Harry soupira profondément. Assis à califourchon sur une chaise de l'infirmerie, le torse appuyé contre le dossier en bois, il observait pensivement les deux baguettes qu'il tenait côte à côte dans sa main droite.

Celle de houx, la sienne, lui semblait plus légère et plus souple, juste un petit peu plus petite que la blanche en if. Cette dernière était plus raide et plus lourde mais elle semblait légèrement plus douce à son toucher, comme si le bois avait été poli par les années, ce qui devait probablement être le cas.

Le brun détourna son regard des deux baguettes magique, lançant un coup d'œil à la forme endormie de Tom sous les draps blanc d'un des lits de l'infirmerie.

Le Portoloin les avait ramenés à Poudlard mais Tom, encore trop faible, avait rapidement perdu connaissance et ils avaient tous deux été conduits à l'infirmerie. Harry s'était vite remis, il avait l'habitude de subir des chocs magiques importants mais Jedusor, lui, avait besoin de repos. Son corps et son âme avaient été mis à rude épreuve et dormir semblait être le seul remède efficace à un incident comme celui-ci. Dormir et éviter d'utiliser ses pouvoirs magiques jusqu'à que sa magie ait retrouvé sa stabilité.

Le Gryffondor avait donc dû expliquer les événements à Rogue, tout seul. Le Maitre des potions avait eu l'air terriblement épuisé à la fin de ses explications et il lui avait lancé un regard un peu désespéré et avait fini par lui souffler ;

— Dois-je sérieusement envisager de vous enfermer ? Peut-être qu'ainsi vous resterez sain et sauf plus d'un mois.

Harry n'avait rien répondu et le Potionniste avait poussé un soupir exaspéré et, juste avant de partir, lui avait indiqué ;

— Nous partons ce soir pour Ilvermorny. Par conséquent, je souhaite que vous vous teniez tranquille jusqu'à que je vienne vous chercher pour le départ. Il me semble que les huitièmes années veulent vous voir avant, vous pouvez les rejoindre, à condition de ne pratiquer aucune sorte de magie que ce soit. Concernant Tom Jedusor, le mieux serait qu'il reste à l'infirmerie se reposer mais il ne dépend pas de moi, vous en êtes le seul responsable.

Une manière très directe de dire que Rogue ne se souciait aucunement du sort du jeune Seigneur des Ténèbres. La haine que l'homme vouait au Seigneur des Ténèbres ne s'était pas atténuée quand bien même celui-ci était amnésique et blessé. Severus Rogue pensait toujours que Voldemort finirait par redevenir ce qu'il était ; un meurtrier. Malheureusement, les récents événements ne l'avaient aucunement rassuré et, pour lui, Tom Jedusor, après avoir récupéré ses quelques souvenirs, aurait très bien pu décider de reprendre l'œuvre de Lord Voldemort.

Harry était d'accord, cela aurait pu se passer ainsi mais ce n'était pas le cas et, contrairement à Rogue, lui se sentait rassuré. Tom n'était pas Voldemort et il ne souhaitait pas le devenir.

Après cela, le Gryffondor était resté à l'infirmerie. Il savait qu'il rejoindrait les huitièmes années pour leur faire ses adieux tout à l'heure mais pour le moment, il préférait rester ici. Il n'aimait pas l'idée de laisser Tom tout seul à l'infirmerie.

En observant la poitrine de Tom s'élever et s'abaisser doucement, Harry constata qu'il ne pourrait désormais plus tuer Voldemort comme il l'avait fait, il y a quelques mois seulement. Déjà à l'époque, commettre cet acte l'avait blessé mais maintenant, il se savait incapable de le faire.

Avoir vu Tom souffrir l'empêchait de vouloir qu'il souffre à nouveau et, même si celui-ci redevenait le monstre qu'était Voldemort, Harry savait que maintenant, il ne pourrait plus l'abattre...

Il ressentait quelque chose pour Voldemort. Il ne savait pas exactement si c'était simplement de la sympathie ou même de l'amitié mais il savait que, jamais, il ne pourrait à nouveau lui lancer l'Avada Kedavra. Et cela le dérangeait et l'inquiétait.

Harry serra les dents. Ça n'avait aucune importance qu'il ne puisse plus l'abattre : si Tom n'avait plus pour ambition de reprendre l'œuvre du Seigneur des Ténèbres, il n'aurait pas besoin de le tuer.

Peut-être que si Tom n'était pas Voldemort, ils n'étaient pas obligés de réaliser la prophétie ?

Cela n'avait peut-être rien avoir. Peut-être qu'il aurait à le tuer même s'il ne souhaitait plus exterminer l'intégralité de la population moldu.

Il ne devait pas avoir de sentiments pour le mage noir autre que la haine. Seule la haine ne lui ferait pas de mal le jour où ils finiraient par se battre.

Un rire sombre s'échappa des lèvres du brun. Il ne le haïssait pas, il était incapable de le faire. La seule pensée de revoir celui-ci souffrir étreignait son cœur. Il devra faire avec. Il ressentait le désir de protéger celui qui avait un jour été le meurtrier de ses parents et il allait devoir faire avec. Accepter le fait que Tom n'était en rien comme Voldemort.

Harry ferma les yeux, respirant lentement. Ses pensées étaient ridicules, elles ne lui servaient à rien, peu importe s'il pouvait ou non tuer Tom, s'il devait le faire, il le ferait et en attendant, il pouvait bien s'autoriser à ressentir de la sympathie pour le mage noir.

Il rouvrit les yeux sur les deux baguettes magiques qu'il tenait et il prit sa décision. Ce serait mieux ainsi. Tom ne pouvait plus utiliser la baguette d'if et une autre baguette ne lui conviendrait probablement pas. C'était la seule solution et, bien qu'elle comptait beaucoup pour lui, Harry décida que sa baguette de houx reviendrait à Tom le temps qu'ils trouvent une solution pour retirer le sortilège que Voldemort avait imprimé à la baguette d'if. S'il y avait une solution...

Peu de temps après qu'Harry ait pris cette décision, Jedusor se réveilla, reprenant conscience peu à peu après avoir dormi quelques heures seulement.

Tom se réveilla avec un mal de tête conséquent et la douleur l'empêcha de s'asseoir directement comme il aurait aimé le faire. La présence d'Harry non loin le rassura et, au lieu d'essayer une seconde fois de s'asseoir, il riva ses yeux dans ceux du Gryffondor.

Celui-ci lui rendit son regard insistant avant de se lever, écartant d'un mouvement la chaise de son passage. Il vint vers lui et s'arrêta près de son lit, l'air un peu indécis, il passa une main dans ses cheveux et détourna le regard. Tom, ne comprenant pas son hésitation, lui demanda avec perplexité ;

— Nous avons un problème ?

Harry, en entendant Tom utiliser le sujet "nous", sursauta très légèrement. Jedusor ne lui demandait pas s'il y avait un problème mais si ils avaient un problème.

Le mage noir n'arrêtait pas de les lier, que ce soit dans sa manière de parler ou d'agir. Harry décida d'ignorer ce fait. Ce n'était pas nouveau, Tom essayait de les lier en permanence.

Il tendit sa baguette, celle de houx, au mage noir et dit lentement ;

— Tu ne peux plus utiliser la tienne et nous n'aurons pas le temps d'en rechercher une qui te conviendra aussi bien. Alors, si tu le souhaites, tu n'as qu'à prendre la mienne et j'utiliserai la tienne. Elles sont jumelles cela ne devrait pas poser de problème.

Les doigts pâles de l'ex-Seigneur des Ténèbres s'enroulèrent autour de la baguette en bois brun, frôlant le poignet d'Harry qui eut subitement très envie de s'éloigner. Il n'en fit rien et Jedusor dit calmement ;

— Je suppose que tu y tiens particulièrement. Je ne veux pas te la prendre si tu n'es pas sûr de vouloir me la donner. Échanger nos baguettes n'est pas un geste anodin, même si tu le présentes comme tel.

Harry grinça des dents. Il avait presque oublié à quel point Tom Jedusor pouvait être énervant. Il appuya sa baguette dans la main du mage noir et recula en proclamant ;

— Si je te dis que cela ne me dérange pas, alors c'est le cas. C'est provisoire, lorsque ta baguette ne sera plus maudite, nous pourrons les échanger de nouveau.

Sans qu'Harry ne comprenne pourquoi, le regard du Serpentard s'assombrit et celui-ci dit, observant la baguette de houx dans sa main ;

— Ma baguette restera maudite, Voldemort a placé un sortilège que je ne pourrais jamais retirer dessus. Elle est perdue pour moi et tu risques de perdre la tienne en me la donnant. Si tu souhaites toujours le faire, cet échange sera définitif.

La main de Tom se crispa sur la baguette de houx et un éclair de compréhension traversa l'esprit d'Harry.

Il détourna les yeux, regardant à travers l'une des fenêtres de l'infirmerie puis il déclara à Tom ;

— Moi aussi je faisais ça avant. Chaque fois qu'on m'offrait quelque chose, je ne pouvais m'empêcher de poser des questions, d'essayer de persuader la personne me l'ayant offert de le reprendre. J'avais peur que cette personne ne me le retire dès que j'utiliserais. J'avais peur qu'on m'offre cet objet seulement pour pouvoir me le retirer, alors je préférais dire que je ne le voulais pas. C'était faux mais c'était mieux de ne rien avoir que d'avoir quelque chose qu'on risquait de m'enlever.

Il fit une très légère pause avant de dire plus fermement ;

— Je ne compte pas te reprendre ma baguette. Elle est à toi et la tienne est à moi, ça te va ?

Harry fut obligé de regarder de nouveau le mage noir lorsque celui-ci se mit à rire un peu. Juste un éclat de rire éphémère mais un sourire resta sur le visage de Tom lorsqu'il répondit ;

— Oui, c'est parfait. J'oublie parfois que tu connais mes faiblesses mieux que je ne me les avouerais jamais, c'est troublant. Pas désagréable cependant, seulement troublant.

Le sorcier debout finit par dire, rangeant la baguette d'if dans son porte-baguette ;

— Très bien. Je pense que je vais aller voir les membres de l'A.D. Nous partons ce soir avec Rogue, je vais préparer mes affaires, je vais aussi récupérer les tiennes, comme ça, tu peux rester ici pour te reposer.

Jedusor se leva dès qu'Harry termina sa phrase. D'un mouvement de baguette, son uniforme fut de nouveau parfait, sans aucun pli. Il rangea sa nouvelle baguette et déclara ;

— Je n'ai pas besoin de me reposer pour le moment. J'essaierai seulement de limiter l'utilisation de ma magie et cela suffira le temps que je récupère.

Harry secoua la tête. Tom osait lui dire cela après avoir utilisé un sortilège complètement inutile sur son uniforme. Il ne protesta pas pour autant, si le Serpentard se sentait capable de l'accompagner, il le laisserait faire.

À Suivre...

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