Pat : C'est la première fois que Kara a ce genre de choix à faire et c'est compliqué à accepter pour elle. Heureusement, Oliver et ses amis sont là pour la soutenir. Je te laisse découvrir ce que j'ai réservé à tout le monde, merci beaucoup pour ton message !
Chapitre 88
Dix jours plus tard.
Oliver traversait les couloirs de l'hôpital pour rejoindre le chevet de sa sœur dans un trajet désormais familier. Les trois blessés avaient été transférés à Star City dès que leur état avait été jugé stable et depuis, il s'y rendait chaque jour. Il venait de déposer William dans la chambre de sa mère qui allait bientôt pouvoir sortir, sa blessure à la jambe guérissait bien et elle s'était remise de son important traumatisme crânien. Quentin aussi était hors de danger même s'il allait devoir rester alité pendant plusieurs semaines.
-Salut Speedy, dit-il en fermant doucement la porte derrière lui.
Il donnerait tout pour la voir lever les yeux au ciel et se plaindre de ce surnom ridicule. Théa resta immobile, inerte dans ces draps blancs, ses paupières ne frémirent même pas. Il prit place sur une chaise, l'attirant au plus près de son lit, avant de lui prendre délicatement la main. Il rêvait de sentir ses doigts bouger.
Elle lui manquait tellement.
Depuis l'explosion de l'île, Oliver avait l'impression de vivre dans le brouillard. Un brouillard qui se dissipait un peu chaque jour, lui permettant d'y voir plus clair. Kara était d'un soutien sans faille mais elle était aussi préoccupée par ce qu'il se passait sur sa Terre, où elle aidait à la reconstruction de ce que les Daxamites avaient détruit sans pitié. Oliver ne cherchait pas à la retenir auprès de lui, c'était sa façon à elle de se racheter pour les morts dont elle se sentait responsable, elle avait besoin d'aider là-bas.
Sa vraie force, sa motivation pour se lever tous les matins et réparer la situation impossible dans laquelle Chase l'avait mis, c'était William. Il se devait d'être fonctionnel, de surmonter sa détresse à savoir Théa dans le coma par sa faute, de ne pas montrer un instant combien la moindre brise risquait de le faire s'écrouler en mille morceaux. Son fils avait besoin qu'il soit fort et optimiste, et il s'efforçait de l'être, malgré la douleur sourde dans sa poitrine qui l'empêchait parfois de respirer.
-Kara n'est pas là aujourd'hui, elle s'excuse. Comme tu le sais, elle est débordée par les reconstructions. Elle ne s'arrête jamais.
Oliver n'avait jamais été doué pour parler. Mais Felicity avait insisté, les gens dans le coma pouvaient entendre, et ça ne pouvait être que bénéfique pour Théa. Il avait déjà épuisé tous ses mots pour la supplier de se réveiller. Lui raconter sa vie n'élicitait pas plus de réaction mais au moins, il ne finissait pas en larmes. Il l'avait imaginée se lever directement en apprenant combien la situation était hors de contrôle à la mairie, prête à tout remettre en ordre.
Gérer la presse avait été un cauchemar. Étouffer complètement l'affaire n'était pas une option, pas avec le maire adjoint et la responsable du personnel du maire à l'hôpital. Sans mentionner William. Ils avaient inventé une histoire sordide de vengeance, qui n'était finalement pas si éloignée de la vérité. Prometheus se serait enfui de prison pour attaquer le maire qui avait causé son arrestation, il aurait découvert l'existence d'un enfant illégitime et l'aurait enlevé avec sa mère et les proches du maire, Quentin et Théa. Il l'aurait fait chanter pour leur libération et Oliver aurait fait appel à une agence secrète pour les sortir de là. Prometheus était mort, les otages blessés, et le maire Queen avait hérité d'un petit garçon.
-William appréhende la rentrée, même s'il ne le dit pas. Apparemment il était le premier de sa classe, tu y crois ? Il ne tient pas ça de nous.
Sa relation avec William était plus que compliquée. Il parlait peu, sauf pour lui faire des reproches ou pour donner son opinion sur ce qu'il voulait pour la suite. Il était en colère contre Oliver qui n'avait pas voulu qu'il fasse partie de sa vie et qui avait préféré jouer au héros plutôt qu'être son père. Cet argument faisait mal car il n'avait pas tort. Il avait choisi d'être un protecteur pour sa ville plutôt que d'élever son fils. Il aurait pu rendre les armes en apprenant qu'il était père. D'après Kara, il n'avait jamais eu le choix. Être Green Arrow faisait partie de lui, c'était sa philosophie de vie et sans lui, Star City ne serait plus qu'un cratère. Elle était sûre que William avait juste besoin d'un peu de temps pour le réaliser.
Oliver n'était pas le seul à faire les frais de la colère de William. Samantha n'était pas en reste. Il l'avait gardée en lui les premiers jours, trop inquiet pour elle et choqué d'apprendre que son père était Green Arrow. Quand les choses avaient commencé à se calmer, qu'une routine s'était peu à peu installée, quand sa mère avait été en vraie voie de guérison, il avait explosé. Oliver n'en avait entendu que des bribes, il les laissait souvent seuls dans la chambre d'hôpital, mais leurs éclats de voix avaient été impossible à manquer. Ses sanglots lui avaient brisé le cœur mais il s'était retenu d'intervenir, il avait été plus que temps que William se libère de ce poids. En ça, il lui ressemblait. Après, il n'avait pas adressé un mot ni à Oliver ni à Kara et à leur retour dans l'appartement, il s'était directement allongé dans le matelas qu'ils avaient temporairement installé dans le salon, pour ne le quitter que le lendemain.
William en voulait à Samantha de lui avoir menti toute sa vie. Elle avait cultivé le secret, lui disant que son père ne pouvait pas s'occuper de lui et qu'elle lui expliquerait pourquoi plus tard. Ça n'avait pas empêché William de se sentir abandonné. Le fait que l'âme sœur de Samantha ne l'avait jamais accepté n'avait pas arrangé les choses. Il avait refusé de vivre avec l'enfant d'un autre sous son toit et Samantha avait choisi William. Son âme sœur s'était retiré de sa vie et ils avaient très peu de contacts, juste assez pour entretenir leur vision des couleurs ternie.
Samantha avait tout sacrifié pour William.
-Il est vraiment incroyable. L'autre jour, Ray et Felicity discutaient d'un problème scientifique sans que j'y comprenne quoi que ce soit et il a réussi à suivre leur conversation et à poser une question intelligente. Et à ce moment, je te jure que Felicity a douté de sa paternité.
Théa aurait ri et plaisanté sur le fait qu'il n'était pas difficile de le surpasser en sciences.
Malgré tout, William avait refusé de continuer à vivre sans son père. Sauf si Oliver le virait de sa vie. Le tenir éloigné n'avait de toute façon plus de sens, tous ceux qui avaient été présents sur l'île avaient appris son existence, amis et ennemis. Finalement, le garder secret n'avait pas empêché Dhark et Chase de le trouver et de l'utiliser contre lui. Oliver n'avait plus aucune raison de garder William loin de lui. Sauf qu'il était mort de peur.
Kara lui disait que c'était dans sa nature d'être père, qu'il n'avait pas à s'en faire, qu'il n'avait qu'à suivre ses instincts. Elle était là pour l'épauler mais il faisait déjà un travail remarquable d'après elle. C'était vrai qu'il faisait son maximum mais il craignait de ne pas en faire assez ou d'en faire trop. La colère de William à son encontre ne l'aidait pas à prendre confiance non plus. La veille, William s'était réveillé après un cauchemar et Oliver l'avait consolé, il s'était agrippé à lui et avait pleuré dans son cou, et il avait cru qu'un vrai lien se formait entre eux. Au petit matin, tout avait été oublié et William avait de nouveau tous ses murs levés contre lui.
-Je ne sais pas comment être père, avoua-t-il en lui caressant la main du pouce.
Il avait désespérément besoin de sa sœur. Théa saurait quoi dire. En quelques mots, elle saurait faire en sorte que William se sente comme un Queen. Elle saurait être sa confidente et elle serait prête à le dévergonder. Il l'imaginait déjà lui raconter les frasques d'Oliver quand il était plus jeune et manigancer dans son dos pour qu'ils passent la nuit à jouer à la console ou pour lui faire une surprise de mauvais goût. Elle serait la meilleure tante au monde.
On toqua à la porte et il s'essuya les yeux, effaçant les quelques larmes qui avaient coulé. Il fut surpris de voir William entrer discrètement et approcher une chaise du lit pour s'installer en face de lui.
-Ta maman était fatiguée ? On peut rentrer si tu veux.
-Non, je voulais voir tata Théa.
Son souffle se bloqua dans sa gorge. Tata. Il l'acceptait déjà dans sa famille alors qu'il ne l'avait encore jamais vue consciente. Il ne savait pas combien elle était solaire et aimante malgré toutes les épreuves qu'elle avait traversées. Il n'avait jamais entendu son rire ni senti ses bras autour de lui.
-J'ai lu que les gens dans le coma peuvent nous entendre. C'est vrai ?
William le regardait avec sérieux, il attendait une vraie réponse, pas un mensonge qu'on racontait aux enfants pour leur faire plaisir, pour rendre leur vision du monde plus belle.
-Je ne suis pas sûr, dit-il honnêtement. Mais ça ne peut que lui faire du bien de nous entendre. Elle sait qu'on l'attend.
Il acquiesça, comme si c'était la chose la plus logique du monde, et reporta son attention sur Théa.
-Tu crois qu'elle aimerait que je lui parle de ma journée ?
-Bien sûr.
Avec stupéfaction et émerveillement, il écouta son fils parler à Théa de tout et de rien, s'ouvrant à elle – et à lui – comme il ne l'avait encore jamais fait. Sa voix couvrit le bruit des machines qui maintenaient sa petite sœur en vie et Oliver ne le lâcha pas des yeux. Il avala ses paroles, lui qui était d'habitude si renfermé lui ouvrait enfin une porte. Il se promit de tout faire pour ne pas le décevoir et pour lui offrir une enfance heureuse et insouciante. William se remettait doucement de son enlèvement, il sursautait encore au moindre bruit et il faisait des cauchemars, mais maintenant qu'il était sous sa protection, il s'assurerait qu'il ne vive plus jamais une chose pareille.
Il ne savait pas en détail qu'est-ce qu'il avait vécu entre les mains de Chase, il n'en disait pas un mot, même pas à sa mère. Il n'avait pas été blessé physiquement mais Oliver n'avait aucun doute qu'il l'avait tourmenté mentalement, avec des mensonges sur Oliver, sur sa mère, sur ses croyances d'enfant. Ce serpent avait de la chance d'être mort, il lui aurait fait vivre un cauchemar en prison sinon.
William finit par se lever pour se pencher sur Théa et lui murmurer quelque chose à l'oreille. Oliver l'entendit grâce à ses sens affinés et dut faire appel à toutes ses années de self contrôle pour ne rien laisser paraître. Son fils était un joyau. Réveille-toi vite. Oliver est vraiment, vraiment triste sans toi.
-Je retourne voir maman.
Et comme ça, il était parti.
Oliver fixa sa chaise vide un long moment avant de reporter son attention sur Théa. William était vraiment plein de surprises. Du haut de ses douze ans, il faisait preuve d'une maturité déconcertante. Il s'inquiétait pour Théa parce qu'elle était importante pour Oliver, il lui montrait son soutien avec sa présence et il s'était ouvert à lui en quelques mots.
-C'était mon fils, murmura-t-il. Je crois qu'il t'aime déjà.
Bien sûr qu'il m'aime, je suis la meilleure tata du monde.
-J'ai hâte que tu le rencontres.
Il déposa un baiser sur sa main avant de la reposer délicatement sur le matelas. Avant de sortir, il lui adressa un dernier regard et il aurait juré que ses lèvres s'étaient légèrement levées en un sourire.
