Chapitre 33 : Lendemains
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Dorea était allée voir Sylvestra, après avoir ramené Lucretia au 12, Square Grimmaurdsans tarder. Elle s'était excusée de ne pas être venue lundi, et d'être là un vendredi, son amie lui avait plutôt demandé comment elle vivait la mort de son père. « Bien » avait semblé convenir à Sylvestra. Elles avaient ri, elles avaient discuté, elles avaient lu une partie du dernier ouvrage de Saepius Niger que Dorea avait acheté en partant. Elle était rentrée pour le repas du midi. Ignatius et Charlus étaient au salon, dans les canapés, en train de discuter avec des grognements. Ils avaient fini les dernières parts de pudding. A peine sortit-elle de la cheminée, qu'ils l'entraînèrent à leur suite à la Taverne du Canard Bleu, en face de la rue. Ils avaient mangé du ragoût avec une Bièreaubeurre chaude avant de retourner à la maison. Apparemment, Ignatius avait décidé de dormir une deuxième nuit ici, et Charlus semblait d'accord. Elle n'était pas déçue, seulement désappointée. Elle avait passé des jours fabuleux en tête à tête avec Charlus, elle avait naïvement pensé que tout resterait ainsi encore plusieurs jours… si ce n'est toujours.
Finalement, Ignatius resta sept jours avec eux (dont trois passé avec le Service des nuisibles à chasser les Ciseburines). Elle finit par s'habituer au meilleur ami de Charlus qui au-delà de son talent indéniable pour raconter ses aventures, était vraiment de bonne compagnie. Et puis de son côté, elle put les laisser ensemble et replonger dans ses grimoires. Elle commença aussi à lister ce qu'il fallait refaire ou changer dans la maison. C'est le soir où elle soumit la liste à Charlus qu'Ignatius ficha le camp en ricanant. Elle voulait faire décaper le parquet et le faire vitrifier, changer la tapisserie du couloir et du salon, changer la table basse qui était d'un style rococo qui ne lui convenait pas du tout, faire réparer la pendule, et faire faire une table et des chaises pour la salle à manger. Elle acceptait de ne pas toucher au parquet et aux papiers peints de l'étage à la condition de pouvoir changer tout le mobilier de leur chambre (elle ne savait pas bien si d'autres filles s'étaient couchées dans le lit de Charlus et cette idée la travaillait). Il accepta avec un haussement d'épaule.
« Donc on est d'accord, résuma-t-elle en déambulant dans leur chambre. Un lit, deux armoires jumelles, et non dépareillées comme celles-ci, deux tables de nuits avec un tiroir et non seulement un placard. Une vraie bibliothèque avec des portes en bois en dessous et une commode… On ne pourrait pas mettre un bureau plutôt ? »
L'idée tourna une nouvelle fois dans sa tête.
« Je ne pourrais pas avoir un bureau à la place d'un secrétaire ? demanda-t-elle perdue dans ses rêves.
-Un bureau ? s'étonna Charlus. Où veux-tu le mettre ? Et puis, pourquoi veux-tu un bureau ? »
Non, il avait raison, c'étaient les hommes qui avaient un bureau et… Et ce n'était pas sa place. Mais comment pouvait-elle avoir des idées aussi bizarres ? Vraiment, elle irait dans la salle à manger pour lire ses livres et rédiger des articles, fruits de ses recherches personnelles, qui ne seraient jamais lus et jamais publiés.
« Oublie, c'était… Je ne sais, j'imagine qu'il faut un bureau dans une maison. Mais tu n'en as pas l'utilité, je me suis emportée, s'excusa-t-elle en replongeant le nez dans ses parchemins. Je vais plutôt faire agrandir la pièce avec quelques sortilèges pour qu'on puisse installer une grande bibliothèque et une petite table de chambre à mettre devant les deux fauteuils, qu'en penses-tu ? »
Sa mine perplexe finissait pas devenir lassante.
« Eh bien ? insista-t-elle.
-Explique-toi sur cette histoire de bureau, s'il te plaît, insista-t-il.
-Je me suis emportée je te dis, dit-elle en balayant l'air de sa main. Aimes-tu les draps que j'ai choisis et que j'ai brodés, je ne te l'ai pas demandé ?
-Oui, oui, c'est très joli. Tu as brodé en rouge parce que c'est ma couleur préférée ?
-Bien sûr, reconnut-elle. Tout ceci m'a l'air convenable, reprit-elle en relisant la liste. Dis-moi si quelque chose te dérange, Charlus. Je… Et si tu trouves que le prix qu'on nous proposera est trop élevé, je peux…
-Ne t'occupe pas de ça, la coupa-t-il aussitôt. »
Elle n'osa pas insister.
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Lorsque Charlus sortit de l'ébénisterie du Chemin de Traverse plus tard ce samedi matin, il eut envie d'emmener Dorea dans un endroit spécial pour lui, un endroit qui lui tenait à cœur. Il attrapa sa main et la tira jusqu'au milieu de la rue pour qu'ils remontent sur son balai. Lorsqu'elle fut bien accrochée à lui, il décolla direction plein sud.
Il avait insisté pour aller au Chemin de Traverse en balai. Déjà, il adorait voler. D'accord, c'était cliché, mais c'était la réalité. Il ne se sentait jamais autant dans son élément que lorsqu'il glissait dans les airs. Ensuite, il avait toujours un peu la nausée après un transplanage. Oh, ça ne durait qu'une poignée de minutes, mais s'il pouvait l'éviter, il le faisait. Enfin, et surtout, il mourait d'envie de sentir Dorea se raccrocher à lui pendant qu'il pousserait son balai à une vitesse bien trop élevée pour le pauvre appareil. C'était grisant de la sentir se cramponner à lui, d'être la seule chose qui la retenait entre une chute vertigineuse et une vitesse quasi lumière ! Elle serrait sa taille avec ses bras, sa joue collée à son dos pendant qu'il slalomait entre les nuages. Il adorait.
Il posa pied à terre au bout de deux heures. Il aida Dorea à descendre du balai, s'amusa de voir ses talons s'enfoncer dans le sable puis contempla la mer de Brighton.
Il refusa de lui dire où il comptait l'emmener, préférant la laisser chercher et bouder à la fois. Il prit son temps pour trouver un vendeur de fish'n'chips sorcier et les déguster sur la plage avec elle. Elle semblait si embarrassée devant un tel laisser-aller qu'il ne put s'empêcher de la taquiner à ce propos. Elle fit la moue, et baissa les armes en s'asseyant à côté de lui sur un banc de la côte.
Enfin, il l'emmena à l'Aquarium de Brighton, l'un des plus vieux d'Angleterre et du monde. Ses yeux émerveillés valaient le détour. Alors, il avait dû ressembler à ça lorsque Grand-mère Ombeline l'avait emmené ici la première fois, pour son cinquième anniversaire. Grand-mère Ombeline, la mère de son père, la sorcière qui l'avait élevé jusqu'à ce qu'il ait huit ans et qu'elle décède brusquement. Il montra une raie pâlotte à Dorea en songeant qu'elles étaient aussi pâlotte l'une que l'autre puis l'entraîna dans l'étage des animaux marins magiques, réservé aux sorciers. Sa manie de lire in extenso les petites explications sur chaque animal les fit rester cinq heures à l'aquarium. Il prit son mal en patience, essaya de contenir les trépignements qui voulaient s'emparer de ses pieds, et s'appliqua plutôt à regarder Dorea entrouvrir la bouche avec concentration à la lecture des explications.
Ils rentrèrent chez eux après avoir mangé dans un petit restaurant mi-sorcier, mi-moldu de Brighton. Il adorait voler la nuit. Les lampadaires des villes faisaient une sorte de chemin en pointillés, et il n'avait pas à craindre d'être vu par des Moldus. Avoir en plus Dorea accrochée à lui le poussait à faire monter la vitesse de son balai au maximum tant il voulait rentrer chez eux, et se coucher dans leur lit pour la sentir contre lui. Avec la présence d'Ignatius chez eux pendant presqu'une semaine, et les longues soirées à discuter et jouer aux échecs en fumant le cigare, il avait passé peu de temps avec Dorea en tête à tête, et surtout pas dans leur chambre. Son ami lui avait manqué, mais sa femme aussi lui manquait. Et lorsqu'il lui fit l'amour ce soir-là, la première fois depuis le vingt-cinq au matin, il lui trouva quelque chose en plus. C'était peut-être son imagination, mais il avait l'impression qu'elle se laissait encore plus aller, qu'elle acceptait tout ce qu'il lui proposait et qu'il voulait lui offrir. Elle semblait sereine et emportée. Libérée. Il ne réussit pas à s'endormir avant de longues minutes, émerveillé de la voir s'ouvrir comme une fleur devant lui. Elle avait toujours un petit côté froid et impassible en public, mais dès qu'il posait ses mains sur sa peau, quelque chose changeait dans son regard, son corps devenait plus souple, sa voix plus douce, et ses geste plus tendres. Il avait l'impression de la revoir ce jour où il l'avait embrassée pour la première fois, dans la roseraie du Château de Fortârome. Il ne voyait plus seulement qu'elle était bien dans ses bras, il le sentait. Elle frissonnait, elle s'agrippait à ses épaules, elle l'encourageait à mi-voix. C'était sa Dorea, divine et douce.
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La veille de la reprise de ses entrainements, il lui demanda ce qu'elle voulait faire. Pour une fois, elle n'esquiva pas la question pour le laisser choisir. Elle lui demanda timidement si elle pouvait s'étirer. Il accepta en riant avec amusement, avant de comprendre qu'il… avait mal compris, justement. Elle voulait s'étirer, dans le sens, faire des étirements, comme ceux qu'ils faisaient après un entraînement de Quidditch. Elle sortit un tapis indien du fond de son armoire, enfila une robe fendue qui donna des idées à Charlus, natta ses cheveux avant de les remonter en couronne sur sa tête, et l'enjoignit d'un signe de tête à descendre avec elle au jardin. Il la suivit en se demandant pourquoi il était autant surpris : elle avait le don de le déstabiliser. Elle s'installa au milieu de leur jardin, sous un grand chêne, et il s'assit à côté d'elle sur l'herbe. Son froncement de sourcil à cette vision l'amusa, mais il fit mine de ne pas le voir. Elle n'osa sans doute rien dire, et déroula son tapis. Elle lui apprit que c'étaient des figures de yoga, qu'elle avait lu dans un livre traduit du sanskrit un jour (il n'avait pas bien compris). Et il l'avait regardée. Il n'aurait jamais pensé la trouver belle ainsi plongée dans ses étirements. Et Merlin, qu'est-ce qu'elle était souple. Il l'avait déjà plus ou moins constaté, mais pas à ce point. Il prit sans doute quelques plaques rouges puisqu'elle lui demanda s'il allait bien, puis s'il voulait se joindre à elle. Il fit de son mieux pour ne pas penser à mal, puis se décida à la laisser lui montrer comment s'y prendre. Mais sentir ses mains longues et fines se faufiler sur lui le déconcentrait bien trop. Il préféra rapidement l'embrasser et la toucher à son tour. Elle râla jusqu'à ce qu'il retourne s'asseoir dans l'herbe.
Ils mangèrent (encore) de la tarte à la courgette, et elle voulut s'entrainer. Il accepta aussitôt, car il pensait qu'elle voulait dire s'entrainer à voler sur un balai, ou au Quidditch… Encore une fois, il avait mal anticipé, et il se retrouva face à elle avec sa baguette à lancer désespérément Protego sur Protego pour se protéger de ses assauts. Il finit par perdre, bien sûr, et par l'emporter sur son balai pour survoler Flaquemare et les environs. Ils passèrent la soirée en tête à tête, avec l'échiquier entre eux d'abord, puis sans le plateau ensuite.
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Lorsque Charlus partit pour le stade de Flaquemare ce matin-là, Dorea comprit vraiment que la vraie vie, la vie quotidienne, reprenait son cours. Elle rangea toute leur maison, nettoya aussi ce qu'il y avait à nettoyer, lui prépara un repas pour le midi après avoir fait des courses, repas qu'elle emmena elle-même au stade de Flaquemare et qu'elle laissa à la secrétaire. Elle découvrit aussi la blanchisserie de Flaquemare avec de grands yeux lorsqu'elle y emmena leur ligne. Elle regarda la neige tomber, s'autorisa à lire et réfléchir aux Arts Noirs une heure ou deux, rangea tout avant que Charlus ne rentre, et tourna en rond un moment.
Que devait-elle faire lorsqu'il rentrerait ? Il lui avait dit qu'il rentrerait sûrement pour dix-huit heures trente. La table était dressée, le potage mijotait, les cheminées étaient toutes allumées, elle avait préparé la bouteille de Whiskey-Pur-Feu sur le guéridon, elle avait enlevé la neige qui encombrait l'entrée… Vraiment, elle ne voyait pas ce qu'elle pouvait faire de plus.
La porte qui grinça un peu avant dix-huit heures la tira de ses pensées. Elle s'éloigna de la fenêtre qui donnait sur le jardin, et se précipita dans l'entrée. Elle arriva face à Charlus, incapable de savoir quoi dire. Elle resta immobile, debout devant lui. Il ne sembla pas s'en apercevoir puisqu'il l'embrassa rapidement avant de l'entourer de ses bras. Elle se laissa faire, tétanisée. Qu'était-elle censée faire ? Son père n'avait jamais enlacé sa mère de la sorte lorsque… Mais son père n'était pas un bon modèle.
« Comment s'est passée ta journée ? bafouilla-t-elle en répondant à son étreinte.
-Ereintante, souffla-t-il en se reculant et elle le lâcha aussitôt. »
Elle l'aida à enlever la boucle de sa cape et prit le chapeau qu'il lui tendait pour les accrocher à la patère de l'entrée. Il s'assit sur la chaise de l'entrée, dans l'optique d'enlever ses chaussures et enfiler les pantoufles qu'elle lui avait préparées. Elle s'agenouilla devant lui pour défaire ses lacets. Ses chaussures étaient un peu usées maintenant qu'elle les voyait, il faudrait qu'elle aille lui en faire refaire le lendemain. Elles prenaient l'humidité aussi, vu que ses chaussettes étaient mouillées. Elle les lui enleva aussi avant de rapprocher les pantoufles de ses pieds. Elle se releva et envoya lesdites chaussettes à la cave d'un coup de baguette avant de reporter son attention sur Charlus. Il la regardait avec des yeux ronds de stupeur. Elle avait fait quelque chose qu'il ne fallait pas ? Ou bien n'avait pas fait quelque chose qu'il fallait ? Oh, elle voulait aussi qu'elle lui enfile ses pantoufles ? Bon. Elle s'apprêta à s'agenouilla à nouveau en relevant les pans de sa robe, mais il enfila ses pantoufles en une seconde et se leva en une autre seconde. Il devait seulement être surpris, c'était ça.
« Tu veux boire quelque chose ? Un verre de Whiskey-Pur-Feu ? lui proposa-t-elle. Nous pouvons nous mettre au salon et tu pourras me raconter ta journée. »
Il hocha lentement la tête, comme s'il donnait son approbation à un quelconque examen. Elle lui ouvrit la porte du salon, et resta là à tenir la porte jusqu'à ce qu'il entre à son tour. Elle referma soigneusement la porte derrière lui et se dirigea vers la bouteille et le verre qu'elle avait préparés. Les mains un peu tremblantes d'appréhension, elle versa une dose plus que correcte dans le verre, referma la bouteille, et prit le verre. Lorsqu'elle se retourna, elle trouva Charlus assis non pas sur le fauteuil mais sur le canapé. Un instant interloquée, elle se reprit vite et lui tendit son verre avec un sourire.
« Merci, dit-il en lui accordant son sourire merveilleux. »
Il prit le verre dans sa main droite sans pour autant faire mine de le boire. Elle resta devant lui, debout, sans savoir quoi faire. Devait-elle s'asseoir à côté de lui ? Ou attendre qu'il le lui propose ? Pourquoi se posait-elle à nouveau des questions sur tout et n'importe quoi ?
« Eh bien, assis-toi à côté de moi, lui proposa Charlus avec amusement en posant son bras gauche le long du dossier du canapé. Qu'est-ce qui t'arrive ?
-Rien, rien, bafouilla-t-elle en s'asseyant prestement à côté de lui.
-Tu me boudes ?
-Quoi ? Mais non !
-Eh bien, ne t'assoies pas loin de moi. On dirait que tu veux me fuir, se moqua-t-il. »
Elle se décala pour se rapprocher de lui. Un regard insistant de Charlus la fit s'asseoir vraiment à côté de lui. Elle sentit aussitôt son bras d'homme s'enrouler autour de sa taille, sursauta et récolta un éclat de rire de Charlus.
« Qu'est-ce qui se passe encore dans ta tête ? lui demanda Charlus à voix haute.
-Comment ça encore ? demanda-t-elle tout à fait déstabilisée.
-Ne te méprends pas, j'apprécie que tu t'occupes de moi comme tu le fais, reprit-il en posant la main qui tenait le verre de Whiskey sur l'accoudoir du canapé. Mais tu ne l'as pas fait les jours précédents, alors je me demande ce qu'il se passe dans ta tête.
-Mais pourquoi encore ? répéta-t-elle.
-Et tu te remets à me répondre avec des questions, se moqua Charlus. »
Zut, elle avait tout faux. Il était forcément moqueur parce qu'elle était ridicule et…
« Je dis encore, parce que parfois, sans que je le vois venir, tu agis selon une logique très claire pour toi, mais assez obscure pour moi, ajouta-t-il en buvant une gorgée de Whiskey.
-Je… J'ai… Qu'est-ce qui est obscur dans le fait que je m'occupe de toi comme une épouse attentionnée doit le faire ? demanda-t-elle avec perplexité.
-Et pourquoi aujourd'hui de façon excessive et non auparavant ?
-Là, c'est toi qui réponds à une question par une question, releva-t-elle en faisant la moue. »
Il éclata de rire, et elle s'accorda un petit sourire de fierté en l'entendant. Elle avait réussi à le faire rire. C'était positif, non ?
« Un partout, bal au centre, reconnut-il sans perdre son sourire. Ce n'est pas obscur, d'accord, c'est même très agréable de savoir que tu m'attends pour me dorloter. »
Là, elle rougit : un peu par fierté, un peu parce qu'elle cherchait ce qu'elle pourrait faire d'autre pour le dorloter.
« Mais ne commence pas à mal m'habituer, la prévint-il en buvant une autre gorgée de Whiskey. Tu risquerais de t'en mordre les doigts.
-Mais non, je prends plaisir à te dorloter, comme tu dis, le rassura-t-elle. Et puis, c'est mon rôle, un peu, non ? »
Il fonça les sourcils, sans perdre son sourire, avant de secouer la tête.
« Ton rôle, si tu en as un, c'est de dépenser mon argent, Dorea mon amour, dit-il sans perdre son ton moqueur habituel.
-Dépenser ton argent ? s'étonna-t-elle.
-Il paraît qu'un article, qui a particulièrement outré Mrs Runcorn, disait que tu m'avais épousé pour mon argent.
-Encore des articles ? se désespéra-t-elle en se laissant aller contre son torse. Quand est-ce que ça s'arrêtera ? se lamenta-t-elle.
-Ah ça, jamais sûrement. »
Il était tellement nonchalant en ce qui concernait Sorcière Hebdo ! Comment faisait-il ?
« Ne les lis pas, veux-tu. Tu te ferais du mal pour rien puisqu'une information sur deux, et encore je suis gentil, est un mensonge.
-D'accord, accepta-t-elle.
-Pareil pour les lettres d'admirateurs et d'admiratrices. Une sur deux est une déclaration d'amour avec une adresse, continua-t-il.
-Oh… Et… Qu'en fais-tu de ces lettres enflammées ? demanda-t-elle l'air de rien.
-Je les garde pour le jour ou l'envie m'en prend. »
Quoi ?
« Non, mais c'est une blague Dorea. Enfin, pour qui me prends-tu ? Je les brûle, bien sûr, reprit-il en riant. Enfin, depuis plusieurs mois, je les brûle systématiquement, nuança-t-il. »
Bien sûr. Elle avait un instant oublié qu'il avait connu des dizaines de sorcières avant de la connaître elle. Entre la Voyante, cette Nina…
« D'accord, ne trouva-t-elle qu'à dire alors que le silence s'éternisait.
-Dorea, vraiment, tu n'as pas à t'inquiéter. En nous voyant ensemble, les gens comprendront bien vite que nous sommes… »
Il s'interrompit. Elle s'apprêtait à le relancer avant de comprendre qu'il buvait une autre gorgée de Whiskey-Pur-Feu.
« Que nous sommes heureux ensemble. »
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Il avait failli dire amoureux. Oh lui, il était amoureux. Et il ne doutait pas qu'elle le soit aussi. Mais il se souvenait de sa tête la première fois qu'il l'avait appelée « Dorea mon amour ». C'était devant Grand-mère Sionach. Un toc nerveux avait agité sa paupière et elle était devenue livide. Il avait retenté l'utilisation du surnom plus tard dans la soirée, pour s'assurer qu'il n'avait pas sur-interprété sa réaction, mais la même chose s'était produite. Elle avait cessé d'avoir une réaction autre qu'un sourire à ce surnom lorsqu'ils étaient rentrés de la visite au 12, Square Grimmaurd.
« Tu es heureux avec moi ? lui demanda-t-elle en relevant des yeux pleins d'espoir vers lui.
-Très, lui assura-t-il avec amusement. »
Il pouvait bien attendre un ou deux mois avant qu'elle lui dise qu'elle l'aimait. Il savait ce qu'il en était en l'épousant, après tout. Même s'il était pressé que ce jour arrive.
« Merci pour le repas de ce midi, se souvint-il.
-C'est normal. »
Tout le monde s'était moqué de lui lorsque la secrétaire lui avait amené la boîte en fer, mais il s'était drapé dans sa fierté avec un « elle est terrible » pour s'empêcher d'exploser de rire.
« Mais tu sais, ce n'est pas la peine. Il y a une cantine au stade. L'entraineur tient à ce que nous suivions un régime strict.
-Oh, excuse-moi. Mais, tu as mangé ce que je t'avais préparé quand même ?
-Oui oui, mais ce n'est pas la peine pour les autres fois. »
Enfin, il avait mangé… Tout sauf le brûlé, hein. Comme elle était blottie dans ses bras, elle ne pouvait pas voir ses joues rougies par le mensonge, alors il s'abstint d'apporter la nuance.
« Et donc, qu'as-tu fait aujourd'hui ? demanda-t-elle en se blottissant un peu plus contre lui. »
Il lui caressa l'épaule du bout du pouce. Que c'était agréable de l'avoir avec lui, chez eux, lorsqu'il rentrait. Il s'habituerait facilement à cet état des choses.
« Course à pied, étirements, pompes, charges à soulever, course en balais, ce genre de chose, souffla-t-il en laissant sa tête retomber sur le dossier du canapé.
-Tu dois avoir mal partout, s'inquiéta-t-elle en se redressant.
-Demain matin, ce sera terrible oui, répondit-il. Là, je suis juste fatigué. Tu veux bien qu'on mange maintenant et qu'on monte s'allonger ensuite ? lui proposa-t-il.
-Oui, je… j'ai une idée. »
Euh… D'accord. Encore une fois, elle lui disait quelques mots qui voulaient dire tout et rien avant de s'enfuir. Il était trop fatigué pour déchiffrer son attitude « d'épouse attentionnée » comme elle l'avait qualifiée, et préféra se lever en grimaçant à cause de ses membres endoloris et la rejoindre dans la cuisine. Elle servait déjà du potage lorsqu'il s'assit.
« C'est bon ? s'inquiéta-t-elle lorsqu'il mit la première cuillère dans sa bouche. »
Il prit le temps de l'avaler avant de répondre un « très » amusé. Il la laissa un peu lui parler de ce qu'elle-même avait fait aujourd'hui avant de la lancer sur la Magie Antique et de l'écouter lui raconter diverses anecdotes qui lui donnèrent le sourire. Il s'étira lorsqu'il eut fini le repas en se disant qu'il finirait avec une ceinture de gras autour du ventre à force de faire des repas aussi copieux. Il lui en toucha deux mots en remarquant tout ce qu'il restait dans les chaudrons et elle fit la moue pour toute réponse. Il monta lentement l'escalier en grimaçant. Les courbatures se faisaient déjà ressentir. Elle le dépassa dans l'escalier en montant les marches quatre à quatre et il leva les yeux au plafond en entendant l'eau couler dans la salle de bain. Elle n'avait pas besoin de courir pour prendre sa douche en première et… Ah non, elle lui avait fait couler un bain. Il l'embrassa, la remercia et ne se fit pas prier pour entrer dans l'eau bouillante. Il soupira profondément en sentant tous ses membres se détendre. Elle était adorable. Toute attentionnée et si… si…
« Mmmh… »
Il l'entendit frapper doucement à la porte.
« Entre, l'autorisa-t-il aussitôt sans ouvrir les yeux. Tu n'as pas besoin de frapper, ma Dorea, je… »
Il sentit ses mains aux longs doigts froids se poser sur ses épaules et y exercer de petites pressions.
« Merlin, marmonna-t-il en se détendant un peu plus.
-Je… Je n'ai jamais fait cela, mais j'ai lu des livres et… Et je me disais que je pourrais peut-être te masser un peu pour détendre tes muscles et peut-être, t'empêcher d'avoir trop de courbatures demain. »
Merveilleuse. Il l'avait toujours su. Elle était merveilleuse.
« Je ne dis pas non, accepta-t-il aussitôt. Je me rince et j'arrive.
-Je… J'ai l'huile que je mets sur ma peau et mes cheveux… je… Je peux peut-être t'en mettre aussi pour que mes mains glissent mieux et… »
Il se redressa dans la baignoire et tourna la tête en ouvrant les yeux. Elle était à genoux derrière lui, les mains sur le rebord de la baignoire, un air hésitant sur le visage.
« Tu es merveilleuse, lui avoua-t-il en se penchant pour l'embrasser. »
Elle avait les joues rouges lorsqu'il se recula, mais le large sourire qu'elle arborait indiquait plutôt clairement que ce n'était pas de gêne mais plus de plaisir.
« Je t'attends dans la chambre, souffla-t-elle en refermant la porte derrière elle. »
Il se dépêcha de se rincer et d'enfiler sa robe de chambre. Elle était assise sur le bord du lit dans une de ses longues chemises de nuit, un flacon dans la main. Elle avait cet air pensif au visage qu'il aimait tant et qui l'intriguait toujours à la fois. Elle avait défait le chignon qu'elle portait toujours pour tresser ses cheveux en une longue natte qui retombait sur son épaule. S'il n'était pas aussi fatigué…
« Installe-toi, lui proposa-t-elle en rougissant. »
Elle baissa les yeux une seconde avant de relever le menton, son petit sourire crispé de retour.
Il ne se fit pas prier pour obtempérer et se laissa tomber à plat ventre sur le lit. Le lit s'affaissa à sa droite, signe que Dorea s'était assise. Il l'entendit frotter ses mains entre elles, sans doute pour répartir l'huile dessus. Et lorsqu'elle posa ses mains sur son dos, il sentit vraiment tout l'amour qu'elle avait pour lui. Elle faisait remonter lentement ses doigts le long de son dos, appuyant parfois à peine, parfois beaucoup, mais comme il le fallait. Elle lui demandait où elle devait insister, et il lui répondait avec plaisir. Elle lui massa même les cuisses, les mollets et les bras avant de donner une deuxième séance à son dos. Il aurait pu s'endormir sous ses mains tant il se sentait bien.
Il ne se rappelait pas qu'on l'ait massé de cette façon par le passé. Le Médicomage du club le faisait un peu après une blessure, mais c'était tout. Et les femmes qu'il avait connues… Nina, ce n'était même pas la peine d'y penser. Quand aux autres, elles l'avaient parfois fait une fois ou deux, mais toujours dans l'optique d'obtenir quelque chose de lui en retour. Même Esméralda. Surtout Esméralda.
Alors que sa Dorea… Elle le lui proposait pour lui faire uniquement plaisir, parce qu'il en avait besoin, pour le détendre et qu'il ne soit pas un peu plus cassé demain matin.
« Je… »
Bon Dieu, c'était la deuxième fois en quelques heures qu'il s'apprêtait à lui dire qu'il l'aimait. Il ne pensait pas que c'était si dur de se retenir de dire ses sentiments à voix haute.
« Tu ? souffla-t-elle à son oreille avant de l'embrasser. »
Il sursauta, parce qu'il ne s'y attendait vraiment pas. Il tourna la tête vers elle. Elle lui sourit, et il roula sur le dos.
« Merci, dit-il en se glissant dans les draps.
-De rien, répondit-elle en rougissant à nouveau. »
Il la regarda remonter sa robe de chambre et essuyer l'huile qui restait sur ses mains le long de ses jambes. Il apprécia la vue jusqu'à ce qu'elle se glisse à son tour dans les draps. Il n'attendit pas qu'elle se tourne vers lui pour la tenir contre lui. Ils regardaient dans la même direction alors qu'elle avait son dos contre son torse.
« Bonne nuit, Dorea mon amour, souffla-t-il à son oreille avant de lui embrasser la joue.
-Bonne nuit… Charlus chéri. »
Son cœur explosa de bonheur. C'était stupide, mais c'était la première fois qu'elle lui accordait un surnom. Il resserra son bras autour d'elle, inspira son odeur citronnée, embrassa le morceau de peau qu'il trouva, et accepta de s'endormir, paisible et heureux.
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(... J'ai coupé le chapitre pour que vous puissiez mieux aprécier cette fin ;)
Merci Titou Douh pour ta review ! Des bras cassés, c'est la cas de le dire aha. Si tu ne veux pas être spoilé sur Ignatius et Lucretia, je ne dis rien !
Je mettrai le dernier chapitre des Quatre Filles d'Arcturus Black une fois la fin de cette fic en ligne, histoire de ne pas spoiler tout de suite deux ou trois choses ^^
A très vite !)
