Pardon pour cette longue attente. J'espère que le smut vous aura aidé à tenir. Il me fallait redistribuer les cartes et mettre en place de nouvelles intrigues pour faire avancer l'histoire. J'espère que ce sera à la hauteur.
Les Fantômes de Mustafar
Bam… bam… bam…
Le bruit du bois qu'on cogne du poing tira Rey du sommeil. La jeune femme grommela, sans ouvrir les yeux. Elle n'avait vraiment pas envie de se lever. Le lit était chaud et moelleux. Et elle faisait un si doux rêve…
Bam… bam… bam…
Elle rabattit l'édredon au-dessus de sa tête et s'enroula dedans comme une chenille dans son cocon. Le monde n'allait pas s'écrouler si elle paressait au lit encore un peu…
Bam… bam…bam…
Elle se fichait de savoir ce qu'on lui voulait. Qui que soit cet importun, il se lasserait avant elle.
Rey se retourna sur le matelas – décidément très grand –, essayant de mettre plus de distance entre elle et la source du bruit. Peut-être qu'en creusant un trou assez profond dans le matelas, elle arriverait à ne plus entendre le martèlement sur la porte. Son visage heurta alors quelque chose de dur, de chaud et de doux à la fois. Ça sentait l'homme et ça respirait comme un homme.
Bam… bam…bam…
- Sire !?
Le mur de chair contre Rey se mit à bouger. Une voix rauque résonna au-dessus d'elle.
- Qu'y a-t-il ?
Elle entendit le grincement des gonds, le claquement des semelles sur le parquet, et la voix chevrotante du serviteur qui avait eu le malheur de venir tirer le souverain de son sommeil.
- Majesté, les ambassades de Corelia et d'Aladeraan sont là.
- Et bien, occupez-vous d'eux.
- C'est que… les émissaires demandent tous quand ils pourront vous voir. Et le chevalier Imaze veut savoir si la réunion avec les seigneurs de l'Ouest doit être maintenue à la même heure.
Enfouie sous sa couette, Rey n'osait pas bouger d'un pouce. Elle imaginait d'ici la tête du serviteur s'il l'apercevait ainsi lovée contre le corps du Roi. Dans son lit ! Le temps de soupirer et tout le château serait au courant. Comment faire face aux autres serviteurs, à la cheffe cuisinière, aux couturières ? A Finn ?!
Alors qu'elle demeurait pétrifiée au fond de sa cachette, elle sentit le torse de Ben se redresser, appuyant son avant-bras contre les oreillers et callant délicatement sa main contre sa tête, par-dessus la couverture.
- Tu diras à Imaze que je rencontrerai les ambassadeurs en séance particulière après le repas. Et la réunion avec les seigneurs de l'Ouest est repoussée à demain matin.
Rey entendit le bruit des semelles frotter le sol, signe que le valet faisait demi-tour.
- Un instant, le rappela Ben.
Elle commençait à perdre patience. Non pas qu'il fut désagréable d'être collée peau à peau contre le corps de marbre de son amant, emmitouflée dans des draps de soie, sur un matelas en plumes… Mais elle commençait à avoir trop chaud, et du mal à respirer !
En plus, son estomac se mettait à gargouiller. La distribution du petit-déjeuner pour les domestiques devait déjà avoir commencé. Il fallait qu'elle s'extirpe du lit, qu'elle récupère ses vêtements, qu'elle fasse un détour par la pompe pour se rendre présentable et se débarrasser de l'odeur de Ben - pour ne pas encourager les remarques embarrassantes et les soupçons. Le temps qu'elle fasse tout ça, il n'y aurait plus que des miettes à manger à la table de la salle commune.
- Tu feras monter un plateau de victuailles, ordonna le Roi. Et ne lésine pas sur la quantité, je suis affamé.
- Oui, votre Altesse.
- Tu diras aussi aux servantes de préparer mon bain.
- Ne devrais-je pas plutôt demander à votre écuyère… ?
- Non, Rey a d'autres obligations pour ce matin. Inutile de la faire quérir.
Toujours pétrifiée contre la poitrine de Ben, la susnommée osait à peine respirer. Ben avait réclamé à manger ? Ben n'avait jamais d'appétit le matin. C'était toujours elle qui finissait le fond des écuelles… Oh !
Enfin, le serviteur ressortit en fermant la porte. Ce qui permit à Kylo de rapprocher son visage du bord de la couverture et de murmurer contre les cheveux de Rey.
- Tu peux te montrer, il est parti.
Rey s'agita, écarta d'un large mouvement du bras les couvertures, en poussant un grand soupir de soulagement.
- Quelle étuve, là-dessous ! s'exclama-t-elle en étirant son magnifique corps nu au grand jour.
Kylo sourit, admirant la manière dont la sueur qui perlait sur sa peau rendait des nuances chatoyantes sur sa poitrine et son ventre. Appuyé sur un coude, allongé sur le côté, près d'elle, il traçait du regard la carte des grains de beauté et des tâches de rousseur qu'elle avait sur les épaules et la gorge. D'une main, il repoussa une mèche de cheveux derrière son oreille. Avant de retracer du bout des doigts le contour de sa mâchoire, de glisser sur sa nuque pour venir redessiner ses clavicules.
Rey lui rendit son sourire, comme une enfant timide. Et en même temps, ses mains venaient aussi fureter sur sa peau : touchant sa poitrine, effleurant sa joue, ses lèvres et l'arrête de son nez. Elle adorait faire ça visiblement.
Ne pouvant résister au spectacle de ce banquet étalé sous ses yeux, il tendit la main vers un sein et en palpa la chair entre ses doigts. Il chercha l'approbation de Rey. Et comme elle dardait sur lui ses yeux brillants sans le repousser, il prit cela pour une invitation. Il se pencha sur elle et capturera un téton entre ses lèvres.
Rey poussa un feulement de chatte, tout en s'étirant sous ses caresses. Pendant qu'il taquinait ses pointes, elle jouait avec ses cheveux, glissait ses doigts sur sa nuque, puis ses épaules. La chaleur de sa peau, la dureté de ses muscles sous sa paume était aussi enivrante que de cajoler un fauve. Et le parfum de sa sueur, mêlée à celle du sexe, lui faisait tourner la tête.
Ben se glissa entre ses jambes, sans cesser de lui sucer les seins. Elle laissa échapper un gémissement lorsqu'elle sentit la pointe de son érection contre son sexe échaudé par la nuit précédente. Sans attendre, Ben repoussa les couvertures et alla caller sa tête entre ses cuisses. Ne laissant pas à Rey le temps d'hésiter ou de protester. Dès qu'il mit sa bouche contre ses lèvres et sa langue en elle, elle oublia tout ce qu'elle voulait faire dix minutes auparavant.
Après leur dernière étreinte, elle pensait être rassasiée, mais il suffisait que Ben souffle sur les braises pour que sa faim revienne.
Elle mordit dans l'oreiller pour étouffer sa jouissance. Il n'aurait plus manqué que quelqu'un pénètre dans la chambre – alerté par ses vagissements – et les surprenne : lui, le Roi des Sith, en train de lutiner la dernière Jedi.
Lorsqu'elle fut prête, il remonta entre ses cuisses, prenant ses chevilles pour enrouler ses jambes autour de ses hanches, et la pénétra prestement. Immédiatement, il l'entraina dans un balancement rapide et désespéré. Le lit tremblait sous la force de ses assauts. Et Rey avait elle-même l'impression d'être montée à cru sur un étalon sauvage.
Elle le soupçonnait de vouloir prendre sa revanche sur sa déconvenue de la veille… Oh Force ! On pouvait dire qu'il y arrivait très bien !
Elle perdit la notion du temps, jusqu'à ce qu'il se déverse en elle comme un torrent bouillonnant. A chaque fois qu'il jouissait, son corps semblait vaciller comme une montagne prise dans une avalanche. Puis il se laissait glisser contre elle, et enfouissait sa tête entre son cou et son épaule, comme un enfant quémandant une tendresse maternelle.
Rey ressentait plus que jamais leur différence de taille. Comme il lui aurait été facile de la briser en morceaux, de l'écraser sous son poids et de la vider de son souffle. Mais entre ses bras, il paraissait démuni sans défense.
Lorsque les servantes apportèrent de quoi préparer le bain, Ben s'était extrait du lit en prenant soin de tirer les rideaux du baldaquin pour que Rey ne soit pas visible depuis la chambre. Les plateaux du petit-déjeuner furent apportés au moment où l'eau bouillante fumait dans la grande cuve en étain.
- Vous vous occuperez de ça plus tard ! apostropha-t-il une lingère qui s'approchait du lit pour changer les draps.
La jeune femme s'écarta rapidement, mais nota que les rideaux avaient légèrement remué, que le linge qui s'en échappait était en piteux état et qu'une forte odeur de foutre s'en dégageait.
Kylo Ren renvoya tous les domestiques en réitérant l'ordre qu'on ne le dérange pas. Une fois que la porte refermée sur le dernier laquais, Rey bondit hors du lit comme un diable de sa boite, nue comme un nouveau né. Elle se précipita sur le plateau de fromages et de fruits frais. Elle mangea son petit-déjeuner sur les genoux de Ben, tandis que ce dernier picorait distraitement entre deux baisers déposés sur sa peau.
Ils s'installèrent ensemble dans la baignoire, lorsque l'eau fut à la température idéale. Ben remplissait déjà les trois quarts de la bassine à lui tout seul. Il fallut que Rey se cale entre ses jambes et demeure sans bouger, pour ne pas vider l'eau par des éclaboussures. Malgré ses protestations, Ben insista pour lui laver les cheveux et lui savonner le dos. Hormis le fait d'être plutôt à l'étroit, et que l'eau se refroidît assez vite, Rey dut reconnaître que le traitement était plutôt agréable.
- Dans la salle des sources chaudes, ça serait quand même plus commode, râla-t-elle pour la forme.
- Ça n'est pas possible, et tu le sais.
Ben était maintenant en train de lui tresser les cheveux. Elle était comme sa poupée, à présent.
- Je sais : discrétion, qu'en-dira-t-on, complot, blablabla…
- Tu devrais prendre ça très au sérieux. Je suis sur le point de négocier l'alliance la plus importante de ma vie. Si je parviens à mettre dans mon camp les plus grandes puissances du continent : toi et moi, nous serons invincibles. Et plus rien ne pourra se mettre entre nous.
Il acheva la dernière tresse et lui déposa un baiser sur l'épaule. Rey compris ainsi que la séance de bain était terminée. Elle sortit de la bassine et s'enroula dans une serviette en toile laissée près de l'âtre. Ben l'imita. Elle dut encore se mettre à plat ventre sous le lit pour récupérer ses vêtements – qui y avaient été glissés la veille – tandis que Ben ouvrit l'un des coffres de la chambre pour en retirer sa tenue pour la journée.
- Je n'aurai pas beaucoup de temps à te consacrer, aujourd'hui, lui glissa-t-il en guise de salut avant qu'elle ne regagne sa propre chambre. Tâche de t'occuper jusqu'à ce soir. Et retrouve-moi ici après l'heure du souper.
Ils se séparèrent après un dernier baiser.
La journée se passa dans l'effervescence. Les ambassades d'Alderaan, de Mandalore, des républiques de Chandrila et de Coruscant étaient arrivées dans le courant de l'après-midi. Maz courait dans tous les sens pour faire tourner les cuisines. Un grand banquet de bienvenue était prévu pour le soir même, et il n'y aurait jamais assez d'heures dans une journée pour tout préparer, selon elle.
Rey avait assisté à leur entrée dans le palais de Mustafar depuis une des tourelles du rempart Nord. La délégation de Mandalore – la dernière venue dans le cours de la journée –avait arrimé sur la rive une immense galère de cents rameurs, aux voiles gigantesques arborant un crâne avec des cornes recourbées. Une grande femme à la chevelure rousse en descendit, escortée par une troupe de gardes du corps aux casques à la visière en forme de T, caractéristique des Mandaloriens.
Kylo Ren se tenait avec ses chevaliers sur la passerelle pour les accueillir. Lorsque le Roi et la noble Dame furent face à face, à trois pas de distance, Maître Cépéo fit les présentations :
- Son Altesse Royale, le Seigneur Kylo Ren, petit-fils du Seigneur Dark Vador, fils de la Reine Leia, troisième souverain de la lignée Skywalker. Roi des Sith.
Puis il désigna la femme :
- Bo Katan de la Maison Kryze, sœur de sa Sérénissime, la Duchesse Satine Kryze. Commandante de la Légion Death Watch. Représentante de l'Empire de Mandalore.
Le Roi et la Noble Dame se saluèrent respectueusement, veillant chacun scrupuleusement à ne pas s'incliner plus bas que leur vis-à-vis.
- Madame, déclara Ren, j'espère de tout cœur que votre séjour parmi nous vous sera agréable.
- Je l'espère également, répondit courtoisement Bo Katan. Ce sera la première fois qu'un Mandalorien résidera sur les terres des Sith sans intentions belliqueuses.
Quelques membres de sa garde ricanèrent à cette pique. Tandis que les Sith demeurèrent impassibles. Finalement, Kylo Ren tendit courtoisement le bras à Bo Katan afin de la guider à l'intérieur de Mustafar. Celle-ci l'accepta de bonne grâce. Tous deux s'enfoncèrent dans les dédales du palais, suivis de près par leur escorte.
Après cet interlude, Rey était retournée se rendre utile aux cuisines. Ben lui avait fait comprendre qu'il souhaitait qu'elle se montre discrète durant ce jour. Et elle-même n'avait pas très envie d'assister à toutes ces mondanités.
Chez les domestiques, les langues allaient bon train. Les serviteurs qui avaient refait le lit dans la chambre du Roi n'avaient pas manqué de remarquer l'état déplorable des draps et même de toute la literie. Confirmant les soupçons de ceux qui y avaient servi le petit-déjeuner plutôt : le Roi n'avait pas passé la nuit seul.
Mais avec qui ? Là était la question.
Chacun y allait de sa théorie. Les paris étaient ouverts. Certains prétendaient avoir aperçu Lady Yama rôder dans le couloir des appartements royaux peu avant l'heure du coucher. D'autres affirmaient avoir surpris des rencontres amoureuses entre le Roi et Lady Muraka dans les jardins.
Rey ne pouvait s'empêcher de dresser l'oreille. Mais le plus difficile pour elle était de ne pas rire sous cape à chaque fois qu'une nouvelle hypothèse farfelue était lancée. Elle crut bien se trahir lorsque Maz lui demanda d'où lui venait sa nouvelle coiffure. Elle se mit à rougir.
- J'ai croisé une fille qui avait les mêmes tresses, se justifia-t-elle. J'ai eu envie d'essayer.
- Vraiment ? D'habitude ce genre de coiffure est réservé aux jeunes fiancées. Pour faire comprendre aux hommes de leur entourage qu'elles ne sont plus à prendre. Oh, bien sûr tu es libre de faire ce que tu veux ! Mais prend garde aux signes que tu renvoies…
Rey rougit de plus belle, marmonna une excuse en expliquant devoir s'entrainer dans les jardins avec Cirii.
En vérité, les séances d'entrainement avec la chevalière étaient suspendues, puisque que cette dernière devait assurer son rôle de membre de la garde royale, en demeurant au côté de Kylo Ren, durant tout le séjour des ambassadeurs. Rey alla se réfugier dans les jardins, près de la tombe de la défunte Reine Amidala. Elle n'avait plus osé y revenir depuis qu'elle avait montré l'emplacement à Ben.
Son empathie surnaturelle lui faisait ressentir toutes les émotions qui s'étaient accumulées en ce lieu depuis que la défunte y avait été inhumée. Elle avait ressenti le désarroi et la colère de Dark Vador, devant la tombe de son épouse adorée. Et aussi la tendresse nostalgique des jumeaux royaux, lorsqu'ils avaient été amenés ici par leur précepteur.
Rey repensa à la nuit qu'elle venait de passer avec Ben Solo et ce que cela impliquait. Machinalement, elle toucha les tresses dans ses cheveux, se demandant si il les avait faites spontanément, sans réfléchir, ou si il s'agissait d'un acte calculé et significatif pour lui.
Et en admettant que ce soit le cas, que devait-elle en faire ?
Allait-il faire d'elle son épouse morganatique ? Ou sa maîtresse officielle ?
Il n'en avait fait nulle mention lorsqu'ils étaient seuls. Pas plus qu'il n'avait dit vouloir renoncer à un mariage d'intérêt.
Rey soupira. Décidément, plus ses sentiments pour Ben se faisaient clairs, plus sa situation devenait opaque.
Alors qu'elle se perdait dans ses conjectures, des éclats de rire lui parvinrent. Un frisson la parcourut. Ces rires, elle les avait déjà entendus.
Ce palais dissimulait bien plus de souvenirs et de fantômes qu'il n'y paraissait. Parfois, au détour d'une galerie, Rey croyait entendre des éclats de rires et des bruits de pas courant sur le parquet. Mais lorsqu'elle arrivait dans la pièce d'où semblait venir l'agitation, l'endroit était vide et silencieux comme un tombeau. A d'autres moments, il lui avait semblé apercevoir des visages inconnus derrières une fenêtre ou dans des recoins isolés. Mais lorsqu'elle en parlait autour d'elle - à Maz ou au reste de la domesticité - qu'elle tentait de décrire ces individus, même si elle n'avait jamais pu les approcher d'assez près pour en avoir une vision précise on lui répétait qu'elle se trompait, qu'elle voyait des choses qui n'existaient pas.
Elle dut se résoudre à penser qu'elle était seule à les voir, que ces individus ne se montraient qu'à elle, qu'ils se jouaient d'elle : apparaissant et disparaissant à volonté et toujours lorsqu'elle était seule.
Et dans ce jardin isolé, Rey fut convaincue que ces fantômes du passé cherchaient à attirer son attention.
Maître Luke lui avait expliqué autrefois qu'à leur décès, les âmes des défunts fusionnaient avec la Force. La plupart coupait tout lien avec les vivants et demeurait dans le silence. Mais il arrivait que certains aient encore des messages importants à transmettre. Et plus un individu était sensible à la Force, plus il représentait un interlocuteur de choix pour ses messagers de l'Autre Monde.
Puisque ces fantômes semblaient à ce point vouloir attirer son attention, Rey supposa qu'ils avaient quelque chose d'important à lui dire. Elle se mit donc à suivre les éclats de rire, s'enfonçant dans les bosquets, les sens en éveil. Mais à chaque fois qu'elle croyait s'en rapprocher quelque chose venait la déconcentrer : une branche qui craque, un oiseau qui se met à pépier… Et à nouveaux les rires semblaient lointains. Puis ils devinrent soudain tellement forts que c'en était assourdissant, paraissant venir de partout et de nulle part à la fois.
De guerre lasse Rey finit par se boucher les oreilles avec les mains, les yeux clos. Cette fois-ci c'était sûr, ils cherchaient à la rendre folle !
Brusquement, elle repensa à ses séances d'entrainement ave Cirii. Lorsque la chevalière utilisait ses dons de Force pour se multiplier et l'attaquer de toutes parts.
Tu n'as qu'un seul adversaire. Mais tu te laisses distraire. Tes sens te trompent. Ce que tu crois être la réalité n'est qu'un mensonge. Si tu veux t'en sortir, tu dois faire confiance à la Force…
Rey décida pour un temps d'oublier le monde autour d'elle, de rentrer en son for intérieur et de ne plus se fier qu'à l'énergie vitale qui coulait en elle. Et alors ce fut comme si un hameçon tirait sur son sternum. Elle n'eut plus qu'à se laisser conduire par cette émanation, comme une aveugle à qui on tiendrait la main.
Elle marcha prudemment, sans faire de bruit, jusqu'à sentir la végétation se faire moins dense autour d'elle.
- Il faudra que cela ait l'air d'un complot fomenté par l'un des ambassadeurs.
- Lequel ?
- N'importe ! Le plus important est qu'on ne soupçonne aucun membre du Clan, ni de la partie orientale, ni de la partie occidentale. Ainsi, une fois le Bâtard éliminé, l'unité reviendra. Tous les seigneurs Sith se ligueront contre une puissance étrangère.
- Et pour la méthode ?
- Le poison. Je vous le ferai parvenir le moment venu. Vous devrez trouver le moyen de le glisser dans son vin.
Rey frissonna en ouvrant les yeux. Elle se trouvait à l'orée d'un bosquet, dissimulée entre deux buissons de buis qui n'avaient pas été taillés. Au milieu de la partie centrale, près d'une fontaine couverte de mousse et envahie par les ronces, se tenaient deux silhouettes. Une enveloppée dans un grand manteau encapuchonné, lui tournait le dos l'autre, un homme en habit noir, sans aucun blason visible, portait un masque. Les deux comploteurs n'avaient rien laissé au hasard pour ne pas être reconnus.
- Et pour les chevaliers de Ren ? S'ils soupçonnent quelque chose ? Ils voudront venger leur maître.
- Trois sont prêts à le trahir. Les autres se plieront ou seront éliminés.
Une nausée s'empara de Rey. Elle se plaqua la main devant la bouche pour étouffer le moindre son. Elle ne voulait pas être repérée par les conspirateurs. Pas avant d'avoir pu les identifier clairement ou au moins d'avoir capté un indice qui lui permettrait de les reconnaître plus tard.
L'homme masqué était de taille moyenne, assez mince. Le noir intense de ses vêtements le plaçait comme un noble de haut rang. Mais peut-être pas un seigneur Sith de premier plan. Un cadet ? Un héritier ? Peut-être un écuyer ? Ou un représentant du culte ?
Rey se maudit de n'avoir pas été plus attentive lorsque Pyrcel Yama lui avait expliqué les différents statuts au sein d l'Ordre Sith.
Quoiqu'il en soit, cet homme faisait forcément partie des nobles pouvant approcher directement le Roi. Sans quoi son commanditaire ne lui donnerait pas pour mission d'administrer le poison.
- Et lorsque le Roi sera mort ?
- Un message sera envoyé à nos amis en exil.
- Vous voulez dire à Armitage Hux ?
L'homme parut soudain sur la défensive.
- Ce renégat a déjà souillé par deux fois un lieu sacré… Pensez-vous vraiment qu'il soit digne de confiance, Ma Dame ?
- Chut !
Une femme. L'autre commanditaire était donc une femme ! Cela réduisait la liste des suspects, car les dames nobles du Clan n'étaient pas nombreuses à Mustafar.
La femme donc, tendit une main gantée vers son vis-à-vis.
- Seriez-vous jaloux ? Dit-elle en lui caressant la joue.
- Comment ne pas l'être ?
- Voilà donc toute l'estime que vous avez pour mon honneur et ma vertu ?
De directive et autoritaire, la femme s'était faite enjôleuse et impérieuse. Son interlocuteur parut se troubler.
- Ne vous méprenez pas ! Si je pouvais ne me fier qu'à vous, il n'y aurait pas le moindre doute en mon cœur. Il m'est déjà pénible de vous voir chaque jour auprès de cette brute…
- Croyez-vous que cela ne me soit pas pénible à moi de devoir accepter ses avances et feindre de l'y encourager ? Je rêve de le voir mort, plus que quiconque. Mais pour les intérêts du Clan, je dois m'avilir telle une courtisane.
- Pardonnez-moi ! soupira l'homme avec ferveur. Je suis un misérable, je le sais. Mais pour vous délivrer de cette situation honteuse, je suis prêt à tout.
- Alors, vous suivrez mes instructions à la lettre ?
- Oui, Ma Dame.
Il se saisit de la main gantée et l'embrassa fiévreusement.
Rey était déchirée entre le désir d'approcher pour distinguer un détail qui lui permettrait de reconnaître la femme et la crainte d'être repérée.
- Séparons-nous, ordonna la conspiratrice. Chacun de son côté. Que personne ne nous voit quitter les jardins ensemble.
Les deux partirent dans des directions opposées. L'homme passa près de la cachette de Rey sans la voir.
La jeune Jedi hésita. Qui devait-elle suivre ? La femme était clairement la tête pensante du complot. Découvrir son identité lui paraissait vital. Cependant, l'homme était son bras armé. Il représentait le danger le plus immédiat pour Ben. Si Rey pouvait voir son visage, elle pourrait le surveiller de près et s'assurer qu'il ne s'approche pas de la coupe de vin du Roi, ou de sa nourriture, ou de toute autre chose…
Se faufilant à travers les broussailles mal entretenues du jardin, elle garda l'homme en vue. Celui-ci ne parut pas se rendre compte qu'il était suivi. De temps à autre, il s'arrêtait, dressait l'oreille et semblait guetter le vent. Rey demeurait tapie sans faire de bruit. Elle était devenue experte en camouflage à force de chasser dans la forêt. Puis l'homme reprenait son chemin jusqu'au château.
Lorsqu'ils eurent atteint les limites du jardin, en vue des fenêtres des bâtiments, l'homme ôta son masque. Il tournait le dos à Rey, restée cachée dans les buissons. Celle-ci tendit le cou, essayant désespérément de voir ses traits sans se faire repérer. Elle finit par marcher par inadvertance sur une branche morte, laissée sur le sol. Le craquement fit sursauter le jeune homme qui se retourna brusquement dans sa direction.
Il avait un visage on ne peut plus banal, presque poupin, des petits yeux noirs, des pommettes hautes et le nez retroussé. Difficile de voir en lui un tueur où un empoisonneur. Même Rey, si elle n'avait pas assisté à son conciliabule avec la mystérieuse femme, ne l'aurait jamais soupçonné.
Elle attendit qu'il ait disparu derrière l'angle d'une tour, pour sortir de sa cachette. Elle devait maintenant dire ce qu'elle savait. Mais à qui ? Elle se serait naturellement tournée vers les chevaliers de Ren, mais les paroles de la femme lui revinrent en mémoire.
Trois sont prêts à le trahir.
Mais lesquels ? Comment être certaine en allant les voir qu'elle ne se confierait pas à un traitre ? Le mieux était d'en parler directement à Ben.
Après avoir passé la journée à veiller à l'installation de ses hôtes et à leur confort, Kylo se préparait à devoir les divertir pour la soirée. Des musiciens, comédiens, montreurs d'animaux, et jongleurs avaient été faits conduire au palais. Ils avaient été entassés pêle-mêle dans les écuries et alentours. Provoquant quelques désordres dont les gardes n'avaient pas manqué de se plaindre auprès de Phasma. Les plus turbulents avaient été chassés à coup de gourdin. Les autres pouvaient s'estimer honorés de divertir la cour et les nobles étrangers.
Le soir venu, la plus grande salle du palais, munie d'une immense cheminée dans laquelle on aurait pu faire rôtir un bœuf entier, fut transformée en une sorte de foire couverte. Les tables avaient été dressées le long des murs couverts de tapisserie représentant les plus grands faits d'armes du royaume Sith. Tandis que les saltimbanques s'évertuaient à distraire les convives par leurs cabrioles.
Kylo Ren ne leur prêtait que peu d'attention, trop occupé à fixer latapisserie suspendue en face de lui, se demandant qui il devait étrangler pour avoir exposé une tenture relatant la prise de la cité Sundari – place forte de Mandalore - lors d'une guerre contre le Clan, par un seigneur Maul. A côté de lui, Bo Katan examinait le tableau calmement tout en sirotant la coupe d'hydromel qui lui avait été servie. Le Roi n'osa pas se tourner vers elle ou croiser son regard.
Quelques places plus loin, l'ambassadeur de Naboo s'était lancé dans une longue tirade sur les différences stylistiques entre les artisans de Naboo et du Clan.
- On ne peut nier que les Sith ont un style beaucoup plus austère, je dirais même martial. J'imagine qu'avec une tradition belliciste aussi puissante cela se ressent forcément dans l'expression artistique.
- Et dans leur sens de la diplomatie, murmura Bo Katan.
Kylo souffla du nez.
- Je vais exiger qu'on fasse décrocher et brûler cette chose, déclara-t-il.
- Laissez, lui asséna sa voisine de table. Ce serait faire beaucoup de bruit pour rien. Mandalore s'enorgueillit également d'une collection impressionnante de tapisseries retraçant ses plus hauts faits militaires. Je ne sais plus combien contre les Sith…
- Je ne m'intéresse pas à ces vieilles reliques. Je me préoccupe du présent et des relations futures entre nos deux nations.
- Oui, votre missive parlait du désir d'une alliance étroite et pérenne.
Kylo se sentit rougir. Il aurait dû se montrer plus prudent dans la rédaction de cette lettre. Et peut-être ne pas parler aussi ouvertement d'une union maritale ?
- Oui… hésita-t-il. A ce sujet, je… Je crois m'être un peu précipité sur certains aspects…
- Quels aspects exactement ?
- Et bien… Concernant la proposition d'un mariage…
- Dois-je comprendre que vous ne souhaitez plus convoler en justes noces avec une femme de notre Empire ?…
Son regard s'était fait inquisiteur et son visage affichait une expression sévère et intransigeante. Kylo se fit soudain l'effet d'un petit garçon réprimandé par sa gouvernante. Dans quel imbroglio diplomatique s'était-il fourré ?
- C'est-à-dire que… Il y a eu certains changements… personnels… Je ne suis plus libre d'offrir ma main à une autre personne…
- Quel malheur ! s'exclama Bo Katan. Moi qui me faisais une joie de vous offrir la mienne !
Kylo qui venait de porter une coupe à ses lèvres pour se donner une contenance, manqua s'étrangler et recracha la moitié du vin sur son pourpoint. Bo Katan partit dans un grand éclat de rire
- Calmez vos ardeurs, jeune homme ! J'ai l'âge d'être votre mère !
Elle rit de plus belle et Kylo comprit, contrit mais soulagé, qu'elle s'était payée sa tête.
Rey entra dans la grande salle à peu près au même moment. Son regard balaya la foule de convives en quête de Ben. Lorsqu'elle le vit en train de s'étouffer après avoir porté sa coupe à ses lèvres, son sang se glaça dans ses veines. Sans réfléchir elle courut vers la table où se tenait le Roi. Elle se saisit de la coupe qu'il tenait encore en main et la jeta au loin.
Ben la regarda dans un premier temps interdit, alors qu'elle se penchait sur lui avec un regard de folle. Ce fut lorsqu'elle tenta de lui enfoncer ses doigts dans la bouche qu'il lui saisit les poignets et la regarda sévèrement.
- Est-ce que tu as perdu la tête ?!
- Vous devez recracher ce vin immédiatement, ou vous mourrez ! s'exclama Rey.
- Jeune fille vous exagérez, plaisanta Bo Katan. Certes, ce breuvage ne vaut pas celui de nos vignes de Kalevala, mais il est tout à fait buvable.
La Jedi regarda à son tour l'ambassadrice de Mandalore avec un air affolé, semblant seulement se rendre compte du spectacle qu'elle donnait à voir.
Soudain un bruit de tonnerre résonna dans la salle. Tout le monde sursauta. Une lumière d'un jaune doré flamboyant éblouit l'assistance le temps d'un souffle.
- Le feu ! s'écria un serviteur en désignant une fenêtre. Le Ciel est en feu !
Un raz de marée de gardes et de chevaliers se rua vers les fenêtres pour voir ce qui se passait au dehors. Une torche enflammée traversa le ciel nocturne et explosa en une dizaine de feux-follets scintillants. Une autre suivit, produisant cette fois une lumière verte. Une autre encore, rouge. Une bleue. Puis une jaune.
- Des feux d'artifices ! jubila l'Ambassadeur de Naboo. Vous ne lésinez pas sur les moyens, Votre Altesse.
Kylo fixait le ciel perplexe. Il n'était pas à l'origine de ce spectacle.
Phasma se glissa dans son dos et lui murmura à l'oreille :
- Un vaisseau est arrimé en bas de la cascade. Il semblerait que ce soit le représentant de Bespin.
