Je ne suis tellement pas faite pour écrire de la romance... Enfin bon, c'est la Saint-Valentin ce week-end, ça fait deux fois que je m'esquive, donc cette année, je me suis dit que j'allais me plier au jeu. À ma façon bien sûr. Bonne lecture !
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La rose et l'épine
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Le regard que posait Sougo sur Toushirou était rarement amène. Que ce soit pour une raison ou pour une autre, y compris la plus futile, il trouvait toujours quelque chose à lui reprocher dès l'instant où il entrait dans son champs de vision. Et l'adolescent étant assez peu soucieux de l'image qu'il donnait, la tâche ne s'avérait guère compliquée : coiffure de travers, kimono abîmé, sali ou blessure soignée à la va-vite, l'enfant n'avait jamais aucun mal à trouver un détail dont se moquer, et le faisait avec d'autant plus de zèle que son aîné était quelqu'un de très susceptible... Aujourd'hui toutefois, il ne semblait pas y avoir grand-chose à dire. Son vêtement était propre et bien ajusté, sa queue de cheval attachée droite et les derniers bleus et égratignures qu'il avait pu se faire étaient assez anciens pour être entièrement effacés. Mais peu importait pour Sougo, dont l'œil critique s'était cette fois porté sur ce que Toushirou tenait dans la main, alors que tout deux s'apprêtaient à rentrer dans le dojo pour leur entraînement quotidien.
- Qu'est ce que c'est que ça ?
L'adolescent haussa un sourcil à la fois circonspect et dédaigneux avant de répondre.
- Un parapluie.
- Je vois bien que c'est un parapluie, tu me prends pour un idiot ?
- Si tu le sais, alors pourquoi tu poses la question ?
- Ce je te demandes, c'est qu'est-ce que tu fais avec ça !
- Non, ce n'est pas ce que tu as demandé !
- Tu as peur de te prendre le dojo sur la tête ? se moqua Sougo. Reste dehors, dans ce cas !
- Je l'ai pris parce qu'il va pleuvoir avant ce soir, crétin.
- N'importe quoi, pauvre idiot !
- Dites, vous deux ! intervint en sortant du dojo Kondo qui avait été attiré par leurs cris. Est-ce que que vous croyez qu'il serait possible qu'au moins une fois, vous vous parliez sans vous insulter ?
- Il risque pas de pleuvoir, pas-abruti-fini, reprit Sougo, le ciel est complètement dégagé.
- Le vent d'Est est en train de nous amener les nuages et l'air est lourd, pas-imbécile-complet, rétorqua Toushirou.
- Et en plus ils se foutent de moi...
- Je savais pas que t'avais une carrière de miss météo, pas-va-crever-Hijikata.
- Au moins, je ne finirai pas comme un chien mouillé, pas-petit-con.
- Tu parles, je parie qu'il ne tombe pas une goutte avant qu'on ne soit rentrés !
- Tu paries quoi ?
- Le dernier chupet au raisin qu'il y a au frigo !
- Vendu !
Kondo soupira lorsque ses deux élèves passèrent à côté de lui pour entrer dans le dojo. Bon, ce n'était pas si mal, songea-t-il avec son inébranlable optimisme, au moins, ils avaient terminé cette « conversation » sans se bagarrer.
Enfin, l'entraînement n'avait pas encore commencé.
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Absorbé par son entraînement, Sougo n'avait plus guère pensé à leur petit pari durant les heures qui avaient suivi ; mais lorsque, après avoir salué ses camarades, il sortit afin de rejoindre la demeure familiale, une petite moue contrariée vint plisser son nez tandis qu'il levait les yeux aux ciel où s'étaient amassés de sombres nuages, dans une atmosphère de plus en plus lourde et humide. Moue qui se tordit en une expression fortement courroucée quand il sentit plus qu'il ne vit son insupportable kouhai sortir à son tour du dojo et passer à côté de lui.
- Il ne pleut pas encore ! rétorqua-t-il au sourire narquois qu'il imaginait plaqué sur son visage. Ça s'est peut-être un peu couvert, mais tant qu'il n'a pas plu, tu n'as pas gagné !
- J'ai rien dit.
Le timbre tranquille et faussement innocent de sa voix lui était encore plus insupportable que tout le reste. Il se mit en route à grands pas, ignorant de son mieux sa présence sur ses talons. Malheureusement, c'était le tour de Kondo de ranger le dojo ce soir-là, les laissant seuls tous les deux. Avant qu'il ne sorte, leur mentor lui avait intimé comme toujours dans ces cas-là de ne pas se battre avec Toushirou sur le chemin, demande qu'il n'avait à l'heure actuelle jamais réussi à satisfaire. Mais aujourd'hui, il avait d'autres priorités : il s'efforçait de marcher le plus vite qu'il pouvait, tout en tâchant de rester aussi naturel que possible. Il aurait été idiot de nier plus longtemps que le temps était à la pluie ; mais du moment qu'ils arrivaient avant que les premières gouttes ne tombent, il aurait gagné leur pari. Il bouillait encore plus intérieurement en constatant que cet idiot, lui, était parfaitement confiant et détendu : ne protestant pas contre son rythme de marche, il calquait son pas sur le sien sans chercher à le ralentir. Ah, pourquoi fallait-il que le dojo soit aussi loin de chez lui ? Bon, ce n'était pas vraiment loin, mais... Ils en avaient encore pour quoi, là ? Dix minutes de marche ? Moins en pressant le pas, ça devrait aller, il y avait toute les chances que...
Une goutte.
Deux gouttes.
Trois, quatre, suivies de dizaines d'autres, trop pour pouvoir nier leur existence.
- Et flûte !
L'exclamation de dépit du petit garçon fut couverte par le bruit de la pluie qui s'intensifiait, et par le chuintement caractéristique d'un parapluie qui s'ouvrait.
- Tu veux qu'on le partage ?
Toushirou ricana en entendant à peine le juron fleuri que le gamin lui servit en réponse alors que celui-ci filait à toutes jambes vers la maison familiale, tête baissée et les mains couvrant son crâne en protection dérisoire contre les trombes d'eau qui s'étaient mises à tomber. Évidemment, il ne s'attendait pas à ce que Sougo accepte l'offre davantage lancée sur le ton de l'humour, il était trop fier pour ça. Et tant mieux. Cela ne l'aurait pas foncièrement dérangé, mais le parapluie qu'il possédait était un très petit modèle, qui n'était conçu que pour une seule personne. S'ils avaient essayé de se serrer tous les deux en dessous, aucun n'aurait pu rester au sec sans que l'autre ne prît la pluie, et ils auraient fini, inévitablement et comme toujours, par se battre.
Il prit son temps et ne chercha pas à le rattraper. Quand il arriverait, le dernier chupet aurait certainement disparu du frigo où il se trouvait, mais ça lui était bien égal. Cette victoire contre ce gamin arrogant était une friandise bien plus savoureuse pour lui. Une victoire mesquine et dérisoire, certes, mais ce petit enfoiré le méprisait tellement qu'il en resterait vexé toute la soirée, peut-être plusieurs jours... Et une soirée pendant laquelle Sougo faisait la gueule était une soirée tranquille. Bon, tout ça augurerait par la suite une vengeance conséquente, mais il s'en soucierait plus tard. En attendant, cette perspective ne diminua pas sa bonne humeur tandis qu'il poursuivait son chemin bien à l'abri...
- Oh, Toushirou-san... ?
Le jeune homme sursauta : perdu dans ces pensées réjouissantes, il n'en avait pas ressenti la présence humaine à proximité. Il la chercha des yeux et la repéra vite, blottie sous un arbre touffu qui lui servait d'abri et lui faisant signe de la main.
- Mitsuba... ?
- C'est une belle pluie, n'est-ce pas ? répondit-elle avec un sourire gêné, comme embarrassée de s'être mise dans cette situation. Je n'ai rien vu venir...
- Mais qu'est-ce que tu fais là ?
- J'étais sortie pour faire les courses pour le repas de ce soir, expliqua-t-elle en montrant le petit sac qu'elle tâchait de protéger de l'humidité. J'ai vu passer Sou-chan il y a deux minutes... Il courait trop vite, alors le temps que je l'appelle, il était déjà parti et ne m'a pas vue.
Toushirou la fixa un moment, muet, alors qu'elle frictionnait ses bras qui se refroidissaient à cause de l'humidité qui imbibait petit à petit son kimono, le feuillage épais de l'arbre ne parvenant pas totalement à la protéger.
- Nous avons été moins prévoyants que toi, ajouta-t-elle avec un petit rire. Tu penses que cette averse va durer longtemps ? Cela n'a pas l'air de vouloir se calmer...
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Une fois rentré chez lui, Sougo était toujours si fâché qu'il ne réalisa pas avant plusieurs minutes qu'il était seul dans la maison : ce ne fut qu'après s'être changé et avoir sommairement passé une serviette sur ses cheveux qu'il se rendit compte du silence ambiant. Il paniqua un instant avant de se rappeler : ah oui, c'est vrai, Ane-ue avait dit qu'elle irait faire des courses pendant son absence... Puis il paniqua à nouveau. Oh non, la pluie ! Est-ce qu'elle avait pensé à prendre un parapluie ? Elle qui s'enrhumait si facilement !
Il n'eût pas la temps de se poser davantage la question qu'il entendit la porte d'entrée s'ouvrir, suivie de la voix de sa grande sœur l'appelant. Il se précipita à sa rencontre et constata avec soulagement qu'elle n'était pas trempée comme lui l'avait été. Tout juste ses vêtements et ses cheveux étaient-ils un peu humides. Elle rit en passant sa main dans les siens, tout ébouriffés vu qu'il n'avait pas pris la peine de se repeigner après se les être séchés, puis il lui prit le sac de courses pour qu'elle puisse elle aussi aller se changer avant d'aller préparer le repas. Ce ne fut qu'une fois qu'elle eut refermé la porte de sa chambre qu'il y repensa : tiens, au fait, et lui, où il était donc passé, ce...
Là aussi, la porte d'entrée semblait suivre le cours de ses pensées et claqua de nouveau, avec moins de douceur que précédemment. Sougo se renfrogna de nouveau : zut, il aurait voulu éviter de le croiser, mais trop tard. Mais lorsque son aîné entra dans la pièce, l'expression de son visage se mua en étonnement, puis en incompréhension, avant qu'il n'éclate de rire.
- Et alors, ton parapluie était troué ?
- Oh, la ferme !
Le petit garçon riait toujours lorsque son aîné claqua la porte avec humeur, laissant derrière lui une traînée de gouttelettes sur le plancher laissée par sa queue de cheval et ses vêtements trempés.
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- Cent, deux cent, trois cent yens...
- Sougo, tu n'arrêtes pas de recompter depuis tout à l'heure, l'interpella Kondo, amusé, je crois que le total ne changera plus, maintenant !
- Cinq cent, huit cent... J'ai juste ce qu'il faut, Kondo-san, si je perds une seule pièce, c'est fichu ! Mille, mille cent...
- Je me demande bien comment tu pourrais en perdre. Tu les tiens si serrées que les chiffres se sont spurement imprimés dans ta paume.
- Je ne veux pas prendre de risques ! C'est tout un an d'économies !
- Il ne faudrait pas que le vendeur ait décidé d'augmenter ses tarifs, le nargua Toushirou qui les accompagnait et qui, comme Kondo, regardait le petit garçon compter et recompter depuis qu'ils étaient partis.
- Ah, tais-toi, tu me fais perdre le fil ! C'est malin, il faut que je recommence ! Cent, deux-cent...
Kondo sourit en secouant la tête, mais sans insister davantage. Cela faisait un an, en effet, qu'il accumulait péniblement petite pièce après petite pièce ; il lui avait déjà proposé d'apporter sa contribution à la somme, mais avait fait face à un refus catégorique.
Aujourd'hui, c'était l'anniversaire de Mitsuba. Et Sougo avait décidé que, pour ce jour, c'était son tour de lui faire un cadeau. Mais un « vrai », comme il disait : comprendre par là, qu'il ne voulait pas payer avec l'argent qu'elle lui aurait donné, ni qu'il se serait fait donner par Kondo. Non, il voulait avoir la fierté de gagner chaque petit yen qu'il dépenserait. Cependant, un enfant de son âge n'avait guère de moyens de gagner de l'argent. Il se débrouillait... Avec plus ou moins d'honnêteté pour économiser yen après yen, réussissant au bout d'un an à en avoir juste assez pour atteindre son but : offrir à sa sœur un petit bouquet de ses fleurs préférées.
Ils n'étaient pas une famille très riche ; Mitsuba, dont la priorité était d'élever correctement son petit frère, ne se permettait jamais ce genre de plaisir qu'était, par exemple, d'acheter quelques fleurs pour décorer sa maison. Si seulement elle avait su comment les faire pousser, mais le fleuriste gardait jalousement ses secrets... Mais son sourire lorsqu'il les lui offrait valait largement ses efforts pour réunir cette petite somme !
- Toushi, tu as aussi besoin de t'acheter quelque chose ? demanda Kondo en voyant que l'adolescent s'était mis à imiter Sougo et à compter les pièces dans sa main.
- Ouais, j'ai pas mangé.
- Ah, tu aurais dû me le dire. J'aurais pu t'apporter quelque chose qui me restait.
- C'est bon, j'ai juste assez pour un onigiri thon-mayonnaise.
- C'est tout ?
- Je mangerai plus ce soir.
- Tu devrais faire attention à ta santé... Je ne suis pas sûr que ce soit bon de ne manger que ça alors qu'on s'est entraînés ce matin.
- Surtout que c'est plutôt un onigiri mayonnaise-quelques-miettes-de-thon, renchérit Sougo. Et en plus, tu vas prendre le supplément mayonnaise ?
- T'as pas des sous à compter, toi ?
- Bon, comme vous avez l'air de bonne humeur tous les deux, je suppose que je ne risque pas grand-chose à vous laisser cinq minutes pendant que je vais chercher le gâteau ?
Il n'était même pas vraiment sarcastique en disant ça, sa fixation sur la somme d'argent dans sa main mise à part, Sougo était vraiment d'excellente humeur. Quand à Toushi, hé bien... Il était égal à lui-même, mais pas pire non plus. D'ailleurs, aucun d'entre eux ne protesta et ils se séparèrent de leur mentor le temps d'effectuer leurs achats respectifs, la pâtisserie se trouvant à l'opposée du fleuriste et du snack.
La boutique était la première sur leur chemin ; ils y arrivèrent rapidement, et Sougo entra avec un tonitruant « bonjour, Hana-san » !
- Bonjour, Sougo, répondit le jeune homme occupé à prendre soin de ses pivoines. Et je t'ai déjà dit que je m'appelais Ishii. Je suppose que tu viens pour la même chose que l'année dernière ?
- Et que l'année d'avant ! confirma-t-il joyeusement en lui tendant sa petite poignée de pièces et de billets. Voilà, ça fait tout juste trois mille yens !
Le sourire du vendeur se fana légèrement en regardant la somme qu'il lui tendait au creux de sa main.
- Ah... Euh, je suis désolé, mon garçon, mais j'ai bien peur que ça ne soit pas suffisant...
- Comment ça ? s'exclama Sougo. J'ai recompté trente-sept fois, tu peux vérifier !
- Je n'en doute pas, mais... Vois-tu, l'hiver a été rude, et après ça, nous avons eu des ennuis avec les insectes... Bref, à cause de tout ça, les frais ont un peu augmenté cette année, acheva-t-il en désignant le nouveau prix affiché.
- Quoi ?
Il se retourna vers Toushirou qui l'attendait un peu plus loin pour le fusiller du regard comme si c'était de sa faute, celui-ci étant visiblement le premier surpris de sa prédiction exacte. Ishii eut un mouvement de recul, craignant que l'enfant fut en train de demander silencieusement à ce bien connu sauvageon d'intervenir. Il se rasséréna un peu en voyant que celui-ci ne bougeait pas et ne comptait visiblement pas le faire, mais préféra le garder prudemment dans son champ de vision.
- Alors... Je ne peux pas les acheter ?
- Je suis désolé... Je ne demanderais pas mieux que de te faire un prix, mais...
Il n'eut pas besoin de terminer sa phrase. Depuis l'arrière-boutique, le regard perçant de son employeur, le propriétaire de la boutique, les surveillait étroitement. Sougo ne l'aimait pas, c'était un type malpoli et désagréable, et particulièrement radin – mais sans concurrence en ville pour son affaire.
Le vendeur le regardait d'un air désolé. Sougo serra les poings. À cause de quelques foutus yens, il n'allait pas pouvoir faire son cadeau à sa sœur. Il avait envie de tabasser ce sale type. Et cet enfoiré d'Hijikata aussi, pour avoir fait cette plaisanterie plus tôt. Toute sa concentration mobilisée pour intérioriser sa rage, il ne se rendit pas compte tout de suite que, justement, Toushirou essayait discrètement d'attirer son attention.
- Qu'est-ce que tu veux ?Tu vois pas que c'est pas le moment, crétin ?
Peu importe qu'il n'y soit en vérité pour rien, il avait déjà du mal à supporter sa gueule en temps normal, c'était encore moins le cas en ce moment. Toushirou sembla s'en rendre compte, mais cela ne lui tira qu'un haussement de sourcils dédaigneux.
- Au lieu de te plaindre, lui dit-il entre ses dents, jette plutôt un œil aux chrysanthèmes...
- Hein ? T'es vraiment stupide, je n'ai déjà pas de quoi prendre ces petites fleurs, comment tu voudrais que je paye des chrysanthèmes ?
L'insulte de trop lui valut une claque sur le crâne ; mais dans le mouvement, l'adolescent lui empoigna les cheveux pour le forcer à tourner la tête et à regarder à nouveau vers les fleurs.
- Sous le bac des chrysanthèmes, précisa-t-il d'un ton aigre. Et tu ferais mieux de te grouiller avant qu'il ne la voie !
Regardant malgré lui dans la direction indiquée, l'œil de Sougo fut tout à coup attiré par quelque chose de brillant. Là, juste sous le bac, c'était... Oh, une pièce !
Se dégageant de la prise de Toushirou, il se précipita vers les fleurs. Ce serait vraiment trop de chance si c'était... Mais si, c'était bien ça ! Une pièce de cent yens, là, juste devant ses yeux !
Sans attendre, il empoigna le butin inespéré et se précipita à l'intérieur de la boutique où le vendeur avait fini par rentrer :
- Hana-saaaan ! C'est bon, j'ai l'argent !
Quelques minutes plus tard, il ressortit avec un grand sourire et dans les mains une jolie petite composition florale, simple mais délicate et harmonieuse.
- C'est bon ? lui demanda Toushirou avec comme une légère pointe d'impatience contenue dans la voix.
- Oui... Humblfr... Merci... Bon, je vais retrouver Kondo-san à la pâtisserie !
Il s'empressa de disparaître au coin de la rue tandis que les sourcils de Toushirou en faisaient autant derrière ses mèches rebelles. Woah... « Merci » ? Il devait vraiment tenir à offrir ce cadeau à sa sœur ! C'est sûr, ça n'arriverait pas tout les jours, et une personne qui aurait regardé avec attention l'adolescent à ce moment-là – ce que personne ou presque n'osait faire – aurait pu voir sur ses lèvres, pendant une seconde, ce qui ressemblait à un léger, un minuscule sourire...
Cependant, lorsqu'il arriva au snack pour acheter son déjeuner, ce fut en faisant grise mine ; et ce bien que la jeune fille souriante derrière le comptoir fît partie des rares personnes à ne pas le regarder comme un déchet compostable sur le point de prendre feu. Ce qui était, même s'il ne le disait pas a voix haute, la principale raison pour laquelle il venait ici. Ça et le supplément mayonnaise.
- Bonjour, Toushirou-san ! l'accueillit la vendeuse. Tu vas bien ? La même chose que d'habitude, je suppose ?
- Hum... Oui, mais sans le supplément mayonnaise.
- Ah bon ? s'étonna-t-elle alors que sa main avait déjà amorcé un mouvement vers la bouteille jaune.
- ... J'ai pas assez d'argent aujourd'hui, répondit-il, dépité, en comptant l'argent dans sa main. Il me manque cent yens.
