- Assez ! fit Tracey Davies en s'effondrant sur une chaise. Si je dois relancer encore une fois ce sort, je ne réponds plus de rien.

- Tu vas finir par y arriver, dit Harry en lui souriant. Tu dois juste être…

- Plus sèche dans mon geste, oui je sais, finit Tracey énervée.

Cela faisait deux heures que Harry était enfermé dans une salle de classe avec Tracey Davies. Bien que ce n'était pas ce qu'il avait prévu de faire cet après-midi, il était heureux d'avoir du changement. Depuis la partie d'échecs entre Ron et Daphnée, l'ambiance n'étais plus la même. Ron restait la plupart du temps assis, ne répondant ni à Harry ni à Hermione, et partait violement à la moindre mention du mot échecs. Nul ne savait ce qu'il avait, mais la tension montait de plus en plus, attendant d'exploser, d'un moment à l'autre. Les jumeaux faisaient tout pour essayer de remonter le moral de leur frère, même si c'était de manière maladroite. Ginny avait essayé de le brutaliser un peu, de façon à le faire réagir et lâcher ce qui lui pesait, mais rien. Cela n'aidait pas non plus que Pattenrond, le chat d'Hermione, faisait une fixation sur croûtard. La raison était inconnue, mais le fait était que le rat de Ron ne sortait plus ou très peu du dortoir de peur de croiser le chat.

Harry en avait eu assez et avait décidé d'enfin commencer à explorer le château en quête des secrets de sa mère. Il n'avait aucun plan, voulant laisser son instinct le guider. C'était ainsi, alors qu'il passait devant la bibliothèque, qu'il avait était intercepté par Tracey.

- Potter, avait-elle dit. Je veux mon cours particulier maintenant. Nous avons deux heures de trou commun. Donc, allons-y.

L'ordre avait été tel, qu'il l'avait suivie, instinctivement. C'est ainsi qu'il avait finit dans cette salle de classe vide, essayant tant bien que mal d'apprendre à Tracey comment lancer le sort Expelliarmus. La vérité était que le sort avait un mouvement très simple, mais il fallait être sec dans son geste, là ou elle ne l'était pas du tout.

- Dis-moi Potter, demanda-t-elle en levant les yeux vers lui. Dis-moi pourquoi il a fait ça ?

- Qui a fait quoi ? demanda Harry, confus par la question.

- Weasley! Qui d'autre ? Est-ce que tu sais dans l'état dans lequel est Daphné ? Non, évidement tu ne sais pas. Merde !

Sur ces mots, elle lança un sort sur un bureau posé dans le coin de la pièce, le réduisant en morceaux. Harry était abasourdi, il ne s'attendait pas du tout à cet éclat. Non, en vérité elle savait que le cours était plus une excuse pour parler de la situation qu'autre chose, mais il ne s'attendait pas à ce que cela commence ainsi.

- Quel gâchis, dit-elle dans un murmure.

- Tu sais, dit Harry en venant s'assoir sur une chaise en face d'elle. Si tu ne m'expliques pas, je ne peux pas t'aider. J'ai l'impression que tu as plus d'infos que moi sur le sujet, Ron est encore plus muet qu'une tombe.

- Le problème Potter, dit Tracey en fixant sa baguette. C'est qu'il y a tellement de chose à dire, à expliquer, et surtout tout un problème à comprendre. Et ce problème tu ne le connais pas et tu ne pourras pas le comprendre. Et c'est justement là qu'est tout le problème.

- Essaie, dit Harry en haussant les épaules. Je vais essayer de comprendre. Au moins de quoi résoudre le problème entre Daphné et Ron.

- D'accord, d'accord, souffla-t-elle. Laisse-moi réfléchir deux minutes pour trouver où commencer.

Le silence tomba et Tracey se leva, commençant à faire les cent pas dans la pièce. Harry ne la quitta pas des yeux, voyant Tracey aux prises avec ses pensées, le regardant de temps en temps. Après quelques minutes, elle s'appuya contre la fenêtre et regarda dehors, puis le regarda avec un sourire triste.

- Dis-moi Potter, aimes-tu Poudlard ?

La question étonna Harry, mais il connaissait la réponse à cette question. Poudlard était sa maison, l'unique endroit où il était libre. Poudlard et la magie l'avaient sorti et sauvé des Dursley. Oui il aimait Poudlard, même en comptant les aventures qu'il avait eues. Cependant, avant même qu'il ait pu répondre, elle reprit la parole.

- Moi, je hais Poudlard.

Ces quatre mots frappèrent Harry. Imaginer une personne haïr le château était impossible pour lui. Son choc devait être visible car elle gloussa. Pas de joie ou pour se moquer, mais de tristesse.

- Surpris ? Sache que c'est le cas de tous les Serpentard, ceux d'hier, d'aujourd'hui, mais aussi ceux de demain, si cela continue ainsi. Chacun d'entre nous hait Poudlard du plus profond de notre cœur.

- Mais… Mais, essaya Harry.

- Pourquoi, hein ? damanda-t-elle en le regardant dans les yeux. « Bienvenue à Poudlard, bienvenue dans la maison Serpentard. Serpentard représente la ruse, l'ambition et la fierté. Soyez unis, car parmi les quatre maisons de Poudlard, Serpentard est seule contre les trois autres. On se méfiera de vous, l'injustice sera votre compagnon de pensée à chaque moment, passé dans ces murs. Excellez dans votre art et ruse, ne montrez aucune faiblesse et montrez un front uni en toute circonstance. Si un problème survient entre vous, qu'il soit réglé entre ces quatre murs. Si vous sortez fort de vos années dans ce château, rien ne pourra vous arrêter, car vous aurez connu la joie, la tristesse, le doute, la crainte, la méfiance, la peur et l'impassibilité. Saignez de l'intérieur, ne montrez pas vos faiblesses, car vous êtes seul. »

Cette tirade, elle l'avait récitée comme une leçon, un mantra qu'elle connaissait et appliquait. Elle faisait frissonner Harry, et il se demanda qui pouvait dire cela à des élèves tout juste répartis. Ce n'était tout de même pas…

- Voilà le discours que vient nous faire le professeur Rogue le lendemain de notre arrivée, juste avant que l'on parte déjeuner. Pour autant, nous le savions tous. Nous sommes préparés depuis longtemps à ce moment. Nos parents nous préviennent, nous endurcissent, car ils ont vécu la même chose.

- Mais…

- Car Serpentard produit les méchants, continua Tracey, ignorant Harry. Cela ne date pas d'aujourd'hui. Tu-Sais-Qui, Phineas Black, Malefoy, Salazar lui-même. L'histoire retient ces noms et en font des têtes d'affiches. Godric Gryffondor, Albus Dumbledore, Harry Potter, ce sont ceux de Gryffondor et ainsi de suite pour Poufsouffle et Serdaigle. Mais Serpentard a le mauvais rôle, celui du méchant de l'histoire.

- Il faut dire qu'avec Rogue et Malefoy…

- Ah ! Et qui te dit qu'ils sont mauvais ? Oui, j'admets que le professeur Rogue te déteste particulièrement, mais tu ne vois que ce que tu veux voir, sans regarder le reste.

- Et qu'est ce que je dois voir ? demanda Harry.

- « L'injustice sera votre compagnon de pensée à chaque moment passé dans ces murs », récita Tracey. Des Quatre Maisons, Serpentard est celle à qui les professeurs donnent le moins de points. Certains sont neutres, comme notre professeur de Runes qui valorise chaque élève, mais les autres ne le font pas. Donc nous avons une maison qui stagne tandis que les autres s'envolent sur le tableau des scores. Le professeur Rogue rééquilibre les scores, il ne donne pas de points à Serpentard, mais abaisse suffisamment les points des autres maisons pour avoir un semblant d'équilibre. Il ne nous aide pas, mais nous donne une chance de rivaliser quand les autres ne le font pas.

- Et Malefoy ? Il a des circonstances atténuantes lui aussi ? demanda Harry sarcastique. Je veux bien entendre ton argument sur Rogue, même si j'ai du mal à te croire, je l'admets. J'ai beaucoup de mal à imaginer Rogue en héros de l'ombre.

- Et pourtant, dit Tracey en souriant légèrement, il l'est plus que tu ne le penses. Malefoy, lui, c'est un imbécile. Si seulement il comprenait le rôle qu'il peut prendre, nous le suivrons tous sans aucune hésitation.

- Quoi ? s'exclama Harry.

- Car il est la star, continua Tracey. Il est, vers qui tous les regards sont tournés. Il est tellement voyant qu'il éclipse tous les autres Serpentard. En concentrant l'attention de tous, il nous protège, car les autres maisons identifient Serpentard à Malefoy. En se faisant passer pour le Prince de Serpentard, personne n'ose nous toucher, car ils subiraient la colère des Malefoy et leur fortune. Et cette fortune nous aidait, jusqu'à maintenant. Les balais étaient une idée fantastique de son père, car cela nous donnait une petite vengeance sur le reste de l'école, un avantage et une chance de gagner sur un terrain. Mais, et la raison pour laquelle personne ne le suivra, est qu'il est trop aveuglé par l'argent de sa famille et sa popularité. Ces deux éléments doivent être entretenus, toujours florissants et ne montrer aucune faiblesse, car la façon de vivre des Malefoy n'apporte aucune amitié, seulement des alliés.

- Et Malefoy ne le fait pas ? essaya de deviner Harry.

- Il ne fait que se pavaner et parler de son merveilleux père, cracha de dégout, Tracey. Tu l'entendrais dans la salle commune, « mon père ci, mon père cela… » il ne fait rien de lui-même, et si par malheur son père venait à avoir des problèmes, alors ce sera la fin de la famille Malefoy, car il ne pourra pas tenir le titre.

- Et comme vous, les autres Serpentard ont compris ça, vous ne voulez pas risquer d'être attirés dans la tempête si elle vient un jour, c'est ça ?

- Pas si, rectifia Tracey, Quand. Lucius Malfoy est dans la fleur de l'âge et la paix règne dans la grande bretagne magique, mais il suffit d'une étincelle pour que cela éclate. Par exemple je t'ai dit que les Malefoy n'ont pas d'amis, seulement des alliés, donc la plupart sont crées grâce à des mariages. Narcissa Malefoy, la mère de Draco, est née Black, permettant une alliance entre les deux familles, mais si tu suis un tant soit peu l'actualité…

- Sirius Black, devina Harry.

- Sirius Black oui, dit Tracey en hochant la tête. A l'heure actuelle il est l'étincelle. Les rumeurs courent qu'il était le mouton noir de la famille Black, se refusant aux idées sang-purs, et s'était lié d'amitié à ton père, James Potter. D'après ma mère, il est de notoriété publique dans les familles sombres qu'il à été renié, mais son nom, peu importe où l'on regarde, que ce soit Gringott's ou le ministère, est toujours Black. Vois-tu ou je veux en venir ?

- Pas vraiment, dit Harry, gêné devant le regard de Tracey.

- C'est important Potter, je te donnerai des livres à lire, dit Tracey d'un ton sec. Sirius Black donc. N'étant pas renié comme tout le monde le pense, peut reprendre la tête de sa famille et détruire les alliance que Lucius Malfoy a faites en utilisant Drago comme seul héritier de la famille Black existant. Plus que cela, il peut dissoudre le mariage entre Lucius et Narcissa.

- Et cela ferait perdre de l'argent aux Malfoy, comprit Harry.

- Pas seulement en perdre, mais créer un fossé qui ne pourrait jamais être rebouché. Et il faut compter les alliances rompues et faire face aux conséquences. Je vais t'épargner les effets politiques que cela provoquerait, sans connaissance sur le sujet, tu ne pourras pas tout comprendre.

- Pourquoi me racontes-tu tout ça ? demanda Harry après un moment de réflexion. Je ne vois aucun intérêt pour toi, ni les bénéfices que tu en retires.

Tracey se leva de la table sur laquelle elle s'était assise, puis se dirigea lentement vers la porte. Saisissant la poignée, elle se tourna pour lui lancer un dernier regard, puis sourit.

- Peu importe ce qu'on nous dit, j'ai espoir d'aimer Poudlard comme toi ou n'importe quel élève qui ne porte pas les couleurs verts et argent. Je veux pouvoir faire confiance, lier de vraies amitiés, créer de bons souvenirs. Pour cela il faut que quelqu'un fasse un geste, tendre la main et tenter de casser ce cercle vicieux. Je ne veux plus entendre le discours du professeur Rogue dans ma tête, ni l'entendre le dire aux premières années. Je veux être une étincelle dans Poudlard. Vas-tu m'aider ?

- T'aider ? dit Harry en se levant à son tour. Sache que la planification et l'anticipation ne sont pas des domaines ou j'excelle. En revanche trouver des ennuis, foncer tête baissée et me faire des amis sont des choses ou je suis le meilleur à Poudlard, ça te convient ?

- Absolument ! dit Tracey. Première mission, jeune Gryffondor suicidaire, frapper assez fort Weasley pour qu'il reprenne ses esprits. Je te dirais bien de t'occuper de Daphné, mais je ne suis pas cruelle à ce point. A plus tard !

Harry rigola, mais finit par se rendre compte que le temps avait filé plus vite qu'il ne l'avait cru, et qu'il était maintenant l'heure du repas. Il n'avait pas trop d'espoir que la situation se soit améliorés entre ses deux amis, mais cela allait passer. Du moins, il l'espérait.