§ S'il ne s'agit que du petit, je pense que nous pouvons le sauver. §

Tom transfigura d'un seul mouvement la porte grillagée de la cage en couverture puis, avec précaution, souleva le petit serpent dont la vie semblait déjà s'éteindre, le déposa sur le drap et s'agenouilla en face de lui.

Harry, qui le regardait sans bouger, se mit en mouvement lorsque le mage noir releva les yeux vers lui.

— Je peux le sauver mais je vais avoir besoin de ton aide.

Le brun s'assit près du jeune Seigneur des Ténèbres et, légèrement inquiet, lui précisa ;

— Je n'ai jamais utilisé de sortilège curatif, je ne sais pas utiliser la médicomagie.

Jedusor se pencha vers lui et saisit tout à coup le poignet de sa main blessée. Il lui tendit son ancienne baguette de houx en disant ;

— Prononce cette formule en relâchant une toute petite pression de magie : Vulnera Sanentur.

Le Gryffondor s'exécuta et immédiatement, la blessure à sa main se referma, ne saignant plus du tout. Il ressentait encore un léger picotement mais aucune souffrance.

Relevant la tête vers Jedusor qui relâchait lentement sa main droite, il lui demanda ;

— Où as-tu appris des sortilèges de soins ?

Tom lui adressa un petit sourire légèrement suffisant.

— À Poudlard. Je ne suis pas né sombre et, avant de choisir cette branche de la magie, j'ai essayé plusieurs autres types de magies qui me paraissaient intéressants. Dont la magie curative.

Un sourire s'épanouit sur les lèvres du lion lorsque, brusquement soulagé, il comprit.

— Tu vas pouvoir le sauver.

Jedusor acquiesça mais son visage s'assombrit lorsqu'il précisa.

— J'aurais pu le sauver mais je ne peux plus. Lorsque j'ai choisi de fractionner mon âme j'ai, par la même occasion, orienté définitivement ma magie vers les ténèbres. Je ne peux plus utiliser les sortilèges de soins.

Il fit une pause puis, lui prenant la main avec laquelle il tenait la baguette de houx, termina ;

— Toi tu peux le faire. J'ai les connaissances pour incanter les sortilèges mais comme je suis incapable de les utiliser moi-même, nous utiliserons ta magie.

Harry, légèrement perturbé par leur soudaine proximité, décida de faire confiance au mage noir qui avait l'air de savoir ce qu'il faisait. Lançant un dernier regard au petit crotale, il dit avec détermination ;

— Je te fais confiance, je suivrai tes indications. Sauvons-le.

Tom lui indiqua un par un les sortilèges qu'il devait utiliser tout en précisant à chaque fois la densité de magie à appliquer.

Les soins durèrent un long moment, Jedusor était complètement fasciné par la magie d'Harry visible autour de lui alors qu'ils l'utilisaient pour sauver le jeune serpent.

Lorsqu'il fut sûr que le crotale survivrait, Tom lui lança un léger sortilège de sommeil ; le serpent avait besoin de dormir le temps que ses fonctions vitales reviennent à la normale.

Potter lui adressa le plus grand sourire qu'il ait vu jusqu'ici lorsqu'il lui annonça que le bébé serpent à sonnette vivrait.

Tom Jedusor sentit immédiatement son cœur faire un bond incontrôlable dans sa poitrine à la vue de ce sourire. Harry n'avait pas conscience qu'en cet instant, il le trouvait magnifique. Pris d'une vive impulsion, Tom s'approcha du Gryffondor jusqu'à sentir son souffle s'entremêler au sien, le regard plongé dans les prunelles vertes Avada Kedavra de son vis-à-vis.

Harry vit Tom s'approcher de lui, ses yeux d'une couleur rouge vif et, alors que Jedusor s'était figé à quelques centimètres de lui, le Gryffondor ressentit brusquement un tourbillon d'émotions fortement contradictoires provenir du mage noir.

Le maelstrom d'émotions était tel qu'Harry ne pouvait les distinguer les unes des autres et cela l'étourdissait. Peu à peu, sa propre poitrine lui fit mal et son cœur se débattit de plus en plus fort. Il se figea, essayant de fermer le lien qui lui faisait parvenir toutes les émotions du Seigneur des Ténèbres, sans succès.

Tom, dont une main s'était glissée dans le dos d'Harry, se rendit immédiatement compte de son changement de posture devenue tout à coup défensive. Il poussa un faible soupir et se contenta de prendre le brun contre lui, restreignant définitivement l'envie qu'il avait eu d'embrasser Potter.

Il ne pouvait pas faire cela... Potter haïssait Voldemort. Harry essayait de lui accorder une partie de sa confiance, il ne pouvait pas seulement céder à une pulsion et l'embrasser.

Jedusor entendit Potter lui demander, sa voix un peu inquiète ;

— Il y a quelque chose qui ne va pas ?

Timidement et peut-être même apeuré qu'il lui arrive soudainement quelque chose, Tom sentit Harry lui rendre son étreinte.

Le mage noir se sentit un peu moins désemparé par rapport à ses propres sentiments, cela lui avait permis de comprendre.

Tom avait compris et savait désormais avec précision quelle relation il voulait entretenir avec son âme-sœur. Harry Potter l'obsédait, il n'avait aucun mal à se l'avouer, son âme-sœur occupait toutes ses pensées et il ressentait enfin à quel point.

Il ne le voulait pas seulement pour allié mais aussi pour amant, pour compagnon de vie. Jedusor savait qu'il ressentait du désir pour Potter depuis l'instant où il l'avait vu à Poudlard discourir sur la guerre.

Du désir pour sa puissance magique. Puis, après, il avait passé assez de temps avec ce dernier pour que sa simple fascination envers sa magie se développe en obsession pour sa personne. Potter était fascinant, le moindre de ses mouvements attirait son regard et la moindre de ses paroles ravissait son attention.

Le jeune Seigneur des Ténèbres savait qu'avec leur passif, cela semblait surréaliste, mais il n'était pas Voldemort et il n'avait pas envie de penser que leur lien d'âme constituait un frein à un possible rapprochement entre eux. Il n'avait envie de penser à rien d'autre qu'au fait qu'il désirait Potter.

À cette pensée, la main du mage noir toujours posée dans le dos du Survivant se crispa sur le tissu. Il ne le laisserait pas s'échapper. Jamais il n'aurait pensé un jour ressentir des sentiments de cette nature pour qui ce soit. Il ne pouvait pas s'empêcher de protéger cela. Il avait peur de le détruire comme il avait détruit tous les sentiments positifs qu'il avait ressentis jusqu'ici.

Potter l'aidait, Harry avait le don de le stabiliser, sa rancœur envers le monde moldu et magique s'effaçait en présence du Gryffondor.

Qu'importe si ses sentiments étaient réciproques ou non, il pouvait attendre. Il était capable d'attendre qu'Harry lui rende ses sentiments mais il ne supporterait pas que celui-ci s'éloigne de lui.

Tom retint un moment Potter contre lui et, même en sachant qu'il ne pouvait pas imposer ses sentiments à Harry, il savait avoir besoin de ces quelques secondes contre le Gryffondor. Seulement quelques secondes de plus puis il le laisserait partir.

La pensée que ce besoin de tenir Potter provenait de son âme incomplète voulant se rapprocher le plus possible de sa moitié lui traversa brièvement l'esprit avant qu'il ne la rejette brusquement. Ce qu'il ressentait pour Harry ne se limitait pas à quelque chose qu'il pouvait expliquer, c'était plus fort que cela, c'était un sentiment dévorant, qu'il ne pouvait pas rationaliser par un concept réel.

Il finit par se décider : tant que Potter ne montrerait aucune attirance pour lui, il devrait essayer de ne pas le brusquer afin de ne pas braquer l'autre sorcier. Il saurait se maîtriser. Il ferait les choses correctement, quitte à devoir courtiser Potter durant des années.

Harry entendit Jedusor souffler, basculant vers le fourchelang ;

§ Excuse-moi, j'ai été étourdi un moment. §

Le maelstrom de sentiments qu'il avait sentis provenir de Tom prit tout à coup fin. Harry n'avait pas réellement compris ce que Jedusor avait ressenti ni pourquoi mais ne plus ressentir ce mélange d'émotions étrangères le soulageait fortement.

Il ne savait pas comment Tom provoquait ce phénomène mais il savait qu'il ne pourrait pas le supporter longtemps. Ressentir les sentiments du mage noir en plus des siens était une expérience assez désagréable...

Jedusor le relâcha quelques secondes après s'être excusé puis, il se tourna vers le petit serpent bleu-gris endormi dans la couverture transfigurée et siffla ;

§ Diligitis. §

Après un moment, le brun fronça les sourcils et répéta en anglais ;

— Diligitis ?

Jedusor posa de nouveau les yeux sur lui, ceux-ci rougeoyaient toujours d'une lueur infernale.

— Ce sera son nom.

Harry reporta son regard sur le petit serpent que Tom venait de sauver et sourit un peu, soulagé de voir que celui-ci avait l'air d'aller bien mieux. Diligitis. Potter devina qu'il s'agissait d'un nom latin.

— Cela a une signification particulière ?

Jedusor eut une sorte de rictus en expliquant.

— J'ai pensé qu'un si petit et si fragile serpent aurait besoin d'un nom fort. Je lui ai donné le nom de la chose la plus puissante au monde, selon certaines personnes.

Fronçant les sourcils, Harry finit par dire plus légèrement, observant toujours le petit Diligitis.

— J'imagine que tu aurais préféré un familier adulte déjà capable de se défendre.

Jedusor se releva en emportant la couverture et le petit serpent avec lui dans le même mouvement.

— Il est parfait. Lorsqu'il sera adulte, il sera bien plus redoutable, les crotales sont des serpents très protecteurs envers leur maître.

Harry ressentit l'attachement de Tom pour le petit serpent dans ces quelques mots. Il n'avait aucune inquiétude sur le fait que le petit crotale deviendrait fort, celui-ci avait survécu et cela était déjà une grande preuve de force.

Tom lui tendit une main destinée à l'aider à se relever et ajouta.

— Allons rassurer nos professeurs ; nous avons disparu depuis trois bonnes heures et je suis certain que Severus Rogue doit déjà t'imaginer assassiné dans une ruelle sordide.

Potter saisit la main du mage noir et ajouta en le devançant, toujours un peu perturbé par leur proximité.

— Assassiné par toi, évidemment.

Le mage noir grinça des dents.

— Rogue ne me fera jamais confiance. Il pense que je veux te tuer ou me servir de toi pour reprendre le pouvoir.

Harry se retourna d'un quart de tour au bas des escaliers et sourit très légèrement, décidé à oublier, pour un temps, le tourbillon de sentiments contradictoires qu'il avait ressentis. Il aurait le temps de réfléchir à tout cela plus tard, pour le moment il avait un gérant de boutique à mettre sous les verrous et une bonne dizaine d'animaux à sauver.

— Rogue est un imbécile rancunier. Les Serpentards le sont tous, souffla-t-il.

Puis, il remonta les escaliers, le regard de Tom ardemment posé sur lui.

À Suivre...

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