Note de l'auteur : Bonjour tout le monde ! Voilà, je vous l'annonce, vous êtes officiellement arrivés à la moitié de cette histoire ! Et comme je l'ai annoncé plus tôt dans mon chapitre 25, vous êtes à l'ouverture d'une deuxième partie de fiction, qui sera a peu près équivalente à la première partie de Sauver la princesse.

Comme on en arrive à un tournant important de mon histoire, j'ai quelques warnings supplémentaires à ajouter. Cette deuxième partie de récit va s'avérer plus sombre que la première. Je vous mets donc en garde, pour le chapitre 26 et la quinzaine de chapitres qui suivront, pour l'évocation et l'exploration des thèmes des troubles psychologiques de l'alimentation et du suicide.

Je n'avais pas précisé ces choses là quand j'avais publié pour la première fois mon histoire il y a bien six mois de ça maintenant, parce que le chapitre 26 me semblait quand même très loin. Mais à présent qu'on y arrive, j'ai également rajouté ces précisions dans l'en-tête de mon chapitre 1, puisque ce genre de contenu va commencer à apparaître à partir d'ici et que je veux que vous sachiez où vous mettez les pieds. Je précise également que je ne vous remettrai pas ces warnings à chaque début de chapitre, je considère que si vous êtes sensibles à ces thématiques il vaut mieux que vous arrêtiez votre lecture ici, même si je vous rassure quand même sur le fait que je ne tomberai pas dans l'horrifique ou quoi que ce soit du genre. Comme ce sont des thématiques qui resteront un fil rouge de mon histoire pendant un moment, je crois que ce serait alourdir peu utilement mes en-têtes avec choses répétées et évidentes à force de lire.

J'en profite aussi pour remercier chaleureusement toutes les personnes qui ont pris le temps de me faire part de leur retours et qui m'ont encouragé pendant tout ce temps ! Ça m'a beaucoup motivé pour continuer à publier chaque chapitre !

Si toutes mes mises en garde ne vous ont pas trop refroidis malgré tout, et que vous avez envie de continuer l'aventure avec moi, je vous souhaite une bonne lecture et une bonne découverte du début de cette deuxième partie !


Chapitre 26 – Tenter de vivre

« Maître… Vous ne touchez encore rien de votre assiette », retentit le timbre préoccupé de Hyôga depuis son coin de table.

Celui-ci reposa sa propre fourchette dans son plat pour toiser Camus de ses yeux clairs, un air mécontent au visage.

Le maître et le disciple étaient en train de partager leur repas du soir, après leur entraînement quotidien. Ils étaient tous les deux assis dans la cuisine de leur maison sur l'île de l'Aurore. Cela faisait désormais deux mois qu'ils étaient revenus chez eux, après la fin de mission du mage à la Citadelle Bénite.

Et depuis deux mois, les entraînements avaient repris à un rythme normal. Camus s'occupait toujours d'enseigner sa magie à Hyôga comme il l'avait fait avant qu'il ne parte en mission. Mais seulement voilà… Depuis qu'il était revenu de ce voyage sur la Grande Île de l'Au-Delà, Hyôga voyait bien que Camus était particulièrement, et inhabituellement maussade. Il lui enseignait encore sa technique, certes… Mais c'était peut-être bien tout ce qui n'avait pas changé dans son attitude.

Hyôga l'observait accomplir son devoir, mais… Il savait que son maître n'allait pas bien. C'était une évidence à ses yeux. Et le jeune homme ne savait pas ce qu'il pouvait faire pour l'aider. Camus était devenu… Pire que taciturne. Il ne parlait qu'à peine. Le soir, il se retranchait tôt dans sa chambre, prétextant de la fatigue… Et Hyôga se jurait en son for intérieur que certains soirs, dans le couloir, quand il passait devant la porte de sa chambre, il entendait faiblement son maître pleurer.

Depuis cette mission… Le mage avait changé. C'était comme s'il avait perdu quelque chose. Son entrain, son… Son enthousiasme à ce qu'il faisait, si on pouvait dire cela du mage habituellement.

Camus s'était enfermé dans un mutisme têtu, refusant de donner la moindre explication à Hyôga. Le disciple, dans les jours qui avaient suivi leur retour de la Citadelle, avait tenté de comprendre pourquoi son maître était revenu aussi dévasté. Et il n'avait eu que le silence comme réponse. La chose qui était même la plus bizarre, c'était qu'auparavant, Camus avait eu pour habitude de lui raconter comment se passaient ses missions, quand il rentrait. Il lui avait narré ses voyages et ses exploits en détail, et Hyôga avait adoré ces moments où son maître lui avait conté comment était le vaste monde, et les obstacles qu'il avait bravement combattus. Toutes ces histoires avaient contribué à forger l'admiration sans bornes que Hyôga lui vouait. Le disciple était capable de l'écouter des heures quand il voulait bien lui parler un peu de ses missions. Parfois, l'apprenti lui demandait même de lui re-conter certaines histoires à nouveau. Et avant cette dernière mission de sauvetage, Camus lui avait parlé de ses aventures sans se fatiguer. Il avait compris que c'était une chose importante pour Hyôga… Et cela avaient été des moments qu'il avait apprécié partager avec lui, avant.

Pourtant, de cette mission-ci, il n'en avait pas dit un seul mot. Mis à part qu'elle avait été un succès. Ce qui faisait encore moins de sens. Camus avait réussi à sauver la princesse, raison pour laquelle il était parti… Et depuis, il cachait comme il pouvait une mélancolie tenace. Le disciple jugeait même qu'il la cachait très mal. D'habitude, Camus maîtrisait vraiment très bien ce qu'il choisissait de montrer ou non. Et là… Son apprenti sentait parfaitement que quelque chose ne tournait pas rond. C'était palpable, même si Camus était un être calme.

Hyôga savait très bien que quelque chose s'était passé pendant ce voyage. Malgré ses dires, Camus le lui cachait. Et cette chose l'avait profondément ébranlé. C'était évident… D'abord sa crise de pleurs à l'auberge tout de suite quand il était rentré, puis son comportement depuis qu'ils étaient sur l'île…

Comme Camus avait catégoriquement refusé la moindre question ou la moindre enquête de sa part, cela faisait deux mois que l'esprit de Hyôga tournait et retournait sur cette question. Depuis que son maître était dans cet état, il lui était devenu extrêmement difficile de vivre avec lui. Et à chaque fois que Hyôga voyait une lueur triste passer dans les yeux de Camus, il se maudissait pour son impuissance. Il voyait bien que le problème n'était pas lié à lui, ou à son entraînement. Il le savait. Parce que depuis que son maître était rentré de cette mission, il lui disait très souvent qu'il était fier de lui, et qu'il était content de ses progrès. C'était peut-être le seul changement réellement positif. Et cela le touchait profondément. Le mage s'était inexplicablement décidé à lui dire franchement quand ses résultats étaient au moins un peu satisfaisants. C'était une chose qu'il n'avait pas eu l'habitude de faire avant. Hyôga avait toujours progressé sous son regard sévère, et il avait appris à se féliciter lui-même en pensée, puisque son maître ne lui avait accordé des gratifications que lorsqu'il avait littéralement accompli des exploits. Dorénavant, Camus lui exprimait sa satisfaction avec le plus grand sérieux, comme si… Comme si faire ces commentaires était devenu extrêmement important à ses yeux. Hyôga ne comprenait pas la raison de ce revirement, même s'il lui était éminemment agréable.

En revanche, ce qui le préoccupait le plus, c'était la santé réelle de son maître. Au fil des jours, Camus se décomposait lentement, mais sûrement. Le mage, même s'il prétextait se coucher tôt, n'avait pas l'air de bien dormir la nuit. Il était souvent cerné, et de fait, il avait l'air très fatigué. Là aussi, lorsque Hyôga voulait simplement s'assurer de sa bonne santé, qu'il lui posait des questions, ou qu'il avait l'audace de faire un commentaire, il se faisait rabrouer sèchement. Le mage lui avait fait savoir, avec une intransigeance qu'il trouvait limite blessante, qu'il n'avait pas à s'occuper de son bien-être et qu'il le faisait très bien tout seul. Seulement, cela énervait beaucoup le disciple. Parce que manifestement, Camus ne s'occupait plus de sa propre santé avec la même rigueur qu'autrefois. Et cela effrayait beaucoup Hyôga. Camus avait pourtant été le premier à lui dire que bien dormir et manger étaient des choses essentielles avant que de s'attaquer à un entraînement difficile… Et pourtant, depuis au moins deux bonnes semaines, il se battait littéralement avec son maître à tous les repas pour qu'il finisse ses assiettes. Celui-ci n'aimait pas les reproches que son disciple lui faisait à ce sujet. Il lui disait souvent sur un ton cinglant qu'il savait ce qu'il faisait, et qu'il était bien assez nourri. Mais Hyôga tenait bon. Il avait l'impression affreuse que… S'il ne se battait pas avec lui là-dessus, son maître serait capable de ne rien manger du tout.

« Cesse de me faire des remontrances, Hyôga, tu m'énerves, retentit la voix sèche de Camus, comme escompté. Aux dernières nouvelles, c'est encore moi, ton maître. »

La routine se répétait, encore et encore, pensa le disciple, qui n'en pouvait plus. Et cette fois, ç'en était trop, décréta-t-il. Il faisait ce qu'il pouvait pour respecter son maître, malgré les changements rudes qui s'étaient opérés pendant les dernières semaines, mais il en avait marre. Camus ne voulait rien entendre. Et Hyôga savait que ses angoisses étaient légitimes. Il trouvait que le mage était injuste envers lui… Et il n'avait pas l'habitude que son maître se comporte ainsi. Hyôga avait connu Camus sévère, Camus intransigeant. Oui. Mais Camus n'avait jamais été injuste. Et cela le blessait qu'il agisse de cette manière. Il savait que sur ce point-là, alors qu'il ne faisait que se soucier de sa santé, son maître l'était. A la fois envers lui, et envers lui-même.

Hyôga croisa ses bras sur sa poitrine d'un air mécontent. Camus le regarda faire, impassible.

« Mange, Hyôga, fit le mage sur un ton uni. Ça va être froid.

- Non, le renseigna son disciple avec colère. Voyez, je prends exemple sur mon maître. »

Le regard de Camus s'obscurcit face à l'insolence soudaine de son disciple.

« Je te défends de me parler ainsi, Hyôga, répondit-il froidement. Tu fais ce que je te dis, un point c'est tout.

- Non, répliqua encore Hyôga, nettement fâché. J'en ai marre.

- Hyôga, fit plus dangereusement Camus. Je peux savoir ce qui te prend ?

- Il me prend que j'en ai marre ! Se répéta vivement l'intéressé. Vous ne mangez rien depuis des semaines et c'est moi qui dois finir mes assiettes ?! Mais vous vous écoutez, parfois ? Vous vivez dans quel monde ?

- Tu n'as pas à t'occuper de ce que j'avale, tonna froidement son maître, visiblement piqué au vif. Moi, en revanche, j'ai la responsabilité de m'occuper de toi. Et l'inverse n'est pas vrai. Alors je te somme de m'écouter quand je te parle !

- Je n'obéis plus aux ordres de quelqu'un qui en manque, de responsabilité ! » Répliqua tout de suite le disciple.

A ces mots, Camus pâlit de colère.

« Hyôga, tu as intérêt à cesser de m'insulter immédiatement ! S'exclama le mage, qui commença à perdre son calme.

- Seulement quand vous cesserez d'être aussi injuste avec moi !

- Je ne suis pas injuste, prononça sévèrement Camus. Et si tu ne veux pas que je le devienne, je te conseille vivement de te calmer.

- Si ! Renchérit Hyôga. Vous êtes injuste ! Et ça fait des semaines que vous l'êtes ! »

Camus serra un poing. Il tenta de contenir son ressenti. Cela ne servait à rien de s'énerver.

« Je suis injuste, répéta-t-il, réfrénant mal sa colère. Bien sûr. Qu'est-ce qu'il y a, Hyôga ? La maison n'est pas assez confortable ? Ton lit n'est pas assez moelleux ? Tu ne manges pas à ta faim ? Je ne te félicite pas assez pour tes progrès, peut-être ? Non ! Il ne m'avait pas semblé ! Alors tu vas me cesser ce petit numéro ! Tu te comportes comme un ingrat ! Tu en as conscience, j'espère ?

- La question n'est pas là ! S'exclama le disciple. Et vous le savez très bien ! Arrêtez de me prendre pour un idiot !

- Il ne m'avait pas semblé que je te prenais pour un idiot, déclara plus posément Camus. Tu ne serais pas sous mon toit si c'était le cas. Alors tu vas me faire le plaisir de te calmer, maintenant. Cela suffit.

- Non, je ne me calmerai pas ! Hors de question ! Je n'en peux plus de vous voir vous affamer sans rien faire ! Cria Hyôga.

- Hyôga, un mot de plus et tu files dans ta chambre, le menaça Camus en l'assassinant du regard.

- Eh bien, allez-y, envoyez-moi dans ma chambre comme un gamin ! Qu'est-ce que ça va changer ? S'énerva de plus belle son disciple. De toute manière, dans cinq minutes, c'est vous qui serez dans la vôtre ! Pour aller vous morfondre sur je ne sais pas quoi ! Alors on ne risque pas de se croiser, ne vous en faites pas ! »

A ces mots, Camus frappa violemment de sa paume sur la table. Toute la vaisselle trembla sous le choc.

« Tais-toi, Hyôga ! Cria-t-il, furieux. Si tu ne veux pas dormir dehors cette nuit, tu as intérêt à cesser tout de suite de me parler comme ça ! »

Hyôga, voyant que Camus venait de perdre autant son calme, écarquilla légèrement les yeux. Mais il ne s'avoua pas vaincu. Le silence retomba un instant sur les deux convives.

« Pourquoi vous refusez d'en parler ? L'interrogea plus calmement le disciple. Vous n'êtes pas dans votre état normal depuis que vous êtes revenu de cette mission, je le vois bien !

- Ce ne sont pas tes affaires, Hyôga, fusa immédiatement la réponse de son maître.

- Si ! Ce sont mes affaires ! Si vous continuez ainsi, vous ne serez plus capable de tenir debout pour continuer à m'entraîner ! Alors excusez-moi de m'inquiéter !

- Je vais très bien, se défendit mollement Camus.

- Je ne suis plus un enfant ! S'exclama Hyôga. Vous me mentez pour me protéger, mais ça ne sert à rien !

- Hyôga, je te l'ai déjà dit. Je vais bien. Et tu n'as pas à t'inquiéter pour ton entraînement, déclara Camus sur un ton glacial.

- Et pour vous ? J'ai droit de m'inquiéter, ou ce serait trop vous manquer de respect ?! »

Camus ne répondit rien. A la place, il posa un regard éberlué sur son disciple.

« Mais enfin, qu'est-ce qu'il t'arrive, Hyôga, pour te mettre dans un état pareil ? S'enquit-il d'une voix plus soucieuse. Tu es malade ?

- Je vous retourne la question ! Fit sèchement l'intéressé.

- Je te l'ai dit, Hyôga, je vais bien. Et puisque tu ne veux rien entendre, cette conversation est close. Je n'ai pas de temps à perdre avec une crise d'adolescence. »

Camus, sur ses entrefaites, se leva résolument pour aller débarrasser son assiette à moitié pleine. Hyôga blanchit sous l'insulte.

« Je ne fais pas une crise d'adolescence ! S'exclama le blond avec colère. Arrêtez d'être aussi injuste avec moi ! »

Camus, qui lui avait tourné le dos pour poser son assiette dans l'évier, poussa un profond soupir. Son disciple était tenace. Il n'avait rien de mieux à faire que de lui mettre son état de nerfs sur le dos ?!

« Pour la dernière fois, Hyôga, cesse de dire que je suis injuste avec toi, ou ça va mal finir, lui asséna Camus sans se retourner.

- Oui, je vous le confirme ! Ça va mal finir, à ce train-là, si vous continuez de vous épuiser et de ne rien manger !

- TAIS-TOI ! » Hurla soudainement Camus.

Un silence de mort s'abattit sur le maître et l'apprenti. Camus agrippa compulsivement le bord de l'évier. Il fallait qu'il se calme. Qu'il se maîtrise. Il se sentit se mettre à trembler légèrement. Il ne pouvait pas craquer. Pas maintenant. Pas devant son disciple. Dans la chambre, ce soir… Eventuellement. Mais pas avant.

Derrière lui, il entendit les pas hésitants de son disciple s'approcher. Celui-ci s'arrêta derrière lui dans le silence pesant de la cuisine.

« Maître, l'appela-t-il d'une voix inquiète.

- Qu'est-ce que je fais mal, Hyôga ? L'interrogea Camus sur un ton tremblant, sans se retourner. J'ai toujours tout fait pour que tu sois bien. Pour que tu sois en bonne santé. Que tu sois heureux. Je me lève tous les jours pour t'entraîner… Je te fais à manger, je… Je donne tout pour que tu apprennes la magie dans de bonnes conditions. Je te donne toute mon énergie… Et ce n'est pas assez.

- Maître Camus, je ne vous reproche rien, essaya Hyôga.

- Tous les jours, j'essaye de tenir, continua son maître sans l'écouter. Je fais l'effort de… Faire tout ça, malgré… Malgré tout. Qu'est-ce que tu veux de moi, au juste ? Que je sois meilleur ? Que je sois parfait ? Je voudrais l'être, crois-moi… Je voudrais que tu ne puisses rien me reprocher, Hyôga. Et malgré tout… Malgré tout ce que je fais, tu trouves encore des choses à redire de moi. Je ne saurais pas… Je ne sais plus être ce que tu veux que je sois. Je ne pourrai pas être plus. Je te donne déjà mon maximum… Et si ça ne te convient pas, je ne pourrai rien de plus pour toi. »

Sentant qu'il risquait de se mettre à pleurer, et qu'une telle chose était parfaitement inadmissible à faire devant son disciple, le mage se détacha précipitamment de l'évier dans l'optique de fuir de la cuisine. Il n'eut le temps que de faire quelques pas avant de se faire rattraper par son élève, qui passa ses bras autour de lui pour le bloquer par derrière. Camus en sursauta.

« Attendez, maître ! S'exclama la voix chagrine de Hyôga. Ne partez pas !

- Je crois que tu as fait assez de dégâts pour ce soir, lui asséna Camus d'une voix brisée. Alors, lâche-moi.

- Non ! Refusa Hyôga. Maître, je suis désolé. Je ne voulais pas vous blesser. Je vous le jure.

- Eh bien la prochaine fois, apprends à mesurer ton langage », prononça Camus, qui sentit une larme couler sur sa joue.

C'est au moment où il alla essuyer la traîtresse d'un geste discret qu'un phénomène inattendu se produisit. La bague qu'il avait à la main droite se mit à éclairer doucement les alentours d'une lumière dorée et apaisante. Hyôga, en apercevant la lueur, lâcha Camus. Il vint tout de suite se planter devant lui pour observer ce qu'il se passait, à la fois surpris et émerveillé.

« Ouah ! S'exclama-t-il en penchant le regard sur sa main. Vous avez vu ça, elle brille, votre bague ! C'est vachement beau ! C'est un objet magique ? »

Puis le disciple posa le regard sur le visage de son maître, où une larme unique coulait silencieusement.

« Maître Camus ! S'affola-t-il tout de suite en s'en apercevant. Oh, non ! Ne pleurez pas ! Ne pleurez pas… »

Sans lui demander son avis, Hyôga alla le prendre dans ses bras, de face, cette fois. Camus ne chercha pas à le repousser, mais il ne rendit pas l'étreinte.

« Je suis vraiment désolé, s'excusa une nouvelle fois le jeune homme. Je ne voulais pas vous mettre dans cet état. Je n'aurais pas dû crier, pardon… Je suis simplement très inquiet pour vous.

- Tu n'as pas à t'inquiéter pour moi, lui parvint la voix absente de Camus.

- Si, je m'inquiète pour vous. Vous êtes mon maître, et je tiens beaucoup à vous, fit sincèrement Hyôga. C'est normal que je m'inquiète, quand je vous vois aller mal. »

Camus ne répondit rien. Il poussa simplement un soupir résigné. Et finalement, il choisit de poser légèrement ses mains dans le dos de son disciple.

« Venez vous asseoir dans le canapé, proposa Hyôga en se détachant de lui. Je vous fais une boisson chaude. Vous serez mieux que tout seul dans votre chambre. Vous ne voulez pas ? »

Camus acquiesça, et tenta de se maîtriser complètement. Il laissa son disciple le guider vers le canapé. Celui-ci le regardait avec sollicitude. Si mon disciple se met à me réconforter et à s'occuper de moi, c'est que l'heure est grave, pensa Camus en pestant contre son manque de contrôle. Il n'aimait pas être pris en position de faiblesse. Il avait appris à être fort, à faire fi de ses émotions, pour Hyôga… Pour que celui-ci ait l'impression d'être protégé, d'avoir toujours un point d'ancrage solide. C'était ce qu'il devait représenter pour lui. Mais en ce moment, il n'y arrivait plus. Il se sentait fatigué. Cela faisait une semaine qu'il avait l'impression d'être à bout de nerfs. Il se sentait en train de faiblir, et de sombrer, et il ne savait pas comment faire pour l'arrêter. Il pensait trop à… Non, il le fallait pas qu'il y pense.

Camus fit dériver ses pensées pour ordonner à la bague de cesser d'émettre sa lumière. Celle-ci s'éteignit immédiatement. Ce n'était pas le moment de la regarder. Il passait trop de soirées à la triturer dans tous les sens, en ce moment, pour essayer de s'imprégner de sa lumière réconfortante. Ces soirs-là, Camus tentait d'arrêter de pleurer sans discontinuer. Cela lui arrivait de ne pas voir le bout de son chagrin. Camus voulait désespérément tromper le vide, ce vide affreux qu'il ressentait, et il le faisait en regardant la bague. Mais il n'y arrivait pas. Il n'en dormait plus. Ou mal. Il avait l'impression de ne plus tenir. Son disciple… Avait parfaitement raison. Et c'était peut-être cela qui le mettait autant en colère, dans ses propos. Hyôga lui reprochait des choses entièrement fondées, mais sur lesquelles il avait l'impression de n'avoir aucun pouvoir. Était-ce de sa faute s'il n'avait pas faim ? S'il dormait mal… ? Le mage n'aimait pas ce qu'il était en train de devenir. Il n'aimait pas cet état de faiblesse insupportable. Mais il ne savait pas comment faire pour s'en sortir. Il ne pouvait pas oublier… Parce qu'il l'avait promis. Mais comment se débarrasser de la douleur ?

Hyôga le sortit de ses pensées en revenant dans le salon, avec deux tasses fumantes à la main. Il vint s'asseoir dans un coin de canapé à côté de son maître, son breuvage à la main. L'autre, il l'avait posé dans sa course sur la petite table basse, face à Camus.

« Je vous ai fait une infusion. Ça vous ira ?

- Oui. Merci, Hyôga. »

Le blond hocha de la tête, un peu rassuré. Son maître avait cessé de pleurer, et c'était déjà ça. Il s'était un peu attendu à ce que Camus perde son calme, lorsqu'il avait décidé d'insister sur le sujet apparemment épineux de la nourriture… Mais pas qu'il se mette dans cet état. L'apprenti s'en voulait un peu. Il n'avait pas voulu causer plus de détresse que celle que ressentait déjà son maître. Ce qui le mettait en colère, c'était de ne rien pouvoir faire. Parfois, il avait l'impression qu'il ne suffisait pas, lui aussi. Il aurait voulu pouvoir rendre son maître heureux rien qu'avec ses progrès. Mais ce n'était pas le cas, et cela le rendait très triste. Ce qu'il voulait faire, c'était aider. Il voulait vraiment que son maître aille un peu mieux.

Hyôga avisa la bague au doigt de Camus, qui s'était éteinte. Encore un des mystères de la quête de Camus, que celui-ci n'avait pas éclairé pour lui. Le disciple avait vite remarqué que le mage portait cette bague dorée lorsqu'il l'avait revu. Elle était très joliment ouvragée. Il y avait aussi, ce drôle de ruban rouge que son maître avait au poignet, et qu'il triturait de temps en temps, machinalement. En tout cas, il ne s'était pas attendu à ce que l'un de ces objets soit magique. Ce qui lui faisait se poser la question d'où Camus avait bien pu trouver ces deux choses. Il n'avait pas pu les acheter. Et puis, maître Camus, aller dans une boutique pendant une mission, juste pour acheter un ruban rouge vif ? Alors qu'il avait potentiellement mieux à faire ? Cela ne lui ressemblait pas. Ce n'étaient même pas les couleurs qu'il mettait habituellement, en plus ! Où avait-il dégotté ces deux choses ?

« Je ne savais pas qu'elle brillait, votre bague, commenta Hyôga en commençant à siroter sa boisson. Elle est très jolie, en tout cas. »

Camus baissa un regard mélancolique dessus. Il ne répondit absolument rien.

« C'est un objet magique ? » Tenta de savoir le disciple, qui ne lâchait pas l'affaire.

Son maître poussa un petit soupir.

« Oui… C'est bien un objet magique, daigna-t-il expliquer. C'est… Une bague de lumière.

- Une bague de lumière ? Répéta Hyôga, intrigué. Et… A quoi elle sert ? »

Il y eut un silence.

« C'est un artefact, qui aide, entre autres, à se repérer dans les endroits obscurs, révéla Camus en contemplant davantage la bague à son doigt.

- Entre autres ? Releva le plus jeune. Qu'est-ce que vous voulez dire par là ?

- Je veux dire que ce n'est probablement pas la seule utilité de cet objet, extrapola le mage. Je ne suis pas sûr qu'il ne s'agisse simplement que d'une lampe. Elle émet une lumière… Particulière. »

Le disciple garda le silence quelques instants. Il se contenta d'observer l'objet sur la main de Camus, fasciné.

« Et vous pouvez lui demander d'éclairer quand vous voulez ?

- Plus ou moins, oui, déclara Camus en haussant les épaules.

- Plus ou moins ? Fit Hyôga, intrigué.

- Tout à l'heure, elle s'est allumée à mon insu, lui révéla le mage d'un air pensif.

- Parce que vous pleuriez ? Tenta le disciple.

- Je ne sais pas », lui avoua Camus, sombre.

Hyôga essaya un faible sourire.

« Vous pourriez la rallumer ? Je voudrais bien revoir cette lumière. »

Le regard du mage se troubla instantanément. Il hésita. Était-ce une bonne idée ?

« Très bien, mais… Pas longtemps », fit-il à contrecœur.

La bague s'illumina aussitôt. Le disciple se pencha pour la regarder de plus près.

« Elle est vraiment très belle, cette lumière, murmura-t-il en l'observant attentivement. Très… chaleureuse, je dirais. On dirait presque… »

Hyôga hésita. C'était un peu bizarre, ce qu'il allait dire.

« On dirait presque quoi ? Le reprit Camus en haussant un sourcil.

- Euh… Hésita le plus jeune. Vous allez trouver ça idiot. Mais… On dirait qu'elle a une personnalité, cette lueur. Vous ne trouvez pas ? »

A ces mots, Camus écarquilla les yeux. Comment est-ce que Hyôga pouvait ressentir lui aussi que… ?

« J'ai dit une bêtise ? S'informa l'apprenti d'une petite voix, en voyant que son mentor s'était figé.

- Non, répondit sobrement son interlocuteur, qui se reprit instantanément. Non, je trouve aussi. »

Un air triste passa sur le visage de Camus. Hyôga comprit qu'il avait probablement touché une corde sensible. Il ne valait mieux pas demander pour le ruban rouge, dans ce cas, pensa-t-il d'instinct. Il ne voulait pas causer à son maître plus de peine que nécessaire.

« Maître, je ne vous demanderai pas de me raconter cette mission si vous ne voulez pas, déclara timidement Hyôga. Mais… Il y a quelque chose qui vous a rendu triste, là-bas, pendant votre voyage. Je le sais. Vous avez l'air… Vous n'êtes plus comme d'habitude, depuis que vous êtes rentré. Et je me disais… Peut-être qu'aller faire une autre mission pourrait vous changer les idées. Vous ne pensez pas ? »

Camus poussa un profond soupir. La bague s'éteignit. Puis il attrapa finalement la tisane que Hyôga lui avait préparée sur la table basse. Il en but quelques gorgées d'un air pensif.

« Je ne sais pas, Hyôga. Il y a ton entraînement, et je ne voudrais pas le négliger non plus.

- Vous n'êtes pas obligé de partir longtemps. On pourrait retourner un peu à la Citadelle, et vous demandez au Grand Pope de vous trouver quelque chose de pas trop long à faire.

- Tu t'ennuies déjà, avec moi ?

- Non, non, pas du tout, maître ! S'empressa Hyôga. Je ne m'ennuie jamais avec vous, rassurez-vous.

- Mais ? S'enquit Camus, qui savait qu'il y avait un « mais ».

- Mais cela vous ferait peut-être du bien, de changer d'air, lui proposa son disciple. De vous occuper à autre chose, un peu. Et moi, ça me dirait bien de retourner à la Citadelle Bénite. Pour revoir Shun, par exemple. »

A ces mots, un sourire discret naquit sur le visage du maître des glaces. C'était vrai que Hyôga s'entendait particulièrement bien avec le jeune homme aux cheveux et aux yeux verts, à l'auberge de la Citadelle. Shun était un gamin très gentil. Camus comprenait parfaitement que Hyôga s'en soit fait un ami.

« Il te manque ? L'interrogea son maître avec curiosité.

- Ben, oui, un petit peu », admit Hyôga, légèrement embarrassé.

Le mage dévisagea son jeune élève, attendri. Avant de partir sauver la princesse, il n'avait pas trop réfléchi au fait que Shun et son disciple…

Non, il n'avait pas vraiment le droit de faire de plan sur la comète, en fait, se reprit-il intérieurement. Tout le monde n'était pas comme lui. En tout cas, effectivement, son disciple était assez proche de ce Shun. Il se demandait ce qu'en penserait… Non ! Ne pense pas à lui, se fustigea-t-il dans son propre esprit.

En voyant le regard de Camus redevenir triste, Hyôga fronça les sourcils.

« Maître ? » L'appela-t-il, inquiet.

Camus, prit sur le fait, tenta de se recomposer davantage. Il laissait vraiment trop ses pensées dériver. C'était insupportable.

« Tout va bien, Hyôga, le renseigna-t-il, un fond de lassitude dans la voix. Et puisque cela te fait plaisir, nous irons à la Citadelle Bénite demain. Nous partirons à l'aube. »

En entendant la nouvelle, Hyôga lui fit un grand sourire.

« Chouette ! S'illumina-t-il tout de suite. Merci, maître.

- Nul besoin de me remercier, répondit l'intéressé en secouant la tête.

- Ben, je suis content ! Le renseigna Hyôga, apparemment ravi. En tout cas, j'espère que ça vous fera du bien, à vous aussi, de voyager un peu. Sincèrement. »

Camus ne répondit rien. Il se contenta d'avaler les dernières gorgées de son breuvage. Une fois que cela fut fait, il se leva du canapé pour aller poser la tasse à la cuisine.

« Tu ne devrais pas trop tarder à aller te coucher, Hyôga », déclara Camus sur un ton uni, lorsqu'il repassa dans le salon. Il avait à présent dans l'optique de rejoindre sa chambre pour la nuit. « Demain, nous partons tôt.

- Oh, vous ne voulez pas rester un petit moment avec moi ? Plaida Hyôga d'un air enfantin.

- Hyôga, je suis fatigué… Je ferais mieux d'aller me reposer, soupira son maître. Et toi aussi.

- S'il vous plaît, maître Camus, le pria Hyôga avec des yeux brillants. J'aime bien passer du temps avec vous. Depuis que vous êtes rentré de cette mission, vous ne m'avez plus raconté une seule histoire. »

Camus s'arrêta dans sa marche. Il considéra un instant son disciple, qui se fendait d'une moue suppliante. Celle-là, le maître des glaces la connaissait bien. Hyôga en jouait dès qu'il voulait lui demander quelque chose qu'il allait refuser. Son disciple essayait de l'avoir comme ça depuis sa plus tendre enfance. Il prenait un air redoutablement attendrissant pour arriver à ses fins. Malgré ses efforts pour se montrer impassible et résister à ses prunelles suppliantes, Camus était tombé dans le piège bien malgré lui de nombreuses fois.

Le mage considéra ses options. Il se sentait fatigué, c'était véridique. Il n'avait absolument pas menti à son disciple, en le lui disant. Et c'était vrai qu'il valait mieux qu'ils se reposent tous les deux. Le voyage en bateau pour aller à la Citadelle Bénite prenait un jour entier de trajet, à travers la Mer de l'Inconnu. Il faudrait être alerte pour conduire correctement le bateau, même si à présent, Hyôga savait très bien faire, et qu'ils se relayaient. Mais en même temps… Qu'est-ce qui l'attendait vraiment, ce soir-là ? Il irait se coucher, le vide le frapperait comme toutes les nuits, et il se mettrait certainement à pleurer plusieurs heures, comme d'habitude. Dans la solitude désespérante de sa chambre. Et à la place, il pourrait éventuellement passer un peu de temps avec son disciple, qui désirait sa présence. C'était vrai que cela faisait longtemps qu'il n'avait pas partagé un moment avec lui, ainsi. Après cette dispute… Peut-être était-il recommandé qu'ils effacent ce moment désagréable de leur esprit, pour le remplacer par quelque chose de plus heureux.

La décision était prise.

Camus, sans prononcer un seul mot, dévia de son itinéraire, et revint s'asseoir sur le canapé où Hyôga était déjà installé. Celui-ci lui fit un grand sourire en le voyant céder à sa supplication. La technique des yeux doux marchait toujours, apparemment.

« Que veux-tu que je te raconte, dans ce cas ? S'enquit-il en regardant Hyôga.

- Vous ne me liriez pas quelque chose ? Lui demanda l'intéressé avec un sourire encourageant.

- Que je te lise quelque chose ? Fit Camus en fronçant les sourcils. Tu as quel âge, Hyôga ? Ne me dis pas que tu as encore besoin d'une histoire pour t'endormir ? »

Hyôga pouffa devant la remontrance. Il savait qu'elle était creuse. Camus rechignait surtout pour la forme. Le disciple en était convaincu.

« Pourquoi pas ? Lui répondit Hyôga sans s'embarrasser. Ça fait longtemps que vous ne l'avez pas fait. Et puis, je trouve que vous lisez très bien. »

Camus hocha de la tête distraitement. Il se leva et alla attraper un ouvrage dans la bibliothèque qui se trouvait dans le salon. Il en montra la couverture à son disciple.

« Cela t'ira, ça ? S'enquit-il avec sérieux.

- Ce sera parfait, maître. Merci beaucoup.

- Je t'en lirai un bout, mais pas trop longtemps. Je ne veux pas que tu te couches trop tard.

- Tout ce que vous voudrez, maître ! » Acquiesça complaisamment l'apprenti, d'un air plus que ravi.

Hyôga était très heureux de voir son maître reprendre sa place d'autorité protectrice et apaisante. Il n'y avait pas eu droit depuis un petit moment. Cela lui avait beaucoup manqué, constata-t-il, une fois que son maître commença à lire le premier chapitre de son livre à voix basse.

Camus avait toujours été doué pour raconter des histoires, quelles qu'elles fussent. A la fois les siennes, et celles qui se trouvaient dans les livres. Il y mettait le bon ton, et on sentait qu'il aimait vraiment les légendes et les récits. Et cela faisait simplement plaisir à voir, de l'observer être autant dans son élément. D'autant que cela rappelait à Hyôga de très bons souvenirs d'enfance. Les moments où son maître lui avait raconté des histoires pour l'aider à calmer son chagrin, quand il avait trop pensé à sa mère, étaient fermement ancrés en lui comme les souvenirs les plus précieux du monde. Camus, malgré une certaine rigidité et sévérité avec lui, avait également su se montrer doux, dans ces moments-là. Hyôga en gardait un souvenir sincèrement ému.

Au bout d'une petite heure de lecture à voix haute, Camus finit par s'interrompre. Il avait la gorge un peu sèche à force de parler sans cesse. Et puis, il considérait que cette fois, il était vraiment l'heure d'aller se coucher. Son disciple devrait être en forme pour le lendemain.

Lorsque Camus referma son livre et tourna la tête pour contempler son élève, il eut la surprise de constater que celui-ci s'était profondément endormi pendant sa lecture. Il était assis mollement dans le canapé, la tête reposant contre le haut du dossier, les yeux résolument clos. Le mage ne put retenir un sourire attendri. Apparemment, son élève avait vraiment eu besoin de son conte du soir. Le mage secoua la tête, amusé. Ce gosse ne changerait jamais. Cela rassurait un peu le mage des glaces, qui avait l'impression de le voir grandir trop vite. Hyôga, même plus grand, restait Hyôga. Cet enfant attendrissant qui aimait les histoires, et qui s'endormait au son de sa voix. Camus, avec une discrétion toute naturelle car très entraînée, alla ranger silencieusement son livre sur l'étagère où il l'avait pris. Puis il revint vers Hyôga, qui dormait toujours assis sur le canapé. Le mage le regarda un instant. Il faudrait ramener le plus jeune jusqu'à son lit, pour qu'il passe une bonne nuit. Il pourrait le réveiller, pour lui dire de se lever et d'y aller lui-même, mais… Camus n'en avait pas le cœur. Alors il se pencha doucement sur son disciple pour le soulever dans ses bras. Celui-ci grogna mais ne se réveilla pas.

Camus traversa le couloir qui menait à la chambre de son disciple en le tenant avec précaution entre ses bras. Il entra silencieusement dans la pièce, et une fois qu'il fut devant son lit, il déposa en douceur l'adolescent dessus. Prévenant, il alla même le recouvrir d'une couverture. Hyôga et lui-même n'étaient pas sujets à avoir froid, mais bon… C'était toujours plus agréable d'avoir quelque chose sur le dos, pour dormir.

Une fois que Hyôga fut bien installé, Camus fit un nouveau sourire. Non, certaines choses ne changeaient pas, c'était certain. Le mage des glaces était heureux que son disciple soit à ses côtés, malgré la peine immense qu'il ressentait ces derniers temps. Hyôga n'en avait pas conscience, mais il l'aidait à tenir le coup. Il ne savait pas dans quel état il aurait été s'il n'avait pas eu son disciple à instruire. Heureusement qu'il pouvait toujours partager avec lui ce genre de moments. Il n'osait s'imaginer son quotidien s'il avait vécu seul.

Camus embrassa légèrement le front de son disciple dans un réflexe purement parental.

« Dors bien, Hyôga », murmura-t-il à voix basse, avant que de quitter la chambre.

Le maître prit bien soin de refermer délicatement la porte sur son disciple endormi, pour ne pas troubler son repos.

Demain serait un nouveau jour…