Le mont Greylock semblait immense, Harry n'en voyait même pas le sommet, une brume particulièrement étrange semblait danser tout autour de la montagne lui conférant un côté presque mystique, tout en la camouflant aux yeux des moldus.
Le professeur d'Ilvermorny dut capter ses pensées puisqu'il s'adressa à lui lorsqu'il dit ;
— Il s'agit d'un sortilège magique assez particulier ; c'est comparable à un enchantement, un enchantement s'étendant à l'intégralité du mont Greylock.
Harry observa encore un peu la brume se mouvoir devant lui et recouvrir le chemin escarpé qu'il apercevait à quelques mètres de sa position. Il devina assez facilement à quoi servait cet enchantement et désigna d'un petit mouvement la brume.
— Elle protège l'école et ses élèves.
Ulrich Tiare grimaça légèrement et ajouta ;
— Je suppose que l'on peut voir les choses ainsi. D'ailleurs, notre directeur a le même avis que vous sur la fonction de cet enchantement mais en ce qui me concerne, je trouve qu'il ne nous protège pas, il nous cache, comme une sorte de voile et rien de plus. Si une guerre avec les Non-Maj' venait à éclater et qu'Ilvermorny devait être impliquée, cette brume ne nous protégerait pas.
Harry fronça les sourcils à cela ; il savait que les sorciers américains craignaient plus que tout au monde que les moldus découvrent leur existence. Ils avaient peur qu'une guerre éclate si jamais un sorcier venait à révéler leur existence à un Non-Maj'. En Angleterre, le statut du secret était assez strict mais contrairement aux États-Unis, l'Angleterre autorisait certaines exceptions. Les enfants de moldus avaient le droit de parler du monde magique à leurs parents alors qu'en Amérique, ce genre de chose était inconcevable.
Les réflexions du brun furent stoppées par la voix de Rogue qui demanda à Tiare ;
— Comment peux-tu qualifier Ilvermorny d'école de magie la plus protégée en dénigrant l'une de ses principales protections ?
Ulrich répondit au Maître des potions ;
— Poudlard avait Albus Dumbledore et nous avons Agilbert Fontaine et je peux t'assurer qu'il est le rempart le plus fiable que cette école n'ait jamais eu.
Le visage de Severus s'assombrit brusquement et Harry put entendre comme un murmure porté par le vent qui s'engouffrait tout autour de la montagne.
— Tu oublies qu'Albus Dumbledore est mort et que celui qui l'a tué se trouve devant toi.
Ulrich blêmit brutalement et souffla des excuses sincères à Severus. Il n'avait pas voulu blesser celui-ci sur un sujet aussi sensible que la mort d'Albus Dumbledore.
Le nom de Dumbledore pesa un moment dans l'esprit d'Harry avant qu'il ne ressente un sentiment d'incompréhension provenir de Tom.
Il se souvint alors que les livres d'Histoire racontant la dernière guerre disaient qu'Albus Dumbledore était mort en chutant de la tour d'astronomie pendant une attaque de Mangemorts. La vérité avait été modifiée pour que le professeur Rogue ne soit pas inculpé de meurtre.
Tom voulut demander à Harry des explications sur la mort du professeur Dumbledore mais il s'abstint de le faire lorsqu'il vit le visage du Gryffondor s'assombrir sensiblement. Les images de la guerre transparaissaient pratiquement à travers ses yeux, visibles pour chaque personne en connaissant les détails.
Malheureusement, ce n'était pas son cas, il ne savait pas quels souvenirs faisaient souffrir Harry, il pouvait essayer de donner vie à une scène à travers ce qu'il avait lu et entendu mais jamais cela ne lui permettrait de comprendre ce que ressentait le Gryffondor lorsqu'il y songeait.
Jedusor décida qu'il demanderait de nouveau à Potter de lui raconter la première et la seconde guerre magique. Il voulait savoir quelles images s'imposaient dans l'esprit d'Harry lorsque celui-ci se figeait ainsi, hanté par ses souvenirs.
Ulrich se racla la gorge et désigna tout à coup le chemin escarpé face à eux.
— Ilvermorny est pourvue de calèches tirées par des Sombrals mais, pour atteindre le plateau où celles-ci sont gardées, nous devons gravir une partie de la montagne à pied par ce chemin. Lorsque l'on sera arrivé au plateau, une calèche nous mènera directement à Ilvermorny par la voie des airs.
Le professeur fit alors un pas en avant et ajouta avec sérieux ;
— Dépêchons-nous un peu. Si nous arrivons après minuit, les portes seront définitivement closes et nous serons bons pour passer le reste de la nuit dehors et je vous assure que le mont Greylock est tout sauf un endroit agréable pour faire du camping.
Les quatre hommes s'engagèrent alors sur le chemin qui bordait le flanc du mont Greylock, leurs sens un peu perturbés par la brume qui se mouvait autour d'eux, les empêchant de voir correctement où ils mettaient les pieds.
Quelques minutes passèrent dans le silence. Les deux professeurs ayant pris la tête du groupe, Tom en profita pour demander à Harry ;
— Le professeur Rogue est coupable de la mort d'Albus Dumbledore ?
Le Gryffondor ne fut pas surpris par la question, il s'attendait à ce que Tom demande des éclaircissements à ce sujet. Pourtant, il se retrouva incapable de répondre simplement oui ou non ; la vérité était bien plus complexe. Il finit par répondre en lançant un regard au mage noir qui marchait près de lui.
— Severus Rogue n'est pas coupable de la mort d'Albus Dumbledore mais c'est bien lui qui l'a tué. C'est... compliqué, tout ce qui concerne cette guerre l'est.
Jedusor n'eut aucun mal à voir l'attitude tout à coup défensive que le brun avait adoptée, il était clair qu'il ne voulait pas lui en dire davantage. Malgré cela, Tom n'abandonna pas immédiatement et lui signifia ;
— Chaque fois que je te pose une question sur la guerre, tu minimalises tes réponses. Je ne récupérerai probablement jamais mes souvenirs et si je dois avoir ma propre version de la guerre, je préférerai que ce soit la tienne plutôt qu'une reconstitution imparfaite des différents livres que j'ai pu lire à ce sujet.
Jedusor fit une très légère pause et ajouta en fourchelang, espérant que cette fois-ci la réponse de Potter serait différente ;
§ Raconte-moi la première et la seconde guerre magique. J'aimerais que tu me racontes la guerre de la façon dont toi, tu l'as vécu. §
Harry arrêta de marcher se retournant complètement vers lui et l'observa un moment, comme pour juger à quel point cette demande était importante pour lui, avant de baisser les yeux en sifflant ;
§ Si je te raconte la guerre telle que je l'ai vécue, nous parlerons de Voldemort et je ne pense pas que cela soit une bonne idée... Même en essayant de te séparer des souvenirs que j'ai de Voldemort, je ne pense pas être capable de te parler de la guerre sans rancoeur... et je ne veux pas te faire subir ça. Ce serait injuste. §
Après avoir dit cela, Harry s'était attendu à ressentir la déception et peut-être même la colère de Tom. Il fut donc très surpris lorsqu'une vague de reconnaissance lui parvient par le biais du lien. De la gratitude...
Comment le mage noir pouvait lui être reconnaissant de lui dire qu'il ne se sentait pas capable de parler de Voldemort sans lui en vouloir personnellement ?
Tom franchit la distance le séparant du lion avant de siffler.
§ Je te remercie de penser à moi, mais je t'assure que je ne serais pas blessé par un peu de rancoeur. Après tout, même si je ne suis pas lui, je suis tout de même responsable de ce que je suis devenu. Je pensais que tu ne voulais pas me parler de la guerre par peur que j'apprenne des informations sensibles. Jamais je n'aurais imaginé que tu refusais de m'en parler par peur de me blesser... §
Lorsqu'il releva les yeux, Harry ne fut pas surpris par la couleur très vive animant ceux de Jedusor, en cohésion avec le fort sentiment de gratitude qu'il percevait.
Un peu gêné, le Gryffondor souffla, en anglais cette fois-ci ;
— Je t'ai promis d'essayer d'être juste avec toi, je ne suis pas du genre à rompre mes promesses.
Puis, se retournant pour ignorer du mieux possible le regard de Tom pesant toujours sur lui, il ajouta ;
— Ne prenons pas trop de retard, je préférerai arriver à Ilvermorny avant minuit.
Ils se hâtèrent de rejoindre leurs professeurs, les rejoignant au plateau où se trouvaient les calèches. C'était une place assez grande et visiblement taillée dans la roche par magie. Les calèches étaient toutes identiques, alignées les unes après les autres et, en face d'elles, sur toute la largeur du plateau, se trouvaient des écuries où les Sombrals devaient probablement dormir.
Ulrich attendit qu'ils soient près de lui avant de frapper fermement dans ses mains, une seule et unique fois. Immédiatement, une silhouette fantomatique fila à toute vitesse vers eux pour se stopper juste devant Ulrich, elle se matérialisa sous la forme d'une vieille femme au visage rond.
Le fantôme pointa Ulrich du doigt en scandant ;
— Tu es en retard ! Je t'attendais en début d'après-midi, j'avais tout préparé à l'avance et toi, tu te permets d'arriver plusieurs heures en retard ! Le directeur doit être mort d'inquiétude, tu aurais au moins pu envoyer un message pour nous prévenir. Tu n'es qu'un sale petit égoïste ! Je devrais te laisser gravir le mont Greylock à pied. Heureusement pour toi, je ne laisserais pas nos invités subir cela mais la prochaine fois... gare à toi.
Le professeur d'Ilvermorny soupira avant de souffler ;
— Je vous présente Marthe Durand, morte depuis une bonne centaine d'années, elle s'occupe des Sombrals et prépare les calèches. Elle a l'air méchante mais elle ne mord pas.
Ladite Marthe s'insurgea ;
— Ce n'est pas parce que je suis morte que tu peux parler de moi comme si je n'étais pas là. Petit insolent !
Tiare ricana.
— Si je commence à t'écouter ce n'est pas plusieurs heures de retard que je vais avoir mais plusieurs jours.
La vieille femme ignora complètement la remarque d'Ulrich et se tourna vers Harry et Tom en s'exclamant ;
— Ne l'écoutez pas les enfants, c'est un imbécile malpoli. Dites-moi plutôt lequel de vous deux est Harry Potter ?
Harry répondit assez simplement ;
— Je vous présente Thomas Gaunt et je suis Harry Potter.
Marthe se mit à sourire puis elle lança un regard à Tiare en clamant ;
— Tu devrais prendre exemple sur le petit, il a l'air bien mieux élevé que toi, Ulrich. Peut-être qu'il devrait te donner des cours et non pas le contraire.
Tiare tira puérilement la langue au fantôme qui secoua la tête, faussement attristé.
— Je m'occupe d'eux pendant des années et ils n'ont aucun respect pour moi... Les enfants d'Ilvermorny sont des ingrats !
Elle ajouta à destination d'Harry et Tom ;
— Ne prenez surtout pas exemple sur lui, les enfants. C'est un voyou ; déjà tout petit, il ne faisait que des bêtises. Je vais préparer votre calèche, vous devriez être bien au chaud dans vos lits depuis plusieurs heures déjà.
La vieille femme fantôme partit immédiatement en direction des écuries. Tiare en profita pour dire ;
— Excusez-la, elle est un peu extravagante. Elle s'occupe des écuries depuis des siècles et elle a vu pas mal de générations d'enfants passer. Pour elle, peu importe notre âge, on est tous des gamins en culottes courtes se rendant à Ilvermorny pour la première fois.
Potter haussa les épaules, pas plus gêné que ça par l'attitude du fantôme ; il s'était habitué à l'excentricité des personnes peuplant le monde magique.
Marthe revint un moment plus tard, amenant avec elle deux Sombrals qu'elle harnacha à une calèche.
Souriante, elle s'exclama ;
— Filez avant que les portes ne se ferment.
Les quatre hommes montèrent dans la calèche et, juste avant que le professeur d'Ilvermorny donne le départ aux Sombrals, Marthe ajouta ;
— Tu me feras le plaisir d'aller faire tes excuses au directeur, le pauvre homme s'est fait du mauvais sang pour vous toute la journée.
Tiare acquiesça alors que la calèche s'envolait en direction d'Ilvermorny.
À Suivre...
Avant de partir, vous pouvez me laisser une review ! xxx
