PROMPT : Douce revance


Lorsque Harry était venu le voir, Severus s'attendait à beaucoup de choses, mais certainement pas à ce type de conversation. Lorsque le gosse avait évoqué une discussion surprise dans les cachots, le jour de la seconde tâche, Severus s'était raidi, comprenant immédiatement.

Il aurait pu hurler. Lupin avait réussi à lui faire du mal sans le savoir, juste par ses mots pleins de venin.

Durant leur adolescence, Remus Lupin n'avait pas été le pire des Maraudeurs pour lui. Il avait été le plus modéré d'entre eux, raisonnant régulièrement James et Sirius.
Cependant, Remus était un loup-garou, et il avait un flair certain pour évaluer les relations entre les personnes qu'il croisait. Il lui avait suffi d'un instant pour deviner que Severus ne détestait pas Harry et Charles bien qu'ils portent le nom de Potter.

L'ancien maraudeur, seul - rejeté par Sirius - avait probablement réagi aussi violemment parce qu'il était jaloux. Jaloux que même lui, son ancien ennemi, puisse avoir une relation amicale avec les enfants de celui qu'il avait aimé comme un frère autrefois.
Fort heureusement, il n'avait pas deviné à quel point Severus était attaché aux enfants Potter, pas plus qu'il n'avait compris qu'il était à l'origine de leur "libération" des griffes de Dumbledore. Il aurait pu le déstabiliser en lui parlant des mauvais traitement dont ils avaient été victimes, mais son attaque soudaine, dans un couloir des cachots, l'avait tellement surpris qu'il n'avait rien eu à répondre.

Et il avait fallu que Harry soit là à cet instant et entende la conversation.

Severus avait immédiatement pensé qu'il allait perdre l'affection des enfants. Il avait tellement connu d'abandons dans sa vie, qu'il était persuadé qu'il ne serait plus le bienvenu dans l'entourage des Potter. Après tout, ils avaient une famille maintenant - les Malefoy - et Sirius Black.

Il aurait pu mentir à Harry, lui jurer que le loup-garou l'avait attaqué sans fondement. Mais il avait juré de ne pas leur mentir.
Enfant, il en avait voulu à sa mère de lui mentir pour le protéger. De lui cacher à quel point son père était un monstre, de dissimuler les marques de coups pour qu'il ne devine jamais à quel point sa situation était précaire. Jusqu'au coup de trop, et le jeune Severus s'était senti abandonné, obligé de subir son père violent. Il en avait longtemps voulu à sa mère et il se refusait à mentir - même pour le bien de ces gosses.

Harry avait deviné qu'il aimait Lily. Qu'il l'aimait au point de sacrifier sa vie entière pour essayer de la sauver, au point de vivre uniquement pour la venger après sa mort.
Mais l'adolescent n'avait pas semblait dégoûté ou choqué. Il lui avait juste assuré qu'il aurait été heureux d'être son fils. Comme Charles le lui avait déjà dit plus tôt dans l'année.

Severus était resté figé par la surprise, alors que l'adolescent s'en allait. Il avait le cœur battant alors qu'il imaginait ce qu'aurait été sa vie si Harry et Charles avaient été ses fils. S'il les avait retrouvé immédiatement, s'il les avait élevés dès le début…
La chaleur qui entourait son cœur était une douce revanche sur son passé compliqué, un baume pour toutes ses cicatrices et toutes ses insécurités.

Juste avec une phrase, un gosse adorable avec des yeux bien trop verts venait de le réconcilier avec le passé, avec la perte de Lily. Comme s'il avait le droit de vivre de nouveau.

Harry en sortant du laboratoire de Severus avait un léger sourire triste sur les lèvres. Il avait pensé sincèrement ce qu'il venait de dire à Severus. Il le considérait comme un père - même s'il n'oserait jamais le nommer ainsi.
James Potter était une illusion, un fantôme du passé qu'il n'avait jamais connu. Sirius tentait bien de le faire revivre en parlant de lui sans cesse, mais Harry n'arrivait pas à s'identifier à ce frondeur un peu trop plaisantin, adepte des blagues cruelles.
James avait été le parfait Gryffondor, le prétentieux sang-pur certain de sa supériorité. Il avait eu son groupe d'amis avec qui il avait terrorisé Poudlard. Et Harry était certain d'une chose : jamais il n'aurait été ami avec un garçon comme ça.

Il se sentait bien plus proche de Severus, avec qui il partageait une enfance sans amour, catastrophique. Severus savait comment l'aider, d'un regard, parce qu'il le comprenait immédiatement. Severus savait quoi dire exactement pour apaiser ses craintes. Severus enfin, comprenait que parfois il avait besoin de solitude, ou de garder ses secrets.

En le voyant arriver, Charles se précipita vers lui, le regard soucieux, visiblement inquiet de sa mélancolie soudaine. Harry l'enlaça et le tira à sa suite pour lui raconter ce qu'il venait d'apprendre.
Charles ne fut pas plus surpris que lui de l'aveu de leur professeur. Ils se doutaient depuis longtemps qu'il avait dû aimer leur mère au-delà de tout pour les chercher aussi longtemps, inlassablement.

Si les deux frères devraient s'agacer d'une chose, c'était de l'attaque mesquine de Remus Lupin. Peu importait qu'il ait été ami avec leurs parents, il n'avait jamais été présent pour eux. Contrairement à Severus.

Après avoir éclairci le sens des mots de Lupin, Harry avait une autre chose à comprendre. Depuis que Narcissa leur avait annoncé l'existence d'un parrain, ils savaient que Sirius et Severus ne s'étaient pas vraiment entendus étant enfants.
Il y avait eu mention des blagues de Sirius et des Maraudeurs à l'encontre de Severus, de la rivalité entre les deux hommes, catalysée par la rivalité de leurs maisons respectives.

Puis les Potter s'étaient rangé derrière Dumbledore dans le camp de la Lumière alors que Severus prenait la marque des Ténèbres.

Cependant, Harry n'avait jamais osé demander à Sirius pourquoi il détestait autant le maître des potions. Lorsque Harry eut posé la question, Sirius sembla soudain gêné et il détourna le regard, visiblement honteux.
S'il avait détesté Severus avec passion au temps de Poudlard et même après, toute sa haine s'était évaporée depuis qu'il était sorti d'Azkaban. C'était son ennemi d'antan qui l'avait sorti de l'enfer et qui l'avait soigné patiemment. Qui avait sauvé son filleul et l'autre enfant présent chez ses meilleurs amis.

Harry était cependant têtu, et il n'était pas décidé à laisser Sirius s'en sortir d'une pirouette. Il avait besoin d'une réponse… Et lorsqu'il l'obtint, il ferma un instant les yeux, amer.
Son père et son parrain avaient haï Severus Rogue parce qu'il était un enfant visiblement pauvre au physique ingrat qui avait la chance d'avoir pour amie une jolie fée rousse nommée Lily Evans. Et lorsque le garçon avait été envoyé à Serpentard et que leur amitié avait continué, toute leur haine de la maison vert et argent s'était cristallisée sur lui.

Juste une histoire de jalousie d'enfant, qui avait eu des conséquences tragiques. Sans les Maraudeurs, jamais Severus n'aurait pris la marque…