Harry s'arrêta face au comptoir, sa magie possédant les lieux autour de lui. Les quelques hiboux faisant encore du bruit se turent, ressentant eux aussi la rage destructrice qui animait le jeune homme.
Tom eut un plaisir presque malsain à voir le gérant pâlir fortement lorsque, hors de lui, le Gryffondor siffla ;
§ Ce que vous faites est ignoble ! §
Le fourchelang n'avait jamais eu bonne réputation et, même sans comprendre le moindre mot de ce que Potter venait de lui siffler, l'homme eut un mouvement de recul, apeuré. Il dut comprendre rapidement quel était le problème puisqu'il se retourna vers lui, lui adressant par la même occasion un regard légèrement implorant. Comme si Tom Jedusor avait un quelconque pouvoir sur Harry Potter.
L'homme avait dû penser un instant qu'il raisonnerait Potter, l'arrêterait et l'empêcherait de perdre le contrôle.
Il se trompait.
Jedusor siffla, conscient que l'homme ne comprendrait rien mais qu'en moins de quelques secondes, il saurait. Il saurait qu'un fourchelang ne pourrait qu'en soutenir un autre.
§ Vous le méritez. §
Un mélange de peur et de panique se refléta immédiatement dans les yeux grisâtres du gérant qui fit un pas de plus en arrière, s'éloignant lentement de derrière le comptoir.
Tout à coup conscient de la situation dans laquelle il s'était mis, il dit précipitamment ;
— Je n'ai rien fait de mal. Vous n'avez pas le droit de rester ici si vous ne voulez rien acheter.
Son discours n'eut aucun effet mais, dans un élan de courage assez désespéré, il cria ;
— Sortez de mon magasin !
Potter eut un rictus colérique en répliquant dans un anglais sifflant ;
— Vous n'avez rien fait de mal ? Vraiment ? Alors dites-moi comment toutes les bêtes de votre arrière-boutique se sont-elles retrouvées dans cet état ?
L'homme n'eut pas l'air surpris. Il avait compris, bien avant qu'Harry ne lui précise, la raison de la rage du lion.
Tom plissa les yeux lorsqu'il vit l'être abject sortir de sa manche ce qui ressemblait fortement à une baguette magique. Si celui-ci pensait pouvoir l'utiliser sur Harry, il faisait une grossière erreur. Jamais il ne le laisserait, ne serait-ce qu'essayer, de blesser Potter.
L'homme saisit sa baguette, sans pour autant la dégainer, et répliqua d'une voix mal assurée ;
— Ces bêtes sont dangereuses. Vous ne comprenez pas ! Je ne pouvais pas les garder sous contrôle sans les affaiblir, elles m'auraient attaqué. Elles sont dangereuses !
Potter grogna ;
— Non, je ne comprends pas. Je ne comprendrai jamais comment on peut affamer et réduire un être vivant en esclavage...
Ce n'était pas une question mais le gérant, en proie à la pression magique du brun, ne put que bégayer une réponse ;
— Vous ne pouvez pas... vous n'avez pas... vous n'avez pas le droit ! J'ai des droits. Ces bêtes m'appartiennent !
Potter pencha très légèrement la tête sur le côté en répliquant ;
— Elles vous appartiennent ? Et cela vous donne tous les droits sur elles, c'est ce que vous essayez de me dire ?
L'homme dit précipitamment, ayant apparemment trouvé un argument valable ;
— Si vous vous en prenez à moi, je relâcherais le flux magique et elles mourront. Quoi que vous fassiez, vous ne pourrez rien faire pour les sauver.
Le Gryffondor fit un pas supplémentaire en avant, sa magie assombrissant complètement la pièce. Il répéta ;
— Vous ne m'avez pas répondu. Je vous ai demandé si le fait de les posséder vous donnez tous les droits sur elles ?
L'homme se renfrogna et, dans un dernier élan, il gronda ;
— Ce sont des monstres ! Et j'ai tou-
Il n'eut pas le temps de finir cette phrase. Le Gryffondor le frappa d'un grand coup de poing dans la mâchoire. Il ne le vit même pas venir, Potter s'étant déplacé beaucoup trop rapidement pour que le gérant puisse penser à se servir de sa baguette.
À terre, la mâchoire visiblement fracturée, l'homme se tut avant de se mettre à gémir bruyamment, pleurant de douleur. Tom le fit immédiatement taire d'un sortilège sans baguette.
Harry se retourna vers lui, le poing droit ensanglanté et lui souffla alors que sa magie revenait à un état de contrôle plus stable.
§ Je vais voir comment vont les animaux. §
Tom le laissa partir en direction de l'arrière-boutique, toujours un peu sous le choc d'avoir vu le Gryffondor utiliser la force brute plutôt que la magie face au gérant.
Pas qu'il ne soit pas satisfait du résultat, il avait seulement pensé, au vu de l'état de rage dans lequel il était, que Potter n'aurait jamais réussi à retenir sa magie.
De toute évidence, le Gryffondor était capable de se contrôler. Potter n'était pas un meurtrier. Il ne tuait pas un homme par principe mais seulement par nécessitée. Le gérant, aussi abject soit-il, ne méritait pas la mort selon les critères d'Harry.
Tom décida donc de respecter cela. Il ne tuerait pas le gérant mais celui-ci méritait une leçon. Il prit soin de dire en anglais, sortant sa baguette ;
— Il est tout de même dommage que vous ne puissiez plus crier...
La terreur remplaça la douleur dans les yeux de l'homme lorsque le jeune Seigneur des Ténèbres prononça la première malédiction.
Lorsqu'il revint vers le Gryffondor, celui-ci était assis en tailleur, face à la cage des deux crotales.
Tom n'eut aucun mal à remarquer que l'ancien flux magique du gérant avait été remplacé par celui du Survivant. Mais, dans l'état actuel des choses, cela ne changeait rien, à la seconde où Harry retirerait le charme les maintenant en vie, les animaux plongeraient dans un état critique et certains, trop faibles, risquaient même une mort immédiate.
Potter ne bougea pas quand il s'installa près de lui. Tom vit qu'il tenait de sa main gauche son poing droit toujours ensanglanté et il grimaça. Pourquoi fallait-il qu'il se blesse... ?
Le brun regardait la femelle crotale et son petit sans bouger. Sa précédente rage avait visiblement été remplacée par un sentiment d'impuissance et de tristesse. Il ne pouvait rien faire pour les aider. Tom, également assez affecté par cet état de fait, ne trouva rien à dire qui puisse améliorer l'humeur du lion.
Quelques minutes passèrent avant qu'Harry ne dise ;
— Nous devrions prévenir les autorités. Nous ne sommes peut-être pas capables de défaire le sort et de les sauver mais des spécialistes en médicomagie devraient l'être.
Jedusor en doutait fortement. D'après ses connaissances, la plupart de ces créatures mourront à la seconde même où Harry stoppera le charme.
Il garda cependant cette réflexion pour lui ; il ne voulait pas attrister Potter plus qu'il ne l'était déjà. Il se demanda comment celui-ci avait pu survivre à une guerre en ayant une si grande empathie, cela avait dû être infernal.
Potter se releva d'un mouvement presque mécanique puis dit ;
— Allons retrouver Rogue et Tiare, ils pourront prévenir les autorités.
Tom se releva sans un mot, ne commentant pas le regard de souffrance qu'eut le lion en observant une dernière fois le tout petit crotale inconscient.
Alors qu'ils avaient tous deux tourné le dos à la cage, ils entendirent un sifflement très faible ;
§ Parleurs... sauvez-le. Sauvez mon petit... §
Lorsqu'il se retourna, Harry vit les yeux de la femelle Crotale ouverts. Elle ne bougeait pas, incapable de le faire, mais elle siffla encore, utilisant apparemment ses dernières forces ;
§ Je vais mourir... redonnez-lui la vie, vous pouvez... Sauver mon petit. §
Ce fut son dernier sifflement. Malgré le flux magique aidant les créatures à survivre, Harry sentit le souffle du serpent s'éteindre comme la flamme d'une bougie soufflée par un vent trop puissant.
Il resta un instant de plus immobile, incapable de réagir, il ne connaissait aucun moyen permettant de sauver le petit serpent. Il n'était pas médicomage et n'avait aucune connaissance en magie curative.
Jedusor, contrairement à lui, réagit pratiquement immédiatement. Il déverrouilla la cage d'un mouvement et siffla tout près de lui ;
§ S'il ne s'agit que du petit, je pense que nous pouvons le sauver. §
À Suivre...
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