Harry apprécia immédiatement la sensation de voler en calèche. C'était une sensation qu'il avait déjà ressentie à plusieurs reprises mais ici, elle était accompagnée d'une certaine sérénité. Ce n'était pas lui aux commandes. Il avait juste à apprécier la sensation sans à avoir à maîtriser le vol. C'était agréable.
Le Gryffondor en profita pour admirer la vue, la calèche s'élevait peu à peu au-dessus de la brume, découvrant le mont Greylock. La montagne plongée dans la pénombre n'était éclairée que par une seule chose, Ilvermorny. Cette bâtisse à peine visible à leur hauteur, éclairait la montagne comme un phare, sa lumière perçant la brume qui, à mesure que la calèche se rapprochait de sa destination, disparaissait.
Se rendant plus ou moins compte que, désormais, il ne pouvait plus faire marche arrière, Harry eut envie de soupirer. Il n'avait pas envie d'affronter Ilvermorny. Il n'avait pas envie de se retrouver à nouveau embarqué dans quelque chose d'aussi dangereux que le Tournoi des Trois Sorciers. Il ne se sentait pas capable d'assumer le fait d'être Harry Potter, tout simplement.
Le premier jour où il avait mis les pieds à Poudlard, il n'avait pas eu conscience de l'importance de son nom. Tout était nouveau pour lui et il avait pris les choses avec innocence, ne se rendant presque pas compte que les autres enfants le dévisageaient. Il ne savait pas ce qu'il représentait à l'époque. Il ne savait même pas vraiment ce qu'était une guerre et Voldemort lui semblait n'être qu'un méchant tout droit sortit d'un livre pour enfants.
Il était si innocent, si ignorant, tellement perdu. Peut-être devait-il remercier Dumbledore pour cela ? Ou au contraire le maudire ; le maudire pour lui avoir fait croire qu'il n'était qu'un orphelin sans histoire et pour avoir été malmené par sa famille pendant onze ans.
Un sourire légèrement tordu étira les lèvres du brun lorsque cette pensée traversa son esprit. En vérité, il n'en voulait pas tant que ça à Albus Dumbledore. Cet homme, malgré ses erreurs, lui inspirait toujours du respect.
Huit ans auparavant, il découvrait le monde magique avec envie et maintenant, le voilà réticent à mettre les pieds dans l'une des plus célèbres écoles de magie du monde. Pour être sincère avec lui-même, il était quand même partagé.
L'envie de découverte était toujours là et la passion qui l'animait lorsque l'on évoquait la magie devant lui le parcourait toujours mais tout ceci était écrasé par un sentiment bien plus présent, plus fort, plus violent. Un mélange de crainte et d'appréhension. Beaucoup de peur et un grand sentiment d'obligation.
Il se sentait obligé d'agir comme les gens s'attendaient à ce qu'il le fasse. Être le Survivant, le Sauveur, à défaut d'être Harry.
Le véritable Harry Potter n'était pas un héros. Harry savait qu'il n'avait rien à voir avec les adjectifs qui lui étaient associés dans les livres et les journaux. Il n'avait pas sauvé le monde magique, il s'était contenté de rester en vie et de se défendre lorsqu'il avait eu l'occasion de le faire. Si cette prophétie ne l'en avait pas empêchée, il aurait probablement fui, terrorisé par le champ de bataille.
Là aussi cette pensée le fit sourire un peu sinistrement ; il avait été terrorisé par le champ de bataille, mais cela ne l'avait pas empêché de se battre.
Maintenant, tout ceci aurait dû être derrière lui. Ce n'était pas le cas, il n'arrivait pas avancer. À chaque fois qu'il s'était pensé libre de bouger, la réalité lui était tombée dessus assez violemment pour le clouer au sol.
Quelque chose l'avait toujours empêché de vivre comme il le souhaitait. Il y a longtemps, il aurait accusé les Dursley pour cela. Il a encore quelques mois, il aurait accusé Voldemort pour ça. Et même maintenant, il avait envie de condamner Tom comme coupable. Mais il avait conscience que le seul véritable coupable de sa situation, c'était lui.
Il ne s'était pas donné les moyens d'avancer après la guerre. Il s'était contenté de rester au 12 Square Grimmaud, ressassant ses souvenirs et se maudissant pour toutes les personnes qu'il n'avait pas réussi à sauver. Lorsque Hermione était venue accompagnée de Drago Malefoy pour lui proposer de faire une dernière année à Poudlard, il n'avait pas eu le courage de refuser. Il n'avait aucun projet. Aucun but. Il n'avait pas plus de raisons d'accepter que de refuser. Il n'avait rien de prévu pour son avenir.
Son seul et unique but durant ces dernières années passées à se battre était de vaincre Voldemort.
Désormais, Voldemort était vaincu et Harry avouait n'avoir jamais envisagé cette possibilité. Être en vie sans à avoir à se battre pour ça. Son seul but était atteint et il n'arrivait pas à en trouver un autre, un qui lui donnerait envie de se battre à nouveau pour quelque chose de précis.
Il enviait presque Tom, lui avait des projets. Peut-être pas de bons projets, mais Harry savait que Tom était animé par de multiples ambitions. Lui n'en avait aucune, la plupart des choses qu'il faisait, il les faisait uniquement par obligation.
Venir à Ilvermorny était une obligation, pas un choix et cela gâchait un peu la beauté du paysage aux yeux d'Harry. Peut-être qu'il devait se trouver une raison de vivre. Un rêve. Quelque chose de personnel, n'ayant rien à voir avec le monde magique.
Le Gryffondor soupira réellement cette fois-ci, se sentant ridicule voire un peu enfantin.
C'est à ce moment-là qu'il sentit quelqu'un lui frôler l'épaule, il n'avait pas besoin de tourner la tête pour savoir de qui il s'agissait alors il se contenta de demander, tout à coup épuisé ;
— Qu'y a-t-il ?
La réponse ne tarda pas.
— Arrête de réfléchir autant. Les Gryffondor ne sont pas doués pour ça ; vous êtes des fonceurs pas des penseurs.
Le brun se sentit sourire un peu à cette remarque. Il répliqua, le dos toujours tourné à Tom ;
— Je suppose que le Choixpeau n'aurait pas dû céder à mon caprice.
Un court silence eut lieu avant qu'Harry n'entende ;
— Tu es un Gryffondor. Tu as choisi de l'être. Tu as eu le choix ce jour-là, personne ne t'a obligé à choisir et tu as choisi le camp des courageux, des audacieux, de ceux qui n'ont pas peur de foncer droit dans un mur. Cela te réussit, tu n'as aucune raison d'en douter. Qu'importent les choix que tu feras arrivé à Ilvermorny ; qu'importe si tu te sens piégé, jusqu'à présent tu as réussi à surmonter cela. Ce ne sera pas différent cette fois et pour le reste, tu as tout ton temps, la guerre est finie.
Cette fois-ci, Harry se retourna avec une franche expression de surprise sur ses traits. Il murmura, presque accusateur ;
— Tu as lu mes pensées ?
Jedusor afficha un sourire assez assuré lorsqu'il répondit ;
— Je t'assure que je n'ai pas besoin de magie pour deviner à quoi tu penses alors qu'on s'approche d'Ilvermorny. Arrête de te torturer l'esprit. Peu importe si tu dois jouer un rôle lorsqu'on arrivera, cela ne change pas le fait que, lorsque tu décides de faire quelque chose, tu agis, que ce soit ou non ce que les gens attendent de toi. Personne ne t'avait demandé de sauver ces animaux cette après-midi, et cela ne t'a pas empêché de le faire.
Le mage noir reporta son regard sur Diligitis qui, roulé en boule sur ses genoux, dormait profondément. Le brun baissa aussi son regard vers le petit serpent et, toujours surpris par la facilité avec laquelle Tom était capable de le comprendre, il se sentit un peu rassuré.
Tom avait raison ; le fait d'être piégé dans le rôle du héros ne l'avait pas empêché de faire des choses par lui-même, bonnes ou mauvaises d'ailleurs. Même si pour le moment, il agissait sans but particulier, il espérait que tout cela le mène vers quelque chose de plus personnel.
Le fait de devoir encore chercher sa voie à son âge ne devait pas être quelque chose d'aussi rare que cela. Après tout, derrière la légende que son histoire avait suscitée, il n'était qu'un jeune adulte perdu entre l'ignorance de son enfance et la violence d'une guerre vécue à son adolescence. Il avait encore le temps de choisir le sens qu'il avait envie de donner à sa vie.
C'était assez paradoxale que ce soit Tom Elvis Jedusor qui l'aide à réaliser cela.
D'ailleurs le mage noir releva la tête lui souriant légèrement, et se pencha en avant pour lui dire ;
— Fini de douter, on arrive à Ilvermorny.
Effectivement, la calèche s'apprêtait à passer les grilles de l'immense portail entourant Ilvermorny.
Harry se perdit dans la contemplation de l'école. Celle-ci était magnifique : son portail était marqué par ses armoiries et il était rattaché à un immense mur de petites pierres, l'ensemble entouré de différentes tours qui s'élevaient de part et d'autre.
Plus loin, le lion arrivait à distinguer une grande porte donnant sur une bâtisse de granit, entourée par des pins hauts de plusieurs dizaines de mètres, la porte de la bâtisse était encadrée par deux statues dont le brun ignorait les noms mais dont il se doutait être les fondateurs d'Ilvermorny.
C'est en les observant qu'Harry Potter eut la certitude que cette année le ferait avancer. Il allait enfin pouvoir tourner la page.
À Suivre...
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