Bonjour/Bonsoir.
Voilà l'avant dernier chapitre.
C'est bientôt fini… Oulala, ça va me faire bizarre d'enfin terminer une histoire (ce sera une première pour moi, d'habitude quand je commence une œuvre, j'ai du mal à la terminer).

Bien sûr, il est censé y avoir une suite, cependant elle risque de mettre du temps à sortir (de plus que j'ai d'autres projets d'écritures, sur d'autres univers). Je souhaite l'écrire au moins à moitié en avance avant de la publier, et je ne sais pas si j'aurais le temps ces prochains mois…

En ce moment, je suis très prise avec mes études, ce qui explique l'arrivée tardive de ce chapitre 19 par rapport au rythme de publication que j'avais adopté ces dernières semaines. Mais le voilà enfin !

Ce sera un chapitre un peu calme, et plus court que les autres, mais j'espère tout de même qu'il vous plaira. Pour compenser, j'essaierai de publier au plus vite le dernier et ultime chapitre de M : YCKM, qui sera d'ailleurs un épilogue en soi. Normalement, j'aurais une fin de semaine calme, donc attendez-vous à lire le dénouement de cette aventure d'ici ce week-end…

Sinon, je n'ai pas plus de détail à apporter.
Je vous souhaite donc une bonne lecture !


CHAPITRE 19

J'ouvris les yeux sur une lumière éclatante. Je me trouvais dans une pièce inconnue blanche. Le mur le plus proche de moi était couvert de longs stores verticaux ; au-dessus de ma tête, des lampes éblouissantes m'aveuglaient. J'étais couché sur un lit dur et bosselé doté de barreaux. Les oreillers étaient plats et mous. Quelque part, un bip résonnait de manière agaçante. Pourvu que cela signifiât que j'étais toujours en vie. La mort ne pouvait décemment pas être aussi inconfortable.

Mon bras droit était replié sur mes côtes, tandis que j'étais dans l'incapacité la plus totale de bouger mon épaule, laquelle semblait être immobilisée dans une épaisse attelle. L'autre bras, lui, était complètement emplâtré. De plus, j'étais enchevêtré dans un réseau de tubes transparents, et quelque chose était collé sous mon nez. De ma main gauche, je tentai de l'arracher.

- Oh non, pas question !

Des doigts froids retinrent mon geste. J'ignorai leur fraîcheur, l'esprit seulement happé par sa voix envoutante.

- Keith ? gémis-je, encore mal éveillé.

Je tournai la tête et son délicieux visage m'apparut, à quelques centimètres du mien, le menton sur mon oreiller. J'étais bien vivant et j'en fus heureux.

- Où suis-je ? demandai-je.

- À l'hôpital.

- Argh, grognai-je.

Lentement, les derniers souvenirs refirent surface. Je me redressai légèrement, ignorant tous mes membres endoloris.

- Keith, désolé, je…

- Chut ! Tout va bien, maintenant.

- Que s'est-il passé ?

Mes souvenirs étaient flous, et mon cerveau paraissait se rebeller contre tout effort.

- J'ai failli arriver trop tard, chuchota-t-il d'une voix tourmentée.

Ma mémoire, lentement, se remit en route, projetant quelques images traumatisantes à mon esprit.

- Pardonne-moi. J'ai été con. Je n'ai pensé qu'à mon frère et ses enfants.

- Il nous a tous roulé.

- Il faut que j'appelle Sylvia et Veronica, me rappelai-je soudainement, alerte.

- Allura s'en est chargée. Sylvia est ici, à l'hôpital. Elle est allée manger un morceau.

- Hein ? m'écriai-je.

Je voulus m'asseoir mais fus pris de vertige, et il me repoussa lentement.

- Elle va bientôt revenir. Quant à toi, tu dois rester tranquille.

- Qu'est-ce que tu lui as dit ?

J'étais paniqué. Je me fichais pas mal d'être choyé. Ma mère était là, et j'étais en train de me remettre de l'attaque d'un vampire, ce qui m'inquiétait beaucoup plus.

- Comment lui as-tu expliqué mon séjour ici ? insistai-je.

- Tu as traversé la route sans regarder où tu allais, et une voiture t'as foncé dessus. Tu as été renversé, mais as eu beaucoup de chance. Enfin, tout est relatif…

Son regard se promena sur mon corps. J'en fis de même, remarquant mon pied droit sorti des draps, enroulé dans du bandage.

- Je suis très amoché ?

- Une fracture à l'épaule qu'il a fallu opérer, un avant-bras cassé, une entorse à la cheville, quelques entailles aux crânes, des bleus un peu partout, et tu as perdu beaucoup de sang. Ils t'ont fait des transfusions. Ça ne m'a guère plu. Pendant un moment, tu as senti bizarre.

- Ça a dû être un changement agréable pour toi.

- Non, j'aime ton odeur.

Le compliment me fit sourire, mais il évoqua aussi en moi un évènement en particulier – la raison même de ma survie, certainement.

- Comment as-tu réussi ?

Il comprit tout de suite de quoi je parlais.

- Je ne sais pas trop.

Détournant la tête, il effleura avec légèreté ma main droite bandée et maintenu par l'attelle, en prenant soin de ne pas déranger les fils qui me reliaient à l'un des moniteurs. J'attendis patiemment la suite. Il soupira.

- Ça paraissait impossible, murmura-t-il, et pourtant je l'ai fait. Je dois vraiment t'aimer, ajouta-t-il avec un faible sourire.

- Mon goût s'est-il révélé décevant au regard de mon odeur ? plaisantai-je.

Je lui retournai son sourire, faisant fi du spasme de souffrance parcourant mon visage.

- Tu parles. Tu es bien meilleur. Encore plus que ce que j'imaginais.

- Navré, m'excusai-je, sincère.

- Comparé au reste, c'est vraiment un détail ! s'écria-t-il en levant les yeux au ciel.

- Quelles sont donc les bêtises pour lesquelles je devrais présenter des excuses ?

- Tu as failli me quitter à jamais.

- Désolé.

- Tu avais de bonnes raisons, éluda-t-il, compréhensif. N'empêche, ça a été irrationnel. Tu aurais dû m'attendre, m'avertir.

- Je suis un idiot impulsif et suicidaire, tu le sais bien. Puis, tu m'aurais interdit d'y aller.

- Non.

Les souvenirs très déplaisants émergeaient un à un dans ma mémoire. Mes frissons provoquèrent un nouvel élan douloureux, et je grimaçai.

- Ça va ? s'inquiéta aussitôt Keith.

- Qu'est-il arrivé à Dudley ?

- Bandor et Romelle se sont occupés de lui. Avec l'aide de Shiro.

Il avait l'air de regretter de ne pas avoir participé au carnage.

- Je ne me rappelles pas les avoir vus.

- Ils ont été obligés de sortir… il y avait beaucoup de sang.

- Mais toi, tu es resté.

- Oui.

- Allura et Adam aussi…

- Ils t'aiment, tu sais.

Mon cœur rata un battement. Soudain, un détail oublié refit surface, et je me rappelai mes derniers mots avant de sombrer.

- Romelle et Bandor… Ils ont visionné la vidéo ?

- Oui, admit-il.

Il avait des intonations de haine absolue cette fois. Lui aussi avait dû la voir, au moins à travers l'esprit de ses frères et sœurs.

- Bandor n'avait que de vague souvenir quant à leur créateur. Le jour où il a revu Dudley, ça a comme refait surface. La vidéo a confirmé ses doutes, et Romelle a enfin finit par connaitre la vérité. Elle en a légèrement voulu à Bandor de la lui avoir cachée. Mais ils ont fini par se venger, c'est le plus important, en quelque sorte…

Si sa voix était apaisée, ses traits étaient assombris par la rage. Je voulus toucher sa joue de ma main libre, mais le plâtre était trop lourd, et quelque chose d'autre m'en empêchait. Je tournai la tête tandis que je perçus une perfusion.

- Beurk, maugréai-je à la vision de l'aiguille plantée dans ma veine, faisant légèrement gonfler ma peau.

- Quoi ? demanda-t-il, vaguement distrait de ses idées noires.

- Les aiguilles, lui expliquai-je en évitant de regarder ma main.

Je respirai profondément.

- Il a peur des piqûres, marmonna-t-il en secouant la tête. Un vampire sadique prêt à le torturer à mort ne lui pose aucun problème, il se jette même dans ses bras ! Une simple perfusion, en revanche…

- Je n'ai pas peur des piqûres, protestai-je. Elles me dégoûtent, voilà tout… Bref, explique-moi plutôt ce que tu fabriques ici !

Il me dévisagea, d'abord surpris puis peiné.

- Souhaites-tu que je m'en aille ?

- Jamais de la vie ! m'indignai-je. Je veux seulement savoir comment tu as expliqué ta présence ici à ma mère. Histoire de lui servir le même conte.

- Je suis venu à Miami pour essayer de te persuader de revenir à Volthrone.

Ses grands yeux étaient tellement sincères que je manquais de le croire moi aussi.

- Tu as accepté de me rencontrer, continua-t-il. En me rejoignant à un café où nous avions rendez-vous, tu as traversé dans une petite ruelle très peu fréquentée, et a été percuté de plein fouet par une voiture. Par chance, je passai justement par-là juste après l'accident, et t'ai retrouvé. Le conducteur a pris la tangente.

- Il y a des trous dans ta fable, répondis-je au bout de quelques instants de réflexion. La police va bien partir à la recherche de ladite voiture.

- Oh, mais ils l'ont retrouvée. Abandonnée dans un vieil entrepôt, quelques rues plus loin. Malheureusement, elle avait été volée, ainsi, nous avons aucune idée de qui est le réel responsable. D'ici quelques semaines, les forces de l'ordre auront mis l'affaire dans les archives parmi les petites enquêtes non résolues.

Je continuai de le fixer. À la recherche de la moindre faille dans son histoire montée de toute pièce.

- Ne t'inquiète pas, me rassura-t-il. Allura a eu beaucoup de plaisir à fabriquer des preuves. Nous avons veillé à tout très soigneusement. Calme-toi, ajouta-t-il en me caressant la joue, tu n'as plus qu'à guérir, maintenant.

Mon corps endoloris et les calmants ne me plongeaient pas dans une hébétude suffisante pour que je ne réagisse pas à son contact. Le moniteur se mit à biper de manière erratique – Keith n'était plus le seul à pouvoir entendre que mon cœur se tenait mal, et ce à chaque fois qu'il me touchait, sans exception.

- Ce truc est défectueux, sans aucun doute, bougonnai-je.

Il rigola, et ses yeux s'allumèrent d'une lueur spéculative.

- Hum, je me demande…

Il se pencha lentement, et la machine s'emballa avant même que ses lèvres ne touchent les miennes. Quand elles le firent, légères comme un papillon, les bips s'arrêtèrent aussitôt. Il recula brusquement, anxieux, puis sembla soulagé lorsque l'appareil recommença à mesurer les battements de mon pouls.

- Je vais devoir me montrer encore plus prudent que d'habitude, sourcilla-t-il. Il semblerait que ton cœur soit encore plus fragile qu'à l'accoutumé.

- Hé ! Je t'ai dit que c'était certainement la machine qui fonctionnait mal !

Il me regarda, suspect, ne croyant pas un mot de ce que je disais.

- Reviens ici, lui ordonnai-je, que je t'embrasse correctement.

Hilare, il déposa un nouveau baiser sur ma bouche. Puis deux. Puis trois. Puis une dizaine, ne souhaitant certainement plus s'arrêter. Le moniteur en perdit toute mesure. J'étais aux anges. Soudain, Keith se raidit et se redressa.

- Ta mère arrive, annonça-t-il.

- Ne t'en vas pas !

- Je serais là, promit-il avec solennité. Je crois que je mérite une petite sieste, rigola-t-il.

Quittant la chaise de plastique dur installée près de mon lit, il alla s'allonger dans le relax en faux cuir turquoise et ferma les yeux. Une seconde plus tard, il était parfaitement immobile.

- N'oublie pas de respirer, persiflai-je.

Il prit une profonde inspiration.

J'entendis ma mère discuter dans le couloir avec quelqu'un, une infirmière peut-être. Ses accents cubains me serrèrent le cœur. Elle semblait fatiguée et bouleversée. J'aurais voulu sauter du lit et me précipiter vers elle pour la rassurer, mais je n'étais pas du tout en état de bondir où que ce fut. Je me contentai de l'attendre impatiemment.

La porte s'entrebâilla, et elle jeta un coup dans la chambre.

- Mamaíta ! chuchotai-je.

Ses yeux se posèrent résolument sur moi, et je pu constater les larmes qui menaçaient de s'y échapper. Apercevant la silhouette de Keith dans la chaise longue, elle s'approcha de moi sur la pointe des pieds.

- Mi Lance ! sanglota-t-elle.

Elle me serra tout doucement contre elle, et je sentis ses larmes tomber sur mes joues.

- Je suis tellement content de te voir, Mamaíta.

- J'ai eu si peur, Lance !

- Pardonne-moi. Tout va bien, maintenant.

- Je suis vraiment soulagée que tu aies enfin repris conscience, dit-elle en s'asseyant au bord du lit.

Je me rendis compte que j'avais perdu toute notion du temps.

- J'ai dormi longtemps ? m'enquis-je.

- Plutôt oui, cariño. Presque trois jours.

- Trois jours ?

Ce fut un choc. Cela signifiait que nous étions… mercredi. N'ayant pas vraiment envie d'y penser, je mettais cette information de côté.

- Ils ont dû te garder sous sédatifs pendant un moment. À cause de tes blessures.

- J'ai cru comprendre.

En tout cas, je les sentais.

- Tu as eu de la chance que le docteur Takashi soit là. C'est un homme charmant… très jeune aussi. Et il ressemble plus à un mannequin qu'à un médecin…

- Tu as rencontré Adam ?

- Et la sœur de Keith, Allura. Une jeune fille muy linda… (très belle)

Elle me fit un clin d'œil.

- C'est vrai.

- Tu ne m'avais pas dit que tu avais de si bons amis à Volthrone, continua-t-elle, tentant de m'arracher une information erronée.

- Mamaíta, soupirai-je. Ce n'est qu'une amie. Une très bonne amie. Et elle n'est pas libre.

Je guettai la réaction de Keith, toujours « endormi ». Jusque-là, il n'avait pas sourcillé. Du moins, jusqu'à ce que je me redresse dans une position un peu plus confortable, ce qui déclencha mes gémissements, du fait de la douleur.

- Où as-tu mal ? s'inquiéta-t-elle aussitôt.

Keith ouvrit instantanément les yeux, anxieux lui aussi.

- Ça va, la rassurai-je. Il faut juste que je me rappelle ne pas bouger le petit doigt.

Keith retourna à son assoupissement feint, et je profitai de la distraction momentanée de ma mère pour l'éloigner du sujet petite-amie – même si je me doutais qu'il fallait bien que, à un moment, j'aborde ma relation avec le brun.

- Où est Bob ?

- À New-York. Oh, Lance, tu ne devineras jamais ! Juste au moment où nous nous apprêtions à partir, nous avons eu des nouvelles épatantes, se mit-elle à débiter, excitée comme une puce.

- Quoi donc ?

- On a proposé à Bob un poste de présentateur télé permanent pour une émission animalière dans un studio à New-York ! Tu te rends compte ?

- Génial, Mamaíta !

- Tu vas adorer cette ville ! continua-t-elle à babiller sous mon regard ahuri. Bien sûr, Bob continuera à voyager, mais il sera beaucoup plus présent. Donc, plus besoin de partir à l'improviste tous les mois. Nous avons déjà regardé pour un appartement à Brooklyn, et nous avons eu un coup de cœur. Il est évidemment moins grand que notre maison à Miami, mais tu auras ta chambre avec ta propre salle de bain. En plus, on ne sera pas loin du métro, et tu pourras alors sortir plus souvent, comme avant ! Les hivers y sont parfois rudes, mais c'est tout à fait supportable. De toute manière tu as déjà dû t'habituer aux baisses de températures drastiques…

- Une minute ! l'interrompis-je en remarquant que Keith paraissait beaucoup trop tendu pour un dormeur, même s'il n'avait toujours pas ouvert les yeux. De quoi parles-tu ? Il n'est pas question que j'aille à New-York. J'habite à Volthrone désormais.

- Mais ce n'est plus la peine, cariño, s'esclaffa-t-elle. Comme je t'ai dit, Bob se déplacera beaucoup moins. Nous en avons discuté, et je suis arrivée à un compromis : la moitié du temps avec toi, l'autre avec lui.

- Maman, objectai-je en m'extirpant des trésors de diplomatie. Je veux rester à Volthrone. Je me suis bien fait au lycée, et je me suis fait de très bons amis.

Mon regard se porta automatiquement sur Keith, ce qu'elle ne manqua pas de remarquer. Elle sembla tiquer, mais je changeai bien vite de sujet.

- Et puis, Veronica est si seule là-bas. Ça lui fait du bien d'avoir quelqu'un à la maison. Du moins, je crois.

- Tu veux rester à Volthrone ? Mais pourquoi ?

Elle était dépassée tant l'idée lui semblait saugrenue.

- Je viens de te le dire, le lycée, Ver…

Je haussai les épaules, ce qui m'arracha un petit cri de douleur. Aussitôt, elle fut sur moi, ses mains papillonnant, inutiles, cherchant un endroit où me caresser sans danger. Elle dut se contenter de mon front.

- Lance, mi cariño, tu détestes Volthrone.

- Ce n'est pas si terrible.

Encore une fois, mes yeux papillonnèrent vers Keith. Elle ne mit pas longtemps à faire le lien, son front se plissa.

- C'est à cause de ce garçon ? déduisit-elle. J'ai remarqué qu'il était très inquiet pour toi. Il ne voulait pas quitter ta chambre. Il a l'air d'être un très bon ami.

J'ouvris la bouche pour lui inventer un demi mensonge, mais elle me scrutait avec tant d'intensité que je compris qu'elle ne s'y laisserait pas prendre. C'était sûrement le moment de me lancer.

- En partie, avouai-je. (Inutile de lui préciser l'ampleur de cette partie.) Tu as eu l'occasion de lui parler ?

- Oui. (Elle hésita, observant la silhouette immobile.) À ce propos, puis-je te donner mon avis par rapport à quelque chose ?

- Qu'y a-t-il ?

Je le sentis venir gros comme une maison.

- Je crois que ce garçon est amoureux de toi, lança-t-elle d'une voix hésitante.

- C'est également mon avis, confessai-je.

- Et cela ne… te met pas mal à l'aise ?

- Non, Mamaíta. Je… Je suis aussi amoureux de lui.

Je baissai la tête, n'osant la regarder dans les yeux. Un long silence s'ensuivit, et mon angoisse ne fit qu'augmenter, se répercutant sur le moniteur qui s'affolait de plus en plus. Puis, je sentis ses mains encadrer mon visage pour me forcer à la regarder. Ses yeux n'étaient que tendresse, ce qui allégea mon cœur.

- Mi cariño, tant que tu es heureux, c'est le plus important.

- Je le suis.

- Alors je suis contente pour toi. Même si, peut-être, ce n'est qu'une phase.

Elle semblait légèrement espérer cette possibilité, et je pouvais le comprendre. Il n'était jamais facile d'être… différent. Même si ma mère faisait partie des personnes les plus tolérantes que je connaisse, elle avait conscience que ce genre de relation entre deux hommes n'étaient pas toujours aisé. Elle ne faisait que s'inquiéter pour son fils.

- Oui, c'est sûrement ça, ris-je, soulagé.

- D'un côté, je ne peux que comprendre pourquoi il t'a fait craquer, toi, le Don Juan de la famille.

- Mamá !

- Dios mío ! Él es guapo ! Ajouta-t-elle, complice. (Mon Dieu ! Qu'il est beau !)

Nous rîmes, ce qui enclencha un spasme de douleur me faisant grimacer. Avec un petit soupir, elle jeta un coup d'œil sur la grosse pendule ronde accrochée au mur.

- Tu dois partir ?

- Bob est censé m'appeler, reconnut-elle, piteuse, en se mordant la lèvre. J'ignorais quand tu allais te réveiller…

- Aucun problème. Je ne suis pas seul.

Je tâchai de dissimuler mon soulagement. À quoi bon la blesser ?

- Je n'en ai pas pour longtemps. J'ai dormi ici, tu sais, annonça-t-elle, très fière d'elle.

- Oh, mamá ! Ce n'était pas la peine ! Je ne m'en suis même pas aperçu.

- Je n'étais pas tranquille à la maison, confessa-t-elle à regret. Un crime a été commis dans le voisinage, et je n'aime pas être là-bas toute seule. Luis et les enfants ne sont même pas en ville. Je n'avais donc personne chez qui aller, même s'il valait mieux qu'ils soient absents au moment de cette catastrophe.

- Que s'est-il passé ?

- Quelqu'un est entré par effraction dans ce gymnase pas très loin de chez nous et l'a incendié. Il ne reste plus rien ! Tu te rappelles, tu y avais pris des cours ces deux dernières années ?

- Oui, admis-je en frissonnant.

Aïe !

- Si tu veux, je peux rester.

- Non, ça ira. Il y a Keith.

Elle me jeta un regard soupçonneux.

- Dois-je te ressortir le même speech qu'avec les filles, sur les protections, et tout le tintouin ?

- Mamá ! m'offusquai-je.

- Perdón, perdón ! s'excusa-t-elle. Mais je reviendrais tout de même ce soir !

Un avertissement aussi bien qu'une promesse.

- Te quiero, mamá.

- Yo también, mi Lance. Essaie d'être un peu plus prudent quand tu traverses la route, cariño, je n'ai pas envie de te perdre toi aussi.

Sa voix était pleine de tristesse alors que je devinai qu'elle parlait de mon père. Aucun de nous deux n'ajoutâmes quoique ce soit. Keith n'ouvrit pas les yeux. À cet instant, une infirmière débarqua pour vérifier mes tubes et mes fils. Ma mère m'embrassa sur le front, tapota ma main plâtrée et partit. L'infirmière consulta le compte-rendu du moniteur.

- Tu te sens anxieux, petit ? me demanda-t-elle. Ton pouls a eu quelques sautes de tension.

- Non, ce n'est rien.

Même s'il avait toujours les yeux fermés, un immense sourire se dessina sur les lèvres de Keith.

- Je vais prévenir la responsable que tu es réveillé. Elle viendra te voir dans une minute.

Dès que la porte fut refermée, Keith bondit près de moi.

- Bien dormi ? lui demandai-je aussitôt sur le ton de la plaisanterie.

- Je ne dormais pas, répondit Keith en fronçant les sourcils avec le plus grand sérieux du monde. Tu le sais très bien…

- C'est une blague, Keith.

Son regard s'illumina, et je ris de plus belle, grimaçant ensuite de douleur.

- Je suis étonné, m'avoua-t-il finalement. Je pensais que New-York… ta mère… bref, j'ai cru que c'était ce que tu voudrais.

- Mais tu serais cantonné à l'intérieur toute la sainte journée durant plus de la moitié de l'année ! Tu ne pourrais sortir que la nuit, comme un vrai vampire.

Un bref sourire étira ses lèvres, puis il devint grave.

- Je comptais rester à Volthrone, Lance. Ou ailleurs, dans un endroit où je ne pourrais plus te faire de mal.

D'abord, je ne compris pas et le contemplai avec stupéfaction. Puis, les mots prirent leur sens, tel un puzzle abominable. J'eus à peine conscience du bruit de mon pouls qui s'affolait bien que je me sois mis à haleter. Par contre, je sentis très bien la douleur aiguë qui me déchira le cœur. Il m'observa avec inquiétude, bien que cette nouvelle souffrance n'eût rien à voir avec mes blessures. Elle était si violente que je crus qu'elle allait m'anéantir. La perspective qu'il s'éloigne de moi, de vivre sans lui… Je crus en mourir instantanément de chagrin. Comme s'il était devenu indispensable à ma survie. Que l'on me retirait une part de moi-même.

Tout à coup, une nouvelle infirmière entra dans la chambre d'un pas résolu. Avec l'aisance de l'expérience, elle eut tôt fait de décrypter mon expression.

- Je crois qu'il est l'heure de te donner d'autres analgésiques, mon beau, annonça-t-elle en tapotant la perfusion.

- Non, protestai-je en tachant de composer mes traits. Je n'ai besoin de rien.

- Pas la peine de jouer au héros, tu sais. Le stress ne te vaut rien, dans ton état.

Elle attendit, mais je secouai la tête.

- Très bien, soupira-t-elle. Appuie sur ce bouton quand tu auras changé d'avis.

Elle lança un ultime coup d'œil soucieux au moniteur, puis ressorti, non sans avoir toisé Keith avec sévérité. Immédiatement, celui-ci posa ses mains fraîches sur mon visage. Je le fixai, hébété.

- Calme-toi, Lance.

- Ne me quitte pas, le suppliai-je.

- D'accord. Et maintenant, détends-toi, sinon je rappelle cette fille pour qu'elle t'assomme de drogue.

Malheureusement, mon cœur refusait de s'apaiser.

- Lance, reprit-il en caressant mes joues, je serai là tant que tu en éprouveras le besoin.

- Jure de ne pas me quitter.

- J'en fais le serment.

L'odeur de son haleine était reposante, et j'eus l'impression de respirer plus librement. Il soutint mon regard tandis que mon corps se relaxait peu à peu, et que les bips reprenaient un rythme normal. Ses pupilles étaient très sombres, plus proches du noir que de l'or.

- Ça va mieux ?

- Oui.

Secouant la tête, il marmonna des paroles inintelligibles, même si je crus saisir les mots « trop émotif ».

- As-tu envie que nous nous séparions, Keith ? En as-tu assez de me sauver la vie tout le temps ?

- Non, bien sûr que non, Lance. Et veiller sur toi ne me pose aucun problème. Mais c'est moi qui te mets en danger… C'est à cause de moi que tu es ici.

- Tu ne crois pas si bien dire. C'est grâce à toi que je suis vivant.

- Tu parles d'un vivant ! Bandé et plâtré des pieds à la tête comme une momie.

- Je ne faisais pas forcément illusion à ma dernière expérience avec la mort, tu sais. Je pensais aux autres – et multiples – fois. Sans toi, je serais en train de pourrir dans le cimetière de Volthrone.

- Il y a pire, reprit-il comme s'il ne m'avait pas entendu. Ce n'est pas de t'avoir vu gisant sur le plancher, prostré, blessé. Ni d'avoir été en retard. Ni même d'avoir entendu tes hurlements de douleur. Aucun de ces souvenirs qui m'accompagneront dans l'éternité n'est le pire… Le plus horrible, ça a été de sentir… que je n'arriverais pas à m'arrêter. De savoir avec certitude que j'aurais pu te tuer.

- Ça ne s'est pas produit.

- Ça aurait pu. Si aisément.

J'avais conscience qu'il me fallait rester calme. Sauf qu'il était en train de se convaincre, sous mes yeux, qu'il devait me quitter, et la panique bloqua mes poumons, incapable d'en sortir.

- Promets-moi quelque chose.

- Quoi ?

- Comme si tu ne le savais pas !

Son entêtement à ne voir que le négatif commençait à m'irriter prodigieusement. Il perçut mon changement d'humeur. Son front se plissa.

- Visiblement, lança-t-il avec brutalité, je n'ai pas la force de m'éloigner de toi. J'imagines que tu arriveras à tes fins, que ça te tu ou non.

- Bien.

Je notai cependant qu'il ne m'avait rien promis.

- Tu m'as dit que tu étais parvenu à t'arrêter… je veux savoir pourquoi.

- Comment ça, pourquoi.

- Pourquoi n'as-tu pas laissé le venin me contaminer ? Je serais comme toi, maintenant.

Il se renfrogna, et je me rappelai – trop tard – que je n'étais pas censé être au courant. Romelle et Allura avaient dû être trop préoccupées, ou bien elles avaient surveillé de très près leurs pensées en sa compagnie, car il était évident qu'il ignorait qu'elles m'avaient tout révélé des mécanismes de création d'un vampire. Il était décontenancé et furibond. Ses narines palpitèrent, et sa bouche se durcit.

- Allura ne voyait rien, asséna-t-il tout de même, faisant fi de ma soudaine révélation.

Il n'avait pas besoin de me préciser ce que cela signifiait. Je l'avais très bien compris, et les bribes de leur conversation – alors que j'agonisais sur le sol du gymnase, empreint à des douleurs abominables – me revinrent de plein fouet. Il avait été possible que je n'y survive pas, surtout dans l'état dans lequel ils m'avaient retrouvé. Mais je n'en démordis pas.

- Je sais que, parfois, certaines visions peuvent lui échapper. C'était peut-être le cas ici. Comme lorsqu'elle ne m'a même pas vu arriver à Volthrone.

Je pus voir dans son regard que cette possibilité lui avait également traversé l'esprit. Néanmoins, il semblait vouloir camper sur sa position : il lui était impossible de m'envisager un tel dessein.

- J'admets volontiers ne pas être un spécialiste des relations amoureuses à long terme, enchaînai-je quand je compris qu'il n'avait pas l'intention de me répondre. Mais il me parait logique que les deux personnes soient sur un pied d'égalité. Que ce soit un homme et une femme, ou deux hommes entre eux. L'un des deux ne peut pas passer son temps à se porter au secours de l'autre. D'une façon ou d'une autre, chacun est là pour sauver l'autre.

Il croisa les bras ; ses traits ne trahissaient plus rien, il dominait sa rage. Il avait visiblement décidé que je n'en étais pas l'objet. Je priai pour avoir l'occasion d'en avertir Romelle, surtout, avant qu'il ne s'en prenne à elle.

- Tu m'as sauvé, murmura-t-il.

- Je refuse de me cantonner au rôle de Lois Lane, insistai-je. Je veux aussi être Superman. Tu n'imagines même pas à quel point mon amour-propre souffre de sans cesse être celui que l'on doit secourir !

- Tu ne sais pas de quoi tu parles, répliqua-t-il tendrement.

- Je crois que si.

- Non, Lance. J'ai eu plus d'un siècle pour y réfléchir, et je n'ai toujours pas d'opinion arrêtée.

- Regrette tu l'intervention d'Adam ?

- Non. Mais la vie m'abandonnait, je n'avais rien à perdre.

- C'est toi, ma vie. Tu es la seule chose que je ne supporterais pas de perdre. Je n'y survivrais certainement pas.

Il m'était de plus en plus facile d'avouer à quel point j'avais besoin de lui.

- Je ne peux pas le faire, Lance, décréta-t-il très calmement, déterminé. Je ne te ferais pas ça.

- Pourquoi pas ? m'entêtai-je, la voix plus rauque que je ne l'aurais voulu. Ne me dis pas que c'est trop difficile. Pas après ce qui s'est passé aujourd'hui… il y a quelques jours, plutôt. Enfin, peu importe, ce devrait n'être rien du tout.

- Et la douleur ? rétorqua-t-il en me fusillant du regard.

À ce stade, je blêmis. Ce fut plus fort que moi. Me revint aussi en mémoire la bête qui s'était penchée sur moi au commencement – vite achevé – de ma transformation. Malgré tout, je m'appliquai à dissimuler l'horreur qu'éveillait en moi le souvenir du feu dans mes veines et de la vision démoniaque me guettant, comme si elle attendait que je la rejoigne.

- La douleur et les hallucinations, j'en fais mon affaire, plastronnai-je. Je suis capable de les affronter.

- Il est des fois où le courage confine à la folie… Attends, tu viens de dire « hallucinations » ? ajouta-t-il alors qu'il venait tout juste de comprendre mes paroles.

- Ce n'est pas un problème, insistai-je en ignorant sa question. Trois jours. Fastoche !

Keith grimaça une nouvelle fois en découvrant que j'en savais autant – le détournant de son interrogation sur mes illusions – mais il ravala sa colère et devint songeur.

- Et Sylvia ? lança-t-il. Et Veronica ? Et le reste de ta famille ?

Le silence tomba. J'ouvris la bouche, aucun son n'en sortit. Je la refermai. Il patientait, de plus en plus triomphant au fur et à mesure qu'il constatait qu'il m'avait coincé.

- Écoute, finis-je par marmotter, pas très convaincant, comme toujours lorsque je mentais. Ce n'est pas un problème non plus. Sylvia s'est toujours rangée aux choix qui lui convenaient, elle voudrait que j'en fasse autant. Quant à Ver, elle est résistante, elle a l'habitude d'être seule. Pour ce qui est du reste de ma famille, tous ont pris des chemins différents et ont déjà commencé à construire leur propre vie. Je ne peux pas passer la mienne à les protéger. J'ai aussi ma propre vie !

- Exactement ! aboya-t-il. Et ne compte pas sur moi pour t'en priver.

- Si tu attends que je meure de ma belle mort, je te rappelle que ça a failli arriver, et que c'est de ta faute si je suis toujours vivant !

- Je ne veux pas que tu meures !

Histoire de me calmer, j'inspirai profondément, ignorant le retour de la douleur provoquée par mon agitation. Je le toisai, il me rendit la politesse. Il n'était prêt à aucun compromis.

- Pourtant, je vais mourir, finis-je par lâcher.

Il parut étonné.

- Bien sûr que non ! Tu n'auras qu'une ou deux cicatrices…

- Je vais mourir, répétai-je.

- Franchement, Lance, protesta-t-il, anxieux à présent, tu sortiras d'ici dans quelques jours, une semaine tout au plus.

- Peut-être pas maintenant, mais ça finira par arriver. Je m'en rapproche à chaque seconde qui passe. Et je vais devenir vieux.

Il se renfrogna, appuya ses doigts contre ses tempes et ferma les yeux.

- C'est ce qui est censé se produire. Ce qui devrait se produire. Ce qui se serait produit si je n'avais pas existé – et je ne devrais pas exister.

- Ah ! N'importe quoi ! C'est comme si tu allais trouver un type qui vient de gagner au loto, et tu lui prenais tout son argent en lui disant : « Hé, mon pote, faisons comme si rien ne s'était passé, c'est mieux ainsi ». Je réfute cet argument !

- Je ne suis pas le gros lot.

- En effet. Tu vaux beaucoup plus.

- Lance ! s'exclama-t-il exaspéré. Je refuse de discuter de cela plus longtemps avec toi. Pas question que je te condamne à une nuit éternelle. Un point c'est tout !

- Si tu crois que je renoncerai, c'est que tu me connais bien mal. Tu n'es pas le seul vampire du coin.

- Allura n'oserait pas !

L'espace d'un instant, il eut l'air si effrayant que je ne pus m'empêcher de penser qu'il avait raison – personne ne serait jamais assez brave pour le défier ainsi. Pourtant, une bouffée d'espoir naquit dans mon esprit.

- Elle sait, hein ? C'est pourquoi tu lui en veux tellement. Elle a vu que je serais comme toi… un jour.

- Non ! Elle n'a rien vu en ce qui te concerne. Et même si c'était le cas, elle se tromperait. D'abord, elle n'a pas vu ton arrivée dans ma vie, jusqu'à notre rencontre. Ensuite elle t'a perçu mort, et pourtant, ce n'est pas ce qui s'est produit.

- Tu mens.

- Je ne te mentirais jamais. Je te l'ai déjà dit. Ton avenir ne lui apparait pas clairement, et elle ne t'a jamais vu devenir l'un des nôtres. Elle est juste déterminée à…

Il se tut, mais je finis à sa place.

- À me transformer si tu continues à être buté comme tu l'es ?

- Elle ne le fera pas.

Nous nous dévisageâmes avec colère pendant quelques minutes dans un silence seulement rompu par le bourdonnement des appareils, le bruit du goutte-à-goutte, et le tic-tac de la pendule. Pour une fois, ce fut lui qui céda le premier, et une vague de tendresse inonda ses prunelles. Je tentai de ne pas m'y noyer.

- Bon, repris-je avec un manque claire de contenance, où tout cela nous mène-t-il ?

- À rien, rigola-t-il. J'ai bien peur que l'on appelle ça une impasse.

Je serrai les poings et poussai aussitôt un grognement de douleur.

- Ça va ? demanda-t-il en regardant le bouton d'appel de l'infirmière.

- Oui, mentis-je.

- Je ne te crois pas.

- Je n'ai pas envie de dormir.

- Il faut que tu te reposes. Ces disputes ne te valent rien.

- Tu n'as qu'à céder, dans ce cas.

- Bien essayé.

Il tendit la main vers le bouton.

- Non !

Il m'ignora.

- Oui ? couina l'interphone.

- Nous sommes prêts pour les antalgiques, annonça-t-il sereinement en négligeant mes coups d'œil furibonds.

- Je vous envoie quelqu'un, répondit l'interlocuteur anonyme, l'air de s'ennuyer à mourir.

- Je ne prendrai rien, persistai-je.

- Je ne pense pas qu'il s'agira d'un produit à avaler, riposta-t-il avec un coup d'œil à la perfusion suspendue à côté de mon lit.

Mon cœur s'emballa, Keith lu l'angoisse dans mes yeux et soupira.

- Lance, tu as mal. Pourquoi fais-tu tant de difficulté ? Ils ne vont pas te piquer.

- Je n'ai pas peur des piqûres, marmonnai-je, juste de fermer les yeux.

Il me décocha son sourire en coin et prit mon visage entre ses paumes.

- Est-ce à cause des hallucinations dont tu parlais plus tôt ?

Je me raidis, et il le sentit.

- En partie.

- Raconte-moi.

- Mais j'ai surtout peur qu'à mon réveil tu te sois volatiliser, avançai-je pour esquiver le sujet « visions monstrueuses ».

Cela fonctionna.

- Je t'ai juré de ne pas m'éloigner. Alors, arrête de paniquer. Tant que ça te rendra heureux, je serai près de toi.

- Tu es en train de t'engager pour toujours, je te signale.

- Oh, tu te lasseras vite. Ce n'est qu'une phase, après tout.

- J'ai été ahuri que Sylvia avale celle-là. Toi, je te croyais plus futé.

- C'est ce qui est formidable avec les humains. Ils changent d'avis tout le temps.

- Rêve !

Il riait quand l'infirmière entra en brandissant une seringue. Aussi rapidement qu'il lui était permit, il s'éloigna de moi. À peine ses mains avaient quitté mon visage qu'elles me manquaient déjà.

- Excuse-moi, lui dit-elle brusquement.

Il se leva et traversa la pièce pour s'adosser contre le mur du fond. Je ne le quittai pas des yeux.

- Eh voilà, mon beau, annonça la femme après avoir injecté les médicaments dans le tube, tu vas te sentir bien mieux.

Je marmonnai un merci à peine poli. L'effet fut rapide. Une torpeur m'envahit presque immédiatement.

- Ça devrait suffire, murmura-t-elle tandis que mes paupières se fermaient.

Elle était sans doute sortie, car quelque chose de frais et de lisse effleura ma joue peu après.

- Reste, bredouillai-je d'une voix pâteuse.

- Promis, chantonna sa belle voix, pareille à une berceuse. Tant que ça te rendra heureux… tant que c'est ce qu'il y a de mieux pour toi.

Je voulus secouer la tête, mais elle était trop lourde.

- Pas… la… même… chose… marmottai-je.

- Ne t'inquiète pas de cela maintenant, Lance. Nous nous disputerons quand tu te seras réveillé.

- O… k.

Ses lèvres frôlèrent mon oreille.

- Je t'aime.

- Moi… aussi.

- Je sais.

Je tournai un peu le menton dans sa direction. Il comprit et m'embrassa légèrement.

- Merci.

- Tout le plaisir est pour moi.

Je me sentis partir, mais luttai néanmoins contre l'engourdissement.

- Keith ?

- Oui ?

J'étais complètement dans les vapes au moment de prononcer ces paroles.

- Si le démon revient, réveil moi.

- Le démon ?

Je ne pus répondre car la nuit se referma sur moi.


Comme je l'ai dit plus tôt, un chapitre plus court et plus calme, mais plein de tendresse. J'essaye d'aller toujours plus loin dans l'attachement de Lance envers Keith (ce qui sera très important dans le tome 2 – si j'arrive à l'écrire – mais je ne vous donne pas plus d'informations, sinon ce serait du spoil !)

N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez, comme toujours j'insiste sur les reviews ahah !

En tout cas, j'espère que ça vous a quand même plus, et je vous dis à la prochaine pour l'ultime chapitre de cette histoire.