Résumé des chapitres précédents :
*Akira et son collègue sont au Gala organisé par le groupe Karasuma. Officiellement, il sert de ventes aux enchères pour la fondation éponyme, une œuvre de bienfaisance. En réalité, il s'agit d'une réunion des plus grands détenteurs de capital de la planète qui veulent négocier les futures parts du groupe et en même temps avoir peut-être la chance de bénéficier des bienfaits d'un traitement secret révolutionnaires permettant de prolonger la vie, ou de rajeunir. Les deux policiers croisent beaucoup de monde, et sont à la recherche de Gin, l'assassin de leur collègue Miahoma, et la clé de voute de la branche clandestine du groupe Karasuma chargé de superviser le développement de ce traitement révolutionnaire via des méthodes peu reluisantes. Au cours du diner, Akira est prise de panique quand son collègue lui glisse qu'il a déniché trois suspects. Pour le démasquer ils n'ont qu'un seul indice : l'homme porte sur le bras un tatouage de serpent qui se mord la queue : un Ouroburos.
*À une autre époque, Yuki Katsuro est un jeune homme qui a été engagé par feu Hiata pour mettre au jour les malfaçons du groupe Karasuma. À la suite de diverses techniques, il parvient à mettre la main sur les dossiers confidentiels, et tente de les copier sur une clé en arrivant tôt le matin au bureau. Le fichier étant lourd, cela prend du temps et malheureusement, la porte du local s'ouvre au plus mauvais moment.
Leurs regards se croisèrent. Il se pencha près d'elle pour lui chuchoter dans l'oreille.
— J'ai trois suspects.
Il avait attrapé le poignet d'Akira sous la table. Son pouls était élevé.
— Reste calme.
Elle termina son repas dans l'ignorance de l'identité des trois suspects. Ce pouvait être n'import qui. Gin était peut-être à leur table. Peut-être les avait-il même démasqués. Elle ne le savait pas. C'était avec la gorge serrée qu'elle avalait chaque bouchée en essayant de ne pas dévisager tout le monde.
Les tables avaient été débarrassées, et les invités s'était de nouveaux regroupés pour discuter et se dégourdir les jambes. Les deux enquêteurs, eux, avaient décidé de s'éclipser. Ils s'étaient de nouveaux rendus aux ascenseurs pour grimper encore plus haut. La cabine les déposa au dernier étage, auquel on pouvait trouver une porte débouchant sur des escaliers en acier peint en jaune et en colimaçon permettant de rejoindre le toit. C'était comme une place de forme carrée, une simple rambarde en faisait le tour, et avec en son centre une antenne massive et immense vu de son pied.
Le bruit de la ville se faisait distant, et l'air chaud de l'été était apaisé à cette altitude.
— C'est beau… Les lumières de la ville, je veux dire.
— Ouais, c'est pas mal, j'avoue, répondit-il, contemplatif, comme elle.
— Alors… C'est qui ?
Il allait lui répondre, mais se ravisa.
— Tu sais, on peut encore arrêter.
— Quoi ? Maintenant ? Tu déconnes ? Après tout ce qu'on a fait ? Rappelle pourquoi on fait ça.
— Je sais plus trop en vrai…
— Ce n'est pas toi qui voulais être enfin reconnu comme un aussi bon enquêteur qui Miahoma? Faire ce que tu as toujours voulu faire ? C'est une occasion qui ne se représentera pas !
— Oui tu as raison, mais je ne sais pas si on aura le cran d'aller jusqu'au bout. Tu avais l'air paniquée tout à l'heure. Si on panique on est mort, tu sais ça ? Lui avait-il demandé en la prenant par les épaules, droit dans les yeux.
Elle ne répondit pas.
— Tu sais-ça ? Insista-t-il.
Akira détourna le regard. Il la relâcha. Des larmes coulaient sur ses joues.
— OUI, je le sais putain de merde ! Cria-t-elle..
Elle se rapprocha de lui et il la prit dans ses bras.
— Hey, ça va aller. On peut arrêter. On y retourne, et à la fin on s'en va comme si de rien était. Je ne veux pas te forcer.
— Non, fais moi confiance. Je peux aller jusqu'au bout.
— Tu es certaine de le vouloir ? À cent pour cent ?
— Oui, arrête de me faire chier, répondit-elle, en essuyant ses larmes.
Il prit la main d'Akira.
— Ferme les yeux. Tu es sur une plage. Tu la vois ?
— Oui.
— Très bien. Concentre-toi sur le bruit des vagues. Respire. Encore. Maintenant imagine que tu sens le sable chaud couler dans tes mains. Inspire à fond. Retiens. Expire.
Son pouls était retombé à quatre-vingt-dix.
Toujours très proches, ils partagèrent un dernier baisé devant les lumières de la ville, seuls sur le toit.
Ce fut un moment trop court. Ils ne pouvaient déjà plus que jeter un dernier regard à la ville avant de s'en détourner. C'était déjà le moment de devoir replonger.
Akira sentait son ventre se décomposer. C'était un sentiment étrange qu'elle ressentait comme un mauvais présage. Elle avait peur que l'Organisation ne les poursuive. Elle avait peur de se faire tuer. Elle se sentait prise au piège. Mais pour réussir sa mission, elle savait qu'elle devait mettre ses peurs de côté.
Les portes de l'ascenseur se refermèrent sur le jeune couple. Il appuya sur le bouton de l'étage du Gala, et la cabine les fit redescendre.
— Tu ne m'a toujours pas dit qui sont les trois suspects.
— C'est vrai. Je les ai repérés par le fait que se sont les seuls à boire du Gin.
— C'est débile.
— Peut-être pas tant que ça. Mon instinct me dit que c'est ça. Et puis si je me trompe ce n'est pas si grave.
— Mais c'est qui, physiquement ? J'ai besoin de savoir.
— L'un d'eux était à notre table. Le deuxième était à la table droite.
— Celle avec la fille qui riait bizarrement ? L'homme avec un foulard blanc dans la poche ?
— Ouais. Le troisième était plus loin, à la table près de l'orchestre.
— Il ressemblait à quoi, lui ?
— La trentaine, les yeux assez acérés, et les cheveux assez long pour un homme.
— Je crois que je vois de qui tu parles. Il ne reste plus qu'à chercher si l'un d'eux possède le tatouage… Et si on tombe dessus, on fait quoi ?
Il se rendit compte qu'il n'avait jamais réfléchi à cette question pourtant capitale. Le temps était passé trop vite.
— Je ne sais pas. Rien de stupide. Si c'est toi, tu viens me voir discrètement, et ensuite c'est moi qui irai chercher à savoir son nom. Ça sera plus discret. Si c'est moi qui le trouve, on fait l'inverse. On pourra ensuite l'interpeler à son retour au Japon.
— Et nous dans tout ça ?
— Ils ne se douterons de rien. Ici, on n'est pas différents du reste des invités. Et ils ne connaissent pas notre véritable identité. Sur les cent quarante-cinq millions d'habitant du Japon, ça serait quand même une tuile qu'ils arrivent à remettre la main sur nous…
— Ouais. J'imagine.
— Tu te sens prête ?
— Je le suis.
Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent. Le duo se dirigea de nouveau vers l'intérieur des festivités. L'orchestre jouait toujours de sa musique, et les invités n'avaient pas cessés leur discussion. Ils s'apprêtaient à rejoindre les autres quand une femme les croisa dans la direction inverse.
Sa démarche était comme une fuite vers l'avant, et presque pressée, elle ne put éviter les deux policiers, les heurtant presque.
— Vous allez bien ?
La femme parut défaillir, et il l'aida à se maintenir. Ses cheveux glissèrent sur le côté de son visage, laissant apparaitre son identité.
— Madame Vineyard, qu'est-ce qu'il vous arrive ? Demanda Akira.
— J-Je ne me sens pas bien…
— Akira, emmène-là dans les sanitaires.
— Ok, suivez-moi.
Elle passa son bras autour du cou de la jeune policière et clampina jusqu'aux toilettes des dames.
Sharon Vineyard se passa de l'eau sur le visage, puis resta penchée au-dessus du lavabo, portée par ses deux bras ancrés de chaque côté de la vasque. Elle resta là, quelques secondes, espérant que la douleur passerait, mais il n'en fut rien.
— V-Votre bras !
— Quoi, mon br…Oh putain de merde…Grommela-t-elle.
Son bras gauche semblait avoir pris un méchant coup de soleil, et revêtait la texture fripée qu'ont les doigts quand ils restent trop longtemps dans l'eau. Sa peau adoptait l'allure de celle d'une femme de plus de quatre-vingt-ans. La transformation se propageait du poignet, et remontait peu à peu le bras.
— Madame !
Helena Miyano venait de débarquer dans les toilettes. Elle se précipita sur Sharon Vinyard, dégaina une seringue et la planta dans l'épaule de la pauvre femme.
— Aidez-moi à l'allonger parterre, et allez protéger la porte, ordonna-t-elle à Akira qui s'exécuta sans rien dire.
— Qu'est-ce qu'il m'arrive ?
— Vous êtes en train de rejeter le traitement.
— Je croyait qu'il était au point ! Vous m'avez menti ! Vous m'avez menti !
— Serrez les dents et inspirez profondément.
— Pourquoi ?
— Je dois vous injecter le catalyseur.
La scientifique piqua la femme de sa seconde seringue, et cette dernière s'arcbouta instantanément en mordant sa douleur pour ne pas crier à gorge déployée.
— Quelqu'un arrive ! Alerta Akira
— Eh bien retenez-la ! Je n'en ai plus pour très longtemps.
— Mais vous vous trimbalez avec combien de putain seringues vous bordel ?
— C'est la dernière, promis.
— Ça à intérêt à être vrai ! C'est quoi cette fois-ci ? Demanda-t-elle en grinçant des dents.
— Des vitamines.
Helena Miyano poussa sur le piston, envoyant dans sa patiente un mélange de méthamphétamine et de cocaïne. Elle voyait dans l'encadrement de la porte Akira de dos faire des grands gestes pour retenir les envahisseurs.
— Aller, debout.
Elle aida Sharon Vineyard à se relever.
— Vous devriez tenir le reste de la soirée avec ce que je vous ai donné.
— J'espère que c'est la première et dernière fois qu'une telle chose se produit !
— Moi aussi.
— Le traitement était censé être au point je vous signale. Vous ne vous en tirerez pas comme ça !
— Vous connaissiez les risques.
Les deux femmes se dévisagèrent avec mépris.
— C'est bon, vous pouvez laisser passer.
Sharon alla retrouver Akira qui s'en allait.
— Merci pour ce que vous avez fait. Je compte sur votre discrétion.
— Vous pouvez.
Les deux femmes eurent un sourire amical l'une envers l'autre, puis se séparèrent. Akira savait très bien qui était Sharon, et Sharon savait qu'elle savait.
La femme de l'Organisation souhaitait entrer dans une nouvelle vie et espérait que le souvenir de sa forme précédente disparaisse peu à peu. Elle pourrait se lancer dans un vaste génocide, mais ce ne serait surement pas la meilleure des solutions pour éviter d'attirer l'attention. Et qui plus est, elle était loin d'avoir livré tous ses secrets.
Akira pénétra de nouveau dans la salle principale. Elle avait pour idée de retrouver son collègue qu'elle avait abandonné quelques minutes plus tôt et scannait la salle à sa recherche, mais ne le vit pas. Il avait disparu. Cela suffit à lui provoquer une bouffée d'angoisse.
Elle était toute seule.
Seule au milieu de tous ces gens.
Seule au milieu de tous ses ennemis.
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Quelqu'un poussait la porte. Le transfert n'était pourtant pas terminé et était encore bien loin de l'être. Le cerveau de Yuki tournait à plein régime. Il ne put compter le nombre d'idées qui traversèrent son esprit et furent rejetés aussitôt pendant que l'ouverture de la porte s'agrandissait.
Il ne savait pas quoi faire. Il dut se résoudre à l'idée de se faire attraper et de préparer l'après. Yuki tenta tout de même de se placer devant l'écran et de prendre un air innocent. L'intru pénétra dans la pièce.
C'était elle. Il ne savait pas s'il devait être content ou triste.
Elle sourit en le voyant.
— Bah 'lors t'es parti drôlement vite ce matin…
Elle l'embrassa sans attendre de réponse. Dans un sens, ça arrangeait bien sa victime.
— Tu fais quoi ici ?
— Oh, rien de spécial. Hier soir le chef m'a demandé d'imprimer des dossiers, mais j'ai galéré à les trouver…
— Ah ouais ? Tu veux un coup de main ?
— Non non non, ça va aller, j'ai presque terminé.
— Effectivement ! Je crois que le transfert sur la clé s'est fini. Lui fit-elle remarquer.
L'entreprise fournissait des clés USB à tous les nouveaux employés. Elles étaient noires avec le logo en blanc : Un simple « k » sans sérif, dans un rond.
La femme arracha la clé sans l'éjecter, et la tendit à Yuki.
— Il y a beaucoup de monde dans les bureaux à cette heure-ci ?
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La journée avait au final été très riche. L'aventure du matin avait mis tous ses sens en alerte et l'agitation ambiante avait finie de l'achever. Enfin rentré chez lui il pouvait profiter du calme pour donner un peu de repos et de répit à ses nerfs.
Yuki voulait cependant pouvoir aller se coucher l'esprit tranquille et il y avait encore un obstacle à cet objectif. Le jeune intriguant se laissa tomber dans sa chaise de bureau et remua la souris pour réanimer la machine. L'écran s'alluma et projeta sa lumière bleue dans le reste de la pièce.
Il attrapa sa clé et la connecta, non sans l'avoir retourné plusieurs fois. L'ordinateur émit un son mais à sa grande surprise, le système lui répondit par un message qui le contrit fortement.
FICHIERS SYSTEME CORROMPUS
FORMATER ?
OUI NON
Il débrancha puis rebrancha la clé avec le même résultat et ne put s'empêcher de laisser s'échapper un cri d'exaspération. Pourquoi ? C'était si improbable ! Certes sa copine n'avait pas pris soins d'éjecter le lecteur, mais il restait assez peu de chances pour que la clé lâche maintenant.
Au fond de lui il ne savait pas s'il aurait la force de recommencer. Il avait senti la situation lui glisser hors des mains une fois, et il se doutait qu'il n'aurait certainement pas autant de chances la fois d'après.
C'était trop bête ! Il devait y avoir un moyen. Yuki se prit la tête dans les mains et essaya de voir ce qu'il pouvait faire. Assurément, sa fatigue ne l'aidait pas. Il su cependant aller chercher au fond de sa cervelle un vieux souvenir de ses cours d'informatique. Son professeur avait posé cette question à la classe : « Où vont les fichiers que l'on supprime d'un ordinateur ? » La réponse avait surpris Yuki. Suffisamment pour qu'il daigne s'en souvenir en tous cas : Ils ne vont nulle part. Ils restent où ils sont. La notion de vide en informatique n'existe pas. Il n'y a que des 0 ou des 1. Quand on supprime un fichier, on autorise simplement l'ordinateur à écrire ce qu'il veut dans une parcelle de mémoire qui était jusqu'à présent utilisée pour autre chose.
Cela signifiait que dans sa clé, les données étaient toujours présentes, à un bit ou deux près (ce qui devait empêcher son bon fonctionnement) et comme il ne l'avait pas formatée, ces données étaient toujours là.
Il écuma donc les forums d'informatique, téléchargea un ou deux logiciels sur les conseils de ces inconnus, et il pu enfin récupérer ce qu'il était venu chercher. La récupération fonctionna à merveille et son logiciel magique lui indiqua la fin des travaux de récupération. Son regain d'espoir fut néanmoins douché sec quand il s'aperçut que la clé était vierge.
Yuki se demanda pourquoi le sort s'acharnait sur lui et en vint à maudire l'informatique. Une question s'imposa vite dans son esprit et le terrifia : Si la clé était vide, est-ce que c'était par ce qu'il avait simplement envoyé le dossier vers une autre location dans le réseau ? Si oui, c'était terrible car cela signifiait que l'entreprise se douterait que quelqu'un à tenté de les saboter et ils se mettraient à chercher cette personne.
Aussi fort qu'il le pût, il tenta de rembobiner l'histoire et de revoir le moment où il avait ordonné à la machine de transférer le dossier sur sa clé. Inconditionnellement, il était certain avoir procédé avec minutie. C'était impossible qu'il se soit trompé. Il devait pourtant y avoir une explication.
« Si j'ai bien transféré tous les dossiers sur ma clé et que la clé que j'ai ici est vide… Ça veut dire que je suis dans la merde »
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La barista prit deux gobelets et posa la fameuse question.
— Vous pouvez me donner vos noms s'il vous plait ?
— Masami et Tonami.
— Et voilà ! Bonne dégustation !
— Merci.
Le café était assez occupé, mais l'heure faisait qu'il commençait à se désemplir, tout comme le centre commercial dans lequel il se trouvait.
Masami rejoint l'autre femme avec qui elle avait rendez-vous. Cette dernière était déjà assise à la table. Tous les opposaient, du moins physiquement. Elle, était dans sa vingtaine, plutôt mignonne, malgré un visage assez inexpressif. Celle qui l'attendait devait avoir au moins le double de son âge. On pouvait clairement voir que la jeunesse avait quitté les traits de son visage, remplacé peu à peu par quelques rides. Elle restait néanmoins une belle femme, avec des yeux empreints d'une certaine nostalgie et aussi parfois d'une pointe de détermination. Masami voyait néanmoins en face d'elle quelqu'un d'usé, comme si une forme de flamme s'était éteinte il y a longtemps et qu'elle avançait désormais dans le noir et dans les souvenirs du passé.
— Salut Masami.
— Salut. Tiens, prends ton café tant qu'il est chaud.
— Alors, tu as quelque chose d'important à me dire ?
— Ouais, carrément ! Tu te souviens du gars dont je t'ai parlé ?
— Un certain Yuki Katsuro, c'est ça ?
— Oui. Je trouvais son comportement étrange, alors je me suis rapprochée de lui.
— Et tu as réussi à tomber amoureuse de lui, hein ? Si c'est pour me dire ça, ce n'était pas la peine qu'on se voit !
— Non, non, enfin… Bref… J'ai eu raison de m'intéresser à lui car il semblerait qu'il cherche les mêmes choses que nous.
— Comment ça ?
— Il trainait souvent là où les stagiaires n'ont rien à faire. Mais comme il a toujours des cafés, personne n'y porte attention.
— Par contre toi il a tiré ton attention…
— Oui. Comme tu m'a demandé d'être observatrice, c'est ce que j'ai fait. Et effectivement, j'ai eu raison car il est vraiment là pour trouver des informations.
— Mais pour qui il travaille ?
— Je ne sais pas. Mais peu importe…
— NON ! C'est important, car ça pourrait tout faire foirer s'il sert des intérêts divergents aux nôtres.
— Tatata… Avec ce que j'ai on a plus de problèmes !
— Mais qu'est-ce que t'as à la fin ? Montre-moi au lieu de tourner autour du pot !
— Attends, c'est compliqué. Je l'ai vu se rapprocher du chef pour essayer d'avoir un job à la fin de son stage. Jusque-là, normal. Mais comme je savait qu'il avait quelque chose derrière la tête, j'ai regardé ce qu'il voulait faire. Et Bingo ! La police a débarqué pile pendant qu'il était dans le bureau, et le chef est sortit voir ce qu'il se passait.
— Il a dépouillé le bureau du patron ?
— Bah c'est ce dont je me suis doutée, mais je ne pouvais rien faire. Et là, il s'est passé un truc. J'ai remarqué un nouveau réseau wifi. D'habitude, je n'y aurais pas prêté d'importance, mais là, en sachant ce qu'il se passait, j'ai creusé. Comme il n'a pas changé le nom par défaut, j'ai cherché le truc sur internet et j'ai remarqué que ça correspondait à un boitier enregistreur de clavier.
— Je connais ces trucs là… Une vraie saloperie. Il devait vouloir récupérer un mot de passe ou quelque chose comme ça.
— Oui, c'est ce qu'ils disaient sur internet. En tout cas le lendemain il est parti super tôt et…
— Attends, tu veux dire qu'il a dormi chez toi ?
— Bah ouais…
— Mais c'est dangereux ! S'exaspérait-elle.
— Mais non, il ne se doute de rien. Et je ne lui veux pas de mal. Et lui ne m'a jamais espionnée non plus. Bref ! Le lendemain il est parti super tôt, donc je l'ai laissé partir et je l'ai suivi de près. Il est arrivé au bureau un peu avant moi, et je l'ai retrouvé tout seul dans une salle à l'accès restreint. Une salle où les gens comme lui n'entrent jamais. C'est une des salles de photocopieurs, mais celle-ci possède des PC plus sensibles.
— Il devait faire des copies des fichiers informatiques à partir du compte du chef…
— Ouais, mais normalement tous les fichiers sensibles sont stockés sur un réseau protégé. Je ne sais pas comment il a eu le mot de passe… En tout cas il a réussi. Mais le truc, c'est que c'est moi qui ai débranché la clé USB, et je l'ai échangé avec la mienne.
— Attends, quoi ? C'était les mêmes clés ?
— Oui, c'était les clés de l'entreprise. Mais la mienne n'a jamais fonctionné correctement, et depuis elle traine dans mes affaires.
Masami sortit la clé et la posa sur la table.
— Voilà la bête. Là-dessus, il y a du lourd, crois-moi !
— Mais qu'est-ce que tu vas faire quand il va s'en rendre compte ?
— J'ai fait une copie sur une autre clé. Tu peux garder la copie. Je lui rendrais sa clé demain en lui disant que j'ai inversé sans faire exprès.
— QUOI ? Mais tu te rends compte de ce que tu as fait ?
— Grace à moi tu as ce que tu veux. J'espère que tu tiendras parole et que me donnera ce que tu m'as promis ! J'ai fait mon job !
— Mais dans quel état tu crois qu'il est, là ? Il risque de faire n'importe quoi sous l'impulsion du stress. Appelle-le. Maintenant !
— Mais …
— MAINTENANT !
La femme en face d'elle ne plaisantait plus. Masami compris qu'elle ne jouait plus. Jusqu'à présent elle avait pris la tache pour un jeu. On lui avait demandé de jouer les détectives en herbe au sein de sa propre entreprise, et cela l'avait beaucoup amusée. Elle avait en plus trouvé un garçon intéressant, assez mystérieux et qui en plus était au centre de cette enquête. Vivre dans une forme de mensonge avait quelque chose d'excitant mais elle avait négligé les conséquences de ses actes. Ce n'était pas un jeu. Loin de-là. Peut-être cette femme n'avait-elle pas assez insisté, pensant qu'elle mettrait plus de temps pour faire des progrès, mais tout avait été très vite. Trop vite.
C'était désormais de la peur qu'elle voyait dans les yeux de celle que se tenait sur le siège d'en face.
Sans le savoir, Masami venait de pousser le premier domino.
C'est avec un peu de retard que je livre ce chapitre, je m'en excuse. Si vous souhaitez être averti dès la sortie d'un nouveau chapitre pour ne rien manquer, n'hésitez pas à vous abonner. Si jusque là l'histoire vous plait ( ou non ), n'hésitez pas non plus à laisser un commentaire.
Merci d'ailleurs au Docteur Watson pour sa review du dernier chapitre.
Le prochain sortira avant la fin du mois, ou début mars.
