« Ah vous voilà enfin ! Rosalie, Bella, Jasper, je vous présente mes frères : Emmett », elle désigna le premier homme qui était entré. « Et ça c'est Edward et sa femme, Tanya », ajouta-t-elle avant de les enlacer. Mon cœur s'arrêta net de battre instantanément et tout mon sang s'échappa de mon visage. Car celui qu'elle désigna comme Emmett je l'avais déjà vu mais ce n'était pas celui que je croyais, non, celui que je croyais se tenait à coté et s'appelait apparemment Edward. Rien n'avait de sens. Pas plus que la sublime jeune femme qui se tenait à ses coté. Sa… femme avait-elle dit ?

« Non… » dis-je dans un souffle à peine audible, l'air échappant de mes poumons avec mes fantasmes.

« Sans blague ? ». Visiblement Rosalie non plus n'avait pas l'air enchantée.

Chapitre 7 : Et ça continue…

« C'est une caméra cachée c'est ça ? » dit le grand brun nommé Emmett. Je n'avais pas été la seule à emprunter le nom de mon amie de toute évidence, et il allait me falloir un peu de temps pour penser à lui avec un autre nom. Mais qu'est-ce que je disais ? Penser à lui ? Mon corps était toujours figé mais mon cerveau était en ébullition lui. C'était le frère d'Alice, j'allais devoir le recroiser non ? Non mais bon sang, les USA était un pays parmi les plus grands et les plus peuplés, comment je pouvais tomber sur un type trois fois de suite par coïncidence, c'était absolument impossible ! Et puis sa femme ? Sa putain de femme quoi ! Peut être disait-on jamais deux sans trois, mais cette troisième rencontre n'avait rien à voir avec les précédentes, je ne vivais pas un troisième fantasme, mais un véritable cauchemar. Un superbe et magnifique cauchemar, avec des sublimes yeux non plus verts mais noirs braqués sur moi, ses lèvres étaient pincées et sa mâchoire était si serrée que les tendons de son cou étaient sur le point de craquer. Le moins que l'on pouvait dire était qu'il ne semblait pas ravi de me voir, et… c'était un choc, je devais l'admettre même si je n'avais pas le droit. Ok je n'avais jamais envisagé de le revoir un jour mais si ça avait été le cas, ce n'était pas cet accueil que j'aurais attendu. Et je n'aurais pas imaginé qu'il soit marié, nom d'un chien ! C'était absolument égoïste de ma part, hypocrite aussi puisque j'étais avec Jacob à l'époque. Mais merde ! Ma-rié ! Encore une fois je savais que je n'avais pas le droit de ressentir ça, mais le poignard qui venait de se planter dans mon cœur était douloureux. Tout comme les coups de coude que j'étais entrain de recevoir dans les cotes. Avec reluctance, je détournai mon regard de lui vers ma meilleure amie.

« Quoi ? » dis-je bêtement quand mon esprit daigna se reconnecter avec la réalité. J'avais du louper les présentations de rigueurs car tous les regards étaient vrillés sur moi. « Je… ». Rosalie me fit de grands yeux comme pour me dire c'est quoi ton problème ? « Heureuse de vous rencontrer…encore ? » finis-je avec une voix incertaine et cherchant du regard l'appui de Rosalie.

« C'est fou non ? » s'écria Alice en levant les bras vers ses parents « ils s'étaient déjà rencontrés à Vegas ». Je n'avais même pas entendu lorsque le récit de notre rencontre avait été fait, enfin, une partie de notre rencontre, impossible que tout le monde sache ce qu'il s'était passé dans ma chambre d'hôtel.

« Oui, fou… » bougonna Emmett en allant se servir un verre, suivi d'Alice et Jasper. Esmée et Carlisle enlacèrent tour à tour Edward et Tanya et tandis qu'ils échangèrent des mots, Rosalie me tira par le coude à l'écart.

« C'était quoi ça Bella ? »

« Quoi ? » demandai-je faisant mine de ne pas comprendre.

« ça ! » hissa-t-elle entre ses dents en me désignant. « Et ça ! » continua-t-elle en montrant avec son pouce derrière elle.

« J'ai été surprise de les trouver là, ça m'a perturbé, c'est tout ». Je la contournai et rejoignis les autres tout en évitant de regarder dans sa direction. J'avais besoin d'air mais je n'avais pas d'excuse pour m'éclipser, après tout on venait d'arriver, alors j'avais besoin d'un verre. Ou un Valium. Voire les deux, même un joint irait très bien. Merde je n'avais jamais été dans cet état, il fallait que je me reprenne.

« Que prendras-tu Rosalie ? » demanda Emmett en accentuant bien chaque syllabe alors qu'il débouchait une bouteille de vin. « Un Hugh Hefner ? ». Il lui fit un grand sourire et un pop résonna dans la pièce quand le bouchon s'échappa.

« Emmett » gronda Carlisle. Tout le monde était rassemblé maintenant autour de l'ilot central de la cuisine qui je savais était neuve pour être déjà venue quand je rendais visite à Alexeï. Le reste n'avait pas encore beaucoup changé, mais rien que le bon coup de nettoyage qui avait été fait avait fait des miracles. Alexeï vivait dans son atelier et le ménage n'était pas dans son vocabulaire. Le parquet avait été poncé et on ne voyait plus traces de peinture ou tâches de solvant et autre. A la place de ses toiles et fournitures de peintures, on trouvait des meubles en tout genre : canapé, table, chaises, lampes, bureau. Il y avait tout de même dans un coin une table à dessin et un énorme écran d'ordinateur sur un bureau à coté. Il y avait encore des travaux à faire visiblement mais l'endroit était beaucoup plus vivable que celui où notre ancien voisin vivait.

« Ah non Emmett» répondit Rose feignant d'être contrite en utilisant le même ton qu'il avait employé. « Mon QI ne rentrerait jamais dans un costume de lapin, en revanche un voisin sachant aligner deux mots agréables serait apprécié, mais comme il ne semble ne pas y en avoir dans cet immeuble, une bière fera très bien l'affaire ». Elle attrapa une bouteille sur la table, et tout en regardant Emmett avec un sourire faux, elle cala la capsule sur le rebord de la table et donna un coup de dessus. Elle bu une gorgée et détourna son attention vers Edward « Alors Edward, fraichement marié c'est ça ? Mes félicitations ». Je n'avais pas d'excuse pour ne pas le regarder et levai les yeux vers lui. Difficile de dire qu'il venait de se marier, son visage ne respirait pas le bonheur à cet instant, mais plutôt l'opposé. Tanya du sentir notre interrogation car elle vint passer son bras autour de sa taille, ce qui ne le relaxa pas le moins du monde.

« Oui. Ça fait des années qu'on se connaît, on a voulu formaliser les choses, c'était très simple » dit-elle puisqu'Edward ne s'était contenté qu'un bref hochement de tête. Qui était cet homme ? Certainement pas celui que j'avais croisé auparavant, celui-ci était renfermé, muet, mal à l'aise… bon ok ça, je pouvais comprendre. Je ne l'étais pas plus. Même si je n'étais pas celle qui venait de se marier et se retrouvait face à face avec la fille avec qui j'avais trompé sa femme et que je croyais jamais revoir. En fait, j'avais déjà vu cet air torturé maintenant que j'y pensais, c'était lors de notre deuxième rencontre et plus je repensais à cette nuit et plus je comprenais cette lutte qu'il semblait mener alors. Ce n'était pas juste pour contrôler son émoi comme je le pensais, mais bien parce qu'il était entrain de la tromper. Soudainement, un gout amer vint teinter ce souvenir merveilleux et la nausée m'envahit. Une nuit qui devait rester une histoire sans lendemain et (presque) sans conséquence, prenait tout à coup un rebond, et dans cette nouvelle histoire j'étais devenue la méchante, celle qui pouvait détruire un mariage. Je regardais Tanya et je fus prise de culpabilité, elle était très belle, des cheveux très blond, les pommettes saillantes, des yeux d'un bleu très clair en amande et un corps longiligne qui n'en finissait pas, rien à voir avec moi, et sa voix était d'une douceur teintée de bienveillance. On ne pouvait pas détester une femme comme ça. Cette dernière attrapa une branche de céleri et croqua dedans avant de reprendre, j'avais encore loupé un bout de la conversation, il fallait vraiment que je me reprenne. «… oui à San Francisco, ça fait maintenant presque trois ans que je fais partie du corps de ballet, et j'espère être danseuse étoile bientôt ». Evidemment. Fan-tas-tique.

« Le San Francisco Ballet est la plus ancienne compagnie et fait partie des plus importantes du pays » renchérit Esmée en hochant la tête avant d'enfourner une série de cacahuètes dans sa bouche. Mon cerveau se mit en mode filtrage à nouveau. Trop d'informations. Je laissais mes amis faire la conversation et hochait machinalement la tête quand il fallait, j'évitais juste de lever les yeux vers lui même si j'en mourrais d'envie car 1/ ça attirerait l'attention si je restais le dévisager, et 2/ les quelques fois où je n'avais pas pu m'en empêcher, son regard noir et hostile me coupait l'envie. J'entendis les répliques acerbes entre Emmett et Rosalie, Jasper parler de son métier, ou encore les discussions sur les travaux en perspective.

« Edward va nous aider » dit Alice « c'est le bricoleur de la famille ». Mon cerveau se rebrancha sans mon consentement. « On a pris des entrepreneurs pour faire le gros œuvre, monter les murs tout ça mais il va nous aider à faire les finitions »

« Ah oui ? Si vous avez besoin de petits mains, je peux donner un peu de mon temps ». Jasper, toujours prêt à aider son prochain. « C'est ce que tu fais dans la vie Edward ? »

« Non mais ça l'a été, je suis quelqu'un qui a la bougeotte, j'ai travaillé dans pas mal d'entreprises de construction au cours de mes pérégrinations ». Argh… sa voix. Comment avais-je pu oublié ? Bella arrête me sermonnai-je.

« Edward est écrivain maintenant » ajouta Esmée avec fierté en tapotant la cuisse de son fils prodigue. « Son dernier roman fait partie des meilleurs ventes ».

« Bon assez parlé de moi » dit-il en prenant entre ses mains celle de sa mère posée sur son genou, la tapota gentiment et l'écarta. Il leva les yeux vers moi furtivement comme pour jauger ma réaction mais détourna vite le regard. Il se leva précipitamment et partit vers la salle de bain. Carlisle le regarda s'éloigner avec intensité le front plissé, Emmett et Alice échangèrent un regard inquiet et Tanya sourit avec gêne. O-kaaay. Je finis d'un trait mon verre de vin, cette soirée était une torture et je n'en pouvais plus d'attendre de sortir d'ici. Il fallait que je trouve un moyen de m'échapper sans paraître grossière.

« Un autre verre Bella ? » demanda Alice en brandissant la bouteille. Avec plaisir, je tendis mon verre vers elle mais dans la précipitation, elle en renversa à coté et éclaboussa mon jean. Parfait. Non sincèrement, parfait. J'avais mon ticket de sortie.

« Oh Alice ! » s'écria Esmée avec sourire. « Ta maladresse a encore frappé ! »

« Je suis désolée Bella ! »

« J'aurais du m'y attendre, tu vas me dire que c'est le destin ? » répondis-je en riant en épongeant avec une serviette en papier. « Si vous voulez bien m'excuser, je vais profiter d'être pas loin de chez moi pour me changer ». Je pris sur moi pour ne pas courir mais le cœur y était. Une fois dans ma chambre, je m'affalai sur mon lit et me retins de pleurer, j'avais gagné un sursis mais il allait falloir que j'y retourne alors on allait éviter le visage bouffi. Je soufflai un bon coup et attrapai un autre pantalon. Je me changeai rapidement, puis vérifiai mon téléphone. Trois messages de Jacob. Je soufflai à nouveau. J'ouvris la fenêtre de ma chambre et inspirai une grande bouffée d'air plusieurs fois d'affilée. Allez me dis-je tu peux le faire. Je sortis de chez nous mais lorsque je me retrouvai dans le couloir, Edward sorti au même moment de chez Alice. Le temps s'arrêta. Stupidement je ne m'étais pas préparée à l'idée de se retrouver seule à seul avec lui. Nous restâmes nous dévisager quelques secondes, paralysés par la situation. Ne sachant quoi dire et surtout rien de stupide je me mordis la lèvre inférieure pour m'en empêcher.

« Ne fais pas ça… » murmura-t-il en posant son regard sur le sol. Je relâchai immédiatement ma lèvre, il m'avait demandé la même chose la dernière fois. Nerveusement, il passa sa main droite dans ses cheveux soyeux tandis que l'autre jouait avec quelque chose dans sa poche de pantalon.

« Je suis désolée » finis-je par dire. Ouiii Bella, c'est bien ça comme réponse, continue ma grande. J'eus envie de me taper la tête contre le mur.

« Il n'y a pas à l'être, t'as rien à te reprocher toi » dit-il froidement en replongeant son regard dans le mien. On parlait de ma lèvre ou d'autre chose là ? Il s'était rapproché de moi mais son corps irradiait de colère et il était clair qu'il se contenait. J'allais répondre quand du bruit derrière moi me fit me retourner. Jacob.

« Bella » dit-il dans un souffle. Les yeux faisaient l'aller-retour entre moi et Edward. Oh non, c'était pas le moment.

« Qu'est-ce que tu fais là ? » sifflai-je entre mes dents.

« Tu ne réponds pas à mes appels »

« Oui parce qu'on est plus ensemble ».

« Bella tu ne peux pas balayer plus de deux ans de relation comme ça ». Je fermai les yeux et priai que c'était un mauvais rêve, oui j'allais forcément me réveiller. Edward se pencha vers moi et souffla dans mon oreille « peut être que si finalement » que moi seule entendis, puis sorti dans la rue. Le geste avait été bref mais assez pour que son odeur vienne chatouiller mes narines. Il avait raison, moi aussi j'avais des choses à me reprocher et maintenant il fallait que je gère ça. « C'était qui ça ? »

« Personne qui te concerne. Maintenant si tu veux bien, rentre chez toi Jake » dis-je avec lassitude.

« Pas avant qu'on ait parlé ». Il attrapa mon bras pour me rapprocher de lui mais je tentai de me dégager.

« Tout a été dit, faut que tu l'acceptes », je continuai de me tortiller. « Arrête Jake, tu me fais mal »

« Donne moi une autre chance Bella, je serai exemplaire, je t'aime Bella ! On est fait l'un pour l'autre bon sang ! ». Il m'enlaça contre mon gré.

« Lâche moi » criai-je plus fort en poussant de toutes mes forces sur son torse avec mes deux mains.

« Il y a un problème ? ». Jacob fut surpris par la voix de Jasper qui venait d'ouvrir la porte et il desserra son étreinte par reflexe, je profitai pour me dégager. Emmett qui était sorti aussi, m'attrapa la main et instinctivement me poussa derrière lui pour me protéger, comprenant immédiatement la situation.

« Jacob allait partir » lançai-je avec colère en réajustant ma blouse. Ce dernier reporta son attention sur moi. Ses yeux étaient à la fois suppliants et furieux.

« Jacob, rentre chez toi » dit Jasper avec apaisement en posant une main sur son épaule. Jasper était à l'aise, après tout, son quotidien était de traiter avec des forcenés et négocier avec eux, ce n'était pas Jacob qui allait lui résister. Jacob donna un coup de tête en signe d'approbation et se résigna à partir mais pas sans m'avoir donné un dernier regard. J'expirai l'air que je retenais dans mes poumons depuis un moment. Jacob n'avait jamais été aussi menaçant avec moi, et ça compliquait les choses.

« On va aller prendre ces cours de Krav Maga, ok ? » dit Rosalie en me prenant dans ses bras. Toujours pragmatique Rose. Je lui souris en levant les yeux au ciel.

« Je vais aller me coucher si vous m'excuser ». Tout le monde hocha la tête et je rentrai chez moi. J'allai directement dans la salle de bain, ouvris l'armoire à pharmacie et attrapai la boite de somnifères. J'extirpai un comprimé, et tel un robot, me trainai vers la cuisine où je rempli un grand verre d'eau. Je m'efforçai à ne pas réfléchir, mon cerveau allait imploser sinon. J'avalai le tout puis me dirigeai vers mon lit, je pris juste la peine d'enlever mes chaussures et me jetai à plat ventre, attendant que le black out arrive. Demain arrivera bien assez tôt pour repenser à tout ça. Oui, bien assez tôt.

Quand j'ouvris les yeux, je vis que Rosalie était confortablement installée à coté de moi, adossée à la tête de lit entrain de se limer les ongles. Je grognai et me tournai de l'autre coté.

« Il est quelle heure ? »

« L'heure des explications » répondit mon amie sans arrêter son activité. Je l'entendis souffler sur ses ongles pour chasser la poussière.

« Donc il est trop tôt » maugréai-je.

« Tu admets donc que tu as des choses à dire »

« Jamais rien dit de tel ». J'attrapai le drap et le passai sur ma tête.

« Bella ! Crache ! ». Elle avait tiré sur le drap d'un coup sec et s'était affalée sur moi, me coupant le souffle.

« J'ai rien à dire ! »

« Faux. Tu étais ailleurs hier soir »

« Oui chez les voisins, comme toi »

« Tu n'as pas écouté la moitié de ce qui a été dit ». Comment pouvait-elle savoir ça ?

« C'est pas vrai ».

« Ah oui ? Que fait Emmett dans la vie ? ». Hum…bonne question.

« C'est bien la première fois que tu te rappelles de la profession d'un homme que tu as rencontré » dis-je en souriant.

« Ah ah. Il est illustrateur ». ça expliquait la table à dessin. « Donc c'est bien ce que je dis, tu n'écoutais rien. Tu t'es couchée toute habillée »

« Trop contrariée après ce qu'il s'est passé avec Jacob »

« Et le plus important, tu n'arrêtais pas de lancer des regard vers Edward ». Et moi qui croyais avoir passé ma soirée à l'éviter. Merde. « Alors ? »

« Alors il me fait de l'effet. C'est tout ». Ce n'était pas un mensonge, il me faisait de l'effet. Rosalie me retourna sur le dos et se mit à califourchon sur moi en m'entravant les poignets. Je connaissais ses méthodes et la laissai faire, il fallait juste attendre que ça passe.

« Bella… » gronda-t-elle.

« Rose… » dis-je sur le même ton. Son regard perçait le mien comme si elle essayait de lire mes pensées, n'y arrivant pas, elle relâcha sa pression et sourit. « Il est marié »

« Sans blague » répondis-je en la repoussant gentiment. Elle se laissa tomber sur le lit et je me levai.

« C'est vrai qu'il est canon ». Allongée sur le coté, la tête dans une main, elle jouait avec une mèche de cheveux. Une bouffée irrationnelle de jalousie m'envahit et je dus rassembler toutes mes forces pour garder un visage impassible.

« Quel était ton attitude envers les hommes mariés déjà ? »

« Que je n'étais pas contre quand ils étaient malheureux dans leur mariage ». Je me déshabillai en essayant de ne pas trop analyser ce que mon amie disait. « Et je dirais que ça a l'air d'être le cas. Pas d'étincelle ». Je me retournai vers elle. Elle regardait au loin et caressait sa joue avec la mèche de cheveux qu'elle tenait toujours. Elle reporta son attention sur moi avec un sourire en coin.

« Si c'est le cas, c'est bien dommage pour lui sachant que son mariage à moins d'un mois. Mais bon, je vois pas en quoi ça me concerne». J'attrapai des vêtements puis partit dans la salle de bain, laissant derrière mon amie et mes états d'âme.

Ma parade fut de me plonger dans le travail, et je n'eus pas à forcer beaucoup car nous croulions dessous. J'avais décidé de ne plus penser à ça, ce chapitre de ma vie devait être classé pour de bon et il fallait que je passe à autre chose. Oui, c'était le frère d'Alice, oui j'allais le recroiser, oui il était marié, heureux ou pas, et oui chacun menait sa vie. Point barre. Et pour ça, rien de mieux que de commencer la semaine par un séjour à New York pour finaliser le projet Volturi. Nous avions prévu de rester quatre jours, en plus de travailler pour Aro nous voulions profiter de faire du repérage pour notre succursale de la côte est, et puis Rosalie devait faire un saut à Boston, autant le faire lorsque nous étions là-bas.

Le lundi, nous avions commencé par rencontrer Aro et ses associés, si le premier était relativement plaisant, et j'insistais sur le mot « relativement », Caius et Marcus étaient des hommes d'affaire froids et distants et complètement désintéressés par l'organisation d'un gala. Volturi & Co. était l'une des plus grandes maisons d'édition crée il y a 100 ans par un immigré italien, et aujourd'hui était devenue un empire. Aro dirigeait la branche édition, le cœur de métier, l'activité qui avait fait de cette entreprise son succès. J'avais entendu dire qu'il avait un regard sur tout, chaque contrat avec les auteurs, chaque livre publié, jusqu'au choix de la couverture. Mais ce qu'il adorait, c'était dénicher des talents. Marcus de son coté, gérait la presse. Volturi News possédait plusieurs journaux et magazines, mais à la différence d'Aro il déléguait beaucoup sur ce domaine, son truc était les affaires concernant la holding, faire les meilleures fusions pour étendre l'empire, repérer les liens entre différentes entreprises pour que Volturi en tire les meilleurs profits. C'était sa came. Quant à Caïus, c'était le plus jeune des trois et chapeautait la partie édition musicale, c'était l'artiste. Le label Volturi Music était le dernier né de l'empire et son bébé, rien ne l'intéressait hormis ça. Ils étaient à la fois très différents et très complémentaires, c'était les maitres de leur monde.

« Rebecca nous a informé que la plupart des réponses d'invitations ont été reçues, ce qui nous porte à… 345 personnes confirmées » dis-je en lisant mes notes. Rebecca était l'une des secrétaires de Volturi, c'était elle qui nous épaulait et faisait le lien avec l'entreprise, les réunions avec les grands patrons étaient juste faites pour parler de notre progression dans l'organisation et trancher sur des décisions importantes. « Les dernières devraient arriver sous peu. Tout est en place ».

« La sécurité ? Je ne veux pas de scandales comme il y a eu à la soirée de Carmichael » demanda Marcus.

« C'est la société ALS Security qui l'assurera » répondit Rosalie. « 30 agents seront déployés pour assurer les entrées et sorties des invités et éviter tout débordement. Il y aura des patrouilles dedans et hors de l'enceinte, discrètes évidemment. Les instructions ont été faites »

« Très bien. Où en est-on pour les médias ? ». Aro avait croisé ses mains sur son ventre et me regardait comme un professeur qui interrogeait son élève préférée.

« Rebecca m'a informé que votre service de communication s'était chargé de les contacter. Plusieurs journalistes ont répondu présents, dont ceux du Times, Vanity Fair ou encore GQ. Un photocall est prévu également. »

Aro tourna sa chaise vers ses acolytes et brandit ses mains en l'air « Je crois que nous n'avons rien à ajouter. Il n'y a plus qu'à dérouler le tapis rouge alors ». Les autres hochèrent brièvement la tête et s'excusèrent avant de partir, mettant fin à la réunion. Rosalie et moi commençâmes à rassembler nos affaires. « Mesdames pour conclure ces préparatifs, me feriez-vous l'honneur de diner avec moi ce soir ? ». Aro était toujours confortablement installé dans sa chaise, les jambes croisées avec son habituel costume trois pièces impeccable et ses Berluti sur-mesure aux pieds. Il enleva ses lunettes rondes qui lui donnaient son air de prof d'université et avec le mouchoir qui se trouvait dans sa pochette commença à les nettoyer sereinement. Rosalie me regarda un peu gênée, c'était délicat de refuser une telle invitation et s'excusa avec un regard à mon intention.

« Malheureusement je ne pourrai pas être présente Mr Volturi, je dois diner chez mes parents et j'ai un vol à prendre tard ce soir pour Boston… » elle me regarda brièvement « mais Bella se fera un plaisir de vous accompagner ».

« Absolument monsieur », je fis de mon mieux pour paraître sincère. Les diners avec les clients étaient notre quotidien et souvent notre deuxième bureau pour parler affaire avec eux. Mais là, l'affaire était déjà conclue et je n'avais pas spécialement envie de me retrouver seule avec lui.

« Parfait ! », il prit appui sur la table et se leva, « un chauffeur viendra vous chercher à 19 heures, a quel hôtel êtes vous descendue ? »

« Le Park Central »

« Très bien à ce soir ma chère Isabella », il inclina la tête et sortit. Je soufflai en fermant mon ordinateur.

« Désolée je sais que tu avais envie de rester tranquille à l'hôtel ce soir ». Rosalie m'avait proposé plus tôt dans la journée de l'accompagner chez sa mère et son beau-père, mais j'avais décliné car j'avais envie de me détendre rien qu'une soirée et puis ses parents bien que gentils, étaient un peu spéciaux, et je n'avais juste pas envie. J'imaginais que j'avais gagné pire au change.

« ça va aller, je ne pouvais pas refuser » répondis-je en haussant une épaule.

« C'est pas le pire des trois… », je levai les yeux vers elle, elle luttait pour ne pas sourire. « Un message de toi et je ferai en sorte de t'appeler pour prétexter une urgence »

« Ah t'es une véritable amie » ris-je en secouant la tête.

Je ne savais pas où Aro avait prévu de diner, mais je pariais que ce n'était pas dans une pizzeria. J'avais laissé de coté ma blouse légère et mon pantalon cigarette et enfilé une robe noire classique qui allait en toute circonstance. Je finis d'enfiler mes sandales Jimmy Choo favorites (les belles chaussures à talons étaient mon vrai pêché mignon) et refis mon chignon avec mon épingle. Devant le miroir de l'entrée de la chambre je remis du rouge à lèvre puis quittai la chambre.

Quand j'arrivai sur le trottoir, la voiture était déjà là et à peine avais-je fait quelques pas dans sa direction que la porte arrière de la berline noire s'ouvrit.

« Bonsoir Isabella »

« Aro » répondis-je avant de m'installer dans le luxueux véhicule.

« Vous êtes très en beauté ce soir ». Je souris timidement et tentai de cacher ma gêne en réajustant ma robe sur mes cuisses, ce qu'il sembla voir. « Excusez-moi je ne voulais pas vous mettre mal à l'aise, je ne voulais faire aucune insinuation ». Il me sourit avec bienveillance et je me détendis instantanément. « Vous me rappelez beaucoup ma fille »

« Elle a beaucoup de chance de vous avoir » dis-je faute de mieux. Je ne connaissais rien de la vie d'Aro en dehors de Volturi, et je ne savais pas trop si c'était un diner professionnel ou non. Au moins je pouvais éliminer le rendez-vous galant, celui que je craignais le plus.

« Elle aurait du avoir votre âge à peu près », il me m'offrit un sourire triste et de nouveau je me sentis gênée. La soirée allait être longue si ça continuait comme ça. « Une leucémie l'a emportée à l'âge de 12 ans, ma femme et moi ne nous en sommes jamais remis. Mais ainsi va la vie, et quand je vous vois je ne peux qu'imaginer ce qu'elle serait devenue. J'espère qu'elle aurait été aussi travailleuse et volontaire que vous, elle aussi savait charmer le monde qui l'entoure sans le vouloir vous savez ? »

« Hum…je pense que vous avez trop haute opinion de moi »

« Oh oh ! » fit-il avec un petit rire. « Croyez-moi Isabella, vous charmez sans même vous apercevoir et c'est ce qui fait votre beauté. Certes Miss Hale fait dans le style très ostentatoire, mais vous ma chère vous êtes toute en finesse. Les hommes doivent se mettre à genou pour vous. Ah ! Même un vieil homme comme moi vous mangerait dans la main s'il n'était pas heureux en mariage. Oui, je pense que Gianna aurait eu le monde à ses pieds elle aussi… ». Son regard rieur ne me quittait pas même s'il semblait perdu dans ses pensées.

« Merci Aro, mais je crois que je ne mérite pas ces compliment, vous me faite rougir. Moi j'aurais aimé que mon père porte le costume trois-pièces comme vous ! ». Il rit à ma boutade et tapota ma main avec une tendresse paternelle.

« Charmeuse je vous dis ! »

Le voyage fut rapide et Aro et moi dûmes stopper notre conversation quand la voiture s'arrêta.

« Ah nous y voilà ». Le chauffeur vint ouvrir sa portière et alors qu'il allait sortir, il fit une pause et se tourna vers moi. « Au fait Isabella, j'espère que vous ne voudrez pas, j'ai profité d'inviter un autre convive à nous rejoindre. Un talent que j'aimerais bien voir signer chez nous, alors surtout n'hésitez pas à utiliser votre super pouvoir sur lui ! ». Il me fit un clin d'œil et s'extirpa de la voiture.

« Je vais faire de mieux ». Un troisième convive était le bienvenu, au moins je n'aurais pas à faire la conversation toute seule.

Aro me tendit son coude comme un gentleman et nous nous engageâmes dans le restaurant, bras dessus, bras dessous. Le serveur, tout habillé de noir et tiré à quatre épingles nous amena à notre table. L'établissement était à l'image de mon compagnon de soirée, chic mais pas clinquant, luxueux mais pas tape-à-l'œil. Aro connaissait bien les lieux apparemment, il serrait des mains ici et là ou donnait des signes de tête. En attendant que notre invité arrive, il commanda une bouteille de champagne et nous commençâmes et regarder le menu, bien que je devinais qu'Aro le connaissait par cœur. J'étais en plein dilemme pour savoir si je préférais prendre le filet de turbot ou bien le médaillon de veau quand Aro s'exclama d'un Ah !. Je levai immédiatement la tête. Ah en effet. Non, un putain fait chier était davantage approprié. Je tenais toujours mon menu, mon regard dépassait à peine mais c'était suffisant pour qu'il s'arrête net et me reconnaisse. Au diable mon choix de plat, je n'avais plus faim du tout et refermai le menu. Comme si c'était le signal pour lui, il reprit son chemin et franchit les derniers pas jusqu'à notre table.

« Edward mon cher ! » Aro se leva et serra sa main, puis l'invita à s'asseoir en face de moi. Edward s'exécuta et me faisant un signe de tête pour me saluer ne trahissant pas le fait qu'on se connaissait. Il fallait que je me fasse à l'idée, ma vie ressemblerait à ça dorénavant, croiser sans cesse Edward dans des endroits complètement aléatoires encore et encore et subir son regard froid et fuyant. Les yeux d'Aro faisaient l'aller-retour entre nous. « Oh, oh ! Quelque chose me dit que ce n'est pas la première fois que vous vous rencontrez tous les deux ! ». Il se retenait à peine plus qu'un enfant de cinq ans découvrant les cadeaux au pied du sapin un jour de Noël. De toute évidence, c'était impossible de cacher le fait qu'on se connaisse, nos réactions devaient parler pour elles mêmes.

« En effet, nous nous sommes déjà croisés à plusieurs reprises » dis-je avec un sourire forcé avant de boire une grosse gorgée de champagne.

« Le monde est petit ». Edward passa sa main gauche dans ses cheveux et ce fut plus fort que moi, je remarquai qu'il ne portait pas d'alliance. Stupide Bella, stupide pestai-je. Je me détestais d'avoir ce genre de réaction, de ne pas pouvoir m'empêcher de le trouver attirant et repenser aux moment qu'on avait partagé alors qu'il ne manifestait que de la gêne et de la colère froide envers moi. J'avais l'impression d'être une addicte qui n'arrivait pas à décrocher. « Bella est la voisine de ma sœur et mon frère ». Aro n'était pas fou, c'était même quelqu'un de très perspicace et intelligent et il était évident qu'on ne lui disait pas tout, mais il ne força pas le sujet.

« Alors Edward, votre contrat est prêt depuis un moment, il n'attend plus que vous pour être signé ». Le serveur vint prendre notre commande, et je laissai Aro choisir pour moi, de toute façon j'avais l'estomac dans les talons, manger était le cadet de mes soucis.

« Allons, allons Aro. Je sais que vous bien placé pour tout savoir dans ce domaine, et savez que Random House m'a proposé de revoir mon contrat à la hausse. Pourquoi viendrai-je chez Volturi ? Ce n'est pas vous qui avait répondu en premier lorsque j'ai envoyé mon premier manuscrit »

« Ah et je m'en mords encore les doigts! ». Aro était quelqu'un de très expressif, le genre de personne qui vous brossait dans le sens du poil quand il avait besoin de quelque chose et y mettant beaucoup d'emphase. Mais c'était aussi la personne qui pouvait vous tourner le dos avec panache. Il fallait faire attention de ne pas tomber dans son jeu. A sa réponse, Edward hocha la tête de droite à gauche avec un sourire en coin qui me fit fondre. Je retrouvais enfin des flashs de l'homme que j'avais rencontré la première fois. « Isabella, faites lui entendre raison pour l'amour du ciel ! Ce garçon passe à coté du contrat du siècle, le contrat qui fera de lui un homme riche ! »

« Et vous aussi j'imagine» ajoutai-je en dépliant ma serviette sur mes genoux quand je vis le serveur arriver avec nos plats. J'offris mon plus beau sourire à notre hôte.

« Oh Isabella… », il fit mine d'être peiné en plaquant ses mains contre son cœur. « Vous n'avez pas idée ». Il éclata de rire et alors que j'attrapai mes couverts, mes yeux rencontrèrent ceux d'Edward. Je fus surprise de le voir sourire, quand il s'aperçut que je l'avais vu, il détourna soudainement le regard et racla sa gorge.

En bonnes personnes civilisées, nous échangeâmes cordialement tout au long du repas mais rarement directement l'un à l'autre. Je répondais à Aro ou celui-ci posait des questions à Edward. De temps en temps, je voyais Aro faire des allers retours entre nous, des questions dans les yeux.

« Edward, j'espère que vous serez présent au gala ». Aro essuya le coin de ses lèvres avec sa serviette.

« Compte tenu que vous m'avez remis l'invitation en main propre et attendu que je remplisse le carton de retour devant vous, vous savez très bien que je serai là ». Edward n'avait pas l'air emballé à la perspective. Aro sorti son téléphone de la poche intérieure de sa veste et le consulta en faisant une grimace. Il se leva et reboutonna sa veste.

« Jeunes gens, je suis malheureusement au regret de vous abandonnez ici. J'ai une urgence qu'il faut que je gère. Mais je vous en prie, continuez de profiter, vous semblez avoir des choses à vous dire, le repas est évidemment pour moi. ». Nous le regardâmes s'éloigner jusqu'à ce qu'il disparut, incapables de faire autre chose. Je crois qu'aucun de nous n'avait prévu de se retrouver en tête à tête et cherchait à gagner du temps. Edward se frotta le visage et je refis mon chignon nerveusement pour m'occuper, en calant mon épingle entre mes lèvres. Quand je n'eus plus aucune excuse et que l'homme en face de moi semblait toujours là, je m'obligeai à lever les yeux pour l'affronter. Edward était figé, le regard fixé sur moi, complètement absorbé dans sa contemplation. A l'insu de mon plein gré, mon cœur s'était emballé et ma respiration accentuée. Mon cerveau intimait mon corps de se calmer mais celui-ci n'était pas d'accord.

« Tu viens souvent à New York ? » demanda-t-il finalement. Son ton était détaché mais la façon qu'il avait de réduire en poudre une miette de pain égarée sur la table, semblait le contredire. J'avais vu plus tôt qu'il avait deux doigts attachés ensemble avec du sparadrap et ses jointures étaient rouges.

« ça m'arrive. » répondis-je après un petit moment. Je me rendis compte que je ne pouvais pas faire ça, ce qu'il y avait pu y avoir entre nous n'était plus possible et rester faire la conversation avec lui alors que ma libido ne comprenait pas, c'était au-dessus de mes forces. Je commençai à rassembler mes affaires. « Ecoute, si ça peut te rassurer, je ferai en sorte de ne pas être sur le même vol que toi, ou de me trouver dans une galère avec toi, ou … je ne sais quoi » ajoutai-je nerveusement en me levant. « A la prochaine». Je me faufilai entre les tables et rejoignis la sortie du restaurant, quand j'arrivai sur le trottoir je me rappelai que j'étais arrivée avec Aro et qu'il allait falloir que je prenne un taxi. J'allais héler une voiture jaune quand on tira vivement mon bras en arrière, m'obligeant à faire un demi-tour. Les yeux d'Edward lançaient des éclairs dans ma direction et son souffle saccadé m'indiqua qu'il avait couru pour me rattraper.

« ça va être ça maintenant ? » grommela-t-il. Il était sérieux là ? Il était entrain de m'accuser ? Moi ?

« Je te demande pardon ?! » demandai-je incrédule.

« Tu vas déverser ta colère sur moi et me faire payer ? »

« Tu plaisantes j'espère ? ». J'étais sidérée par ce retournement de situation, je m'approchai de lui. Ses pupilles étaient dilatées à l'extrême, sa respiration à peine contrôlée. « Le plus en colère ici, c'est toi. Et je n'ai rien fait pour mériter la tienne à ce que je sache, car dans l'histoire je suis devenue la méchante, la potentielle briseuse de ménage ». Il fit aussi un pas vers moi, envahissant dans mon espace personnel, son regard encore plus intense. La rage commençait aussi à monter en moi et je me redressai comme un piquet, prête à lui tenir tête.

« Oh oui. Pauvre Bella. J'ai pourtant cru comprendre que toi aussi tu n'étais pas célibataire à l'époque ». Il voulait aller sur ce terrain là ? Vraiment ?

« Peut être mais je ne me suis pas mariée, et j'ai cru comprendre, moi aussi, que tu étais en couple bien avant qu'on se rencontre. » dis-je entre mes dents. Il restait me regarder, sa poitrine se soulevant rapidement. « Alors ?! » relançai-je en voyant qu'il ne répondait pas. Il me dominait presque d'une tête malgré mes talons, je devais lever le menton pour le regarder. Sa paupière droite eut un spasme, comme un tic.

« Je ne le nie pas » murmura-t-il après quelques secondes, son regard toujours dans le miens. J'avais beau déjà connaître sa réponse, l'entendre dire me tordit les entrailles et ma gorge se serra involontairement. Il ferma les yeux et les rouvrit après une grande inspiration. « Mon mariage ne ressemble pas à ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfant dans la belle maison qu'ils ont acheté ».

« Oh excuse moi, tu t'es marié contre ton gré ? ». Il secoua la tête lentement, se contenant. « Ce n'est pas à moi de juger Edward, seulement que c'est un fait. Alors ta colère, tu la gardes pour toi avec tes responsabilités » dis-je en frappant son sternum avec mon index. « Et quoique tu penses de moi, je ne veux pas être la briseuse de couple. Ton secret sera bien gardé, pas d'inquiétude ». J'aurais du tourner les talons après ça, mais mes pieds semblaient ancrés au sol, comme pour retenir mon corps tremblant de fureur de s'écrouler. Sa tête pencha un peu plus vers moi et je vis ses yeux faire l'aller-retour entre les miens et mes lèvres, plusieurs fois d'affilée. Ils entrouvrit sa bouche quelques fractions de secondes puis la referma avant de déglutir. Complètement immobile, le souffle aussi court que lui, j'attendais, subjuguée, intoxiquée par l'adrénaline qui courrait dans mes veines. Après ce qui me sembla une éternité, comme s'il sortait d'une transe, il secoua légèrement la tête et se redressa. Il fit un pas en arrière, puis un autre.

« Pardon pour la gêne occasionnée, Isabella ». Et comme ça, il fit demi-tour et tourna à l'angle de la rue. Bouleversée par ce qu'il venait de ce passer, je me pliai en avant, me rattrapant en plaquant mes mains sur mes genoux. Je n'avais jamais eu un échange aussi intense de ma vie. Après quelques instants je me repris et donnai un coup d'œil autour de moi me rappelant que tout ça venait de se passer sur un trottoir en plein Manhattan, je n'avais même pas réalisé qu'il y avait du monde dans la rue.

Je ne savais pas trop comment j'avais réussi à rentrer à l'hôtel, le pilote automatique avait pris le dessus surement. Rosalie était rentrée en milieu d'après-midi le lendemain, quand elle s'était aperçue que j'étais un peu à coté de la plaque, je lui avais dit que je pensais avoir attrapé un virus qui me rendait un peu nauséeuse. Si la cause était un mensonge, le résultat lui, était vrai. Je n'avais quasiment pas dormi de la nuit après les évènements de la veille, ressassant sans cesse dans ma tête. Cet homme avait le don de me retourner le cerveau, le mettre en feu… mais aussi mon corps. Cette tension m'avait complètement émoustillée, l'avoir si près de moi, ce regard brulant… s'il n'avait pas été si en colère, j'aurais pensé qu'il était aussi excité que moi. Et c'était pour ça que je m'en voulais, j'imaginais des choses. Et si c'était une qualité d'avoir de l'imagination, dans mon cas c'était une torture, car je devais rester dans la réalité. Et la réalité était bien simple : Edward s'est envoyé en l'air avec une inconnue, trompant sa future femme au passage, juste pour le sexe, point barre. On était pas dans un roman à l'eau de rose, alors deux options s'offrait à moi : choix numéro un, je continuais de vivre sur Edwardland, le monde alternatif virtuel qui me laissait croire qu'Edward ressentait à mon égard quelque chose, juste pour mon égo, ou choix numéro deux, je m'accrochais à la réalité, un monde dans lequel Edward n'avait que faire de moi et il fallait que je passe à autre chose. Le choix un était super tentant mais pas terrible pour ma santé mentale, donc va pour le choix numéro deux.

J'avais été contente de revenir à Seattle, ce séjour new yorkais avait été éprouvant, pas seulement à cause d'Edward, mais également pour tout ce qu'on avait du traiter avec Rosalie, Volturi, chercher un bureau pour notre antenne sur la coté est, travailler sur nos autres projets et gérer les problèmes (l'un n'allait jamais sans l'autre), bref nous n'avions pas chômé et un weekend entier de repos était un luxe que nous avions décidé de nous octroyer.

Quand nous arrivâmes à l'appartement, celui-ci était vide sans trop de surprise, Jasper avait des horaires un peu aléatoires. Rosalie posa ses affaires dans l'entrée et alla se jeter dans le canapé telle une dramaturge grecque.

« Je suis crevée » soupira-t-elle. Je refermai la porte derrière moi et alla la rejoindre.

« T'as réussi à dormir dans l'avion au moins ». C'était aussi pour ça qu'elle arrivait à gérer les fréquents décalages horaires, Rosalie était une championne de la sieste flash, comme les navigateurs qui faisaient des tours du monde en solitaire, elle arrivait à dormir n'importe où, dans n'importe qu'elle position et même trois minutes suffisait à la requinquer pour trois heures. J'avais toujours été admirative.

« Je te parle de fatigue nerveuse »

« Hum », mes paupières commençaient à devenir lourde, je regardais ma montre : 19h45, mais 22h45 à New York. Pas encore l'heure d'aller au lit ici, quel dommage. La porte de l'appartement s'ouvrit et Jasper entra avec Alice.

« …Si si je t'assure ! » lui disait-il. « Ah vous êtes là ? »

« Cache ta joie » répondit Rosalie avec lassitude, son bras flanqué sur son front.

« On allait boire un coup au pub, vous voulez venir ? »

« Je passe mon tour » dis-je en faisant un geste de la main.

« Non merci, je vais me prendre une bonne douche chaude » dit Rose en se levant.

« Ok, on se fera un truc demain soir si vous voulez. Emmett sera là »

« C'est ça, c'est ça… » répondit mon amie depuis le bout du couloir.

« Amusez-vous bien » dis-je en me levant à mon tour. Jasper attrapa sa veste, son portefeuille et ressortit avec Alice. Je me dirigeais vers ma chambre quand j'entendis Rosalie crier quelque chose depuis douche. Je poussai la porte de la salle de bain et lui fit répéter.

« Je dis : est-ce que tu crois qu'ils couchent ensemble ? ». Je pénétrai à l'intérieur, la buée envahissait la pièce et je m'adossai contre le meuble de l'évier tandis que Rose finissait sa douche derrière la vitre translucide. Je réfléchis quelques secondes puis haussai les épaules même si mon amie ne me voyait pas.

« J'en sais rien ». Rosalie ouvrit la porte et sortit sans aucune gêne, d'ailleurs je ne l'étais pas non plus. Il y a longtemps que j'étais habituée à voir ma meilleure amie dénudée. Elle attrapa une serviette et l'enroula autour d'elle puis en pris une autre pour sécher ses cheveux.

« Il est temps qu'il s'établisse, il ne s'est jamais mis en couple après toi ». Je hochai la tête, elle avait raison, Jasper méritait de trouver le bonheur conjugal. Rosalie entreprit de s'enduire son corps parfait avec un baume.

« Et toi ? » demandai-je avec un sourire en coin. Elle eut un petit rire dédaigneux.

« Moi c'est différent, c'est impossible pour moi de faire confiance à un homme à part mon frère, et crois-le ou non, j'ai pas l'intention de me le taper ». Je souris.

« As-tu déjà essayé au moins ? ». Une fois qu'elle eut fini, elle se brossa les cheveux et me regarda dans le miroir.

« Oui et ça a fini en tournante »

« Rose… ». Je fermai les yeux et fis une grimace. Autant elle avait attendu des années pour me parler de ce qui lui était arrivé, autant maintenant, elle y faisait régulièrement allusion.

« Je sais ce que tu voulais dire Bella ». Elle sortit sa trousse de maquillage et fouilla dedans. « Non, j'ai jamais essayé d'avoir une relation approfondie, c'est…impensable pour moi ». Elle sortit son fond de teint et commença à l'appliquer. « Parfois j'aimerais…mais j'y arrive pas. Aucun homme me fait tourner la tête comme on peut voir dans les films, tu vois ? ». Elle déboucha son eye-liner et resta avec son pinceau en l'air, pensive. « Je me demande ce que ça fait de penser à un homme constamment, d'avoir le rythme cardiaque qui s'accélère à chaque fois tu le vois, de bruler de désir pour lui, ou de manquer d'air quand tu le quittes ne serait-ce qu'une seconde… ». Elle secoua la tête comme pour chasser cette pensée ridicule et s'attela à faire son trait. Je restai silencieuse car à cet instant, je ne pouvais pas m'empêcher de penser à Edward. Pas Jasper, ni Jacob. Edward. Un type avec qui j'avais couché deux fois. C'était plus fort que moi, ça ne tournait pas rond chez moi. « ça va Bella ? ». Je hochai rapidement la tête et me reconcentrai sur mon amie.

« Tu fais quoi là au fait ? » m'enquis-je.

« Je me maquille »

« Ah ok, je croyais que tu étais entrain de faire la vaisselle », je levai les yeux au ciel. « Sans blague, tu sors ? Tu disais que tu étais crevée »

« On a pas dit qu'on se faisait livrer une pizza ? Franchement si c'est encore le petit jeune de la dernière fois, je ne vais pas le laisser repartir intact cette fois-ci ».

« T'es pas croyable… »

Edward était là. Encore. Je savais que c'était inévitable maintenant, mais je ne m'y faisais toujours pas. Il était seul, venu pour faire quelques travaux dans la salle de bain. Je le savais car nous avions croisés Alice qui allait le chercher à l'aéroport ce matin. Avant ça, nous avions convenu de se retrouver sur le toit ce soir, quand il faisait beau et que les soirées d'été étaient douces comme aujourd'hui, nous adorions faire un barbecue et parler jusqu'à pas d'heure sur nos transats. Jasper avait naturellement proposés à nos voisins de nous rejoindre.

J'étais dans la cuisine à contempler le concombre qui se trouvait devant moi, un couteau dans la main, quand Rosalie claqua la porte du frigo, me faisant sursauter. Je ne l'avais même pas vu passer à coté.

« Ne l'écoute pas » dit-elle en ouvrant une canette de coca zero.

« Quoi ? »

« Le concombre, ne l'écoute pas », elle attrapa le journal sur le comptoir et commença à chercher sa page préférée, celle où la bande dessinée humoristique se trouvait. « Ils essayent toujours de te persuader de les épargner, mais on sait bien que si on les laisse, ce sera le chaos sur terre ». Je levais les yeux au ciel et commença à débiter en bâtonnets le légume.

« J'étais dans mes pensées » me justifiai-je sans raison. Je ne lui avais pas dit que j'avais croisé Edward à New York, ni dans quelles circonstances, ni de quelle manière. Je partageais tout avec elle, du moins jusqu'à maintenant, mais je ne pouvais pas me résoudre à lui dire que mon inconnu était Edward. Pour les raisons évidentes, il était marié, mais aussi parce que même si j'adorais Rosalie, elle pouvait être un peu brut de décoffrage et impulsive, deux choses dont je n'avais pas besoin dans ma situation. Plus tard. Je lui dirais plus tard. Elle leva les yeux vers moi et me regarda avec doute avant de se replonger dans son journal. Tout à coup, elle éclata de rire.

« J'adore » dit-elle en refermant le journal. « Bon tout est prêt ? ». Je regardais la table, la salade de pommes de terre était prête, celle de tomates aussi, les petits pains, les sauces, les chips, le crumble de pommes, tout était là. Les voisins s'occupaient de la viandes et des boissons.

« Oui c'est bon. Et toi ? Tu y vas comme ça ? », je la regardai avec scepticisme, Rosalie était en t-shirt, short en jean, elle portait des tongs, et ses cheveux ramassés grossièrement dans un chignon sur sa tête, et surtout, elle n'était pas maquillée. Attention, Rose était une très belle femme et n'en n'avait jamais réellement eu besoin, mais, je ne l'avais jamais vu sortir à l'extérieur sans. Ja-mais.

« Quoi ? On va juste sur le toit faire un barbecue, non ? ». Elle haussa les épaules et piqua une tomate cerise.

« Rose, tu t'es apprêtée pour le livreur de pizza hier soir ! » Je la regardai comme si elle pensait que la terre était plate.

« Et bien pour une fois, j'ai pas envie, ce ne sont que les voisins et on sort pas du bâtiment à ce que je sache ». Elle attrapa les Tupperware et saladiers et sans un regard, sortit de l'appartement. Je restai quelques secondes regarder la porte, encore surprise par sa réaction. Ça ne lui ressemblait pas du tout. Finalement je secouai la tête et pris le reste des plats et la suivit.

Jasper était déjà là-haut, préparant le barbecue quand j'arrivai. Nous avions à peine fini notre installation que la porte menant au toit s'ouvrit à nouveau. Alice portait tant bien que mal une glacière bien trop lourde pour elle.

« Je t'avais dit que j'y arriverais patate » dit-elle le souffle coupé derrière elle. « Salut les voisins ! » ajouta-t-elle avec un grand sourire en levant les bras en l'air alors qu'elle était à moins de trois mètres de nous. Je me retins de pouffer de rire et la saluai en retour. Emmett apparu derrière elle, lui portait plusieurs pack de bières, il salua Jasper avec un check et j'aperçus un éclair de surprise quand ses yeux se posèrent brièvement sur Rosalie, mais son regard se durcit immédiatement quand cette dernière leva un sourcil.

« Rosalie »

« Emmett »

Ces deux là pouvait être cordiaux finalement.

« Merde alors, ils ont pas inventé des tongs à talons aiguille ? »

Peut être pas.

« Surement, mais pas sûre que ça aille avec ce que tu portes. En revanche je peux te prêter mon rouge à lèvres si c'est ton truc ce genre de choses » répondit Rosalie.

Cause perdue apparemment.

Les paupières d'Emmett s'ouvrirent davantage sous la sidération et je compris qu'il fallait que j'intervienne si on ne voulait pas assister à une scène de meurtre ce soir. D'ailleurs d'où venait cette animosité entre eux ? Je n'avais jamais vu Rose aussi agressive verbalement envers un homme, une femme…oui. Mais pas un homme. Pas sure qu'elle était déjà tombée sur un mec qui ne réagissait pas à ses charmes et encore moins qui la provoquait avec hostilité. Je connaissais pas assez Emmett pour savoir quel était son problème, il allait falloir que je discute de ça avec Alice. Je jetai un regard vers la porte m'attendant à voir Edward arriver, mais toujours rien ne suivait.

« Edward ne vient pas ? » interrogea Jasper. J'étais contente de ne pas être celle qui posa la question, comme si j'avais peur qu'on s'aperçoive de mon espèce d'obsession pour lui.

« Non désolé…euh il a besoin d'aller faire une course pour les travaux » dit Emmett en se frottant la nuque en évitant notre regard.

« A cette heure là ? ». Rosalie avait croisé les bras en disant cela.

« Oui on est aux usa, pays de la liberté où on peut se faire construire une maison dans la nuit si on veut ». La gêne qu'il avait eu juste auparavant venait de voler dans les airs.

« Edward ne voulait pas venir, on s'est pris la tête avec lui à cause de ça juste avant d'arriver ». Emmett leva les yeux au ciel avec lassitude.

« Alice…ils ont pas besoin de savoir ça ».

« Je ne sais pas mentir que veux-tu, ça me met mal à l'aise. », toute décontractée, elle vidait tranquillement la glacière et ajouta à notre attention « en revanche il a réellement dit qu'il allait faire une course »

« Voilà pourquoi je t'expliquais qu'il faut tenir ta langue parfois, c'est exactement dans ces situations là, tu les embarrasses». Moi, mal à l'aise ? Un peu. Soulagée de pas le voir arriver ? Tout à fait. Déçue aussi ? Etonnamment oui. Bizarre.

« Non ils auraient été mal à l'aise si je leur avais dit qu'il s'est engueulé avec Tanya au téléphone avant. Ça, c'est trop d'information qui peut les mettre mal à l'aise », elle pointait son frère avec une saucisse pour accentuer ses dires.

« Bien, bien. C'est pas grave » intervint Jasper avec un grand sourire. Ça le faisait marrer, il avait l'air d'être déjà habitué, Rosalie elle, n'écoutait pas, elle s'était installée sur le transat et sirotait déjà une bière. Quant à moi, je n'arrivais pas à me détendre, comme disait Alice, c'était trop d'informations pour moi. Le fait qu'Edward s'était accroché avec sa femme ne me regardait pas et devait être le cadet de mes soucis. Et pourtant, mon estomac était tout retourné, ce n'était vraiment pas plus mal qu'il ne voulait pas venir. Je pris une grande inspiration et décidai que j'allais passer une bonne soirée, aussi je me servis une bière et m'assis dans une chaise longue comme Rosalie.

Même si Alice avait une personnalité qui sortait des sentiers battus et qu'Emmett la reprenait souvent, on voyait bien que les deux s'adoraient et si on ne savait pas qu'ils étaient frère et sœurs, même adoptifs, on les prenait volontiers pour un vieux couple.

« Pas trop dur la cohabitation ? » demandai-je.

« Non, on a vécu plus longtemps ensemble que séparés. On partageait déjà un appart à Los Angeles avant que je déménage à Seattle, elle ne peut pas se passer de moi » se défendit Emmett avec sourire. Rosalie eut un petit rire dédaigneux et Emmett leva les yeux vers elle. « Oui Rosalie ? »

« Je doute qu'on ne puisse pas se passer de toi ». Emmett la regarda quelques secondes comme s'il cherchait la meilleure réplique à faire mais au lieu de ça, il tourna la tête vers sa sœur. Et comme s'ils avaient une conversation silencieuse, il acquiesça.

« Ok » soupira-t-il « j'imagine qu'on doit avoir cette conversation un jour ou l'autre si on continue de se fréquenter. Je vous préviens tout de suite, ça va plomber l'ambiance, qui ma foi était forte agréable avant que madame Hale ici présente n'intervienne. Alice, à toi l'honneur ». Rosalie se tassa dans sa chaise soudainement, se sentant fautive de quelque chose dont elle n'avait aucune idée. Alice se racla la gorge et Emmett vrilla son regard incendiaire sur Rosalie

« Bon ok. Le truc c'est que si on a pas plein d'amis, c'est parce qu'on est très fusionnels tous les trois, mais c'est dû à notre histoire personnelle, et bon, je pense que si on veut s'ouvrir aux autres il faut qu'on partage pourquoi c'est ainsi. On vous aime bien, et comme vous êtes nos voisins, on- »

« Alice » la reprit son frère. Je n'avais encore jamais vu Alice tourner autour du pot, ça en disait long.

« Oui, oui ok. Bon, tout a commencé quand on a perdu nos parents respectifs ». Elle se redressa sur sa chaise et prit une grande inspiration avant de poursuivre.