Chapitre 28 : Sentiment de solitude
Après cela, les évènements du reste de la nuit restèrent flous dans l'esprit d'Harry. Il se souvint d'être rentré à la Salle sur Demande où tous les membres de l'A.D. l'attendaient sur le pied de guerre. Severus Rogue leur avait tout dit et Harry lui en était reconnaissant. Il avait réussi à expliquer les choses de manière à ce qu'elles paraissent ne dépendre que de la volonté qu'Ilvermorny et de personne d'autre. Les membres de l'A.D. n'avaient donc pas compris que tout cela avait été orchestré par la directrice.
En revanche, Hermione s'en était directement rendue compte et avait lancé un regard empli de tristesse et de rage à Harry. Elle en voulait à la directrice pour lui avoir fait cela, pour l'avoir trahi.
Mais le pire était sûrement la pitié qu'Harry avait lue dans les yeux de Malefoy, c'était le même regard qu'il aurait donné à un chiot en train de se noyer. Espion durant presque deux ans, celui-ci avait tous les éléments en mains pour comprendre. Harry avait eu envie de le frapper et de lui hurler qu'il n'était pas faible et qu'il n'avait pas besoin de sa pitié. Mais il savait qu'au fond, la pitié du blond était seulement la preuve que celui-ci souffrait de le voir toujours empêtré dans des situations impossibles. Alors, il s'était retenu d'envoyer un coup dans sa mâchoire.
Il était resté un moment avec tout le monde, à écouter leurs plaintes et leurs recommandations. Des phrases vides de sens telles que : "fais attention à toi", "méfie-toi de Voldemort", "si Severus Rogue vient avec vous, surveille-le, il était un Mangemort dangereux auparavant"...
Les membres de l'A.D. ne voulaient pas qu'il parte mais Harry savait qu'au fond, tout au fond de leurs consciences, ceux-ci étaient soulagés de le voir partir avec Voldemort.
C'était cruel de penser cela mais c'était la vérité. Il n'avait pas besoin d'être Legilimens pour voir dans leurs yeux, dans leurs mouvements plus détendus, qu'ils étaient rassurés de voir Voldemort partir, même si cela devait être avec lui. Ils avaient vécu des horreurs, avaient perdu leurs parents à cause de cette guerre. Harry savait qu'ils ne pourraient jamais pardonner à Tom Jedusor et qu'ils étaient rassurés de savoir que celui-ci serait loin d'eux pendant un long moment.
Cela lui faisait mal au cœur mais Harry l'avait toujours su et c'était pour ça qu'il n'avait jamais été franc avec eux en leur parlant de ses problèmes, de son enfance, et de ses pouvoirs magiques instables. Il n'avait pas baissé la garde, jamais. Cela faisait presque dix ans maintenant, et même après tout ce temps Harry n'avait jamais réussi à s'intégrer au groupe.
Il les dirigeait pendant la guerre. Il les avait soutenus et il ne les aurait jamais trahis, mais ce n'était pas réciproque. Non, ses amis l'aimaient, il en était sûr mais ils aspiraient au calme et à la liberté et en restant avec eux, Harry les condamnait à supporter son rythme de vie infernal et il ne le voulait pas, il ne souhaitait être un poids pour personne et c'était le sentiment qu'il avait avec l'A.D.
Il ne se sentait pas à sa place parmi eux. Parfois, il pouvait voir chez les Serdaigle une lueur d'envie lorsqu'il exécutait un sortilège simple sans baguette, sans incantation. Les Poufsouffle adulaient le héros, le Survivant, mais ils le craignaient aussi. Les Serpentard, ou plutôt ce qu'il en restait, faisaient ce qu'ils avaient toujours fait, suivant la personne ayant le plus de pouvoir à leur portée. Enfin, les Gryffondor avaient essayé de toutes leurs forces de l'aider. Sans succès. Et peut-être était-il temps d'arrêter les frais, peut-être que les Gryffondor seraient mieux sans lui.
Pendant toutes ses années à Poudlard, Harry n'avait pas une seule fois créé de lien assez fort pour que celui-ci dépasse son statut de Survivant, de héros ou, au contraire, de monstre. Hermione était la personne la plus proche de lui mais, même avec elle, il savait qu'il ne pouvait pas être parfaitement sincère et agir comme il aurait aimé le faire.
Hermione était heureuse maintenant, elle avait Drago et Harry ne pouvait plus rien lui apporter à part des dangers à répétition. Elle avait déjà perdu Ron à cause de lui...
Penser à Ron était encore trop difficile pour lui. Nagini, Nagini l'avait tué...
Il était temps qu'il fasse cavalier seul pour ne pas empêcher les siens d'atteindre ce qu'il n'aura jamais : une vie heureuse et tranquille.
Finalement, il réussit à les rassurer et les huitièmes années partirent vers leur dortoir dormir quelques heures, avant que le soleil ne se lève.
Harry, après tout cela, s'assit lourdement dans le canapé face à la cheminée et, passant une main lasse sur son front, soupira profondément.
Oui, la fin de cette nuit était floue dans sa mémoire et c'était peut-être mieux comme ça puisque Harry n'avait pas envie de se rappeler la solitude qu'il avait ressentie en prenant conscience qu'il ne faisait confiance en personne et que c'était réciproque. Que depuis toujours il était seul. Tout seul. Pas de parents, pas de famille.
Alors que ces pensées traversaient son esprit fatigué, un poids se posa sur son épaule et Harry sursauta avant de reculer. Il reconnut quelques secondes plus tard la présence de Tom Jedusor. Celui-ci, pas plus gêné que cela de s'être fait repousser, reposa une seconde fois sa tête sur l'épaule d'Harry, les yeux fermés. Le mage noir avait l'air fatigué.
Harry aurait voulu dégager Jedusor de son épaule mais ce contact le rassura, quelque chose en lui lui soufflant qu'il n'était plus seul. Le mage noir s'était tenu en retrait pendant la discussion avec les huitièmes années, Harry savait que celui-ci aurait préféré que ce soit la directrice qui explique la situation mais Jedusor n'était pas allé contre son choix d'expliquer lui-même les choses. Il était resté silencieux et l'avait laissé gérer la situation, si bien qu'Harry avait presque oublié sa présence.
Difficile de le faire maintenant ; Jedusor s'appuyait contre lui et s'était étendu de manière à ce que sa tête repose contre son épaule.
Harry souffla en se reprenant sans pour autant repousser une seconde fois Jedusor.
— Tu m'expliques ce que tu es en train de faire ?
La voix de Tom lui parut ensommeillée lorsque celui-ci lui répondit, d'une simplicité déconcertante ;
— J'essaie de dormir un peu.
Harry répliqua avec incompréhension ;
— Ici ? Contre moi ?
Jedusor, pour toute réponse, appuya son dos contre le flanc d'Harry, les yeux fermés et sa tête reposant contre l'épaule de celui-ci.
Harry ne fit aucun mouvement. Il n'arrivait plus à avoir de pensées concrètes. Le fait que Voldemort souhaitait dormir contre lui, non avec lui, le laissait complètement stupéfait. Tom Jedusor n'était pas censé faire ce genre de chose. Non. Pas du tout. Ils étaient censés vouloir s'entre-tuer.
Pourtant, Harry avait décidé de séparer Tom Jedusor de Voldemort dans son esprit, mais Jedusor restait tout de même un mage noir aux idéaux extrémistes, avec une grande propension à la manipulation.
Cependant, Harry se sentit tout à fait incapable de rejeter celui-ci. Jedusor était avec lui et il ne se sentait plus seul. C'est sur cette pensée qu'Harry ferma les yeux. Il ne s'endormit pas, incapable de se détendre, mais il se sentit beaucoup moins seul. Tom était comme lui, et ni l'un ni l'autre ne voulaient devenir Voldemort.
À Suivre...
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