Il était à prévoir qu'un dieu aussi tordu qu'Hypnos n'allait pas renoncer aussi aisément...


Chapitre 22 : Back

Conseil de guerre.

Hadès nota que Sommeil manquait à l'appel.

"Appelle ton frère, Thanatos." plissant les yeux, parfaitement conscient que voilà un moment déjà qu'il n'avait plus ressenti l'aura d'Hypnos.

Le regard de Thanatos invita un bref instant les améthystes qui lui faisaient face à confesser leur crime.

"Il se trouve, votre Grandeur, que mon frère semble avoir eu certains démêlés dont l'issue a été fatale à son vaisseau de chair."

Griffon serra la mâchoire, faisant sauter le masséter.

"Je ne puis tenir ce conseil si nous sommes incomplets." soupira Hadès. "Il me faut donc désigner un nouveau corps à Hypnos."

Bref échange de regards entre Garuda et Griffon.

"Il y a là, sur Terre, un prêtre sur le point de rendre l'âme et dont le corps pourrait convenir."

Minos serra le poing. Le cauchemar allait se répéter...

Aiacos lui assura son soutien d'un petit mouvement tendre et discret des doigts.

Thanatos était renfrogné. Non contre Minos mais bien parce que sa chère moitié allait à nouveau lui dévorer le prestige !...


"Bienvenue, Hypnos."

Sommeil fit bouger ce nouveau corps pour s'y habituer.

Blond, comme à l'ordinaire, agréable de corps, le regard encore plus perfide, il était prêt à reprendre du service et surtout, surtout, à brimer Griffon autant que possible !... Car son âme n'avait pas oublié le tour que lui avait joué Minos.


Aiacos glissa les doigts entre les pans argentés. "Je sais ce que tu ressens... mais j'assurerai ta bonne garde."

"Suis-je un enfant que tu te dois de veiller ?" avec une once d'agressivité.

"Je veille sur toi parce que tu m'es cher."

Ils avaient pris du temps pour eux, sur cette terrasse de Tolomea.


L'idée de se retrouver face à Sommeil révulsait Griffon. Cette fois, cependant, il n'entendait pas demeurer sa victime et il choisit de mettre immédiatement Hypnos en garde.

Sous le porche du palais du Souverain, robe d'office enfilée sur surplis, Griffon chargea d'emblée Hypnos.

"Ne vous y méprenez pas. Je demeure loyal au Seigneur Hadès. Ses souhaits sont mes ordres, je lui obéis mais en aucun cas je ne vous suis soumis." avec une répugnance affichée, accueillie par un petit sourire pervers en face.

Hypnos avança la main, enserrant de doigts forts la mâchoire du Griffon, introduisant de force un pouce dans sa bouche.

"Minos. N'oublie pas à qui tu t'adresses. Toi et les autres Spectres n'êtes que de vulgaires insectes. Aventure-toi encore une fois à me parler en ces termes et je te briserai." sur le point de lui broyer la mâchoire inférieure.

"MINOS !" accourut Aiacos, de la vigilance duquel Griffon s'était arraché.

Hypnos relâcha si vivement Griffon qu'il en percuta Aiacos.

Puis il passa son chemin.

"Minos, je t'avais dit de..."

Minos leva des yeux saturés de haine sur Aiacos.

"Minos..."

La guerre était ouverte entre Sommeil et Griffon. Et Aiacos compterait sans doute les points.


"Hypnos et Minos. J'ai à m'entretenir avec vous." déclara Hadès, après le conseil de guerre.

Petit sourire de Sommeil qui allait sans doute se lâcher quant au crime de Minos !...

Hadès prit place sur son trône, ses deux soldats devant lui.

"J'ai appris quelque chose de très fâcheux en effectuant une enquête à votre propos."

Minos retint son souffle. Qu'allait-il écoper ?...

"... votre attitude sous le porche tout à l'heure n'a fait que confirmer mes inquiétudes."

"Rassurez-vous. Il s'agit simplement d'une rancœur entre un dieu et un Juge qui ne sait pas demeurer à sa juste place."

"Bien plus que cela, Hypnos."

Sommeil se mordit la lèvre, basculant un regard assassin sur Minos.

"En aucun cas, je t'autorise à user de ton pouvoir sur l'un de mes soldats, Hypnos."

De plus en plus insupportable pour Sommeil.

"Quant à toi, Minos, l'acte de déicide est passible d'une très lourde sanction."

"Hadès Sama..." courbant la tête.

"Vous vous rachèterez une conduite, l'un et l'autre. J'y veillerai personnellement."

Minos doutait que de telles paroles tiendraient Hypnos en bride... mais il était résolu à répondre vertement à la moindre tentative d'intimidation de sa part !...


"Par Hadès, que ces épaules sont nouées." ne put s'empêcher de noter Aiacos, mains allant masser le trapèze tendu du Griffon, après avoir basculé sa crinière argentée sur l'épaule droite.

Minos se laissait faire, petit soupir le traversant comme chaque fois qu'Aiacos s'occupait de lui, tête dodelinant de contentement.

"Tu as eu énormément de chance que notre Seigneur ne sévisse pas davantage, Minos."

"Je n'ai guère envie d'être sermonné, Cos."

"Très bien. Retire ce que tu portes." enduisant ses mains d'huile.

Minos ne se fit guère prier, délaissant sa tunique, rabattant à nouveau ses cheveux sur le devant, se livrant tout entier aux mains d'Aiacos.

Les doigts d'Aiacos étaient doués pour trouver le moindre nœud de tension et le chasser, faisant geindre Minos.

"Je devrais être tendu plus souvent..." sur un sourire audible, appréciant au plus haut point que son aimé prenne ainsi soin de lui.

"Quel enfant tu fais, Griffon." sur un ton plein de tendresse à son égard. "J'avoue cependant profiter autant du toucher que de la vue..."

"Heureux que tu y trouves ton compte."

"Tu n'es que splendeur, Griffon."

"Où... as-tu appris à masser ainsi ?..."

"C'est improvisé."

"Menteur."

Petit sourire d'Aiacos. "Mon père..."

"Quel homme de qualité."

"Ceci ne l'a guère sauvé."

"J'aurai aimé le connaître. Lui dire combien son fils était exceptionnel."

"Son héritier se vautrait dans la paille de riz avec un bandit notoire. Alors pardonne-moi, Minos !..." riant.

"C'était ton jardin secret."

"Je ne vais plus te lâcher, Griffon. Hypnos n'a qu'à bien se tenir !..." terminant le massage, laissant Minos se retourner, partageant son sourire. "Je te regarde et je me dis..." riant doucement à ce qu'il s'apprête à confesser. "... que j'ai une chance folle."

"Nous ne nous serions jamais rencontrés de notre vivant."

"Jamais."

"Si notre Seigneur ne nous avait pas appelés... je me demande ce que nous serions devenus."

"Oh, simple : tu aurais été un médecin respectable, camouflant un crime, et moi un chef de village qui aurait soupiré après une autre vie."

"Je me demande si tu avais été fidèle à ton épouse, Cos."

"Que je me permette des maîtresses aurait encore passé compte tenu de mon statut... par contre, un homme, non. Et Hadès sait que... je regardais plus fréquemment les gens de mon sexe." sur un petit rire coupable. "Mais toi... toi, dès le premier regard..." s'en pinçant la lèvre. "... la fièvre qui s'est emparée de moi... pour ne jamais me quitter." venant cueillir la bouche délicate et vulgaire à ses heures du Griffon. "... je n'aurai jamais toléré que tu m'échappes."

"Je n'en avais nullement l'intention, si cela peut te rassurer. Je voulais être à toi. Pour l'éternité."


Minos arrêta son pas devant Violate, genou à terre, sur le vaste pont.

"La règle du jeu n'a en rien changé, Béhémoth ; je te porte toujours une antipathie viscérale."

Si elle en avait eu le pouvoir, elle aurait répondu à Minos qu'il en était de même de son côté. "J'en prends bonne note, Seigneur Minos."

Le terme lui arrachait la bouche !... Elle le prononçait d'ailleurs de manière bien particulière, irritant au possible les oreilles du Griffon, contrairement au titre d'Aiacos qu'elle énonçait façon bonbon sucré !...

Minos eut un sourire qui n'augura rien de bon. D'un mouvement de Cosmic Marionation, il fit plier le second membre de Violate qui se retrouva des deux genoux sur le sol du pont, dans une attitude de totale soumission imposée.

"Cette position te sied bien mieux. Tu n'es bonne qu'à ramper, Violate. Que tu serves dans les troupes d'Aiacos n'y change absolument rien." assaisonné de tout le mépris disponible.

Violate serrait la mâchoire à s'en faire saigner la gencive. Humiliée. Une fois de plus !...

"Veux-tu bien cesser, Minos ?!" intervint la voix lourde d'Aiacos, bien décidé à s'en prendre tantôt au brave Procureur de Minos, tout en conservant évidemment un œil sur Sommeil qui demeurait la menace numéro un.

"Allons, Cos, laisse-moi me faire plaisir, tu veux ?" usant à nouveau de ses fils pour faire ployer le haut de son corps, expert, obtenant d'elle qu'elle se tienne à quatre pattes. "N'est-elle point belle dans sa position d'origine ?"

"Cesse." ferme et froncé.

"Enfin, regarde-la, Aiacos !..." dans un rictus dénotant la cruauté comme apanage absolu.

"Cesse ou... je ferai de la charpie brûlante de ton Procureur." soufflé à l'oreille du Griffon.

Minos fit la moue. "Tu es peu distrayant, Cos." libérant Violate à contrecœur.

"A présent, suis-moi, je te prie." ouvrant la marche, offrant sa vaste roue de plumes à la vue de Minos.

Violate se releva derechef, sous l'œil amusé de Minos. "Partie remise, Béhémoth."


"Quel plaisir prends-tu donc à rabaisser ainsi Violate ?" en chemin.

"Je lui rappelle simplement sa place, Cos. J'ai horreur des subordonnés qui s'imaginent être l'égal de leur chef."

"Dois-je te rappeler que tu as une dette envers Violate ? Sans son intervention, je ne serai sans doute plus là. Et toi non plus."

"Je ne compte pas lui être redevable l'éternité durant."

"Évidemment. Tu as bien mieux à faire." l'acculant contre un pan de mur sur un choc de surplis, envisageant sa jolie bouche d'un mouvement penché de la tête.

Griffon sentit immédiatement son corps répondre à la jolie entreprise de son cher Garuda, souffle se coupant d'emblée.

Aiacos passa ses lèvres sur le nez fin du Griffon avant de le riper de ses dents.

"Tu sais que tu m'atteins en t'en prenant à Violate."

"Oh, comprends moi, Aiacos !... Je ne puis plus utiliser Kripal à des fins aussi personnelles depuis que j'ai prononcé sa sentence."

"Tu es..." secouant la tête. "... abominable."

"Peut-être mais tu aimes ça. La preuve : tu en redemandes."

"Je dois avouer que ce petit jeu pervers entre nous me convient, voire même m'attise." attrapant la main de Griffon pour la place sur son entrejambe renflée que son surplis mettait si dangereusement à jour.

Aiacos ne lâchait pas la main de Minos, appuyant les caresses là où l'organe réagissait le plus, observant avec délectation la jolie bouche du Griffon s'entrouvrir de délice pour ne plus pouvoir se clore.

"Violate a beau être le meilleur de mes hommes, je ne lui accorderai jamais pareille faveur. Ta main... sait gâter mon sexe mieux qu'aucune autre ne saurait le faire."

"Cos..." de plus en plus agité de désir, enflant sous la jupe de son surplis.

"Alors dis-moi, Griffon... quel est le menu ?..."

Petit rire en face. "Oooooh... délicat... ou outrageusement sauvage, à toi de voir."

"Selon qui pilotera ?..."

"Je... me sens déjà en toi, Cos." étranglé de convoitise.

"Tu sais ce qui me plairait, Griffon ?... C'est de te voir dans des atours féminins."

Améthystes brillantes en face. "Vraiment ?..."

"Je pense que j'en perdrai tous mes moyens."

"Pas l'essentiel de tes moyens, j'ose espérer..."

"Non. L'essentiel sera maintenu bien haut, je puis te l'assurer. Alors ? Que penses-tu de ma proposition ?..."

"J'adhère. Quand mettons-nous cette idée en pratique ?..." camouflant bien mal son impatience.

"Ton moment sera le mien. Et... surprends moi, Minos." appuyant toujours davantage les caresses adverses, renflé à son maximum à présent.

"Je vais... te prendre dans ce couloir." étranglé de tension.

"Cela se mérite." basculant le Griffon d'un geste vif, face contre la paroi, écartant ses ailes pour y nicher. "Par Hadès !... Ton surplis couvre beaucoup trop !..."

Petit rire du Griffon alors qu'Aiacos s'évertuait à l'en défaire.

Même si la main était agile, l'esprit perdait rapidement toute patience.

Griffon l'y aida et le lourd pan comprenant le torse et la jupe, ouvert en deux, heurta le sol, entraînant les lourdes ailes dans leur chute.

Dès lors, Minos souleva la croupe dans une invitation sans équivoque.

Garuda fourra sa main dans la jolie nuque, y écrasant la belle chevelure argentée.

Les halètements se faisaient déjà lourds et Aiacos se défit en un tour de main, se dirigeant pour se faire glisser entre les jambes écartées de Griffon, s'y caressant à s'en faire suinter.

Minos palpitait déjà si... durement !...

Et Garuda en rajoutait en effectuant des rotations des hanches lui permettant de ne négliger aucun angle.

Griffon suffoquait, agriffé au pan de mur.

"Beg, Minos."

Griffon déglutit. "Wha... What ?... Never !..." sur le ton du défi.

Garuda s'approcha de l'oreille de son partenaire. "I said : beg." le gratifiant d'un coup de hanches puissant qui l'enfonça davantage entre les jambes écarts de son Griffon.

La poigne venait de se refermer autour d'un pan de cheveux argenté, dans une prise sans concession.

"Beg."

"Ne... ver..."

"Very well." défaisant la tenue de Minos d'une main, en arrachant littéralement des parties. "Now... let me show you." butinant l'entrée offerte sans pour autant y accéder pleinement.

"Haaaaaaah haaaaaaan... Cooooos !..." fou de plaisir inassouvi.

Mais ce n'était pas ce qu'Aiacos était venu chercher. "Express yourself, my loved one." reprenant possession des cheveux à sa merci, le cambrant à volonté, donnant des hanches.

"HAAAAAAAAAAAAAH !..." de plus en plus tendu sur l'avant mais n'abdiquant toujours pas.

"It would be so... easy for you..." soufflé chaudement contre la peau laiteuse de Griffon.

Quelques jurons norvégiens lui parvinrent en retour. Minos était littéralement en train de grimper le pan de mur, paumes et doigts ouverts sur la pierre de luxe, y étouffant des geignements et des grognements de plus en plus lourds, corps pris dans une véritable tourmente érotique. Le mot attendu, pourtant, se refusait de franchir les lèvres gercées par ses souffles.

Derrière, Aiacos s'évertuait, coups des hanches de plus en plus sauvagement, autre main pendant dans le vide pour faire balancier, tenant fermement Minos entre son corps et sa prise dans les cheveux.

Griffon était, à force d'excitation, totalement et joliment ouvert à présent. Et il suffisait à Aiacos de glisser en lui.

"Minos !... Haaaan, Minos !..." arrivant à bout de sa propre résistance.

Le jeu consistait bel à bien à faire ployer l'autre. A ce jeu-là, Aiacos possédait un savoir remarquable mais Minos, lui, pratiquait une belle résilience en réponse à ses assauts.

Minos, toujours agglutiné à la paroi, à la merci totale de son bel Oiseau, n'en pouvait plus de suffoquer. Il n'avait même pas le réflexe de s'empoigner pour se finir lui-même tant il n'était plus que vif plaisir. Les idées ne suivaient plus dans l'esprit en pleine tourmente du Griffon et ne lui venaient plus que des termes grossiers exprimés dans sa langue maternelle.

Chaque nouvelle poussée de la part d'Aiacos les livrait d'un pas de plus vers l'orgasme. Ce qui ne tarda pas.

Aiacos s'affaissa sur le dos du Griffon, lui-même en appui précaire, essoufflé comme un beau diable.

La prise dans ses cheveux venait de relâcher.

Des flaques laiteuses témoignaient de leur plaisir pris.

Minos n'avait pas cédé. Pas d'un pouce !...

"Je te... ferai cracher le morceau..." lui promit Aiacos, sur le ton du jeu, tout en caressant les flancs détrempés.

"Il faudra... te lever... bien tôt." en réponse immédiate, sourire audible.


Minos avait congédié tout son personnel, à l'exception de quelques gardes de rigueur - ceux dont la langue avait été tranchée.

D'un pinceau, il appliquait le carmin sur ses lèvres fines, les faisant ressortir de manière remarquable, en forme de jolie cerise, les pinçant pour en égaliser la couleur.

Cheveux remontés dans un chignon savant, retenu par un élégant catogan, Griffon était prêt. Il s'était parfumé à l'essence des fleurs les plus suaves des Enfers - les Agrélides, réputées pour leur pouvoir capiteux.

La soie de sa tenue lui était agréable au possible et il se leva pour faire quelques pas, traîne glissant derrière lui dans un froissement délicat de tissu précieux. Il effectua quelques pas de danse dans la vaste pièce, juché sur une hauteur dont il était peu coutumier mais qu'il maîtrisait.

Ce soir, assurément, Garuda n'aura d'yeux que pour lui !...