Chapitre 31 : Leurs âmes
Harry fit un geste de la main, signifiant qu'il ne voulait pas s'attarder sur la question et, alors que l'ascenseur atteignait le rez-de-chaussée, il ajouta simplement ;
— Nous partageons peut-être cet avis sur le ministère mais je ne souhaite pas pour autant faire du monde magique une monarchie absolue.
Jedusor demanda derrière lui ;
— Qui a parlé de monarchie absolue ?
Harry répondit tout en se frayant un chemin entre les passants, son capuchon masquant son visage cette fois-ci ;
— Toi, enfin Voldemort. Voldemort voulait faire de l'Europe tout entier un Empire magique où aucun moldu ne subsisterait. Il ne resterait que des sangs-purs consanguins dans son utopie du gouvernement parfait dont il serait évidemment à la tête, assis sur mon cadavre pour diriger le monde.
Tom renifla avec ironie.
— Charmant, je vois que j'avais une vision très réaliste du futur.
Harry sourit à cette réponse. C'était ce genre de petites phrases qui différenciaient Jedusor de Voldemort dans son esprit ;
— Oui, Voldemort était un homme charmant. Et encore, tu ne connais même pas la moitié de ses lubies de psychopathe mégalomane. Il aimait bien me présenter ses idées en pleine nuit avec un ou deux cadavres comme cadeaux de bienvenue. Il m'a demandé à plusieurs reprises de le rejoindre, pensant probablement que je finirais par venir gentiment m'agenouiller à ses pieds pour devenir son chien.
Tom grimaça derrière le dos de Potter, il y avait tellement de haine dans les propos de celui-ci.
Alors qu'ils se dirigeaient vers une cheminée, Tom demanda ;
— Je ne comprends pas, quelle relation entreteniez-vous exactement Voldemort et toi ?
Harry se figea à la question, il sembla y réfléchir sérieusement. Il se retourna vers lui et dit ;
— C'était compliqué. Je le détestais et il me détestait, mais pour des raisons différentes. Cependant, il y a toujours eu ce... cette fascination. Je crois qu'on peut appeler cela de la fascination. C'était un peu morbide mais j'étais fasciné par la résistance et les pouvoirs de Voldemort et il en était de même pour lui. Malgré la différence d'âge, nous avions fini par nous respecter, d'une manière assez controversée, mais je pense que nous nous respections. Et lorsque je l'ai tué... il a... Juste avant de mourir, il a dit quelque chose en fourchelang, je n'ai pas compris, j'ai entendu mais je n'ai pas compris. Enfin ce n'est pas important. Ça n'a aucune importance. On se haïssait aussi fort que deux personnes peuvent se haïr.
Jedusor demanda en fixant le visage d'Harry Potter tellement expressif, tellement vivant. Tout le contraire de lui ;
— Qu'a-t-il dit ? Qu'ai-je dit ?
Potter siffla ;
§ Occidi per animam meam mate. §
Puis, il dit en anglais ;
— C'est du latin, je pense. Je ne l'ai jamais traduit et je ne veux pas savoir ce qu'il a voulu dire.
Tom resta figé sur place un long moment et Harry le remarqua. Tom était complètement immobile et avait légèrement pâli. Il releva les yeux sur lui et Harry vit une lueur qu'il ne réussit pas à interpréter traverser ses yeux carmin. Rouge sang, sa pupille était presque invisible parmi le rouge et le noir qui semblaient se mouvoir dans ses yeux. Tom était effrayant. Pourtant, Harry le laissa le dévisager longuement. Jedusor ne relâcha pas son regard en disant ;
— Je comprends le latin.
Harry acquiesça. Cela ne l'étonnait pas plus que cela. Il dit en se détournant du regard pénétrant de Jedusor ;
— Bien. Comme ça, tu connais tes dernières paroles avant de mourir. Je ne veux pas les connaître. Peu importe ce que Voldemort a dit ce jour-là. Il mentait. Il mentait toujours, m'intéresser à ses mots serait comme lui donner un pouvoir qu'il n'a jamais eu sur moi.
Jedusor ne répondit d'abord rien à cela puis il dit ;
— Lorsque quelqu'un meurt, il n'est plus assez conscient pour avoir la volonté de mentir. Les derniers mots d'un mourant reflètent sa dernière pensée, celle qui l'accompagne au moment où il perd espoir. Ces mots, je ne pense pas qu'il les ait prononcés consciemment. C'était plutôt comme un reflet de ses pensées à ce moment-là, il ne les adressait à personne mais tu aurais dû les traduire, ils te concernent autant que moi.
Harry dit fermement, son corps tout à coup tendu ;
— Je ne veux pas connaître leur sens. J'espère être clair. N'ose même pas me les traduire. Si tu veux que j'arrive à te séparer de ton homologue dans mon esprit, ne fait rien qui puisse me le rappeler. Autrement, je te considérerais comme je l'ai toujours considéré, un ennemi à abattre.
Potter était parfaitement sérieux et Jedusor le savait. Voldemort, en mourant, lui avait offert la clef de voûte du problème mais Potter ne voulait surtout pas la connaître car il refusait le fait que Voldemort et lui aient un lien.
Maintenant, Tom le connaissait. Il savait quel était ce lien. À la seconde même où il avait entendu les mots, cela avait comme débloqué quelque chose en lui. Maintenant il savait, il se souvenait de la signification précise de ces mots. Il n'avait pas retrouvé la mémoire, loin de là, mais le sens de cette phrase lui sembla être une évidence. Quelque chose qu'il savait depuis longtemps et c'était une merveilleuse découverte. Potter ne pourrait jamais lui échapper, il lui appartenait.
Voldemort avait dit avant de mourir une phrase qui pouvait être traduite par : tué par mon compagnon. Avec l'utilisation du mot âme. Cela pourrait se traduire mot à mot comme : tué par mon compagnon d'âme/mon âme-sœur.
Voldemort et Harry Potter. Harry Potter et lui avaient la même âme. Ce phénomène existait dans le monde sorcier. Loin du conte moldu où les âmes-sœurs sont censées s'aimer jusqu'à la fin des temps. La version magique des âmes-sœurs était bien plus violente. Il n'y avait de place sur terre que pour un seul des deux. Ils avaient la même âme et par conséquent, ils ne pouvaient pas vivre tous deux en même temps.
Voldemort en créant des Horcruxes avait manipulé la mort et n'était, par conséquent, pas mort lorsqu'il aurait dû l'être. Alors, un phénomène très rare s'était produit ; il avait rencontré son âme-sœur, et deux personnes issues de la même âme partageaient un lien beaucoup trop fort pour que celui-ci soit ignoré.
Tom ne savait pas quand Voldemort avait pris conscience de ce détail mais c'était ce qui avait poussé Harry et lui à se battre presque instinctivement. Parce que l'un ne peut exister alors que l'autre est toujours en vie. C'était un paradoxe. Les âmes-sœurs n'étaient pas censées se rencontrer, jamais. Harry était une autre version de lui, tout comme il était une autre version d'Harry et jamais ils n'auraient dû se retrouver dans le même temps.
Tom était complètement perdu, il ne savait pas ce que disait la prophétie et, en cet instant, il aurait voulu le savoir car il lui fallait une solution. Autrement, ils finiraient par s'autodétruire l'un l'autre. C'était obligatoire. Soit l'un laissait la place à l'autre, soit ils s'entre-tuaient. Vivre ainsi, ensembles alors qu'ils possédaient la même âme, n'était pas possible.
Pourtant, Tom ne voulait pas se résigner à tuer Harry. Jamais. Ni à vivre sans lui et encore moins à mourir en laissant celui-ci vivre sans sa présence. C'était hors de question. Potter était à lui. Il vivrait avec, pour l'éternité s'il le fallait. Il devait seulement trouver une solution. Faire en sorte que leurs âmes fassent de nouveau qu'une malgré leurs identités séparées. Cela devait être possible, avec la magie tout l'était, il suffisait de réfléchir et de chercher une solution.
En attendant, Tom ne dirait rien à Harry, sinon celui-ci paniquerait, n'acceptant probablement pas le fait que son âme et celle de Voldemort soient issues de la même. Pourtant, cela expliquait tout, du début à la fin. Tom ne connaissait pas la prophétie mais il était certain que celle-ci avait été prononcée parce qu'ils possédaient la même âme, même chose pour le fourchelang et les baguettes magiques.
Cela n'expliquait cependant pas comment Harry avait survécu à l'Avada Kedavra mais cela expliquait le rêve qu'il avait fait ce matin. En fait, il ne rêvait pas, il se souvenait. Son âme et son inconscient se souvenait simplement d'une période de sa vie, de leur vie. C'était fascinant. Être deux avec une seule et unique âme séparée.
Cela n'aurait jamais dû être possible et, rien que pour cela, Tom était heureux d'avoir défié la mort. Sans ça, jamais il n'aurait rencontré le possesseur suivant de son âme. Ils étaient un paradoxe vivant.
Jedusor se fit également la réflexion que si son âme avait été complète, cela n'aurait jamais eu lieu. C'est le fait que celle-ci soit en lambeaux, plus le fait qu'il soit toujours en vie malgré cela qui l'avait fait rencontrer Harry Potter. C'était incroyable, à la hauteur de ses plus grandes ambitions, Harry était mieux qu'un égal. Harry était lui. Une autre version de lui.
Potter le coupa brutalement dans ses réflexions en l'appelant ;
— Tom ! Viens, nous devons récupérer ta baguette au Square Grimmaurd.
C'était la première fois qu'Harry l'appelait par son prénom. Cela lui avait paru spontané et Tom se retrouva à apprécier son prénom dans la bouche d'Harry.
Tom rejoint Potter, se retenant de sourire à celui-ci. Sa joie pourrait paraître suspecte mais il ne pouvait s'empêcher d'être heureux. Potter dirait probablement que c'était malsain et complètement tordu mais Tom était excité par sa découverte. Harry et lui possédaient la même âme, deux versions différentes de la même âme. Il ne serait plus jamais seul. Tant qu'Harry serait avec lui, il aurait quelqu'un. Quelqu'un lui appartenant véritablement...
À Suivre...
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