Chapitre 29 : Rêver d'être lui
Tom Jedusor se réveilla en sursaut. Harry, surpris et inquiet par le mouvement brusque, se releva d'un coup. Il lança un regard à Tom et remarqua que celui-ci semblait reprendre son souffle difficilement. Un cauchemar. Tom venait de faire un cauchemar.
Harry ne savait pas vraiment quoi faire, alors, il laissa Jedusor reprendre ses esprits. Celui-ci releva la tête vers lui et, après un moment à le regarder, ses yeux, beaucoup plus sombres qu'à l'accoutumée, s'éclaircirent pour reprendre une teinte légèrement rougeoyante.
Jedusor se redressa sans pour autant se lever. Il baissa la tête un moment puis la releva vers lui, il semblait perplexe. Il déclara ;
— J'ai rêvé de toi.
Harry lui adressa un regard légèrement horrifié et Jedusor reprit ;
— Non. Je n'ai pas rêvé de toi. J'étais toi. Tu avais sept ans et tu dormais dans un placard-
Harry le coupa brutalement ;
— Rien du tout. Je ne dormais nulle part. Comme tu viens toi-même de le dire, c'était un rêve, juste un rêve. Avant de s'enfuir vers la salle de bains.
Tom resta un moment à ressasser ses pensées ainsi que le rêve qu'il avait fait. Potter avait réagi beaucoup trop brutalement pour que cela ne soit qu'un rêve. Il avait vu un souvenir mais pas l'un des siens. Non, c'était un souvenir d'Harry lorsqu'il était petit.
Tom se souvint du placard minuscule couvert de poussière et d'araignées, de la couverture trouée et tâchée de sang sur le sol et du petit garçon tremblant de froid et de faim. Son oncle l'avait appelé pour faire le petit déjeuner mais Harry avait trop mal aux côtes pour se lever. Dudley et ses amis l'avaient battu hier et le petit Harry savait que plusieurs de ses côtes étaient fêlées, il les sentait chaque fois qu'il respirait.
Cette vision était bien trop réelle pour seulement venir de son imagination, bien trop détaillée. L'enfance d'Harry Potter ne ressemblait pas à ce qu'il avait imaginé. Il pensait qu'Harry avait été entraîné depuis tout petit pour l'abattre. Il ne pensait pas qu'il avait vécu avec des moldus, dans des conditions aussi atroces. Il se souvint de la douleur du petit Harry de sept ans comme si elle avait été la sienne. Les moldus étaient des barbares et jamais les sorciers n'auraient dû se mêler à eux.
Rien dans les livres qu'il avait lus n'évoquait ne serait-ce qu'une petite partie de l'enfance d'Harry Potter, toutes les histoires à son propos commençaient à son entrée à Poudlard. Avant cela, il n'était qu'un bébé ayant survécu à l'Avada Kedavra.
Maintenant Jedusor comprenait mieux. Il avait pensé qu'Harry détestait Voldemort pour l'avoir condamné à une vie sans ses parents où il était devenu une arme pour le vaincre, mais la vérité était tout autre, bien plus cruelle ; Voldemort avait condamné un enfant à vivre la même enfance que lui. Froide, violente, sans rien d'autre que la faim et la douleur et avec l'espoir fou de sortir un jour de cet enfer.
Plus Jedusor en apprenait, plus il se rendait compte que sa vie et celle de Potter se ressemblaient. Leurs expériences étaient différentes mais elles avaient le même fond, un fond de solitude et de souffrance.
Lorsque Potter revint de la salle de bain, il ne portait pas l'uniforme, mais une robe de bataille noire faite d'un mélange de tissus souples et de cuir. Le tout parfaitement ajusté à sa taille.
Il semblait déterminé. Il s'approcha de lui pour dire ;
— Prépare-toi, on va récupérer ta baguette aujourd'hui. On a aussi des papiers à remplir au ministère pour pouvoir aller en Amérique. J'aimerais faire tout cela aujourd'hui. Rogue m'a indiqué que l'on partirait en fin de semaine et je préférais que tout soit prêt d'ici-là.
Donc Potter voulait sortir dans cette tenue. S'attendait-il à être attaqué ? Tom eut un flash : bien sûr qu'Harry allait sortir habillé ainsi, le contrat précisait seulement qu'il ne pouvait pas l'attaquer entre les murs de Poudlard et cela signifiait qu'en dehors, il en était libre et Harry pensait qu'il profiterait de l'occasion. Potter pensait qu'ils allaient se battre une fois sortis de Poudlard...
Harry attendait que Jedusor soit prêt et, pendant ce temps, il ne pouvait s'empêcher de revenir sur les paroles du Serpentard ce matin. Celui-ci avait rêvé être lui. Cela lui arrivait aussi de rêver être Voldemort ou Tom Jedusor, et ça ne pouvait pas être une coïncidence. Pendant la guerre, Harry pensait que la connexion entre Voldemort et lui était due au fait qu'il était son Horcruxe, mais maintenant, ce n'était plus le cas et, bien que la connexion n'ait pas refait surface avec la même intensité qu'auparavant, ces rêves prouvaient qu'il y avait quelque chose. Un lien.
Harry ne voulait pas y penser pour le moment. Chaque chose en son temps. Déjà, il devait voir comment Tom Jedusor se comporterait à l'extérieur. Au moindre pas de travers, il ramènerait celui-ci à Poudlard, mais pour le moment, il devait essayer de considérer Jedusor comme un étudiant normal.
Jedusor le rejoignit et Harry fronça les sourcils en voyant celui-ci avec l'uniforme de Poudlard. Il se rendit compte seulement maintenant que Tom ne possédait rien, ni argent, ni vêtements. En théorie, étant donné qu'il était son tuteur, c'était à lui d'acheter ce genre de choses. C'était assez étrange. Il ne se voyait pas acheter quoi ce soit à Voldemort. Il pourrait tout simplement donner une somme d'argent à celui-ci mais il avait peur du résultat.
L'image d'une dizaine de grimoires sur la magie noire ainsi qu'un serpent de huit mètres de long s'imposa dans son esprit et il secoua la tête pour la chasser. Il dit tout de même, se donnant bonne conscience ;
— S'il te faut faire des achats, nous les ferons en Amérique. Je n'aime pas trop traîner dans le Chemin de Traverse.
Tom lui demanda pourquoi et Harry grimaça en déclarant ;
— Je pense que tu t'en rendras compte bien assez tôt puisque l'on doit se rendre au ministère en premier.
Ils sortirent ensuite de la Salle sur Demande et Harry dit, alors que Tom s'accordait à son pas ;
— La seule cheminée reliée au ministère est celle du bureau de la directrice et elle donne directement sur l'Atrium. Cela nous fera gagner du temps, même si je n'ai pas envie de la revoir.
Harry essaya, comme d'habitude, d'ignorer le regard insistant de Tom qui fixait tous ses mouvements du regard. Voldemort aussi faisait ça lorsqu'ils se retrouvaient dans la même pièce et Harry avait toujours détesté ça. Il avait l'impression que celui-ci attendait un instant de faiblesse, une ouverture pour attaquer.
C'était peut-être de la paranoïa mais Jedusor était dangereux et, même si Harry tentait de lui accorder une certaine forme de confiance, il n'oubliait pas qu'il pouvait retrouver la mémoire et décider de le tuer à tout moment. Dès qu'ils sortiraient de Poudlard, Jedusor aura l'autorisation d'utiliser la magie contre lui.
La gargouille du bureau de la directrice pivota directement à son approche. Depuis la mort de Dumbledore, celle-ci lui accordait l'accès sans mot de passe.
En pénétrant dans le bureau, Harry remarqua que ce n'était pas Minerva McGonagall derrière celui-ci mais Severus Rogue. Il le salua et demanda ;
— J'aimerais utiliser votre cheminée pour me rendre au ministère, nous avons des papiers à remplir pour Ilvermorny. De plus, je dois récupérer des effets personnels au Square Grimmaurd.
Rogue adressa un regard furtif à Jedusor et Harry acquiesça, affirmant ainsi qu'il voulait que Tom l'accompagne.
Le sous-directeur fit un bref signe de tête et dit ;
— Allez-y, et pas d'esclandre monsieur Potter. Si vous avez un problème, utilisez ceci.
Rogue lui lança un objet qu'il réceptionna avec facilité, réflexe d'attrapeur. C'était une fiole vide mais il ne fallut que quelques secondes à Harry pour deviner qu'il s'agissait d'un Portoloin. Ce qui, d'ailleurs, était tout à fait illégal mais ils n'étaient plus à cela près.
Il remercia le Maître des potions d'un signe de tête et vit en passant près de ce dernier qu'il remplissait des documents similaires à ceux qu'ils devront eux-mêmes remplir au ministère pour avoir le droit d'aller en Amérique.
À Suivre...
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