Note : Oliver et Kara ont tous les deux reçu le soutien de leurs amis, reste à voir s'ils vont pouvoir arranger les choses. Rien n'est jamais facile pour eux !
Pat : Diggle et Felicity ont su atteindre Oliver avec leurs mots (comme toujours), même s'il ne voulait pas les écouter. Et ils lui redonnent enfin un peu d'espoir et de lumière dans sa vie. Je te laisse découvrir son point de vue dans ce chapitre. Merci beaucoup pour tes reviews et ton soutien !
Chapitre 74
Oliver sortit de la mairie alors que le soleil se couchait et déambula dans la ville. C'était mieux que rentrer dans son appartement vide et broyer du noir. Deux soirs plus tôt, après sa dispute avec Kara, il avait passé la soirée à boire pour noyer son chagrin, jusqu'à ce qu'il s'endorme dans son canapé. La gueule de bois d'enfer avec laquelle il s'était réveillé le lendemain matin ne l'avait pas empêché de recommencer le soir-même. La journée avait été un calvaire, il avait accompli ses tâches comme un automate, prêtant à peine attention à ce qu'il faisait. Les mots de son âme sœur l'avaient blessé au plus profond de son corps et de son cœur et il ne savait pas comment apaiser cette douleur. L'alcool lui permettait d'oublier un peu. Sauf qu'il avait vidé les quelques bouteilles qu'il avait dans son appartement et s'était donc rendu dans le premier bar venu.
Dig l'en avait sorti et l'avait raccompagné chez lui, et encore une fois, il avait essayé de le repousser. Il ne méritait pas de recevoir de l'aide et il voulait épargner son ami. Il avait déjà brisé son âme sœur, il ne pouvait pas en plus détruire son frère. Dig n'avait rien voulu entendre et le lendemain matin, il avait eu la surprise de se réveiller avec le petit-déjeuner préparé, Felicity au comptoir et Dig derrière les fourneaux, heureusement.
Avec leur présence, leurs mots, leur foi indéfectible, ils avaient réussi à le faire douter de ce que Chase lui avait fait réaliser. Les repousser s'était révélé inutile. Celui qu'il avait été ne les méritait pas, mais il pourrait essayer de changer ça. Devenir meilleur pour ne plus être un danger pour eux, pour être digne de leur amitié. Il ne pouvait pas changer son passé sombre mais il contrôlait son présent, et il n'avait pas à chasser ce qui était beau dans sa vie. Ses amis. Son équipe. Kara.
Penser à elle était comme recevoir une flèche en plein cœur. Jamais je n'aurais pu t'aimer. Il ne lui en voulait pas, elle avait raison et il ne ferait rien pour la faire changer d'avis. Être loin de lui était la meilleure chose qui puisse lui arriver. Il ne risquait plus de l'infecter avec ses ténèbres ni de la blesser. Elle était en sécurité.
Mais comme il l'avait dit à Dig, ça faisait quand même mal. Il avait une plaie béante à la place du cœur, que l'alcool arrivait à peine à apaiser. Il avait horriblement envie de se rendre dans un bar pour noyer son chagrin et sa douleur et si Felicity ne le surveillait pas, il y serait déjà. Il était pathétique.
Ses pas le conduisirent dans un des parcs de la ville, peu fréquenté à cette heure-ci. Il était trop tard pour les familles et trop tôt pour les alcolos et les drogués. Il devrait peut-être mieux sécuriser les parcs la nuit. Il avançait la tête baissée, espérant que les quelques joggers ne le reconnaîtraient pas, il n'avait plus la force de montrer le visage de maire qu'il avait porté toute la journée.
Au milieu d'un pont, il s'accouda sur la rambarde et laissa son regard se perdre sur les espaces verts. Enfin, ils n'étaient pas vraiment verts, il les voyait à travers un brouillard gris. Il avait tellement fermé son cœur à Kara que leur lien en avait été affecté. Il ne l'avait pas fait consciemment et il ignorait si ça pouvait être réparé. Il les avait peut-être condamnés à une vie en gris. Il infligeait le pire des tourments à sa propre âme sœur.
Il se détestait tellement.
Quelqu'un se posa derrière lui, certainement Mon-El ou Clark qui venait prendre la défense de Kara. Le kryptonien l'avait bien prévenu qu'il aurait affaire à lui s'il la blessait. Il accepterait avec joie un coup de poing de leur part. Ça l'enverrait dans les vapes et il n'aurait plus à sentir l'agonie de son absence et de ses mots. En plus, il le méritait.
Des bottes résonnèrent sur les pavés dans une cadence familière et il se figea, le cœur au bord des lèvres. Kara. Il n'aurait jamais imaginé la revoir si tôt. Oliver ne se retourna pas, incapable d'esquisser le moindre geste, comme si le plus infime des mouvements la ferait disparaître. Elle était là soit pour lui dire adieu, soit pour essayer de réparer leur relation. Il ne savait plus qu'est-ce qu'il espérait.
C'était peut-être la dernière fois qu'il la voyait.
Elle s'accouda sur la rambarde à côté de lui, ses cheveux blonds lui chatouillant l'épaule. Il se perdit dans son parfum qu'il aimait tant et qui le ramena à des temps plus simples, quand ils apprenaient à se connaître en laissant de côté les difficultés de leurs passés. Une période de mensonges, murmura une voix dans son esprit. Si elle avait su la vérité, elle ne lui aurait jamais accordé son amour.
Il gardait les yeux rivés sur le paysage, ne voulant pas déjà lire sur son visage si elle était froide et distante ou chaleureuse et souriante, profitant simplement de sa présence. Elle croisa les bras sur la rambarde, lui frôlant le coude. Elle était si proche et pourtant si loin. Son cœur tambourinait à ses oreilles et il savait qu'elle pouvait l'entendre mais il n'arrivait pas à le contrôler, trop à fleur de peau.
-J'étais chez toi mais je n'ai pas pu attendre plus longtemps. Pas après tout ce qu'il s'est passé.
Oliver prit une inspiration tremblante et ne put s'empêcher de s'inquiéter pour elle. Le parc était presque désert, mais Supergirl risquait tout de même d'être vue. Elle était recherchée par toute la ville pour l'enlèvement de Chase. Même s'ils n'avaient aucun moyen de l'arrêter, il ne voulait pas qu'elle se retrouve face à face contre les forces de l'ordre. Par sa faute, encore une fois.
-Tu ne devrais pas être ici, dit-il doucement.
Kara baissa la tête avec un petit rire triste.
-Tu sais, si je ne te connaissais pas si bien, j'aurais cru que tu voulais te débarrasser de moi. Ne t'inquiète pas. Si quelqu'un me voit ou appelle la police, je les entendrai.
Elle le connaissait par cœur mais une part de lui aurait voulu qu'elle prenne ses propos au premier degré et s'énerve contre lui avant de repartir. Il la mettait en danger, il ne la méritait pas et elle serait cent fois mieux sans lui.
Mais son ton, sa posture, ses sourires qu'il devinait dans ses paroles, tout ça lui indiquait qu'elle n'était pas là pour le rejeter. L'étau qui enserrait son cœur meurtri se délia et il respira un peu plus facilement. Elle voulait lui donner une chance. Et il était fatigué de la repousser sans cesse.
-Oliver, l'appela-t-elle pour le ramener à elle. Je suis venue pour m'excuser. Pour ce que je t'ai dit la dernière fois.
Jamais je n'aurais pu t'aimer.
-Tu as juste dit la vérité, dit-il dans un souffle.
-Non. J'ai dit une absurdité. Je ne le pensais pas, je ne l'ai jamais pensé.
Ses yeux s'embrumèrent de larmes et il tourna la tête vers elle, posant enfin le regard sur son visage. Elle était encore plus belle que dans ses souvenirs. Mais ses traits étaient marqués par les regrets, elle semblait affligée par ce qu'elle lui avait dit et avide d'obtenir son pardon. Il ne pouvait pas le lui refuser. Il hocha doucement la tête, incapable de lui dire oralement qu'elle était pardonnée, et elle serra les doigts sur ses bras pour se retenir de le toucher, se contentant d'un sourire doux qui lui réchauffa le cœur. Elle faisait tellement d'efforts pour lui.
-Je t'aime, dit-elle avec tendresse. Dès notre premier rendez-vous, je t'ai aimé. Rien ne pourra changer ça.
Oliver voulait la prendre dans ses bras, sentir sa chaleur, se perdre en elle, mais des liens invisibles l'en empêchaient. Il était un poison pour elle. Elle méritait tellement mieux que lui. Il ne comprenait pas comment elle pouvait encore lui dire ces mots alors qu'elle connaissait la vérité. Elle savait qu'il était un meurtrier qui avait aimé tuer ses victimes. Pourtant, elle se tenait devant lui et lui confessait son amour. Il ne savait plus quoi penser.
Il l'aimait aussi mais les mots restaient coincés dans sa gorge.
Oliver détourna le regard et retourna à sa contemplation du parc désert, cherchant dans la nature environnante une réponse qu'il ne pourrait trouver que dans son cœur. Kara lui avait réaffirmé ses sentiments et il était incapable de lui retourner la pareille, mais il pouvait lui aussi s'excuser pour ce qu'il lui avait dit la dernière fois qu'ils s'étaient vus.
-Je suis désolé aussi. Quand tu as enlevé Chase, j'ai imaginé le pire et… l'idée que tu aies fait ça pour moi me… Je ne pourrais pas vivre avec cette culpabilité.
-Tu te rappelles de ce que tu m'as dit quand je me suis réveillée de mon coma ? Quand je me suis sentie coupable des mesures que tu avais prises pour me sauver ?
Il lui avait dit que rien n'avait été de sa faute. Que les seuls responsables étaient Cadmus.
-Ce n'est pas pareil. J'avais agi comme je l'ai toujours fait. Toi, avant que tu me rencontres, tu ne serais jamais allée jusqu'à de telles extrémités.
-Et je ne l'ai toujours pas fait. Je l'ai juste enfermé. Un peu violemment. Je ne l'ai pas torturé ni tué.
Un des liens qui le retenait loin d'elle et qui l'étouffait se délia. Kara n'avait pas fait de mal à Chase, elle n'avait franchi aucune ligne. Elle était restée l'héroïne qu'elle avait toujours été. Il en aurait pleuré de soulagement.
Kara dut voir combien ses paroles l'avaient touché car elle se colla un peu plus contre lui, leurs bras leur seul point de contact, les doigts enserrés sur ses bras pour s'empêcher de le toucher. Elle avait compris ses limites avant même que lui ne s'en rende compte. Il n'était pas prêt à accepter ses marques d'affection. Pas alors qu'il se sentait si indigne d'être aimé. Le paysage gris qui l'entourait en était la preuve.
-Je suis désolé pour… les couleurs. Si je savais comment te les rendre, je le ferai.
-On va reconstruire ce qu'il a brisé. Un jour après l'autre.
-Je ne suis pas sûr qu'elles pourront revenir, murmura-t-il.
Il avait privé son âme sœur de voir les couleurs alors qu'il savait combien elles étaient précieuses pour elle. Pour lui aussi, mais il pourrait vivre dans un monde gris tant que Kara était encore en vie. Elle se retourna vers lui et il regretta de suite sa chaleur, et ne pouvant résister plus longtemps, il lui accorda toute son attention. Il devait lui faire face et affronter son regard, elle n'en méritait pas moins. Contre toute attente, elle était souriante.
-Quand je te regarde dans les yeux, j'ai de l'espoir. Je vois combien c'est difficile pour toi de me repousser sans cesse. Je vois combien tu te détestes et combien tu veux me protéger. Je vois que tu m'aimes. Mais plus tangiblement, je vois un bleu aux milles nuances. Aucun gris.
C'était sa couleur à lui. Elle pouvait la voir. Celle de Kara lui apparaissait toujours d'un bleu délavé, très loin du bleu roi éclatant qu'il connaissait. Il le lui dit dans un murmure et un petit sourire triste s'afficha sur son visage angélique.
-Il faut le vouloir Oliver. Il faut que tu croies en nous. Que tu arrêtes de me repousser de toutes tes forces.
Il voulait essayer. Pour elle, parce qu'elle l'aimait tellement. Pour lui-même, parce que la vie sans elle était fade et dénuée de joie. Il lui tendit la main et elle la prit sans hésiter, l'entourant de sa chaleur qui lui avait tellement manqué. Elle rayonna et s'éleva de quelques centimètres au-dessus du sol, et il ne put retenir un petit rire.
Ils allaient se reconstruire. Ensemble.
