raison bien plus logique : le Matagama n'y était plus !
— Hm. Quelqu'un l'aurait su, non ? Si le Matagama avait disparu, ça aurait fait la une des journaux de l'époque. C'est comme si les joyaux de la couronne britannique disparaissaient aujourd'hui !
— Autre pays, autre mentalité. Au Japon, cela aurait été dissimulé, passé sous silence pour éviter tout opprobre. Comme personne ne peut voir le Yasakani no Matagama, de par l'importance qu'il représente, très peu de personnes se sont rendu compte qu'il avait été subtilisé.
— Volé par Grindelwald, rejoignit Morgana.
— Et Dumbledore l'aurait donc restitué à son juste propriétaire après la guerre, compléta Maggie.
— Ce qui explique que l'objet ne faisait pas partie de la vente aux enchères… C'était un trésor national.

Le silence retomba autour de la table, mais l'auberge continuait de vivre autour d'eux, sans se douter de ce qui se tramait. Des élèves de Poudlard avaient commencé à prendre l'endroit d'assaut et certains se plaignaient déjà du manque de places, rebroussant chemin, déçus.

— Et encore, nasilla Teffie, vous n'avez eu le droit qu'à la version courte ! Dites-vous qu'on supporte ça depuis déjà quatre jours !
— Bon. Et comment on le récupère, ce truc ? alla droit au but Morgana.
— C'est là que ça se complique. Le palais impérial reste très secret… J'ignore s'il y a des sorciers pour protéger le Matagama ou pas. C'est assez probable, à mon avis, si ce collier possède des pouvoirs et qu'il a déjà été volé pour être utilisé à mauvais escient, par le passé. Mais une chose est certaine : il nous sera impossible de le récupérer de manière légale. Il nous faudra monter un plan pour ruser, nous infiltrer et…

Il s'interrompit en dévisageant Emeric, qui affichait une expression crispée. Tetsuya lui-même avait conscience des contraintes que le Serdaigle énonça tout haut :

— Nous n'avons que dix jours ! Même si nous rassemblons les meilleurs génies de la stratégie, personne ne pourra mettre un plan au point en si peu de temps. Il nous faut agir au plus vite.
— On parle di foncer dans le tas ? comprit Eibhlin, en frappant sa paume de son poing.
— Peut-être pas à ce point non plus.
— Ou une mission d'infiltration, imagina Rose. Faire croire qu'il y a un tremblement de terre ? Oh ! On peut essayer de trouver Godzilla ! Il paraît qu'il existe vraiment ! C'est un lézard qui a subi un sortilège d'extension il y a très longtemps.
— Puis-je me permettre de faire remarquer que le Japon est à l'autre bout du monde ? fit remarquer Terry. Comment on compte s'y rendre en si peu de temps ? C'est impossible de transplaner.
— C'est possible.

L'affirmation de Tetsuya le fit sourire.

— Le risque de se désartibuler est extrêmement important !
— J'en ai conscience. C'est pour ça que je compte utiliser le Reiki pour canaliser mon énergie et limiter ce genre de danger.
— Le Rei-quoi ? cracha Morgana.
— Ah non ! Ne li lance pas sour ce soujet ! la prévint Eibhlin en la pointant du doigt. On va encore en avoïr pour troïs siècles !
— C'est la magie que tu avais utilisée pour me soigner, dans la Cabane Hurlante ? se souvint Maggie. Lors de la prise d'otages ?

Tetsuya hocha la tête et poursuivit :

— Avec le Reiki, j'ai estimé mes chances de réussir un transplanage solo à 95%. Il descend à 80% si je transporte quelqu'un avec moi et à 65% si j'en prends deux.
— Et transplaner à plusieurs groupes avec le Reiki ?
— Il n'y a que Tetsuya pour avoir une image précise de l'endroit où nous devons nous rendre, expliqua Emeric. Il est le seul à pouvoir transplaner sur place. Et il devra limiter les allers-retours, au risque de se désartibuler. Nous devons choisir qui ira avec lui.

Tous se concertèrent du regard mais personne ne répondit dans un premier temps.

— J'aurais aimé y aller, mais je crains que je ne le puisse pas.

Nestor s'était exprimé pour la première fois depuis le début de la réunion. Ses yeux très clairs transperçaient ceux qui croisaient son regard.

— Des stratégies, je peux en établir sans problème. C'est mon job. J'ai été capitaine de l'équipe de Quidditch. Mais j'ai conscience que sans être sur place, je ne servirai à rien…
— On peut s'arranger, rebondit Emeric. La technologie moldue peut nous aider. Je m'occuperai de vous trouver des téléphones portables pour communiquer, même à l'autre bout du monde. Comme ça, tu pourras aider Tetsuya à distance.
— Dans ce cas, j'iraï avec Tetsouya, décida Eibhlin.
— Et moi aussi, rempila Teffie.
— Pourquoi pas moi ? demanda Morgana. Je commence à devenir experte dans les interrogatoires et dans les recherches !
— Je pense que les Papillombre ont l'habitude de fonctionner entre eux, en équipe, raisonna Emeric, sans chercher à la froisser. Et tu ne parles pas japonais, Morgana. Tu ne pourras interroger personne.
— Les objets contondants, c'est un langage universel.
— Pas de violence.
— Il faudra peut-être y avoir recours, réfléchit Teffie. On en a conscience. Mais on n'aura pas le choix. Sinon, ça sera trop tard. Et Kate, et toi, et nous, on aura fait tout ça pour rien.

Dépassé, Emeric soupira et reprit :

— De toute façon, Tetsuya ne pourra pas transporter plus de deux personnes. Eibhlin et Teffie l'accompagneront. Leeroy, Rose, vous resterez avec Nestor le temps de leur intervention pour l'aider dans les communications.
— Je pourrai dessiner les plans ou les détails que Tetsuya nous décrira par téléphone ! proposa Rose.
— Excellente idée.
— Je croyais que les technologies moldues ne fonctionnaient pas à Poudlard, fit remarquer Terry. Vous allez vous installer où pour ça ?
— Oh… N-n-ne t'en fais p-pas pour ça-ça-ça ! Ça fait des-des années que T-T-T-Tetsuya a mis au point un enchan-enchantement pour isol-l-ler la salle co-commune de P-Papillombre. On c-capte m-m-m-même le réseau en bas ! On peut éc-écouter de la musique sur des ba-baladeurs MP3 et cer-certains soirs, on r-r-regarde même des f-films !
— Eh bien. Ça a l'air sympa, à Papillombre ! Vous êtes super avant-gardistes au final !
— Do-Donc on pourra rester en b-b-bas pour s'appeler, ça ne po-po-posera pas de sou-soucis. Et au p-pire, on sèchera des c-c-cours ! De toute façon, q-qui p-p-peut venir nous ch-chercher dans notre salle c-commune ? Cliodna ne laisse pass-passer p-p-personne, même pas les profes-fe-fesseurs. Seuls les Pa-Papillombre peuvent descendre.

Satisfait, Emeric hocha la tête puis se tourna vers Maggie et Terry.

— Est-ce que tout est prêt du côté de Poudlard ?
— MacGonagall est prévenue, ainsi que les Aurors. Certains ont commencé à être déployés autour de Poudlard, au cas où Electra se présenterait plus tôt que prévu. Pour le moment, les sortilèges de protection de l'école restent actifs, c'est une obligation. Mais dès qu'on donnera le feu vert, le professeur MacGonagall les abolira. Nous aurons six heures. Pas plus ni moins. Question de sécurité pour les autres élèves. Tous les endroits de Poudlard ne pourront être sujets au transplanage depuis l'extérieur pour autant. Elle n'ouvrira que la tour de l'horloge, par principe.
— Ça fait l'école à traverser !
— C'est tout ce que j'ai pu obtenir de sa part et c'est déjà énorme ! Si nous ne nous y prenons pas au dernier moment, c'est-à-dire le jour de l'éclipse, on pourra traverser l'école trois fois si on le veut ! En admettant qu'on retrouve Kate demain et que vous récupérerez le dernier artéfact dans la foulée.
— « En admettant », répéta Morgana, sombre. Cette histoire est mal barrée.
— Je suis toujours quelqu'un de très optimiste, et jusqu'à présent, ça m'a toujours réussi ! On sauvera Kate.
— En parlant de cela. Morgana, tu assisteras la mère et l'oncle de Kate dans leurs recherches.
— D'où tu décides pour moi, Beckett ?
— Répartition logique des tâches.
— Logique ? Et pourquoi toi, tu ne t'y attèles pas ? Après tout, c'est toi qui l'as retrouvée la première fois !
— J'ai quelque chose à faire avant cela… Je dois récupérer un autre artéfact.


BAMBURGH

Emeric n'avait jamais posé le pied à Bamburgh avant ce jour, et il ne l'aurait probablement jamais posé de sa vie dans d'autres circonstances. Malgré le château médiéval, au sommet de la falaise qui bordait la mer du Northumberland, il voyait mal à quel genre de tourisme il aurait pu se prêter. La bourgade était sympathique, mais sans attrait particulier. Il se sentait bien mieux loti sur les territoires sud du Dorset, plus ensoleillés.
Son balai le fit atterrir sur la rue principale, très peu fréquentée par les voitures, sur laquelle étaient dispersées les habitations, distantes de quelques dizaines de mètres les unes des autres. Cependant, il grimpa la petite colline, jusqu'à parvenir à une grande maison familiale. Il déposa son balai contre la barrière et entra dans la courtine après une courte hésitation. Des oies s'approchèrent de lui et tentèrent de lui pincer les jambes, mais il les repoussa sans trop de crainte. Il avait bien d'autres appréhensions sur lesquelles ruminer.
Après tout, il ne restait que neuf jours avant l'éclipse.
Emeric avait profité du fait qu'on était dimanche. Il avait beaucoup plus de chances de trouver son interlocuteur en ces lieux.
Une cloche en étain, de taille moyenne, surplombait la porte et Emeric en secoua la cordelette avec un sortilège informulé pour prévenir de son arrivée. Son regard reluqua avec dédain la porcelaine peinte à côté de l'entrée, indiquant le nom de famille des habitants : « Gale ».
Une grande femme blonde à l'expression fermée, portant un grand tablier blanc, lui ouvrit. Son regard incisif, par-dessus son nez retroussé, détailla Emeric de la tête aux pieds :

— C'est à quel sujet ? lança-t-elle.

Emeric ne se laissa pas impressionner par sa beauté froide.

— Bonjour madame, excusez-moi de vous déranger. Je m'appelle Emeric Beckett. Je suis un ancien camarade de Griffin…

Lui-même avait du mal à croire qu'il prononçait ces mots, lui qui avait toujours été le rival du Gryffondor dans la conquête du cœur de Kate.

— J'aurais aimé m'entretenir avec lui. Est-ce qu'il est là ?

Après un court silence glacial, Melinda Gale pencha brièvement la tête sur le côté pour l'inviter à avancer :

— Entrez. Je vais l'appeler. Il est là-haut. Installez-vous dans le salon, si vous voulez.
— Merci beaucoup, madame, marmonna-t-il en s'inclinant poliment.

Il entra dans la pièce, assez exiguë et sombre, avec des sièges orange surannés, et détailla avec intérêt les tapisseries magiques et les autres portraits. Celui d'un vieil alchimiste lui lança :

— Tête blonde, mais pas un Gale… Pas avec ce lorgnon binocle ! D'où viens-tu, petit ?
— De bien loin, soupira-t-il, sans chercher à lui accorder plus d'attention.

Puis, il entendit Melinda qui appela dans la cage d'escaliers :

— Griffin ! Il y a un ami de Poudlard pour toi !

Les dents d'Emeric grincèrent quand il entendit le mot « ami ». Des pas trottant, mais lourds, descendirent les marches en planches, fixées autour d'une poutre centrale. Quand il reconnut le Serdaigle dans le séjour, Griffin laissa apparaître une expression de déception, voire de dégoût.

— Ma', ce type, c'est certainement pas un ami ! interpela-t-il sa mère qui était retournée dans la cuisine.
— Camarade, j'avais dit camarade, susurra Emeric.
— Eh bien, débrouille-toi ! rétorqua sa mère. Ce jeune homme a dit qu'il voulait te voir.
— Qu'est-ce que tu me veux, Beckett ?
— C'est à propos de Kate. De tout ce qui la concerne. Je pense que tu sais de quoi je parle. Elle a besoin de ton aide.

Un temps interdit, car méfiant, Griffin finit par désigner l'étage d'un signe de la tête.

— Monte.

Le Gryffondor n'était pas totalement idiot, il savait de quoi il en retournait. Il était hors de question que des oreilles indiscrètes s'emparent de quelques bribes de la conversation, comme celles de ses frères ou de ses parents s'ils restaient au salon pour discuter. Un poids dans le ventre de s'enfoncer en terrain ennemi, Emeric suivit malgré tout Griffin jusqu'à sa chambre, sous les combles.
À en juger les décorations toujours ancrées et les vêtements en désordre sur son lit et sur les commodes, Griffin devait toujours vivre chez ses parents. Beaucoup de parchemins jonchaient son bureau : des recherches d'emplois divers et variés.

— Trouve un coin où t'asseoir.
— Merci bien, je resterai debout.
— Comme tu veux. J'essayais juste d'être poli.

Griffin prit place sur son lit, mais Emeric préférait détourner le regard, s'intéressant à d'autres détails. Il évitait d'imaginer ce qui avait pu se passer ici, notamment quand Kate était venue fêter Noël chez les Gale trois ans en arrière. Un silence gênant s'installa.

— Tu… viens par rapport à Kate, c'est ça.
— À tout hasard, tu as eu de ses nouvelles ?
— Aucune. Et je ne vois pas pourquoi j'en aurais. Je ne lui ai pas parlé depuis les ASPICS. Et ça m'étonnerait qu'elle veuille reprendre contact avec moi un jour. Le temps a passé. Elle est avec toi, maintenant.
— Si c'est le désir de Kate, rien ne l'empêche d'être ami avec qui elle veut. Mais je ne viens pas pour ça…
— Attends. Si tu me demandes si j'ai des nouvelles, c'est que tu n'en as pas non plus ? Elle t'a largué ?
— Quoi ? Non ! Elle a disparu. Et ce n'est pas la première fois.

Il lui expliqua toutes les péripéties qu'ils avaient traversées cet été, depuis les attentats de Londres, jusqu'à la fin de la fugue de Kate. Il lui raconta cette histoire de malédiction, comme s'il en avait connaissance. Griffin avait bien quelques notions, du temps où il fréquentait Kate, mais n'avait jamais été très assidu dans ses compétences d'écoute.

— Donc. Si je résume. Kate a disparu, son père aussi, l'éclipse est dans neuf jours, la prophétie va s'accomplir, mais on ne sait pas laquelle, et vous faites de la collection d'antiquités ?
— Grossièrement, oui, souffla Emeric, après son long récit.
— Cette histoire de dingue ! Il ne lui arrivera jamais quelque chose de normal, à celle-là. Bon. Et c'est quoi le rapport avec moi ? T'es pas venu juste pour me parler de tout ça. Tu attends quelque chose de moi, n'est-ce pas Beckett ?

Emeric savait qu'il prenait des risques, il les avait considérés et tournés des centaines de fois dans sa tête, mais il avait parié sur sa carte de l'honnêteté :

— Tu possèdes l'un des artefacts dont nous avons besoin pour ouvrir le tombeau de Maëva.
— Sérieux ? Moi ?

Le rire de Griffin résonna dans sa chambre.

— Qu'est-ce que tu en sais ? Dans quel grimoire idiot tu as encore fourré ton nez d'intello pour dégoter une idée pareille ?
— C'est Kate qui le sait, répliqua Emeric, qui passa outre les piques gratuites de Griffin. Elle t'a vu avec.
— Et c'est quoi, exactement ?
— La fiole que tu as prise à Mrs Swanson, lors de la prise d'otages de la Cabane Hurlante.

Griffin se figea sur son lit.

— Dis-moi que tu l'as encore, craignit Emeric.
— Oui, je l'ai. Mais qu'est-ce que c'est exactement ?
— Peu importe ce que c'est. Kate en a besoin.
— J'ai le droit de savoir. Pour qui te prends-tu ? À venir chez moi, dans ma maison, et à réclamer des objets qui m'appartiennent au nom de Kate ? J'ai le droit de connaître la vérité.
— Il ne vaut mieux pas que tu le saches.
— Dans ce cas, tu ne l'auras pas.
— Très bien. Dans ce cas…

D'un leste geste, Emeric sortit sa baguette magique de la poche de sa veste ; dans un réflexe, Griffin en fit de même avec la sienne, à l'arrière de son pantalon. Ils se gardèrent en joue pendant une interminable minute. Cette scène les ramenait à des temps anciens. Ceux où ils se disputaient le cœur de Kate sur une piste de duel. Tous deux savaient se battre, mais l'un comme l'autre rêvait secrètement d'une revanche depuis si longtemps.
Quelqu'un frappa à la porte, mais cela ne les fit pas abandonner leur posture d'attaque. Emeric n'en démordait pas non plus. Si une personne entrait et le voyait menaçant Griffin avec sa baguette dans sa propre maison, il n'avait quasiment aucune chance de récupérer la fiole d'eau de Jouvence. Mais il devait rester indéfectible…

— Griffin, avertit Melinda Gale derrière la porte, j'ai fait des cookies pour toi et ton ami.
— Merci ma', clama-t-il sommairement.

Avant de rajouter, quand sa mère redescendit les escaliers :

— Mais ce n'est pas mon ami…
— C'est mignon, rajouta Emeric, railleur. Ta mère qui prépare des gâteaux. Pourtant, tu n'as plus six ans, que je sache.
— Moi, au moins, j'ai une mère qui s'occupe de moi, Beckett.

Emeric ne répondit pas à cette attaque, quand bien même elle le blessa à l'intérieur. Il se reprit, ravala cette colère qui lui venait de ses démons intérieurs en secouant la tête et abaissa sa baguette magique. Il valait mieux que ça. Il ne voulait pas ressembler à cet être hors de contrôle qui avait manqué de peu d'assassiner Griffin, depuis Durmstrang, le jour où le Gryffondor avait brisé la bulle au flocon offerte à Kate.

— Je suis désolé, Griffin. Je… je ne voulais pas me montrer moqueur. Ce n'était pas digne de ma part. J'aimerais cependant que tu comprennes l'importance de cet objet. Sans cela, Kate pourrait en souffrir. Nous ne savons pas à quel point…
— Dans ce cas, pourquoi tu ne veux pas me dire de quoi il s'agit ? demanda Griffin, en baissant sa garde à son tour.
— Cela ne t'apportera rien, Griffin.
— Tu n'as pas confiance en moi.
— Ce n'est pas ça.
— Alors quoi ? T'as peur que j'en fasse mauvais usage ?
— C'est de l'eau de Jouvence ! Voilà, heureux ?

Griffin considéra la réponse quelques instants, avant de rire aux éclats, à la surprise d'Emeric, coi.

— T'es vraiment con, Beckett. T'es tellement dans ton délire de ne rien vouloir me dire, que ta première idée de génie, c'est de l'eau de Jouvence. Aha, elle est bien bonne, celle-là. Mais je ne suis pas stupide, Beckett. Je sais bien que l'eau de Jouvence, ça n'existe pas. Et même si c'était le cas… de l'eau de Jouvence, non mais il m'a plié, l'intello !
— Tu m'as eu, ricana Emeric, jouant le jeu pour camoufler la vérité. J'aurais dû me douter que cela ne fonctionnerait pas.
— Quelquefois, tu me prends un peu trop pour un crétin, Beckett. C'est juste que tu ne me connais pas. Tu me juges, juste parce que je suis un Gryffondor. Typique des Serdaigle, ça.
— On ne m'y reprendra plus.

Griffin se dirigea vers son bureau et ouvrit un tiroir rempli de fouillis en tout genre. Il récupéra une fiole qui avait roulé au fond. Emeric ne réagit pas face à autant de désordre qui le rendait nerveux ; ranger de l'eau de Jouvence avec des crayons mal taillés, des vieux mouchoirs, des morceaux de paille à balai et des boulettes de parchemin, qui aurait pu envisager cela ? Sûrement pas lui !

— Réflexe !

Quand Griffin la lança à Emeric, celui-ci ne referma pas les doigts dessus. La fiole lui échappa à cause de sa maladresse, bondit de main en main et heureusement, fut coincée entre son coude et sa cuisse quand il chercha coûte que coûte à la récupérer avant qu'elle ne heurte le sol. Il songea à hurler de colère et de peur sur Griffin ; il avait manqué de perdre leur artefact à cause d'une autre idiotie de sa part. Mais il préféra passer l'éponge pour abréger sa présence ici.

— T'aurais vraiment été nul en Quidditch, Beckett. T'as aucune coordination.
— Je n'ai jamais eu l'intention d'y jouer.
— Au fond, je m'en fiche de savoir ce que c'est. Ça n'a pas d'intérêt pour moi. Je te l'aurais donnée de toute façon. Cette conversation m'a juste prouvé que tu ne me fais toujours pas confiance. Et donc que je suis bien clément de te céder ça, alors que tu me mens.

Au fond, la confiance de Griffin importait peu à Emeric, vu le peu de respect qu'il lui vouait. Il était tenté de répondre que Kate, elle, y avait laissé sa confiance en elle, en s'enfonçant dans cette relation qui lui était devenue toxique. Mais il s'en abstint. Comme le disait le proverbe, « ça ne sert à rien de frapper le troll avec son propre gourdin ».

— Retrouve Kate, Beckett. Et sauve-la. C'est la seule chose que je te demande.
— Je te le promets, Gale.

Griffin tendit alors sa main pour sceller leur pacte tacite. Après un court instant d'hésitation, Emeric l'attrapa dans une ferme poignée de mains, se défiant du regard. Les deux jeunes hommes se haïssaient, s'opposaient en tous points, sauf un : Kate.