Harry fit deux erreurs. La première : au moment où il vit la baguette quitter les longs doigts qui la tenaient jusqu'à présent, il se cru absolument et irrémédiablement vainqueur. C'est pourquoi (accomplissant ainsi sa deuxième erreur), alors qu'elle touchait à peine ses doigts, il déclara avec morgue :

-J'ai gagn -

Malheureusement pour lui, il ne parvint pas à finir sa phrase. Riddle venait de lui lancer un crochet tout à fait honorable (au niveau de la force à défaut de l'être sémantiquement) dans le ventre. Harry se courba, le souffle court. Il n'avait pas imaginé le moindre instant que -

Que Riddle finirait par utiliser une méthode vulgairement moldue -

Il essaya de garder la baguette de son opposant dans la main mais Riddle parvint à la lui arracher. Il n'avait pas réussi à la tenir totalement. Il tenta ensuite de s'accrocher à l'autre homme qui le repoussa - l'air encore totalement enragé - mais à leur grand dam, le poids d'Harry et sa prise les entraînèrent tous les deux dans une chute qui acheva d'étourdir Harry.

Riddle ne perdit pas un instant. Il plaqua violemment le poignet droit d'Harry au sol, lui immobilisant la main qui tenait sa baguette, puis plaça la sienne au niveau de sa jugulaire.

-J'ai gagné, jubila-t-il

Harry essaya de se débattre sans grande conviction. Il savait que c'en était fini de lui. Il avait perdu. Riddle le tenait trop fermement et il lui serait impossible de pivoter son poignet pour diriger sa baguette contre lui. Scandalisé et défait, Harry le fusilla du regard :

-Tu as triché !

-On ne peut pas tricher dans un duel, déclara Voldemort d'un ton docte insupportable.

Harry était abasourdi de constater qu'il n'éprouvait aucune honte quant à ses actions. Il était tout à fait heureux et insouciant, trouvant tout à fait normal d'avoir utilisé des techniques moldues. C'était dingue, même s'il connaissait la vie, les actions et la destinée de Tom Riddle, il parvenait tout de même à le surprendre.

-J'aurais gagné s'il n'avait été question que de magie, grinça Harry en se redressant. Le coup que lui avait donné Riddle n'avait pas été suffisamment puissant pour lui faire réellement mal. Mais il sentait tout de même un reste de douleur au-dessus de son nombril.

Voldemort le lâcha complètement et se redressa lui aussi.

-Ce n'est jamais qu'une question de magie, rétorqua Riddle : c'est aussi une question de capacité d'adaptation, de confiance et de mérite.

Harry secoua la tête. Il ne manqua pas les regards que Voldemort coulait à intervalles réguliers en direction de sa jambe.

-Tom. Montre-moi ta jambe.

La tête de l'autre homme pivota dans sa direction :

-Donc tu dis que tu connais une autre "version" de moi.

Harry hocha de la tête. Voldemort avait décidé (manifestement) de ne pas répondre à son « ordre ». Pas grave : parce que si Harry pouvait avoir la garantie qu'ils ne feraient pas un deuxième duel, il était tout à fait heureux de laisser tomber la conversation concernant sa jambe.

-Prouve-le moi, ajouta Voldemort après avoir répondu au hochement d'Harry par le même geste.

-Comment ?

Harry sentait qu'il n'aurait aucun problème à répondre à cette question. Après tout, il connaissait sur le bout des doigts les grandes lignes de la vie de Voldemort. Certes, il n'en connaissait pas tous les détails, mais il ne pensait pas qu'il serait du genre - de toute manière - à dévoiler des choses intimes à ses "amis". Et Harry n'avait pas prétendu qu'ils étaient proches. Juste qu'ils s'entraînaient à faire des duels ensemble.

-Qu'est-ce que tu sais de moi que je ne t'ai jamais dit ? Et que tu n'aurais pas pu apprendre de quelqu'un d'autre, déclara rapidement Voldemort. Il prit une expression extrêmement satisfaite : je te rappelle que tu m'as dit il y a moins d'une heure que tu ne savais pas que j'étais un sang-mêlé.

-Oui, parce que ça aurait été bizarre que je le sache non ? répondit sèchement Harry : j'imagine que tu aurais adoré que je te dise que je sais que tu es né et que tu as grandi à l'orphelinat Wool, que tu as pendu un lapin, que tu as entraîné deux gosses dans une grotte pour les terroriser et que Dumbledore a foutu le feu à ton armoire ?

D'accord. Peut-être qu'Harry s'était un peu trop emporté. Et au vu de l'expression de l'autre homme… Ouais. Il y était allé définitivement trop fort.

-Je t'ai dit ça ? Je t'ai raconté ça ?

Harry pouvait sentir qu'il était à nouveau dans une situation dangereuse. Il essaya de réfléchir rapidement. Non, Voldemort ne lui aurait jamais avoué toutes ces choses... et sûrement pas dans un moment de confession.

-Je dirais pas que tu m'as raconté ces histoires, je dirais que tu t'es soit vanté, soit tu me mettais en garde de ce dont tu étais "réellement capable" ...Ou alors c'était pour insulter Dumbledore. Je ne connais pas les détails de l'histoire mais -

Et Voldemort semblait réellement perturbé. Harry avait visé juste, apparemment. Et effectivement ? Maintenant qu'il réfléchissait réellement à tout ce qu'il avait dit... Oui. Il pouvait imaginer Tom Riddle insulter Dumbledore en privé. Ou se vanter de ses exploits ou le menacer. Il ne l'avait peut-être jamais fait avec ses autres camarades de classe mais à en croire son expression, imaginer qu'il puisse se comporter comme ça avec quelqu'un n'était pas si incroyable que ça.

-Je n'ai jamais admis à qui que ce soit que je déteste Dumbledore, il grimaça en prononçant le nom du futur directeur de Poudlard. Je n'ai jamais ouvertement critiqué son manque de professionnalisme, ses préjudices, sa suffisance -

-Franchement, tu viens de me prouver que c'est pas si difficile de te le faire admettre, plaisanta Harry qui - d'une certaine manière - trouvait presque attendrissant de voir Tom Riddle s'agiter dès qu'il était question du vieil homme. Qui, d'ailleurs, n'était présentement pas si âgé.

L'autre homme s'arrêta net. L'air affronté que prit son visage provoqua un rire chez Harry qu'il ne parvint pas à retenir.

-Désolé ! s'exclama-t-il entre deux hoquets : c'est juste que - tu devrais voir ta tête !

-Ha ha ha, répondit sèchement Voldemort.

Il le fusilla du regard, sembla considérer l'idée de l'assassiner sur place. Finalement, il rangea sa baguette dans sa poche et croisa des bras :

-Donc tu connais…Une version de moi.

-Oui, répondit difficilement Harry.

Il lui était effectivement très difficile de croiser le regard du plus jeune. Son expression vexée était tellement comique qu'il avait peur de se remettre à rire. Peut-être que Voldemort était prêt à lui pardonner une fois son hilarité, mais peut-être pas deux. En tout cas, Harry n'avait pas envie de le découvrir.

-Je n'aime pas ça.

-Que je connaisse une version de toi ?

-Non, sa voix était passée de sèche à glaciale : qu'il existe d'autres version de moi.

Ce qui était ironique, pensa Harry, puisqu'il avait fait des horcruxes. Dans un sens, il avait fait… Au moins sept versions de lui-même. Aborder le sujet maintenant, cela dit, serait probablement la pire idée du siècle.

-Je pense qu'ils seraient du même avis que toi, répondit Harry.

Il ne s'en sortait pas si mal, toutes choses considérées. Riddle avait avalé son mensonge comme une panacée. Et Harry connaissait suffisamment le mage noir pour esquiver les questions compliquées.

-Qu'est-ce qu'il se passe si tu traverses l'arche dans l'autre sens ?

-Ne me dis pas… Que tu as l'intention d'aller assassiner l'autre version de toi ?

Harry pouvait malheureusement parfaitement s'imaginer Voldemort décréter qu'il ne pouvait y avoir qu'un seul Voldemort et entreprendre d'assassiner toutes ses itérations.

Ou alors décider que personne n'était aussi bien que Voldemort et avoir une relation romantique avec lui-même. Harry plissa des yeux. Il pouvait parfaitement s'imaginer Tom Riddle en train de coucher avec lui-même. Vu son narcissisme, c'était peut-être son rêve le plus fou…Peut-être que c'était pour ça qu'il avait créé des horcruxes...

Harry secoua la tête pour chasser ces pensées pour le moins traumatisantes. Et vu le manque de réaction de son vis-à-vis il décida de lui poser explicitement la question :

-Ou alors tu vas le chercher parce que tu te considères comme ta propre âme sœur ? Oh mon dieu, reprit-il : je suis pas sûr qu'une planète pourrait survivre à toi en double.

Harry était assez fier de réussir à prétendre que c'étaient des questions qu'il se posait voire qu'il imaginait. (ce qui était réellement le cas mais il décida de l'ignorer) Plus il en parlait, plus il faisait semblant de le connaître, moins l'autre homme se douterait qu'il venait… en fait, du futur.

-Je n'arrive pas à croire - c'est impossible qu'on ait été ami, déclara Voldemort alors qu'il contemplait Harry : tu es bien trop - il fit un geste le désignant de haut en bas - trop…

-Fantastique, termina Harry.

-Ce n'est pas le mot que j'aurais choisi.

Ils se contemplèrent quelques instants :

-J'en déduis que ma mémoire est sauve ? demanda Harry.

C'était peut-être…pousser sa chance. Il aurait sans doute mieux fait de ne pas aborder le sujet et de faire comme si cet épisode avait été le fruit de son imagination débordante.

Voldemort pencha légèrement la tête sur le côté. Il tapait du pied contre le sol. Ce qui, avait déjà noté Harry, était un signe de réflexion. C'était drôle. Il l'aurait plutôt imaginé comme un penseur passif et immobile. Prêt à échafauder la chute du monde sorcier telle une statue menaçante.

Mais c'était peut-être parce qu'il n'était pas très observateur. Voldemort, après tout, avait toujours arpenté les pièces ou fait de grands gestes, dès qu'il faisait des discours ou qu'il expliquait ses plans.

Finalement, il leva les yeux sur Harry.

-Oui.

Harry sourit. Voldemort le lui rendit, un sourire particulièrement mauvais :

-Pour l'instant.


Je suis désolée pour tout ceux qui étaient content qu'Harry ait gagné ... Malheureusement…Les serpentards ont des ressources hahaha.