PROMPT : Cœur brisé


Charles s'était apaisé après avoir parlé avec Severus, et il était moins sombre. Il se sentait moins coupable également, la plupart du temps.
Sirius essaya bien d'en savoir plus sur ce qui se passait, mais Harry refusa de dire quoi que ce soit, de même que Charles. Quand à Severus, il renvoya sèchement l'animagus, lui rappelant que chacun avait droit à ses petits secrets.

Bien évidemment, Sirius n'avait pas dit son dernier mot : il rôdait de plus en plus dans le Manoir, silencieusement, essayant de surprendre son filleul, pour en savoir plus. Il ne démordait pas, persuadé qu'il pourrait aider les gamins.
Il se souvenait qu'il avait eu la même curiosité face à Remus Lupin, lorsqu'il le voyait régulièrement disparaître pour quelques nuits par mois, et une fois qu'il avait découvert qu'il était un loup-garou, il avait fait en sorte de le soutenir et de l'aider. Ils étaient devenus animagus pour lui tenir compagnie, et Rémus s'était senti mieux par la suite.

La veille de Noël, Charles eut soudain l'air inquiet. Harry le suivait comme une âme en peine, incapable de quitter ses yeux son frère.
Finalement, Severus prit les choses en main et appela les deux garçons pour qu'ils le rejoignent.

Sirius s'assura de leur emboîter le pas sans se faire voir, et se posta à la porte du laboratoire de Severus. Ils avaient fermé la porte, mais cette fois-ci, aucun sort de silence n'avait été jeté, et en tendant l'oreille, Sirius entendait parfaitement ce qui se passait à l'intérieur.

Inconscient d'être épiés, Harry et Severus faisaient en sorte d'amener Charles à se confier. Même s'il gardait un air buté, Charles montrait des signes d'hésitations.
Finalement, lorsque Harry prétexta avec un regard triste qu'il ne lui faisait plus confiance, Charles craqua, abdiquant face au regard vert. Il n'avait jamais pu résister à son frère… et Harry savait manier son côté Serpentard à merveille.
Severus ne fit pas le moindre commentaire, mais il pensa que Harry avait tout à fait sa place dans sa maison, même s'il en avait parfois douté. Il avait manipulé avec brio son jumeau pour l'amener exactement là où il le souhaitait.

Avec un soupir, Charles avoua ce qui le perturbait.
- Est-ce que je risque de redevenir lui ?
- Comment ça ?
- Retrouver les souvenirs d'avant ? De Voldemort ? Tu as dit que mon âme était complète, mais est-ce qu'un jour, en vieillissant, je risque de redevenir aussi cruel et mauvais ?
Harry l'enlaça.
- Voldemort était seul d'après ce que Severus nous a dit. Toi, tu m'as. Tu as Severus. Et tous les autres.

Severus allait rassurer l'adolescent, mais il fut interrompu par un juron sonore.

Il fallut quelques secondes à Sirius pour comprendre les mots prononcés par Charles. Quelques secondes pour en saisir l'implication.
L'animagus eut l'impression d'avoir le cœur brisé. Le gamin qu'il protégeait, qui était toujours collé à Harry, n'était autre que le monstre qui avait tué son meilleur ami et sa femme. L'homme qu'il haïssait vivait près de lui, à portée de vengeance. Peu importait qu'il soit un adolescent, par un étrange coup du sort.

Il ne se rendit même pas compte qu'il jurait, et il ouvrit violemment la porte pour fixer Harry et Charles d'un regard noir.
Sa colère était décuplée par le fait qu'il appréciait sincèrement Charles. Il l'avait vu grandir, il l'avait considéré comme son filleul d'adoption. Il avait plaisanté avec lui, il lui avait offert des présents.
Et puis d'un coup, il découvrait qu'il avait été trompé. Que l'innocent gosse qu'il croyait aimer n'était en fait que le monstre sur qui sa haine s'était cristallisée.

Harry se plaça immédiatement devant son frère, comme pour le protéger, ses yeux verts assombris par la colère. Les yeux de Lily… Les yeux de Lily qui protégeaient son assassin !
Ce constat le rendit enragé, et indifférent à la présence de Severus, il ordonna à Harry de s'éloigner.

Son filleul pourtant, ne bougea pas, et refusa clairement, sans même hésiter.
- Comment… comment peux-tu faire ça Harry ? Il a lâchement assassiné tes parents ! Et toi, tu le protèges ? C'est… C'est comme si tu les tuais à nouveau !
Charles hoqueta, visiblement touché, mais Harry l'empêcha de bouger, sans quitter Sirius des yeux.
- Charles est mon frère !

Sirius écarquilla les yeux, et secoua la tête.
- Non ! C'est un fichu monstre ! Il devrait être tué pour le bien de tous !
Harry grogna et sa magie s'agita autour de lui, rendant l'atmosphère de la pièce presque irrespirable. Personne n'aurait pu douter de sa puissance à cet instant…
- C'est mon frère jumeau. Et je ne l'abandonnerai jamais.
- C'est lui ou moi Harry. Je refuse de rester à proximité de… de lui.
Avec un regard de défi, Harry prit la main de Charles et se colla à lui. Son choix était fait, et depuis longtemps.

Incrédule, Sirius dévisagea longuement son filleul. Il ne parvenait pas à croire que Harry ne puisse préférer le tueur de sa famille à son parrain.
Severus ricana, l'air mauvais. Il ne pouvait pas croire que ce fichu clébard puisse hurler sur un gosse de cette façon, sans chercher à en savoir plus. Il était bien décidé à faire payer à Sirius sa petit crise et l'ultimatum qu'il venait d'exiger.

Lorsque Sirius fit demi-tour et partit à grands pas, Severus jura soudain, et partit à la poursuite de l'animagus. Il venait de se souvenir que cet idiot pourrait se jeter dans les bras de Dumbledore et lui révéler tous leurs petits secrets. A commencer par la présence de Harry au Manoir Malefoy et ce depuis de longues années.
Il rattrapa l'animagus dans l'entrée du Manoir, et il le bouscula brusquement, l'envoyant cogner contre le mur.

Sirius chercha à le frapper, mais Severus avait déjà sorti sa baguette et l'avait stupefixé.
- Ecoute moi bien Black. Je me fous de ce que tu vas faire. Tu peux même aller lécher les bottes de Dumbledore et aller retrouver ton loup apprivoisé. Mais avant ça, j'exige un serment sorcier pour la protection de Harry et de Charles. Je veux que tu jures sur ta Magie et sur ta vie que tu ne révéleras rien de ce que tu as découvert depuis ta sortie d'Azkaban.

S'il avait été libre de ses mouvements, Sirius aurait lutté contre cette exigence de Severus. Cependant, il était clairement en position de faiblesse, et il dût s'exécuter, à contrecœur.
Désormais, quoi qu'il se produise, il ne pourrait pas trahir les secrets de son filleul, ou même de Charles.

En le libérant, Severus le toisa d'un air écœuré.
- J'aurais préféré te lancer un oubliette mais je ne veux certainement pas obliger mes garçons à subir ta présence plus longtemps.