PROMPT : Pages sanglantes


Lorsque Sirius ramena Harry à Poudlard le lendemain matin, l'adolescent avait du mal à garder les yeux ouverts. Il était épuisé après une nuit particulièrement difficile : c'était la toute première fois qu'il ne dormait pas auprès de Charles d'aussi longtemps qu'il se souvienne, et l'absence de son frère l'avait perturbé.

En ajoutant le stress subi face à Dumbledore et Fol'Oeil, puis le retour de son parrain dans sa vie après une longue absence, Harry aurait bien eu besoin d'une journée pour se reposer. Sirius le lui avait proposé, mais l'adolescent avait insisté pour retourner à Poudlard. Il avait besoin de s'assurer que son jumeau allait bien, et il se doutait qu'il aurait à le rassurer.

Sans surprise, Charles - l'air aussi épuisé que son frère - attendait devant les grilles de Poudlard, l'air nerveux. Sirius eut un léger sourire amusé, mais il ne fit pas la moindre réflexion. À la place, il attira Charles dans ses bras pour le saluer. L'adolescent se tendit un bref instant avant de se laisser aller contre l'homme, et de lui offrir un sourire lumineux, soulagé de voir que Sirius l'acceptait finalement et ne semblait plus rebuté par son identité. Avant de partir, Sirius lui proposa de venir le voir lors des prochaines vacances, et ajouta qu'ils auraient beaucoup de choses à se dire.

Épaule contre épaule, les deux frères se dirigèrent vers le château, après un dernier signe de main à Sirius. Ils restèrent silencieux, n'ayant pas besoin de parler pour le moment. Ce qu'ils voulaient c'était se retrouver après la frayeur qu'ils avaient eu. Et depuis qu'ils étaient petits, ils n'avaient jamais eu besoin de grands discours. Le simple contact de leurs épaules et leurs regards l'un vers l'autre était suffisant pour qu'ils s'apaisent et qu'ils repoussent leurs peurs.

Il était encore tôt et la plupart des élèves n'étaient pas encore descendus dans la Grande Salle. Ils s'installèrent à la table Serpentard déserte tranquillement. Severus était déjà installé, et Harry lui adressa un grand sourire, se moquant de ce que pourraient bien penser les autres professeurs. Le Maître des potions inclina simplement la tête, avant de retourner à son repas. Cependant, son regard avait montré son soulagement en voyant Harry indemne et ses épaules s'étaient détendues. Harry savait qu'il serait appelé rapidement dans son bureau et qu'il devrait lui faire un compte rendu complet, même si Lucius devait avoir informé Severus de l'essentiel à l'instant où il avait quitté le Ministère.
Ils n'avaient pas commencé à manger que Drago arrivait. Le blondinet eut un sourire lumineux en voyant Harry et il se colla contre lui, oubliant sa retenue habituelle, exposant sans hésitation son affection. L'heure des explications viendrait quand ils seraient seuls, ils ne tenaient pas à ce que leur conversation soit entendue. Pour l'instant, ils étaient juste heureux de se retrouver.

Pour n'importe qui en dehors de leur petit groupe, ils se conduisaient comme si rien d'inhabituel ne s'était produit. Ou au moins, comme si l'absence de Harry avait été un détail sans importance. L'arrivée bruyante des Gryffondor, en un troupeau compact, fit sourire Harry, et un cri de joie résonna alors que Hermione lui sautait au cou en riant, attirant l'attention. Le brun rougit brusquement, et assura à la lionne qu'il allait bien tandis que son frère se collait à la jeune fille.

La réaction d'Hermione, spontanée et joyeuse, sembla déclencher un vent de bonne humeur sur la Grande salle. Il y eut des sourires, et des chuchotements alors que les élèves commençaient leur petit déjeuner.

Voyant qu'ils étaient le centre de l'attention, Hermione rougit légèrement et avec un regard de défi elle se pencha vers Charles pour claquer un baiser sonore sur ses lèvres. Écarlate elle fila vers la table rouge et or à toute vitesse, alors que Charles était figé, yeux écarquillés et joues rouges, et que Harry riait, appuyé contre Drago.

A cet instant précis, Harry décida qu'il était parfaitement heureux. Le moment avait été parfait. Il était avec son jumeau. Ils n'étaient plus seuls : ils avaient des amis. Charles commençait à accepter de laisser le passé derrière eux, et il était visiblement amoureux d'Hermione. Lui avait Drago près de lui, et il ne cherchait même pas à nier l'attirance et les tendres sentiments qu'il éprouvait pour lui.

Le bruit des ailes des hiboux annonçant la distribution du courrier le tira de ses réflexions, et il répondit au regard inquiet de Drago par un petit clin d'œil, avec un sourire lumineux. Le blondinet se détendit, et rendit son sourire à son compagnon. Son inquiétude à son sujet réchauffa le cœur de Harry plus que jamais.

La distribution de la Gazette provoqua des réactions bruyantes et bientôt, il y eut un remue-ménage certain autour de ceux qui avaient un exemplaire du journal.
Drago était abonné, aussi, et ils attendirent sagement qu'il reçoive son propre exemplaire en échangeant des regards légèrement inquiets.

A la table des professeurs, il y avait de l'agitation également, et Harry se tortilla sur le banc, mal à l'aise. Heureusement, personne ne semblait s'intéresser à eux. Lorsque le hibou des Malefoy lâcha la Gazette sur la table devant eux, Harry la déplia précipitamment et haleta en voyant le titre.

Il n'y avait pas de photo en Une. Juste cette phrase en noir, barrant la page. "Les pages sanglantes de la guerre sont tournées !"

L'adolescent aux yeux verts saisit la main de Charles et commença la lecture, tandis que Drago se collait contre lui et appuyait son menton sur son épaule. S'il s'inquiétait au départ, il se détendit rapidement en se rendant compte que son nom n'était pas cité. Pas une seule fois.
La journaliste annonçait que le Ministère avait lancé une grande enquête minutieuse en se rendant compte d'incohérences dans les récits de Dumbledore. Les enquêteurs avaient alors établi que Albus Dumbledore les avait tous dupés, avec la complicité de Alastor Maugrey son grand ami Auror.
Les deux hommes avaient été placé en état d'arrestation et devaient comparaître devant le Magenmagot, à huis clos.

Les exactions des deux hommes n'étaient pas détaillées. La journaliste mentionnait juste qu'ils avaient trompé tout le monde pour asseoir leur domination et manipuler leur entourage. Un nouveau Directeur allait être nommé à Poudlard et le Ministère enverrait très vite une commission d'enquête pour s'assurer que l'éducation des enfants n'avait pas été compromise.

Le sensationnel arrivait presque en fin d'article.
" Depuis des années, Dumbledore assène avec certitude que le retour de Vous-savez-qui est imminent. Qu'il n'est pas mort, mais qu'il a juste été repoussé par le jeune Potter. Personne n'a osé protester ni douter de la parole du héros de la guerre contre Grindelwald. Cependant… Cependant, il apparaît que toutes ces mises en garde n'étaient qu'une tentative d'assujettir le monde magique à sa volonté.
Il n'y a jamais eu de retour, et le Ministère assure qu'il n'y en aura pas. En effet l'enquête diligentée dans le plus grand secret par ses meilleurs éléments Langues-de-plomb a révélé que finalement Vous-savez-qui est bel et bien mort face au jeune Potter à l'automne 1981.
C'est donc officiel : la guerre est terminée."

Drago siffla doucement entre ses dents.
- Ils ont arrêté Dumbledore ? Je ne pensais pas que ce serait possible !
Harry lâcha le journal et soupira, avec un sourire incrédule.
- C'est terminé pour de bon visiblement.