Chapitre Numéro Dix-Sept
Il planta une nouvelle fois son couteau dans la table de bois, la rage envahissait son cœur et son esprit, il n'était plus réellement parmi le monde des vivants, laissant éclater sa rage à chaque fois qu'il le pouvait. Parfois il se mordait si fortement la main qu'il laissait une traînée sanguine derrière celle-ci. Il haïssait tout ce qui se trouvait autour de lui, il détruisait tout ce qui était à sa portée. Sa mâchoire se contracter en spasmes réguliers et douloureux. Trois jours, trois jours qu'il s'enfermait dans sa folie dévastatrice, trois jours qu'il n'avait pas quitté sa chambre, trois jours qu'elle était partie. Qu'elle l'avait trahi.
Frappant d'un grand coup de poing dans le miroir, brisant celui-ci en morceau, il se laissa tomber assis, son dos glissant contre mur. Enserrant son visage entre ses doigts ensanglantés, il sentit que ses yeux le brûlait, et alors qu'il amenait son autre main à son visage, il sentit l'eau couler de ses joues, une eau salée coulait de ses yeux. Il pleurait. Pas une larme passagère, mais des grosses larmes qui venaient s'écraser dans sa barbe tels les sanglots d'un enfant… Ramsay pleurait pour une femme…
Qu'avait-elle fait de lui ?
…
D'elles trois, Yvana était celle qui avait le moins de chance. Au jeu de la courte paille, elle savait qu'elle perdait toujours, et cette fois-ci ne dérogea pas à la règle. Annette avait eu la plus longue, Marie la moyenne, et elle avait eut la plus courte, la désignant donc pour apporter son repas à Lord Bolton. Ramsay… Personne ne l'avait ne serait-ce qu'aperçu, et cela les inquiétaient tous. Non pas qu'ils portaient l'écorché dans leur cœur. Mais ne pas apercevoir cet homme si froid durant trois jours prouvait qu'il était plus touché qu'il ne voulait le dire. Mais cela paniquait plus encore Yvana, Ramsay était incapable de réagir normalement à un évènement, comment réagirait-il face à la trahison de son épouse, et la mort de son amante ?
Arrivant devant la porte de la chambre, elle toqua d'abord, mais ne recevant aucune réponse, elle ouvrit celle-ci avec lenteur, angoissant du spectacle qui se trouverait derrière.
La chambre était plongée dans une pénombre totale, le lit était défait, les draps jonchaient le sol et étaient tâchés de sang. Une odeur atroce régnait dans la pièce, mélange de sang, de vin et de transpiration. Le feu crépitait dans la cheminée, offrant une lumière dans la noirceur de la pièce. Des meubles semblaient brisés, les chandeliers étaient renversés au sol, et tandis qu'elle avançait un peu plus dans la pièce, elle remarqua le miroir de la coiffeuse brisée en mille morceaux. Ce fut à ce moment là qu'elle le vit. Recroquevillé sur lui-même, tel un enfant qui voulait disparaître des yeux de tous. Il tremblait de part en part, elle pouvait clairement l'entendre renifler et sangloter. Elle ne sut si c'était l'effroyable ambiance qui se tenait dans la pièce, ou si c'était le fait qu'elle eut connu Ramsay comme un homme doux avec son épouse, mais son cœur s'emplit de pitié. Elle déposa le plateau repas sur le lit défait, et s'avança dans le crépuscule de la chambre, jusqu'à atteindre la masse sanglotant.
Ses pieds écrasèrent des morceaux de miroir, et tandis que le bruit montrait à Ramsay que quelqu'un se tenait juste à ses côtés, son corps se tendit instinctivement, les sanglots cessèrent et le silence tomba sur la pièce telle la mort elle-même.
Les genoux pliés, dans une position maladroite et maternelle, Yvana posa ses mains fines et usées sur les épaules du Lord, sa voix douce s'élevant dans l'air lourd.
« Lord Bolton, je vous ai amené votre repas… »
Aucune réponse ne se fit entendre, si ce n'est le bruit d'un reniflement.
« … Il faut que vous mangiez, que vous repreniez des forces… »
Elle le sentit légèrement bouger sous ses mains légères.
« … Sansa reviendra Lord Bolton. J'en suis certaine. »
Cette fois, elle fut foudroyée par un regard d'acier glacial, un regard fou. Ses prunelles étaient si dilatées, qu'elle crut d'abord qu'il était mort. Puis, un sourire malsain étira ses lèvres, plus glacial encore que le sourire goguenard dont il avait le secret avant. Il se leva faisant tomber Yvana en arrière qui se planta des morceaux du miroir dans ses paumes de mains.
« Qui vous a donné la permission de prononcer son prénom ? »
Elle ne répondit rien, marchant à quatre pattes vers la sortie, gémissant à chaque pas, sentant le verre pénétrer un peu plus sa chair.
« Non… Non… Non… Reviens ici. »
Agrippant sa chevelure, il tira la jeune servante en arrière, fermant la porte à double tour.
« Commençons un nouveau jeu Yvana, voulez-vous ? »
Les hurlements stridents de la servante emplirent Winterfell, des hurlements glaçants qui firent immédiatement pleurer Annette, et qui glacèrent le sang de Marie. Edric tourna son visage vers la source de ce hurlement, la nausée venant lui lécher la langue avec malice. Il haïssait cet homme qui était son Roi. Il haïssait chaque instant depuis que Lady Sansa avait quitté Winterfell. Il rêvait de retourner en arrière, il rêvait de l'empêcher de partir, car une fois qu'on croisait le chemin de Sansa Stark, on ne voulait plus se séparer d'elle.
[…]
Le froid rongeait sa peau, son corps, son cœur. Enfant du Nord, elle était incapable de résister au froid de celui-ci. Elle sentait le bout de ses doigts gelés tandis que son nez était déjà insensible. Elle ferma les yeux un instant, le sommeil la gagnait, le froid allait avoir raison d'elle. Le sang roulait toujours de son front, malgré l'onguent que lui avait posé Podrick, le compagnon de route de la grande blonde, Brienne de Torth.
Trois jours qu'ils arpentaient les collines du Nord, trois jours qu'elle somnolait presque sur la jument que lui avait offert Ramsay. Trois jours… Ses cheveux étaient gras et sales, sa peau était brunie par la poussière et rougie par le froid. Ses yeux, rougis par les larmes, asséchés par le vent la brûlait chaque jour un peu plus, et tandis que le sommeil la gagnait encore un peu, une silhouette noire se dessina à l'horizon, une silhouette grande et majestueuse que Sansa reconnut immédiatement comme un château.
« Châteaunoir. »
Theon les avaient quittés, décidant de rejoindre sa main à lui, de rejoindre les îles de Fer. Sansa ne l'en avait pas empêché, comprenant mieux que quiconque son envie de retrouver sa famille. La joie regagna son cœur, l'espoir réchauffa son sang, son corps, et tandis qu'ils se rapprochaient de Jon, elle sentit le soulagement emplir ses poumons en feu. Ils y étaient, au Nord de Westeros, au Mur. Ils y étaient, elle avait réussi. Elle était en vie.
« Qui êtes-vous ? »
Deux hommes se tenaient là, deux gardes en haut d'une tour, la voix grave, la tête rentrée dans leurs capes noir corbeau.
« Je suis Sansa Stark, de Winterfell, et je viens demander l'aide de mon frère, le Lord Commandant Jon Snow. »
Le rire qui s'échappa de la gorge de l'un d'eux la fit frémir de peur.
« Sansa Stark est mariée au bâtard des Bolton. Et ça m'étonnerait qu'il ait laissé filer sa femme.
- Si vous n'ouvrez pas cette porte, et que mon frère apprend que vous m'avez laissée mourir de froid, je ne donne pas cher de votre tête. »
Ces paroles étaient froides, et tranchantes tels des lames de rasoir. L'énervement était présent dans sa voix rendue grave par le manque de communication depuis trois jours. Et tandis que les deux hommes se concertaient elle continua :
« Croyez-vous votre Lord Commandant incapable de reconnaître sa propre sœur ?
Ce fut la phrase qui acheva les deux gardes, l'un souffla dans une corne de brume, l'autre fit basculer le levier, ouvrant ainsi les portes de Châteaunoir aux trois compagnons.
« Ouvrez les portes ! »
Brienne ouvrit la marche, suivit de ses deux compagnons de route. La misère à l'intérieur du château enserra le cœur de Sansa qui fixait chaque gens qu'elle rencontrait. Habillés de peau, les cheveux sales, ils ressemblaient à des sauvageons, mais la Garde de Nuit était l'ennemie des sauvageons…
Un homme roux, aux cheveux et à la barbe denses les fixa longuement, suivant leurs mouvements des yeux sans pouvoir les lâcher. Le cœur de Sansa tambourinait dans sa poitrine, l'angoisse venant s'emparer de sa gorge, l'étau se refermait sur son souffle.
Où était Jon ? pourquoi n'était-il pas encore là ?
Qui étaient-ils tous ? pourquoi la fixaient-ils comme ça ?
Allait-elle s'en sortir ? Allaient-ils la violer ?
Avait-elle fait le bon choix ?...
Ses yeux erraient avec affolement autour d'elle à la recherche de son frère, imitant tout de même ses compagnons de route, elle mit pied à terre, gardant une main posée sur l'encolure de Lune, elle tourna son regard une nouvelle fois vers le monde qui l'entourait et ce fut à cet instant que leurs regards se croisèrent. Il était là, à la balustre, la contemplant de bas en haut, ses cheveux ébènes était attachés en un catogan, son regard s'était durci, et semblait sous le choc de la voir ici. Chaque instant qu'elle avait vécu depuis son départ de Winterfell pour Port-Réal, depuis l'instant où l'épée s'était abattue sur la nuque de Ned, elle avait rêvé de cet instant, cet instant où elle retrouverait un membre de sa famille.
Ils restèrent tous deux paralysés, se fixant tels deux animaux terrorisés. Ce fut Jon qui fit le premier pas, descendant l'escalier de bois sous le regard de ses hommes silencieux. S'avançant d'un pas sûr mais pressé, il arrivait à elle, tel un rêve, tous deux se fixaient, redoutant le moment où ils se réveilleraient seuls, sans l'autre.
S'arrêtant à quelques pas d'elle, il la fixa, le choc, l'incompréhension envahissant toujours son regard, était-elle si laide à voir ?
Et alors que l'incompréhension régnait toujours dans le regard de Jon, elle brisa la distance restante entre eux, abandonnant toute contenance, réalisant enfin où elle était, et qui était devant elle. Elle avait réussi, et Jon était là. Vivant face à elle.
Ses bras saisirent son frère, les larmes roulèrent sur son visage trop pâle, elle enserrait si fort sa nuque que le souffle de Jon était ralenti, mais il lui rendait son étreinte avec la même force, enserrant sa taille, plongeant sa tête dans sa chevelure rousse. Elle décolla du sol, s'abandonnant à des sanglots lourds de soulagement tandis qu'il murmurait dans un souffle.
« Je suis là, maintenant. »
Et tandis qu'il l'étreignait encore, il ajouta :
« Rentrons au chaud Sansa, je pense que tu as énormément de chose à me raconter. »
Elle acquiesça doucement, mais il fallut quelques instants encore au deux Stark pour se séparer et se diriger en silence dans les appartements du Lord Commandant Snow.
Elle s'affala sur un fauteuil, défaisant sa tresse d'un geste las. Jon posa sur ses épaules une fourrure épaisse, puis remis une bûche dans la cheminée tandis qu'un jeune garçon amena un bol de soupe à la jeune femme avant de disparaître aussitôt. Tous deux se fixaient, une gêne s'installait. Puis, se dévouant, Sansa prit la parole :
« C'est une bonne soupe. »
Jon esquissa un sourire presque paternel, tandis que Sansa continua :
« Tu te souviens des tourtes de Vieille Nan ? »
Il rit, un rire léger qui fit du bien à Sansa.
« Aux pois et aux oignons ? »
Elle acquiesça tout en riant elle aussi. Comme si le simple fait de se souvenir du passé avec son frère lui ferait oublier le présent atroce dans lequel tous deux se trouvaient.
« On n'aurait jamais dû quitter Winterfell. »
La voix de Jon était nostalgique, son regard triste se perdit presque instantanément dans les flammes de la cheminée, tandis que Sansa se plongeait elle-même dans ses souvenirs, ses regrets, ses remords.
« N'aimerais-tu pas retourner à ce jour-là ? Je voudrais me crier « Ne pars pas, idiote ! »
- On ne pouvait pas savoir.
- J'ai passé du temps à penser à mon attitude détestable envers toi. J'aimerais pouvoir tout changer.
- On était des enfants.
- J'étais horrible avec toi. »
Il rit, un rire court et naïf, un rire qui voulait dire « J'accepte tes excuses Sansa ». Un rire qu'elle comprit et qui la fit elle-même sourire.
« Tu étais parfois horrible. J'étais pourtant si plaisant, à bouder dans mon coin pendant vos jeux.
- Me pardonnes-tu ?
- Inutile.
- Pardonne-moi !
- Entendu, je te pardonne. »
Cette fois ce fut elle qui rit, un rire clair mais sans joie, à quel moment la joie l'eut-elle quittée ? Elle avait la sensation de porter un masque de gentillesse et de joie, mais elle n'arrivait pas à le garder, elle voulait pleurer. Pleurer sur son passé, pleurer sur son présent, pleurer sur ce futur proche qui allait s'avérer dévastateur, elle en était certaine.
Elle esquissa un geste vers Jon, tendant sa main gauche vers lui, et comme s'il lisait dans son esprit, le Lord Commandant lui tendit sa choppe que Sansa saisit et amena directement à sa bouche. Malheureusement pour la jeune femme, l'alcool de la Garde de Nuit ressemblait plus à une mixture qui vous brûlait le palais qu'il ne le délectait, s'étouffant avec la boisson, elle provoqua le rire moqueur de son frère.
« Au bout de milliers d'années, la Garde devrait savoir brasser de la bière. »
Elle acquiesça doucement, avant de reprendre un air sérieux.
« Où iras-tu ?
- Où irons-nous ? »
Ils plantèrent leur regard l'un dans l'autre, et le cœur de Sansa s'emballa devant l'aveu que s'apprêtait à lui faire Jon Snow.
« Je dois veiller sur toi ou le fantôme de père me tuera. »
Ils sourirent à nouveau, un sourire ému et triste. Avant que Sansa ne reprenne.
« Où irons-nous ?
- Je ne peux pas rester ici après tout ce qu'il s'est passé.
- Un seul endroit est possible. Winterfell. »
D'abord interloqué, Jon reprit les propos de sa sœur avec sarcasme :
« On dit aux Bolton de plier bagage ?
- On le leur reprendra. »
Il considéra un instant les paroles de sa sœur, la fixant de toute sa hauteur avant de reprendre :
« Je n'ai pas d'armée.
- Et les sauvageons ?
- Ils ne me servent pas.
- Ils te doivent la vie ! Ils ne seront pas en sécurité si les Bolton gardent le Nord.
- Sansa…
- … Winterfell est notre foyer ! Il est à nous, à Arya, à Bran et à Rickon, où qu'ils soient. A notre famille. On doit se battre pour lui.
- Je suis fatigué de me battre ! »
Jon se leva pour faire face à sa sœur, l'atmosphère qui fut nostalgique et légère devint soudain électrique et tendu tandis que Jon Snow fixait sa sœur avec tristesse.
« Je n'ai fait que ça depuis que je suis parti. J'ai tué des frères de la Garde, des sauvageons, des hommes que j'admirais. J'ai pendu un enfant plus jeune que Bran. Je me suis battu. Et j'ai perdu. »
Elle voyait la détresse immense dans le regard de son frère, une détresse qu'elle connaissait mieux que quiconque, cette détresse elle l'avait vécue chaque jour de sa vie depuis désormais cinq ans… si ce n'était plus de temps… Combien de temps cela faisait-il maintenant ? Elle n'en savait plus rien… Le temps défilait, le temps était assassin… Et désormais, ils n'avaient plus de temps…
« Si on ne reprend pas le Nord, on ne sera pas à l'abri. Je veux que tu m'aides. Mais je le ferai seule s'il le faut. »
Elle se l'était promis, plus jamais elle ne laisserait quiconque lui marcher sur les pieds, plus jamais quiconque ne lui dirait quoi faire et comment le faire. Elle reprendrait le Nord, elle reprendrait Winterfell, quoi qu'il lui en coûte, elle reviendrait chez elle.
Tournant les talons, elle disparut des appartements du Lord Commandant, regagnant les siens que Jon lui avait présentés plus tôt lors de son arrivée.
Le cœur de Sansa tambourinait dans sa poitrine avec violence tandis que deux prunelles acier hantaient son souvenir. Sa respiration s'affolait, devenait ingérable, et son cœur tambourinait avec violence dans sa poitrine. Un bain chaud l'attendait au milieu de la chambre, mais elle ne savait pas réellement si elle avait le courage de rentrer dans cette baignoire de fer.
Puis, d'un geste las, elle défit sa robe, laissant tomber celle-ci le long de son corps. Seul vêtement qu'elle avait emporté, elle avait demandée à Jon de lui trouver des morceaux de tissus, de fourrure, pour pouvoir se confectionner une nouvelle garde-robe.
Entrant dans l'eau brûlante, elle poussa un râle de douleur tandis que la chaleur agressait les parties de son corps déjà bien gelées. Et tandis qu'elle s'asseyait dans l'eau brûlante, elle crut un instant sentir l'odeur de Ramsay, mais secoua la tête comme pour s'en dissuader. Fermant les yeux, elle pencha la tête en arrière, plongeant dans l'eau avec délice, recouvrant ainsi son corps entier d'eau.
Sous l'eau elle oubliait, elle oubliait les coups, les insultes, les viols, les moments malheureux, les moments heureux, les nuits fiévreuses, les nuits à s'occuper de Shadow, les nuits à parler de tout, de rien, de leur enfance, de leurs souvenirs. Elle oubliait chaque instant qu'elle avait vécu avec lui, ou peut-être les revivait-elle tous.
Ses poumons devinrent douleur, tel un feu se rependant à l'intérieur d'eux, elle ignora ces douleurs, agonisant sous l'eau à bout de souffle, mais elle ne voulait pas remonter, elle ne voulait pas affronter la réalité, la réalité qu'elle ne connaîtrait plus sa voix, plus son odeur, plus ses caresses, elle ne connaîtrait plus jamais rien de lui, ni le mauvais, ni le bon. Et malgré le soulagement que cette pensée lui procurait, une part d'elle luttait, réclamant le retour de son amour malsain.
A bout de souffle, la jeune femme sortit la tête de l'eau. L'air brûla ses poumons, provocant une douleur effroyable dans sa poitrine. Elle l'apprécia autant qu'elle la détesta. Des sanglots lourds vinrent secouer son corps tandis qu'elle gémissait sans relâche son prénom. Il s'était imprégné d'elle, l'avait marqué au fer rouge, et tandis que la liberté lui tendait les bras, elle était incapable de la savourer, le manque de cet homme effroyable la faisant souffrir outre mesure.
[…]
Ramsay prit place sur son trône, la cheminée crépitait, Annette lui servit une coupe de vin, et en face de lui prit place Lord Omble. Le jeune Lord avait prit le temps de se laver et de se raser, reprenant une certaine contenance de lui-même, le masque de sa jovialité presque glauque collé au visage, il fixait le chef de la maison Omble en face lui, puis, élevant sa voix rieuse dans la pièce, il entama :
« Les Ombles sont connus pour leur loyauté.
- Pour leur loyauté envers les Stark. »
Harald Karstark, homme à la gauche de Ramsay venait de prendre la parole sans y être invité, crachant son venin tel une vipère du Sud.
« Et vous, Lord Karstark ? Votre famille est parente des Stark, non ? Mais nous voici. Les temps changent. »
Ramsay aimait le répondant de Jon Omble. Et il aimait la rivalité qui régnait entre les deux maisons qui était ses plus grands allier. Mais il devait les faire taire avant que l'un des deux ne saute à la gorge de l'autre. Et il avait envie de voir jusqu'où était près à aller l'homme qu'on surnommait « P'tit-Jon ». Il savait que Lord Harald Karstark, qu'il avait choisi comme conseiller lui était fidèle. Mais qu'en était-il de cet homme aussi dangereux que vulgaire ?
« Quand mon père est devenu gouverneur, votre maison l'a rejeté.
- C'était un con.
- Mon cher père…
- … C'était un con, vous l'avez donc tué. »
Ramsay resta un instant hébété devant la vivacité d'esprit de l'homme en face de lui. Un instant, Sansa effleura son esprit, sa voix de cristal résonnant dans sa tête : « Tu es trop fier de toi, tu sous-estimes tes interlocuteurs, tes ennemis. Cela te perdra. ». Encore une fois, elle avait raison. La voix du Lord le sortit de sa torpeur, effaçant avec facilité le souvenir de Sansa de son esprit.
« J'aurais bien tué le mien, s'il ne s'était pas décidé à mourir seul.
- Mon père a été tué par nos ennemis. »
La vision du corps tremblant de Sansa le frappa en plein cœur, elle était la raison principale du meurtre de son père. La haine prenant le dessus, l'envie de la protéger animant sa lame…
« Que faites-vous à Winterfell, Lord Omble ? »
Il fallait qu'il cesse de penser à elle, elle et sa chevelure rousse, elle et son regard azur, il fallait qu'il cesse de se torturer l'esprit ou bien il deviendrait officiellement fou.
« Le bâtard Jon Snow a laissé les sauvageons franchir le Mur. On est plus au nord que vous autres. On est en première ligne face aux sauvageons. J'aime les affronter. Je le fais depuis toujours. Mais on ne peut plus les repousser seuls. »
Le bâtard Jon Snow… Le frère de Sansa… Celui qu'elle était allée rejoindre…
« Vous venez demander notre aide ? »
Son sang bouillait au creux de ses veines, il battait dans ses tempes, tandis qu'il fixait l'homme qu'on surnommait « P'tit Jon ».
« On doit s'entraider. Pour fuir le froid, ces baiseurs de chèvres iront au sud. Ils arriveront vite ici. »
L'homme était convaincant, mais la voix de Herald Karstark s'éleva à son tour dans l'air brûlant qui entourait les trois hommes.
« Winterfell peut résister aux sauvageons.
- Mais pas à Jon Snow. Il connaît ce château par cœur. »
Les paroles de Jon Omble intéressèrent plus que de raison Ramsay, son attention entière était portée sur les paroles de cet homme trop grand et trop fort pour qu'il s'en fasse un ennemi.
« Faites allégeance à ma maison, Lord Omble. Jurez fidélité au Roi du Nord, et ensemble, nous écraserons le bâtard et ses amis sauvageons.
- Je ne vous baiserai pas la main.
- Un banneret est censé s'agenouiller.
- Je ne le ferai pas non plus.
- Comment vous croire si vous refusez la tradition ?
- Votre père respectait la tradition. Il a servi Robb Stark, il l'a appelé le « Roi du Nord ». Le jeune Stark lui faisait confiance.
- Nous sommes dans l'impasse.
- Je ne ploierai pas le genou, j'emmerde les serments. J'ai un cadeau. »
Lord Omble se retourna, et fit un signe de tête à ses hommes qui rentrèrent avec le cadeau. Dans une parole d'humour, Ramsay intervint :
« C'est une fille ? J'aime les rousses. »
Au fond de son cœur il espérait que ce serait son épouse et Schlingue, tout deux arrêtés par Lord Omble… Si c'était Sansa, il baiserait, mordrait, fouetterait, mutilerait chaque partie de son corps jusqu'à ce que la jeune femme lui soit si soumise qu'elle ne l'appelle plus que « maître ».
« Une fille, c'est ça. »
Le rire de Jon Omble était menaçant et sadique à la fois, Ramsay aimait ça. Mais tandis que les deux silhouettes apparaissaient devant lui, Ramsay sut tout de suite que ce n'était nullement les deux fugitifs qu'il recherchait.
« Une fille sauvage. »
Lord Omble enleva le sac de toile sur la tête de la femme qui paraissait complètement désorientée même si elle semblait parfaitement connaître l'endroit.
« Je les aimes sauvage. »
Sa chevelure brune, ses sourcils épais, et son visage ingrat répugnèrent tout de suite Ramsay qui fixa la deuxième silhouette sans même s'attarder sur la sauvageonne. Il se leva, s'avançant vers les deux prisonniers.
« Et un garçon. Il est bien jeune. Comme Karstark les aime. »
Devant l'affront, Harald se leva, mais Jon n'en fit rien, préférant lever le sac en toile de jute du visage du garçon. Chevelure brune et bouclée, yeux glacé et noir, peau blanche. Ce physique si particulier et à la fois à la limite de la banalité titillait la curiosité de Ramsay.
« Qui est-ce ?
- Rickon Stark. »
Ramsay s'approcha de lui, un air rieur et malsain collé à son visage. Même si cette nouvelle le réjouissait au plus haut point, le doute persistait.
« Qu'est-ce qui me le prouve ? »
Lord Jon Omble partit en arrière, avait-il déjà prévu que Ramsay lui poserait cette question ? Certainement.
Un instant passa, où le jeune garçon affolé planta son regard inquiet dans les yeux de la sauvageonne qui le regardait avec tendresse, une tendresse presque maternelle. S'en était que plus divertissant pour Ramsay qui fixait désormais le Lord revenant vers son Roi. D'un geste brutal, il posa une tête de loup géant noir, suspendu à un crochet.
Il savait, Sansa lui avait raconté. Ramsay savait que seul les cinq enfants Stark avait un loup géant, ainsi que le bâtard Jon Snow, qui avait hérité de l'albinos de la portée.
Un sourire presque effrayant étira les lèvres du Lord Bolton, la roue tournait en sa faveur, il allait la faire payer, il allait tous les faire payer. Et tandis que son regard d'un profond acier se tourna vers le jeune Rickon, il termina dans un rire :
« Bienvenue chez vous, Lord Stark. »
Voilà voilà !
Et vous ? Qu'espérez vous ? Que Sansa retourne à Winterfell ou qu'elle résiste à l'appel de Ramsay ?
En vous embrassant, je vous souhaite bonne continuation, et à une prochaine ! :)
Pour la suiiiite :*
