Ulrich cria, s'amusant de voir le soulagement de Severus à cette nouvelle ;

— On s'approche du rivage !

Il n'avait pas pu s'empêcher d'embêter l'homme durant tout le trajet. Pour sa défense, les réactions du Maître des potions étaient bien trop divertissantes pour qu'il s'en lasse. Severus était peut-être plus vieux de seize années depuis la dernière fois qu'ils s'étaient vus mais il n'avait pas changé.

Il semblait légèrement plus serein qu'il y a seize ans, moins déprimé et plus sûr de lui, mais il se comportait exactement de la même manière. Ulrich devait avouer que cela lui avait manqué. Ils s'étaient côtoyés durant plus d'un an et Ulrich avait voulu garder le contact après avoir obtenu son diplôme. Il lui avait envoyé du courrier tous les mois mais Severus n'était pas du genre à lui répondre systématiquement... puis, il y avait eu la seconde guerre magique et ils avaient définitivement perdu le contact. Ulrich se demandait même si Severus le considérait au moins comme un ami ; il était difficile de savoir ce que pensait réellement le Maître des potions.

L'homme était brillant et avait obtenu sa maîtrise du premier coup, contrairement à lui qui avait dû la repasser une seconde fois. Être Maître des potions était un titre prestigieux, il fallait le mériter.

Rogue le méritait sûrement plus que lui mais, contrairement à Severus, les potions n'avaient jamais été sa passion. Cette matière le laissait pour le moins indifférent et s'il avait pris la peine de devenir Potionniste, c'était seulement pour rétablir l'honneur de sa famille.

Il était devenu professeur pour la même raison mais il ne s'en plaignait pas. C'est en prenant la place de directeur de la maison des Serpents cornus qu'il avait fait la rencontre d'Agilbert Fontaine, le directeur d'Ilvermorny. Sans Agilbert, Ulrich savait qu'en ce moment il serait probablement mort ou enfermé dans les geôles du MACUSA.

Sa famille et lui-même devaient beaucoup à Agilbert Fontaine. Il était donc normal qu'il lui rende toutes sortes de services.

Fontaine avait longtemps été Auror avant que son intérêt pour la science et surtout pour la puissance magique ne lui fasse prendre une autre voie. Le directeur d'Ilvermorny était un grand passionné de magie et ce qu'il préférait étudier était les sorciers particulièrement puissants. Il faisait des recherches sur l'origine et le développement de la puissance magique et tout particulièrement sur ce qu'il avait appelé "les cas spéciaux", soit les sorciers dotés dès leur plus jeune âge d'une puissance magique dépassant de loin celle d'un sorcier classique.

Le directeur étudiait les différentes possibilités pouvant amener un sorcier à développer une magie plus puissance que celle d'un autre et sa nouvelle obsession sur le sujet était... Harry Potter. L'enfant, l'homme ayant survécu deux fois à l'Avada Kedavra et vaincu le Seigneur des Ténèbres le plus puissant de ce siècle. Un nouveau sujet d'études qui risquait de poser problème.

Ulrich n'était pas aveugle et il fallait l'être pour ne pas voir l'instabilité magique du jeune Potter. Il semblait lui-même réprimer sa magie et son aura ressemblait en permanence à une sorte de lutte entre volonté et puissance. Ses réflexes au duel étaient ceux d'un Auror et sa puissance magique devait être effrayante pour qu'il peine tellement à la contrôler. Mais au-dessus de ça, le gamin avait l'air de souffrir, c'était la première fois que Tiare voyait un enfant de dix-huit ans avoir l'air aussi fatigué. Méfiant en permanence, le jeune Potter se comportait comme s'il allait être confronté à la mort à chaque minute.

Agilbert allait l'adorer... Ulrich n'avait aucun doute sur le fait qu'Agilbert serait absolument fasciné par Potter dès qu'il le verrait ; le garçon était exactement le genre de sujet d'étude que l'homme recherchait depuis une dizaine d'années.

Ce n'était pas tout, le Survivant n'était pas seul... Pour le moment, Tiare n'arrivait pas à déterminer l'identité du jeune homme qui accompagnait Harry Potter mais il était sûr de deux choses : le plus jeune était un mage noir très puissant et il parlait aussi le fourchelang.

Les possibilités n'étaient pas infinies, soit Potter avait un frère et cela n'avait jamais été su en Amérique, soit il s'était fiancé et avait partagé sa magie avec l'élu de son cœur. Cette dernière supposition restait très probable, ces pratiques magiques étaient courantes lors de mariages faits selon les anciennes traditions et Harry Potter avait déjà dix-huit ans, il n'était pas rare de marier très jeune les héritiers de nobles familles. Cela expliquerait le fourchelang, la puissance magique ainsi que la possessivité évidente du plus jeune envers Potter.

Il restait une dernière possibilité mais Ulrich était assez réticent à l'envisager. Pourtant, lorsqu'il regardait Potter et l'autre homme se tenir côte à côte, regardant le large, il pouvait voir et sentir entre eux ce mélange d'attirance et de répulsion, de ressentiment et d'amitié. Ils étaient entourés d'une très grande proximité physique et psychique.

Deux frères ne ressentaient pas cela l'un envers l'autre et il n'y aurait pas de ressentiment dans un mariage traditionnel magique. La seule autre possibilité qui pouvait expliquer la présence d'un mage noir particulièrement puissant parlant le fourchelang au côté d'Harry Potter était assez terrifiante.

Si ce qu'il supposait était réel, alors Tiare savait qu'Agilbert serait très excité d'apprendre la nouvelle. L'homme ne pourrait se retenir d'étudier les deux sorciers, avec ou sans leurs permissions. Il ne résisterait pas à quelque chose d'aussi malsain et immoral que le Survivant se tenant proche du Seigneur des Ténèbres comme s'il l'avait toujours été. Ulrich devait avouer que si ce qu'il pensait était vrai, alors l'histoire des deux dernières guerres magiques était bien plus complexe qu'il ne l'avait imaginé. Il était clair, en effet, en regardant les deux hommes interagir l'un avec l'autre, qu'ils étaient très proches. Trop proches pour être deux ennemis mortels avérés.

Quelques heures plus tard, Harry posait les pieds sur le sol de l'Amérique. Il n'eut pas vraiment le temps d'observer le port, Ulrich Tiare leur avait expliqué qu'ils devaient impérativement aller déposer leurs papiers au Congrès magique des États-Unis d'Amérique, surnommé ici le MACUSA. Il les avait alors fait transplaner à Woolworth Building situé à New York, la capitale du gouvernement magique des États-unis.

Contrairement aux sorciers anglais, les Américains n'avaient aucun contact direct avec les moldus qu'ils appelaient les Non Maj' et, par conséquent, leurs quartiers généraux étaient situés dans un bâtiment complètement effacé aux yeux moldus.

Ce bâtiment était le Woolworth Building. Pavé d'or, le bâtiment était immense et les Non Maj' passaient devant sans même reconnaître son existence. Là où le ministère anglais était situé sous terre, les Américains n'avaient pas hésité à élever un gratte-ciel. Une manière assez insolente de montrer qu'ils étaient très présents dans cette ville et tout à fait capables de protéger le statut du secret. D'ailleurs, depuis la chasse de Salem, c'était devenu pour eux une obsession. Les lois en Amérique concernant le statut du secret étaient bien plus strictes qu'en Angleterre. Ici, corrompre d'une manière ou d'une autre le statut du secret était passible d'exécution.

Harry écoutait distraitement les informations données par Tiare alors qu'ils s'approchaient du bâtiment, trop occupé à regarder à droite à gauche, comparant les grandes et larges rues d'Amérique aux petites rues étroites et tordues d'Angleterre. Tout semblait plus grand ici et cela avait un côté un peu oppressant. Il y avait du monde dans la rue et Harry ne pouvait s'empêcher de se sentir mal à l'aise en présence de foule.

La sensation s'atténua lorsque Tom se rapprocha de lui, le mage noir n'hésita pas à poser sa main brièvement dans le dos du Gryffondor après avoir remarqué la légère panique de celui-ci en voyant autant de monde se déplacer aussi vite autour d'eux. Harry semblait vouloir s'enfuir dans un endroit plus calme.

Leur guide dû aussi le remarquer puisqu'il dit en lançant un regard désolé à Potter ;

— Pardonnez-moi mais il m'est impossible de nous faire transplaner directement au MACUSA, il faut d'abord que vos papiers soient enregistrés.

L'homme rajouta, alors qu'ils se retrouvaient devant les portes du bâtiment ;

— D'ailleurs je ne vous l'ai pas demandé mais j'espère que vous avez tous trois votre permis de port de baguette magique. Ici, c'est obligatoire.

Severus Rogue acquiesça mais remarqua rapidement la crispation de Potter à cette question.

Harry, visiblement indécis, demanda ;

— Y a-t-il un problème si la baguette citée sur le permis n'est pas la même que celle que je porte en ce moment ?

Tiare fronça légèrement les sourcils et demanda ;

— Vous avez changé de baguette récemment ?

Cela paraissait étrange. Un sorcier changeait très rarement de baguette magique et il ne devait pas s'être déroulé beaucoup de temps entre le moment où Potter avait rempli les documents et celui où il avait changé de baguette.

Une voix s'éleva et Tiare n'eut plus aucun doute sur l'identité du jeune homme se tenant à côté d'Harry Potter ;

— Nous avons échangé nos baguettes.

Voldemort. Ce garçon était Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom, Ulrich n'avait plus aucun doute là-dessus. Quelque chose de particulièrement sombre semblait animer chaque geste de ce garçon. Garçon qui semblait n'avoir que seize ans. Comment était-ce possible ?

Ulrich Tiare fut interrompu dans son choc contemplatif lorsque Severus Rogue gronda d'un ton traînant et menaçant ;

— Vous avez fait quoi ?

À Suivre...

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