Chapitre 27 : Percevoir la réalité
Harry, les yeux toujours fermés, sentit Jedusor se déplacer et, malgré ses mots, lorsque l'ex-Seigneur des Ténèbres s'assit près de lui, il se tendit et fut sur ses gardes.
Jedusor le remarqua et dit, apparemment pas trop gêné par cela ;
— Vous ne me détestez peut-être pas mais vous ne me faites pas confiance non plus.
Harry lui répondit avec simplicité ;
— La confiance se gagne. Tu n'as encore rien fait pour que je te l'accorde.
Jedusor ne répondit rien mais Harry sut qu'il avait hoché la tête en signe d'accord. Tom demanda après un moment ;
— Comment saviez-vous pour l'orphelinat et pour tout le reste ? Nous avons cinquante ans d'écart et je vois mal mon homologue, que vous décrivez comme un homme monstrueux et fou, vous parler de son enfance.
Harry soupira.
— Alors c'est reparti pour les questions/réponses. Depuis que tu es là, tu passes ton temps à m'interroger ou à faire des recherches sur moi...
Jedusor répondit et Harry se dit qu'il semblait sincère ;
— J'ai besoin de savoir. Il me manque plus de la moitié de mes souvenirs et je découvre un futur où je suis devenu un être abject qui a fait d'un autre sorcier son pire ennemi. Je ne sais pas pourquoi ni comment je suis devenu ainsi, même si je me doute que la création répétée d'Horcruxe ne m'a pas aidé.
Potter fit un petit mouvement d'épaules, son corps était toujours très raide et Tom devinait que cela venait du fait qu'il inhibait sa magie. Harry dit peu après ;
— Faisons les choses avec équité. Il y a, moi aussi, beaucoup de questions que j'aurais voulu hurler à Voldemort. Je te les pose et, pour chaque question à laquelle tu auras une réponse, je répondrai à l'une des tiennes.
Tom acquiesça, le marché semblait honnête. Très Gryffondor, mais honnête.
Harry demanda donc ;
— Pourquoi un Horcruxe ? Il y avait plein d'autres possibilités pour l'immortalité, moins dangereuses, que découper son âme et l'enfermer dans un objet. Je peux comprendre la peur panique de mourir mais jamais je n'aurais sacrifié mon âme pour cela. J'aimerais donc savoir, pourquoi ?
Tom devait avouer que c'était une question difficile. La réponse était personnelle et jamais il n'avait fait part de cela à quelqu'un d'autre. Mais Harry Potter souffrait du même problème que lui alors peut-être qu'il était capable de comprendre.
— J'étais en cinquième année quand je m'en suis vraiment rendu compte. Avant, je pensais ma puissance magique juste un peu au-dessus de la moyenne et je trouvais cela normal. Puis, c'est devenu de pire en pire, je perdais le contrôle, ma magie m'échappait et je ne contrôlais plus rien. Il m'arrivait d'être incapable de parler autrement qu'en fourchelang. Je ne pouvais pas exécuter un sort sans que celui-ci ne prenne des proportions gigantesques. Mes pertes de contrôle devenaient de plus en plus violentes. J'ai été obligé de manipuler mon entourage pour que cela ne se sache pas. Je savais que même des sorciers comme Dumbledore prendraient peur en voyant cela et Poudlard était le seul endroit où je pouvais aller sans crainte ; si Dippet me renvoyait à cause d'une perte de contrôle, je n'avais nulle part où aller. À cette époque, je faisais des recherches sur mes origines et en parallèle sur l'immortalité. J'ai fait la découverte du procédé permettant de créer un Horcruxe et cela m'avait semblé être la solution à mes problèmes. Non seulement je devenais immortel, mais en plus ma magie serait divisée et je pourrais ainsi en reprendre le contrôle.
Tom fit une pause et Harry en profita pour demander ;
— Alors, c'était pour cela ? Ton but était de diviser ton âme et ta magie pour pouvoir maîtriser tes pouvoirs.
Tom acquiesça en silence, un peu honteux, surtout en sachant que cette pratique plus que dangereuse lui avait coûté sa santé mentale dans le passé. Il dit ;
— Cela a fonctionné : actuellement, je maîtrise ma magie, mais elle est deux fois moins puissante qu'auparavant.
Harry lui lança un regard puis, il dit avec hésitation, conscient que Jedusor avait remarqué que sa situation et la sienne était similaire ;
— Avant de faire ça, tu étais comme moi. Je veux dire... Tu ne maîtrisais rien et cela te faisait souffrir ?
Tom ne répondit rien pendant un long moment puis, alors qu'Harry pensait qu'il ne répondrait pas, il dit ;
— Je ne savais plus quoi faire. Je venais d'apprendre que j'étais le bâtard d'un père moldu qui ne me désirait pas et d'une mère sorcière qui s'était laissée mourir à ma naissance. Mes pouvoirs devenaient de plus en plus incontrôlables au fur et à mesure des années. J'ai fait le rituel un peu précipitamment, je perdais le contrôle de moi-même en permanence et je n'ai pas réussi à le supporter. C'était une erreur, faire un Horcruxe était une erreur.
Harry observa un moment Jedusor. Celui-ci avait l'air plus jeune, un peu perdu et surtout assez désemparé. Harry se rendit compte qu'il ne s'agissait que d'un adolescent bien plus intelligent et puissant que la moyenne, un peu tordu sur les bords. Il fallait l'être pour prendre la décision de morceler son âme.
Mais rien de plus. Pas d'assassin sanguinaire ayant détruit la moitié d'un pays dans sa rage destructrice, pas de monstre. Tom Jedusor n'était pas Voldemort où plutôt, il n'était pas son Voldemort. Il était seulement une version un peu plus jeune et moins corrompue de celui-ci et, peut-être qu'il avait pris la bonne décision en lui laissant une chance, en le laissant être Tom Jedusor et pas un assassin désirant un génocide pour imposer sa suprématie.
Harry dit en passant une main agitée dans ses cheveux ;
— Je crois que... Si j'avais été à ta place à ce moment-là, j'aurais fait la même chose. Ça ne veut pas dire que je cautionne le fait de découper son âme... Ça signifie seulement que je peux comprendre le fait que tu aies été poussé à le faire. On trouvera un moyen de réintégrer ton Horcruxe à ton âme et, pour ce qui est des pertes de contrôles magiques, si on fait des recherches à deux, on finira bien par trouver une solution. Ma magie a commencé à devenir incontrôlable pendant le début de la guerre alors que j'avais quinze ans, même si cela a grandement empiré ces derniers temps... Si c'est la même chose pour toi, on finira bien par trouver de quoi il ressort.
Jedusor laissa de nouveau un silence se répandre dans la bibliothèque. Il finit par dire, un petit sourire ayant pris possession du coin de ses lèvres ;
— J'apprécie le fait que l'on soit similaire. Je sais que vous n'êtes pas d'accord avec cela, mais je trouve ça... rassurant.
Potter répondit sur le même ton ;
— Je m'en doutais, tu es complètement tordu. Tu es en train d'avouer à voix haute que tu préfères que je souffre de la même chose que toi plutôt que d'être seul... Mais je suppose que je trouve ça rassurant, moi aussi.
Tom répondit, conscient que c'était le moment pour évoquer le sujet ;
— Ce que vous faites est dangereux. Créer un Horcruxe m'a pris une partie de mon âme mais retenir votre magie, comme vous le faites, vous tuera.
Jedusor ne fut pas choqué de voir Potter hocher la tête. Il savait, mais il continuait de le faire. Il avait peur. Il avait plus peur de perdre le contrôle que de mourir et, ça aussi, c'était une de leurs différences.
Harry dit ;
— On trouvera un moyen, pour toi comme pour moi. Cela fait un moment que je fais ça, je n'en mourrai pas tout de suite et le morceau manquant de ton âme est à l'abri. Nous avons donc le temps de trouver une solution. Quelque chose de moins radical. En attendant, je préférerais que tu me tutoies, ce sera mieux comme ça.
Les yeux de Jedusor devinrent rougeoyant et Harry grimaça, mal à l'aise. Il arrêta de fixer le mage noir et dit ;
— C'est à ton tour, si tu as une question, j'y répondrai.
Harry vit Tom se relever. Celui-ci dit en époussetant la poussière invisible de son uniforme impeccable.
— Cela peut attendre. Il est plus de deux heures du matin et je pense que les membres de ton fan-club doivent être en train de paniquer ; tu n'as pas montré signe de vie depuis que l'on est parti avec la directrice.
Harry dit en se relevant ;
— L'A.D. n'est pas mon fan-club, mais tu as raison, on devrait rentrer. Bien que je n'aie aucune idée de comment je vais leur expliquer cela, je ne sais pas comment leur dire. Je ne veux pas qu'ils haïssent la directrice pour ça, qu'ils quittent Poudlard à cause de cette histoire. Ils doivent avoir leurs diplômes. Ils le méritent.
Jedusor siffla à la limite du fourchelang ;
— Ce n'est pas à toi de le faire. La directrice doit assumer les conséquences de ses actes et si la conséquence de sa trahison est la perte de ses élèves alors tant mieux, elle aurait dû y réfléchir à deux fois avant de se servir de toi.
Harry, surpris, resta un moment figé dans le dos de Jedusor. Apparemment, celui-ci n'avait pas du tout apprécié ce qu'avait fait la directrice, ce qui était compréhensible. Harry supposa que Jedusor ne supportait pas que quelqu'un veuille l'éloigner à tout prix de l'Angleterre.
Harry se contenta de dire en emboîtant le pas à Tom ;
— Elle avait peur. Comme tous les autres, elle a juste peur de toi. Je ne peux pas lui en vouloir d'avoir peur.
Tom gronda ;
— Ce n'est pas une raison pour se servir de toi pour m'envoyer en Amérique.
Harry ne répondit rien. Tom n'avait pas tort. L'Amérique, Ilvermorny, le tournoi des trois sorciers. Harry était encore en colère mais plus au point de vouloir tuer la directrice. Celle-ci avait voulu protéger son école et si Harry avait pardonné à Dumbledore, il pouvait bien le faire aussi pour Minerva. Ce sera long et difficile mais il se sentait capable de le faire.
À Suivre...
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